L’explosion des Dix-huit Ponts

Une commémoration du centenaire de l’événement qui a donné lieu à un livre.

Le bastion des 18 ponts lors d'une inspection par le général Rupprecht de Bavière, commandant de la sixième armée bavaroise, fin 1915
Le bastion des 18 ponts lors d’une inspection par le général Rupprecht de Bavière, commandant de la sixième armée bavaroise, fin 1915

Dans la nuit du 10 au 11 janvier 1916, du côté de la porte de Douai, dans le quartier Moulins, le dépôt de munitions allemand situé dans le rempart sud de Lille, au bastion des Dix-huit Ponts, explose mystérieusement. Avec 140 morts, 400 blessés, 738 maisons soufflées, 21 usines rasées dans le quartier Moulins, c’est, en France, la plus grande catastrophe civile du XXe siècle.

Arsenal français la seule image connue de l'intérieur du bastion
Arsenal français la seule image connue de l’intérieur du bastion

Ce centième anniversaire de la catastrophe a été l’occasion de commémorer l’événement, le 10 janvier 2016 au monument des Dix– huit Ponts et, le 11, au cimetière du sud. Les médias – presse écrite, radios et télévisions – ont abondamment commenté l’événement. Malgré son caractère dramatique, hors norme, il avait presque été oublié. Il faut remonter au 13 octobre 1929, date de l’inauguration du monument des Dix– huit Ponts par le maire de l’époque, Roger Salengro, pour en trouver une trace notable dans la presse. Mais, la maison d’édition nordiste Les Lumières de Lille avaient largement anticipé événement en mettant en chantier un livre, L’Explosion des Dix-huit ponts, un AZF lillois en janvier 1916, qui fait revivre cette histoire oubliée. Il arrive à point nommé d’autant plus que, curieusement, depuis un siècle, aucun autre ouvrage n’avait tenté de faire le tour de la question.

Les pompiers lillois sur place
Les pompiers lillois sur place

En 1916, les autorités allemandes n’avaient livré que très peu d’informations sur le sinistre et la cause de l’explosion. Ce qu’elles en ont dit à travers les communiqués ou dans des articles publiés sous le régime de la censure, ne résiste pas à ce que l’on en sait avec le recul de l’histoire. Après-guerre, dans les années 1919, 1920 et 1921 , on verra apparaître dans plusieurs ouvrages de témoignages… puis, au fil des ans, quelques évocations aussi sporadiques que discrètes dans la presse.

Dans les ruines des usines détruites, les officiers allemands prennent la pose
Dans les ruines des usines détruites, les officiers allemands prennent la pose

L’écriture de ce livre a été un vaste chantier de consultation des différents services d’archives de même qu’une longue recherche iconographique. Finalement, ce travail a donné lieu à d’étonnantes découvertes dont la plupart sont relatées dans l’ouvrage. Une des questions centrales concerne la cause de cette explosion. Que s’est-il produit en cette nuit froide de janvier 1916 ? L’histoire gardera sans doute, pour toujours, une partie de son mystère. Mais ce travail d’inventaire réactualisé fragilise ou conforte les différentes hypothèses formulées, au fil des ans. Lorsque la ville de Lille est libérée, elle s’efforce d’oublier cette période d’occupation par l’armée allemande qu’elle ressent comme une période honteuse et douloureuse. Cette histoire dramatique du bastion lillois permet de revenir, sans tabou, sur cette page d’histoire lointaine et méconnue. Le livre est aussi l’occasion de mettre l’accent sur les aspects contemporains de l’événement. L’explosion a sans doute été également une catastrophe écologique dont les effets perdurent encore, je 100 ans après. Bizarrement, cet aspect n’avait jamais été évoqué, ni à la fin des années 1910, pas plus que qu’au début des années 2010.

Arsenal  ce qu'il reste de l'arsenal quelques jours après l'explosion
Arsenal ce qu’il reste de l’arsenal quelques jours après l’explosion

On ne peut s’empêcher de comparer cette explosion des Dix– huit Ponts avec celle d’AZF Toulouse, survenue en 2001. Elles présentent, d’étonnantes similitudes. En travaillant la question, on a vite compris pourquoi. Les explosifs partis en fumée sur les deux sites étaient partiellement de même nature. Mais, on a découvert qu’il était fort possible que les causes de l’explosion de Lille et de Toulouse soient identiques. Du coup, le livre propose une nouvelle explication qui viendra enrichir l’éventail pourtant complet des ouvrages tentant de faire la lumière sur l’explosion toulousaine. Au moment où, après 15 ans de procédures infructueuses, devrait s’ouvrir le troisième procès d’AZF cette participation au débat ne passera pas inaperçue.

Les militaires allemands qui gardaient le bastion
Les militaires allemands qui gardaient le bastion

Cet ouvrage sur l’explosion des Dix-huit Ponts, très documenté, est politiquement incorrect mais ne cherche pas à provoquer. Simplement, l’examen des faits, fais surgir des éléments nouveaux dont certains peuvent être dérangeants. Le livre a choisi de donner la parole à un certain nombre de spécialistes incontestés de différents domaines : histoire, génie militaire, munitions historiques, etc. qui ajoutent un éclairage particulier à la compréhension de l’événement. Sa publication en 2016 arrive aussi à point nommé pour réunir une iconographie très riche, souvent inédite, qui permet de visualiser l’ampleur du drame. La plupart des images prises il y a un siècle étaient parties en Allemagne et, grâce à la magie d’Internet, elles reviennent peu à peu sur leur lieu de production. Si l’usage de la photographie était strictement interdit aux Lillois, pendant l’occupation, les officiers allemands en revanche y démontraient un certain talent.

Une Cérémonie présidée par Madame Martine Aubry maire de Lille
Une Cérémonie présidée par Madame Martine Aubry maire de Lille

La ville de Lille a commémoré l’événement en organisant deux belles cérémonies. Le dimanche 10 janvier, au monument des Dix-huit Ponts, puis dans une salle voisine, on a évoqué la catastrophe avec ses moments d’horreur mais aussi en évoquant la solidarité des sauveteurs allemands ou français et de la population. Les deux temps forts ont été le discours de Madame Martine Aubry, maire de Lille et la lecture de textes d’époque par les élèves de l’école Launay construite sur le site même de l’ancien bastion. Le lendemain, 11 janvier, les familles ont pu se recueillir au Carré des Dix-huit Ponts, en plein cœur du Cimetière du sud. Certains étaient venus de très loin comme cet universitaire de la Rochelle dont la grand-mère qui habitait rue Desaix ou l’on compta 38 morts, réchappa miraculeusement. Elle put s’enfuir dans la nuit, avec son bébé mort dans les bras. « J’ai été très ému par la lecture des élèves de l’école Launay  du texte de l’abbé Demarchelier, le curé du quartier », expliquait-il. « Quand il a évoqué cette femme courant pieds nus, malgré les éclats de verre qui jonchaient la rue, sans s’être rendue compte que l’enfant qu’elle emportait était déjà mort, je n’ai pu m’empêcher de me demander s’il ne s’agissait pas de ma grand-mère. »

Alain Cadet, L’Explosion des Dix-huit Ponts. Un « AZF » lillois en janvier 1916, Les Lumières de Lille. 22 €. Livre disponible en librairie et sur www.leslumieresdelille.com.

1914 – 2014 : images croisées du Fort Macdonald

Le Fort de Mons en 1914Le Fort de Mons en 1914
Les douves du Fort de Mons en 2014
Les douves du Fort de Mons en 2014

Cent ans séparent ces deux photographies prises au même endroit, le regard dans la direction du nord. On aperçoit les fossés du Fort, pris en enfilade et en vue  légèrement latérale. Mis à part la forme générale, le mur en arceaux (à gauche), le pont devant l’entrée, presque tout est désormais différent. Le rideau d’arbres qui entourait la construction et séparait le domaine civil du domaine militaire a disparu, remplacé par des parkings ou des habitations. En revanche, la nature s’est invitée partout : sur les bords, sur les pentes et même sur le toit de l’édifice.

La photo du haut, datant de la première guerre mondiale, nous fournit beaucoup de renseignements sur le bâtiment d’origine. À gauche, il s’agit d’un mur à « arcs de décharge ». La succession d’éléments voûtés donnait une grande solidité à cette construction (qui d’ailleurs n’a pas bougé depuis 1880). Dans l’éventualité d’une poussée de terrain ou d’un tir ennemi, la partie endommagée restait circonscrite à un ou deux arcs. La faible masse des éboulis ne permettait pas le franchissement du fossé en cas d’assaut. Accessoirement, dans le cas d’un siège faisant des victimes parmi les défenseurs, le renfoncement protégé par chaque arceau pouvait servir à abriter des sépultures provisoires, ce qui permettait de laisser l’axe du tir dégagé.

À droite, c’est tout le contraire, le mur est le plus rudimentaire possible. Il est dit à « terre coulante ». C’est une simple pente de terre dans une proportion de deux tiers (le meilleur rapport contre les éboulements). Elle est simplement maintenue par la végétation. Au-dessous de ce monticule se trouvaient des magasins, actuellement occupés par le bureau d’Histo-Mons et les salles d’instruments à cordes du Conservatoire communal. À la base de cette paroi en pente, on avait installé une haute grille en fer (de couleur noire). Elle rendait le franchissement de ce mur oblique, malaisé pour l’assaillant. La paroi à « terre coulante » était d’un prix de revient sensiblement  inférieur à celle d’en face en arceaux de maçonnerie !

Au-delà du pont, on distingue une construction de briques avec deux meurtrières permettant le tir. C’est la batterie de flanquement (côté nord). Actuellement, elle est masquée par des arbres mais la batterie symétrique (côté sud) est toujours parfaitement visible. On y installait, balayant l’axe du fossé, un canon revolver de 12 mm (ancêtre de la mitrailleuse) et un canon de 40 mm capables de déblayer le terrain. Ces deux pièces prenaient le fossé en enfilade.

La façade ouest du Fort de Mons en 1914
La façade ouest du Fort de Mons en 1914

Comme on le voit, le fort Macdonald, à l’instar des autres forts Serré de Rivières, était bien défendu. Ce qui n’empêche, qu’au moment où cette photo a été prise, il était occupé par l’armée allemande. L’invention de nouvelles armes, les obus torpille à la mélinite (un explosif  dérivé de la nitroglycérine) avait rendu ce genre d’ouvrage indéfendable face à une artillerie moderne. On pense que c’est le même photographe venu de Dresde, identifié sur d’autres photos du Fort, découvertes récemment, qui est l’auteur de cette image.

Alain Cadet

Le fort Macdonald a servi de prison pour les civils pendant la guerre de 14-18

Entre les deux guerres, les Monsois ne se sont guère montrés bavards. On sait très peu de choses sur l’époque et la mémoire de l’occupation a disparu avec ses derniers témoins. Des cartes postales d’éditeurs allemands nous reviennent aujourd’hui et soulèvent un coin du voile sur la dure réalité de Mons occupée. Celle-ci représente des prisonniers civils dans la grande cour du fort Macdonald. Regardez-la bien ! Votre grand-père ou votre arrière-grand-père figure peut-être sur le cliché. La plupart sont jeunes. Le photographe connaît son travail. Il a choisi son décor : le mur, au fond, agrémenté d’un drapeau à l’aigle impérial, les fenêtres grandes ouvertes où l’on voit un prisonnier qui mange sa soupe.

Le photographe a soigneusement mis en scène cette photographie de prisonniers civils au fort. Qui étaient-ils ?
Le photographe a soigneusement mis en scène cette photographie de prisonniers civils au fort. Qui étaient-ils ?

L’image est soigneusement mise en scène avec l’étagement des plans, les attitudes improbables des jeunes gens du premier rang, la disposition des hommes. La présence de l’occupant est seulement indiquée par un officier du corps médical, pipe à la bouche. Cette image appartient à la propagande allemande. Elle raconte que les prisonniers civils sont bien traités dans la zone occupée comme veut l’attester la présence d’un sandwich ou d’une écuelle destinée à recevoir la soupe. En fait de soupe, Aaron Pegram, professeur d’histoire à l’université de Canberra, qui a eu accès au témoignage des prisonniers australiens détenus au Fort pendant la même période écrit : « La nourriture (ou son manque) occupait les esprits des hommes. Beaucoup mâchaient des orties ou de l’herbe pour supprimer les douleurs de la faim dues à un travail pénible et aux maigres rations de pain noir et d’ersatz de café ». Les civils français étaient-ils mieux traités ?

Prisonniers civils dans la cour du Fort de Mons
Prisonniers civils dans la cour du Fort de Mons
Le Petit Journal
Le Petit Journal

Qui étaient-ils ? On sait que les Allemands arrêtaient des otages de « la classe considérée » parmi lesquels plusieurs adjoints au maire. Mais l’usage était de les enfermer à la Citadelle de Lille. On pouvait aussi être détenu pour une peccadille : on emprisonnait même les enfants qui franchissaient la ligne de démarcation entre deux villages pour se rendre chez leur grand-mère ! Mais ces prisonniers, jeunes pour la plupart, sont beaucoup trop nombreux en comparaison de la taille de la ville. La guerre de 14-18 est la première guerre industrielle. La conduite de la guerre et l’effort des industries d’armement sont étroitement liés. L’Allemagne, après 1914, est contrainte de retirer 740 000 ouvriers du front pour soutenir sa production industrielle. Elle ne dispose pas, comme ses adversaires, de réserves de main-d’œuvre. La force de travail des populations des zones occupées (2 millions de personnes) représente un enjeu pour maintenir l’effort de guerre. L’armée allemande ne trouve que très peu de candidats pour un travail volontaire rémunéré. Alors, on procède au recensement des hommes de 17 à 55 ans. Ils sont considérés comme prisonniers de guerre et astreints au travail obligatoire… à proximité et même sur le front. C’est probablement ceux de Mons et des environs qu’un photographe de Dresde a rencontrés dans la cour du Fort un jour d’été.

Alain Cadet

Le Fort McDonald de Mons-en-Baroeul était une prison allemande

L’illusion d’un petit coin de la belle Allemagne tranquille semble parfaite. La réalité était tout autre.

Le Fort Mc Donald de Mons-en-Baroeul
Le Fort Mc Donald de Mons-en-Baroeul

Enfouies dans les greniers allemands depuis un siècle, des images de la période 1914-1918, jusqu’ici inconnues, reviennent sur leur lieu de naissance par la magie d’Internet et du libre-échange. Celle-ci est la première photo connue du Fort monsois prise pendant la Première Guerre mondiale.

Si l’endroit ne nous était aussi familier, on se croirait au cœur de l’Allemagne, un bel après-midi d’été. Sur le pont, sont disposés des arbustes décoratifs. La lourde porte a été remplacée par une élégante grille de fer forgé. Le mur de briques du fond est recouvert d’un crépi avec un écusson en stuc affirmant la germanité de l’endroit.

Des phrases en écriture gothique expriment la fierté d’être allemand. Avec la ligne électrique qui vient alimenter le bâtiment et les officiers (dont un médecin), souriants, comme en représentation, l’illusion d’un petit coin de la belle Allemagne tranquille et moderne semble parfaite.

Mais la réalité de l’endroit est très différente. Lorsqu’en mai 1917, une colonne de prisonniers australiens arrive au Fort McDonald, les soldats ont déjà subi trop d’épreuves pour être sensibles à l’ironie d’être enfermés dans un lieu qui porte un nom britannique. Le 11 avril 1917, la 4e division australienne attaque la ligne Hidenburg à Bullecourt (Pas-de-Calais) sans chars ni préparation d’artillerie. Elle enlève la première ligne. Mais submergés sous le nombre, sans munitions pour continuer le combat, ses soldats doivent se rendre.

Le bilan est éloquent : 3 000 hommes hors de combat dont 1 170 prisonniers. La plupart sont dirigés vers Lille, à pied et parfois en camions. À chaque traversée de ville, on fait défiler les prisonniers défaits devant la population. Voici le récit de l’arrivée à Lille du sergent William Groves du 15e bataillon : « Une fille, encore toute petite et dont sa maman ne pouvait nous cacher sa sympathie, commença à marcher vers nous, un paquet à la main. L’un des gardes quitta sa file et se précipita vers elle. D’un coup de fusil, il l’envoya s’écraser sur le sol et confisqua le paquet. »

240 de ces hommes sont internés au Fort McDonald. Ils n’ont rien à manger, vivent dans la saleté, la misère et le confinement : pas de literie ! La seule installation sanitaire a débordé depuis longtemps ! Certains prisonniers s’évanouissent. Quelques-uns parviennent à rester stoïques. D’autres ne peuvent s’empêcher d’exprimer leur désespoir : « De temps en temps, un gars s’approchait de la porte, la martelant de ses poings en criant sauvagement, témoigne Groves. Rendus fous par cette faim qui nous tenaillait, couverts de vermine, victimes de punitions terribles, au bout de cinq jours nous avions complètement sombré dans le plus noir des désespoirs. »

Par la suite, dans la zone des combats, sous le feu de l’artillerie alliée, on confia à ces soldats des tâches inhumaines. Il y avait un monde entre les conditions faites aux prisonniers de guerre en Allemagne et ceux du Nord de la France où l’armée allemande manquait cruellement de main-d’œuvre. Durant la guerre, 337 prisonniers australiens sont morts en captivité des suites de leurs blessures.

The black hole
The black hole

Pour les prisonniers britanniques, le fort Macdonald s’appelait le Trou Noir

Malgré son aspect souriant et ensoleillé ce tableau s’intitule « Le Trou Noir » (« The Black Hole »). Il représente une caponnière du Fort Macdonald peinte en 1918 par Edwin Martin. L’artiste, à la même époque, a représenté d’autres lieux de la région marqués par la guerre. Les raisons de sa présence en France était d’ordre militaire. Il faisait partie du Royal Army Medical Corps (RAMC). On peut penser que le titre de son tableau lui a été suggéré par les prisonniers britanniques que l’on avait enfermés là.

Alain Cadet

Les premières lettres d’un jeune soldat de la France libre 1/2

Lettres à sa famille en zone occupée

Cette lettre, incomplète, est l’une des deux seuls courriers que le soldat Émile Lhomme parviendra à faire parvenir à sa famille (ses parents et ses trois sœurs, Émilienne, Lucienne et Julienne) en octobre et novembre 1914. Gaston, celui à qui les a confiés, à sans doute risqué sa vie pour les acheminer en zone occupée. Ce témoignage nous a été confié par sa nièce, Manon Wilson, qui l’a gardé précieusement. Émile est né en 1894, à Fives. Au début d’octobre 1914, il est mobilisable. Peut-être, l’avancée des allemands (Lille a été occupé le 12 octobre 1914) a-t-elle avancé sa date d’incorporation. Il est envoyé vers l’ouest.

Émile et Raphaël
Émile et Raphaël

Dunkerque est la seule sous-préfecture du département du Nord demeurant en France libre. Dans la première de ces deux lettres, incomplète, adressée probablement à sa mère, il raconte son voyage :

« On est parti sur Béthune, et on arrivé à midi. Une femme a bien voulu nous donner de l’eau pour nous laver. Puis nous sommes partis, à 20 km plus loin. Nous sommes arrivés à sept heures du soir. On ne tenait plus debout. Les gens de ces patelins sont des crapules. Ils nous auraient laissés mourir de faim. Quand je suis parti, tu m’avais donné quelques tartines. Je les ai mangées, vers sept heures du soir, pour le souper et depuis cette heure-là nous avons plus eu de pain jusqu’au dernier soir, à sept heures. À Pernes en Artois, près de Saint-Pol on a réussi avoir un train qui devait aller à Gravelines. Il y en avait pour deux heures au plus. Mais on est resté 17 heures dans le train. On y a passé la nuit sans pouvoir dormir. On a réussi à avoir un pain que nous avons payé 22 sous. Nous avons dû le jeter tellement il était mauvais. Nous sommes arrivés à Calais comme des affamés. Là, les gens étaient un peu meilleurs. Une cabaretière  nous a fait une ratatouille avec un morceau de viande puis nous avons couché sur une paillasse, par terre, que cette femme nous avait donnée. C’est la première nuit où nous avons pu dormir à peu près. On était le dimanche, ce jour-là. Nous étions à ce moment à cinq. Mon parrain, Raphaël, Jules, Achille Hautecoeur et moi. Je t’assure qu’on a eu de la chance d’avoir Achille qui nous a toujours trouvé à loger,  en route, sur de la paille ou sur des sacs… et même à manger. Le lundi on s’est promené dans Calais et on a pris le train pour Gravelines.

Puis il raconte son conseil de révision et son court séjour dans la ville de Gravelines

« Arrivé à Gravelines, Achille, qui connaissait une personne, lui a demandé à loger. Elle nous a offert une petite maison de la paille et des sacs. Et depuis notre arrivée, le 12 octobre, nous dormons sur la paille. Vivement que je revienne ! On est peu nourris : deux morceaux de pain et un petit morceau de pâté. Je t’assure que j’ai souvent faim et je n’ose rien acheter parce que je n’ai presque plus de sous. J’ai été obligé d’en dépenser. Après le conseil, à Gravelines, on va partir aussitôt. Ça m’ennuie, parce que je vais partir sans sous. Enfin, je tacherai de me débrouiller. Je m’arrête car il est l’heure d’aller à la caserne pour chercher à manger et j’ai faim.

Embrasse bien mes sœurs pour moi. J’écrirai à papa

Émile

Émile Lhomme a été affecté au 151e régiment d’infanterie dont la caserne se trouvait à Verdun. C’est dans cette ville que, très probablement, il a effectué ses « classes ».

Alain Cadet

Les premières lettres d’un jeune soldat de la France libre 2/2

Lettres à sa famille en zone occupée

On reconnaît Émile (à droite), Raphaël (à gauche). Le soldat du milieu est probablement l’un de ceux cités dans les lettres d’Émile
On reconnaît Émile (à droite), Raphaël (à gauche). Le soldat du milieu est probablement l’un de ceux cités dans les lettres d’Émile

Cette lettre, datée 5 novembre 1914 fait partie des deux seules que le soldat Émile Lhomme a pu faire parvenir à sa famille. Gaston, celui à qui il l’a confiée, a sans doute risqué sa vie pour l’acheminer en zone occupée. Elle nous a été confiée par sa nièce, Manon Wilson, qui l’a gardée précieusement. Elle est adressée à sa mère et, indirectement, à ses trois sœurs, Émilienne, Lucienne et Julienne. Sans nouvelles des siens, ignorant ce qui se passe en zone occupée, de laquelle lui parvient seulement des bribes d’informations et des rumeurs, le jeune soldat est très inquiet. Voici ce qu’il écrit :

«Chère mère et sœur,

Je ne sais plus comment je vis. On nous a raconté qu’à Lille, tout est démoli et qu’on est encore en train de désinfecter les maisons. Aussi j’ai peur qu’il ne t’est arrivé malheur et ça m’ennuie d’être sans nouvelles de toi, ainsi que de mes sœurs. Moi, ça va comme ci, comme ça. Je n’ai plus de sous et je ne sais pas ce que je vais faire. Impossible de t’écrire. C’est pourquoi je donne ma lettre à Gaston. C’est la troisième lettre que je t’écris et je ne suis sûr que tu ne les as reçues. J’ai passé le conseil à Bourbourg et je suis pris, bon soldat. Alors, j’attends d’être envoyé à mon régiment. Ça m’ennuie d’être pris, sans vous avoir tous revus, mais, que veux-tu, il faut s’en faire une idée ».

Visiblement, le jeune soldat est parti avec très peu d’argent en poche, ce qui n’est pas adapté à la vie en caserne, en 1914 :

«Si j’avais seulement encore quelques sous, je le prendrais du bon côté. Tu ne me verras plus de sitôt. Je crois même, sept ou huit mois mais, ce que je demande, ce sont des nouvelles de Lille, de toi surtout. Je me figure que notre maison est démolie et qu’il vous est arrivé un malheur. Tu dois te figurer si je me fais de la bile pour vous autres. J’espère qu’il n’y aura rien du tout et que, quand je reviendrai en permission, que je vous retrouverai tous en bonne santé. J’ai écris à papa mais je n’ai pas pu lui donner l’adresse pour la réponse, ainsi qu’à toi, puisque je ne suis pas encore caserné.

Maintenant, ce qui m’embête le plus c’est les sous. Aussitôt que je vais être en caserne, je vais écrire à Tante Emma et lui demander pour me prêter 15 Fr. Je crois que tu ne seras pas en colère. C’est le seul moyen que j’ai trouvé. Tu la rembourseras aussitôt que tu seras sûre que la poste marche bien. Quant à moi, je ne suis pas trop mal pour le moment et on est à peu près nourris. C’est surtout quand je suis parti de Lille que j’ai été forcé de dépenser de l’argent, sans cela j’aurais eu faim… quoi que j’aie eu fort bien faim.

Je dors dans la paille dans une cave. Raphaël, Jules et Charles sont avec moi. Mon parrain est expédié dans une autre direction, avec Pierre, du côté de Rouen.

Je ne vois plus rien à vous dire pour le moment, sinon que j’espère vous revoir un jour en bonne santé. Embrasse bien pour moi Émilienne, Lucienne et Julienne. J’espère qu’elles n’ont pas eu trop peur pendant les bombardements.

Chère maman, je t’embrasse cent fois et au revoir. À bientôt de tes nouvelles…

Je t’écrirai aussitôt que les allemands seront partis pour te donner mon adresse

Émile »

Quelques jours plus tard le jeune soldat, Émile Lhomme partira pour Verdun faire ses « classes », au 151e régiment d’infanterie. Cette période de formation terminée, il reviendra dans le Nord pour participer à la Bataille des Flandres dans le secteur Zneiuport, Dixmude, Steenstraate..

Alain Cadet

La dure vie quotidienne des Français occupés (1914 – 1918) 1/2

Vie quotidienne des Français occupés et les belles cartes postales de l’armée allemande (1914 – 1918)

Un détachement allemand, rue Jeanne d’Arc. Derrière le mur il y a le bois Gras. Le mur existe toujours mais pas le bois qui a été remplacé par de belles maisons.
Un détachement allemand, rue Jeanne d’Arc. Derrière le mur il y a le bois Gras. Le mur existe toujours mais pas le bois qui a été remplacé par de belles maisons.

Cette carte postale, découverte récemment est la 499eme connue, concernant la commune de Mons en Baroeul. Depuis une dizaine d’années, on n’en découvrait plus de nouvelles. Depuis peu, par l’effet d’Internet, on voit, près d’un siècle plus tard, réapparaître des images de la période 14 – 18. Longtemps enfouies dans les greniers allemands, elles retournent sur les lieux de leur production.

Celle-ci semble anodine. Elle est prise du haut d’une fenêtre, rue Jeanne d’Arc, face au bois « Gras », protégé par son mur. Elle représente une compagnie allemande, en ordre de marche, au pas, précédée de son officier,  à cheval. On peut y voir  un symbole de l’organisation et de la puissance de l’armée allemande. Dans  la commune voisine, Lille, d’autres moins aimables, d’octobre 1914, représentent les prisonniers français, exhibés plusieurs jours durant, de la Citadelle à la gare et de la gare à la Citadelle, sous la conduite de leurs gardiens. Cette production est l’œuvre d’éditeurs venus d’Allemagne tandis que l’on interdit aux Français de produire ou diffuser la moindre carte postale. Toute correspondance avec la France libre ou une autre ville occupée est interdite. Une ordonnance de février 1915 stipule : « Il est défendu, sous peine de mort, aux habitants des territoires occupés par les armées allemandes, d’entretenir n’importe quelle correspondance entre eux ou avec des personnes habitant en France ou à l’étranger. ». En avril 1915, la justice militaire allemande condamne trois lillois à 15 jours de prison pour « commerce de cartes postales ». Les transports « illicites » de lettres par les personnes circulant en zone occupée sont sévèrement réprimés. En début 1916 on ajoute : «La communication de photographies,  dans le but de les transmettre à des personnes habitant les territoires occupés sera considérée comme communication de nouvelles ».

Dans le parc Decoster « une belle demeure » monsoise, on s’adonne aux exercices physiques. La tenue blanche était la tenue de gymnastique.
Dans le parc Decoster « une belle demeure » monsoise, on s’adonne aux exercices physiques. La tenue blanche était la tenue de gymnastique.

Ces mesures sont une des illustrations de la politique allemande qui cherche à isoler les habitants des territoires occupés du reste du pays et à les démoraliser. Dès le 15 octobre 1914, le général Von Heinrich, gouverneur de la ville de Lille, fait placarder cet avis : « Il est défendu, sous peine de mort, de lancer des dirigeables, des aéroplanes des ballons montés, de lâcher des pigeons voyageurs, d’installer des appareils radio télégraphiques de faire des signaux optique ou de faire sonner les cloches ».  Les « Coulonneux », doivent tuer en toute hâte leurs chers animaux… l’un d’entre eux sera même fusillé pour ne pas l’avoir fait. On confisque aussi tous les moyens de transport : camions, automobiles et vélos. D’ailleurs il est strictement interdit, sans laissez-passer des autorités allemandes, de se rendre dans les villages voisins. Dans chaque rue ou chemin limitrophe entre deux communes, à l’endroit de la ligne de démarcation, un écriteau en français et en allemand rappelle cette interdiction. On verra même des enfants punis de prison pour s’être rendus chez leur grand-mère !

Dans le parc Decoster « une belle demeure » monsoise, on s’adonne aux exercices physiques. La tenue blanche était la tenue de gymnastique.
Dans le parc Decoster « une belle demeure » monsoise, on s’adonne aux exercices physiques. La tenue blanche était la tenue de gymnastique.

On réquisitionne aussi les charrettes en état de marche et les chevaux en état de les tirer. Les moyens d’assurer l’alimentation des populations font défaut. Pour les 5807 habitants du village (recensés à la fin de la guerre) comme pour les 2 millions de français résidant en zone occupée, les conditions de vie sont terribles et aux antipodes des belles cartes postales allemandes avec leurs soldats souriants, partageant un verre ou s’adonnant à des exercices physiques dans les parcs des belles demeures monsoises.

Détail du parc et du château
Détail du parc et du château

Alain Cadet

La dure vie quotidienne des Français occupés (1914 – 1918) 2/2

Vie quotidienne des Français occupés et les belles cartes postales de l’armée allemande (1914 – 1918)

Le château Faucheur (l’actuel collège Lacordaire) qui devenu un  Kasino est occupée par les troupes allemandes.
Le château Faucheur (l’actuel collège Lacordaire) qui devenu un Kasino est occupée par les troupes allemandes.

L’occupation de la métropole aura duré 1465 jours : autant de  jours de malheur ! Les images de l’occupant prise à Mons en Baroeul  pendant cette période  nous racontent une autre histoire. On y voit des cavaliers paradant devant les belles demeures qu’ils ont réquisitionnées. Leurs hommes prennent leur repas devant les granges des fermes, du voisinage. Exceptionnellement, l’une d’entre elles  rappelle les dures réalités de la guerre, comme cette rue détruite, en 1916; par l’explosion d’un dépôt de munitions.

Les chevaux allemands broutent les prairies des Belles demeures
Les chevaux allemands broutent les prairies des Belles demeures

La mémoire précise de ces années d’occupation a été longtemps enfouie dans les familles, comme une période honteuse. Elle a disparu avec la mort des derniers témoins. Notre connaissance  de la vie quotidienne à Mons, dans cette période, provient bien souvent de ces « belles  images» allemandes. Les grandes propriétés  avaient été réquisitionnées pour les besoins de l’armée. Le « Vert Cottage », la maison de l’architecte Gabriel Pagnerre, avait été reconvertie en « Kasino », une maison de repos pour les officiers… de même qu’une autre, rue Parmentier, appartenant à la famille Colléate. Dans le lieu de résidence de la famille Virnot, le château Faucheur, il y avait,  en plus, une cantine. Les fermes voisines comme celle d’Halluin ou de la Pilaterie sont réquisitionnées pour abriter les hommes de troupe. Il est probable que d’autres soldats logeaient dans toutes les maisons où cela se révélait possible.

Une carte postale, envoyée de Mons en Baroeul, en 1916, par un certain Johannes Reinhardt, membre de l’état major. Il fait  fait état de la destruction du dépôt de munitions des 18 ponts, à Lille
Une carte postale, envoyée de Mons en Baroeul, en 1916, par un certain Johannes Reinhardt, membre de l’état major. Il fait fait état de la destruction du dépôt de munitions des 18 ponts, à Lille

On sait aussi que l’armée allemande avait transformé le Fort en prison. Les prisonniers, dont un contingent Australien, y vivaient dans des conditions épouvantables. Parfois  on les emmenait sur le front pour creuser des tranchées ou poser des barbelés dans les endroits les plus exposés. Beaucoup sont morts de privation ou sous les balles des alliés.

Des jeunes filles, photographiées près du fort, se rendent aux « champs de guerre ». Elles travaillent la terre, 10 heures par jour, pour un salaire dérisoire au profit des allemands.
Des jeunes filles, photographiées près du fort, se rendent aux « champs de guerre ». Elles travaillent la terre, 10 heures par jour, pour un salaire dérisoire au profit des allemands.

Pour les Monsois, la situation est peu brillante. Les jeunes filles, réquisitionnées sur les « champs de guerre », doivent sous la contrainte, cultiver et moissonner au profit de l’armée allemande. La population, et particulièrement les femmes, sont l’objet de mesures vexatoires. Le rationnement, très strict, conduit à une famine endémique. La mortalité est le double de celle de la France libre. Pendant ce temps, les rares feuillets d’information autorisés sont à la seule gloire du Kaiser. Comme les pendules des clochers, la presse, est à l’heure allemande. Elle colporte rumeurs et fausses nouvelles. À la fin de la guerre, plus très sûr de sa victoire, l’occupant se livre au pillage systématique de toutes les ressources et à la destruction de l’outil industriel.

Les hommes de troupe sont hébergés dans les fermes. Ici, il s’agit de celle de la Pilaterie qui jouxtait un château réquisitionné
Les hommes de troupe sont hébergés dans les fermes. Ici, il s’agit de celle de la Pilaterie qui jouxtait un château réquisitionné

On sait, qu’en 1917, cloches et tuyaux d’orgue de l’église Saint-Pierre ont été emmenés pour être fondus tandis que les cuves en cuivre de la Brasserie Coopérative sont arrachées. Les bonnes machines des usines du Nord sont emmenées en Allemagne et celles qui restent, systématiquement saccagées afin que la région ne puisse plus être, après-guerre, concurrente, de l’Allemagne. « Qui pourrait nous blâmer d’avoir mis à bas les riches territoires industriels du Nord de la France à un point tel que, pour des générations et peut-être pour des siècles, elles ne puissent entrer en concurrence avec notre industrie » écrit le Kölnische Zeitung, le 10 avril 1916. Le 11 novembre 1918 a été fêté, dans le Nord avec beaucoup plus de retenue que dans le reste de la France. « Nous avons été étonnés d’apprendre le délire des parisiens à la nouvelle de l’armistice », déclare un lillois. « Pour nous notre capacité de joie a été vidée dans les jours de la délivrance. La guerre a «été  finie ce jour-là. Il faudra bien des jours encore pour que nous redevenions des êtres normaux ».

Un appareil allemand a été abattu.
Un appareil allemand a été abattu.

Alain Cadet

Les campagnes de guerre de Julien Herbin

Voici ce qu’indiquent ses états de service :

Herbin Julien Henri

Numéro matricule de recrutement : 1285
Né le 29 octobre 1898 à Houplines; Canton d’Armentières ; Département du Nord
Résident au 12 rue Poissonnière à Paris, 2eme arrondissement, département de la Seine
Profession : Boucher puis ajusteur mécanicien (1925) et enfin  vérificateur  en mécanique (1938)
Fils de Julien Ferdinand et de Laure Dubreucq
Domicilié à Lille, département du Nord.
Marié  Prisonnier de Guerre.  Présent au 201e RI 21e compagnie du 6- 4 – 1918 au 25- 7 – 1918 

Retour à Limoges
Cette photo représente sans aucun doute la compagnie de Julien alors qu’il était au 127e on le voit, au bas de la photo vers le centre. Il est très jeune, presque un enfant. Il s’agit sans doute possible du début de son service militaire.
Julien Herbin en tenue de sortie.
Il est au 127e en tenue de sortie pour les manifestations et défilés. Il pose avec un fusil Lebel, baïonnette au canon et des cartouchière pour les munitions. Cette photo a probablement été prise au début de son service militaire.

 Incorporé à compter du 16 avril 1917 pour arriver au corps le 17 avril en tant que le soldat de deuxième classe ledit jour au 127eme régiment d’infanterie. Passé au 43e régiment d’infanterie le  12 octobre 1917. Nommé caporal le 15 janvier 1918. Passé au 201e régiment d’infanterie le 6 avril 1918. Prisonnier le 25 juillet 1918 à Plessier Huleu ,   En captivité en Allemagne . Avis officiel C. 9-856 du 1er oct 1918. Rapatrié le 20- 1-1919. et reversé au 43e RI le 28 fev 1919. Sergent le 12 – 0 6 – 1920. Certificat de bonne conduite accordé.  Affecté au 1er régiment d’infanterie le 15 août 1921. Maintenu  au 1er régiment d’infanterie de Cambrai Passe dans al réserve le 16 avril. Renvoyer dans ses foyers le 29 mai 1920 au titre de la Compagnie lilloise des moteurs de Lille Fives. Passe dans la réserve de l’armée 1er RI de Cambrai Réaffecté au 16e RT le 13-2-1940. Démobilisé le 19 juillet 1941.

 Du 16 avril au 12 octobre 1917,  Julien Herbin est affecté au 127e régiment d’infanterie. Voici le résumé du journal du régiment pour cette période.

 SECTEUR DE VAUCLERC  (Front de l’Est, en Champagne, pas très loin de Vitry-le-François)

Historique du 127ème  RI (Anonyme, P. Fassiaux-Dufrenne, 1920) numérisé par Julien Brasseur

De retour à la  Cheppe, le 127 se transporte par étapes dans la région de  Beaurieux. Le 21 janvier, il prend secteur au  Moulin Rouge. Il travaille à son organisation en vue d’une attaque et en assure la défense jusqu’au 10 Mars 1917, date à laquelle il est relevé par le 273e régiment d’Infanterie. Emmené au repos puis à l’entraînement dans la région de  Festigny, le Régiment reprend ses travaux d’organisation du secteur du Moulin Rouge du 1er au 8 Avril.

Jeunes recrues du 43ème.
Jeunes recrues du 43ème. On a écrit , au crayon « Vive la route »

Le 8 Avril, il occupe les tranchées au Nord d’Oulches. La préparation d’artillerie en vue de l’attaque du plateau de Vauclerc se poursuit jusqu’au 16 Avril matin. La réaction de l’artillerie ennemie est  d’une extrême violence sur le secteur occupé par la Division d’Infanterie. Les hommes serrés à force dans les abris solides s’ennuient et attendraient plus patiemment l’heure, s’ils avaient du tabac. Mais s’ils sont chargés de munitions et de vivres pour 4 jours, pour une progression qu’on prévoit étendue, ils n’ont pas de tabac !

Julien Herbin simple soldat
À cette époque, il est au 43e RI. Il est jeune.. Il s’agit de la première période (entre octobre 17 et avril 18). Il est simple soldat.

OFFENSIVE DU 16 AVRIL 1917

Le 16 Avril, à 6 Heures, l’attaque d’infanterie est déclenchée. Le 1er  Bataillon s’élance des tranchées et en  quelques minutes, malgré les feux ennemis, atteint la tranchée Von Schmettau, première tranchée ennemie. Le régiment de droite, gêné par les mitrailleuses (bois B. I.), progresse difficilement. Les difficultés de direction et de liaison sont rendues très difficile à cause des énorme entonnoirs creusés par la préparation de notre artillerie. La gauche le 1er  Bataillon, continuant sa progression, enlève la tranchée des Friches, puis la tranchée de l’Abri qu’elle dépasse de 200 mètres environ et pénètre dans la forêt de Vauclerc. La droite progresse plus difficilement par les boyaux, tout en continuant à assurer  la liaison avec le Régiment de droite, toujours arrêté par les feux des mitrailleuses de la première tranchée allemande, dont les défenseurs,  l’abri dans de profonds tunnels et dans de fores casemates, prennent le 127e Régiment d’Infanterie de flanc. L’ennemi réagit énergiquement, son artillerie bombarde violemment le plateau et empêche la nôtre de s’y installer. Des fractions de nègres, de la Division de gauche, privées de leurs cadres blancs qui ont été tués, égarées dans la bataille, viennent se jeter dans nos lignes et formant sur le plateau de gros rassemblements très visibles, attirent, tout particulièrement sur le Régiment d’Infanterie, la réaction de l’artillerie.Les 1e  et 2e Bataillons subissent de fortes pertes. Le 2e Bataillon, derrière le 1er, occupe la tranchée des  Friches et s’y maintient malgré les tirs d’enfilade des mitrailleuses et le bombardement auquel est soumis tout le plateau. Le 3e Bataillon occupe la tranchée Von Schmettau et établit la liaison avec le 2eBataillon d’une part et le Régiment de droite. En fin de journée, aucune progression n’ayant pu être réalisée malgré plusieurs tentatives du Régiment de droite, la gauche du 1er bataillon se replie dans la tranchée de l’Abri où elle est relevée par les éléments du 273e Régiment d’Infanterie chargée d’assurer la liaison de gauche. Le 1e  Bataillon, avec son Chef, le Commandant de Bouchony, par l’énergie et la vaillance qu’il a déployées en cette journée a mérité d’être cité à l’ordre de la Division.

Mas D’artiges. Il s’agit de la classe 18 (les as de la quatrième.) Julien est au dernier rang). Cette photo est prise pendant les classes. Les jeunes recrues sont en tenue de combat avec casque.
Mas D’artiges. Il s’agit de la classe 18 (les as de la quatrième.) Julien est au dernier rang). Cette photo est prise pendant les classes. Les jeunes recrues sont en tenue de combat avec casque.

Les 17, 18 et 19 Avril, les emplacements occupés sont rectifiés par l’enlèvement de boyaux conquis pied à pied à la grenade. C’est là que se distingue le Sous-Lieutenant Kinnen, qui combat pendant deux jours dans un boyau pour atteindre l’entrée du tunnel. Toutes les contre-attaques sont repoussées et le Régiment d’Infanterie se maintient ainsi pendant quatre jours sur le plateau, sans abris, sous un bombardement toujours violent, au milieu des cadavres amoncelés de blancs et de noirs, sous la neige, puis sous la pluie qui transforme le plateau en un lac de boue.

Dans la nuit du 21 au 22 Avril, le 127e Régiment d’Infanterie est relevé sur les positions qu’il a conquises par le 123e Régiment d’Infanterie. Rassemblé d’abord dans la région de  Baslieux-les-Fismes, le Régiment d’Infanterie se transporte par étapes jusqu’à Ussy, Sammeron où il séjourne jusqu’au 8 Mai.

CAMP DE MAILLY, 8 Mai – 12 Juin 1917

Le 9 Mai, le Régiment d’Infanterie  continuant son mouvement par étapes gagne le Camp de Mailly. Là il développe son instruction, par des exercices, des manœuvre où l’on utilise et on perfectionne les enseignements acquis pendant les attaques et les combats. Le général Lacapelle, qui a pris le commandement du 1er Corps d’Armée après les opérations d’Avril, passe une revue magnifique des valeureuses troupes, dont on put voir avec émotion pour la première fois réunis les douze drapeaux, claquant fièrement au vent leur soie déchirée.

On quitte bientôt, sans regret, la région pour s’éloigner des soldats russes dont le mauvais contact, pas plus que les mauvais vents qui souffle alors, n’a d’action sur les belles troupes les belles troupes qu 1er Corps d’Armée qui cantonnent au camp. Le 13 Juin, le Régiment d’Infanterie gagne par étapes dans la région de la Brie, Cerneux-Monglas où il prend au repos jusqu’au 3 Juillet, les forces nécessaires pour de nouvelles opérations.

LES FLANDRES

Julien Herbin
Julien Herbin

De concert avec l’Armée britannique, l’armée française va exécuter une offensive en Belgique ; elle a besoin de troupes aguerries et valeureuses, et fait appel au 1er Corps d’Armée, originaire de la Région des Flandres. Le 4 Juillet, embarqué à la Ferté-Gaucher, il est transporté en chemin de fer à Bergues et cantonne ensuite à Rexpoëde et environs. Le 10 Juillet, il relève les Belges dans le secteur de la Maison du Passeur et occupe ce secteur jusqu’au 17 Juillet.

SECTEUR DE BIXSCHOOTE

Faisant mouvement par étapes, le 127e Régiment d’Infanterie relève, le 5 Août,le 33e Régiment d’Infanterie, dans le secteur de Bixschoote, droite de la 162e Division d’Infanterie, puis, en liaison avec la 2e Division d’Infanterie, se prépare à continuer la progression de la 51e Division d’Infanterie.

ATTAQUE DU 16 AOUT 1917

La 16 Août 1917, à 4 heures 45, avant le lever du jour, le 2e Bataillon (Commandant Baras), qui occupe les premières lignes à hauteur du village de Bixschoote, se porte à l’attaque. La première Compagnie (Lieutenant Lévèque) est chargée d’assurer à droite la liaison avec la 2e Division d’Infanterie (qui elle-même appuie l’attaque anglaise du village de Langemark). L’ennemi réagit aussitôt par son artillerie. A travers un terrain marécageux où l’homme enfonce jusqu’aux genoux, la progression est pénible, la direction est difficile, car dans l’obscurité il faut contourner de grandes mares d’eau, franchir des canaux de drainage. Les troupes d’attaque gagnent néanmoins leurs objectifs. A gauche, les groupes de tête de la 7e Compagnie (Lieut.Maréchal) pénètrent sous un violent barrage d’artillerie dans l’ouvrage bétonné appelé « Ferme du Cimetière ». La section ennemie qui l’occupe tente de résister. Le Lieutenant Bonnardot est grièvement blessé, mais après une lutte courte et violente, la ferme est prise : 1 officier, 12 hommes et 1 mitrailleuse tombent entre nos mains. A droite, la lutte est plus sévère ; un ouvrage bétonné ancienne batterie casematée, est solidement tenu par l’ennemi, couvert par un barrage d’artillerie et les feux de flanc des mitrailleuses ennemies.

Julien Herbin
Julien Herbin

La e Compagnie (Capitaine Carette) occupe rapidement la partie Ouest de l’ouvrage, mais l’ennemi résiste de l’autre côté. Pendant une demi-heure, la lutte se prolonge à vingt mètres de distance. Enfin le dernier abri est emporté par le SousLieutenant Dumont. Une quinzaine d’hommes et 1 mitrailleuse sont pris. Les premiers objectifs sont atteints : à gauche, la 7e Compagnie continue sa progression à travers le grand cimetière ennemi, atteint ses objectifs définitifs. A droite, la 6e Compagnie doit s’arrêter dans sa progression, la division de droite n’ayant pu progresser. A 15 heures, la 6e Compagnie reprend son mouvement appuyée à droite par un peloton de la 1re Compagnie. D’un élan, la 2e ligne ennemie est enlevée. Tout ce qui n’est pas tué est pris : 30 prisonniers et 3 mitrailleuses sont pris. C’est pendant ce mouvement que le Soldat de 1re  classe, Van Kemmel, de la1ere Compagnie, mérita la Legion D’honneur avec la citation : « précipité sur une mitrailleuse en action qu’il a enlevée après avoir mis les servants « hors de combat. » « Deux blessures. Médaille pour un fait de guerre absolument semblable lors « de l’attaque du Plateau de Vauclerc, le 16 Avril 1917. » La progression est ensuite continuée par des éléments de la 5e Compagnie jusqu’au ruisseau de Saint-Jansbeck, à 1500 mètres de nos lignes de départ. Le 2e Bataillon s’installe alors sur les positions conquises et organise le terrain sous un bombardement incessant. Cette brillante opération vaut au régiment sa deuxième citation à l’Armée : « Très bon Régiment qui s’est brillamment comporté à Verdun, sur la somme « et sur l’Aisne. Vient, sous le commandement du Lieutenant Colonel Pravaz, de « donner la mesure de sa tenacité et de son esprit offensif, au cours des opérations « dans les Flandres, s’emparant, malgré la résistance de l’ennemi dans des « organisations bétonnés, d’une zone de terrain profonde de 1.500 mètres, sur une  « longueur de même importance. » L’attaque du 16 Août, continuée jusqu’au 30 Août par une série d’opérations de détail, s’est faite sur un front de  15 kilomètres, au Nord de la route d’Ypres à Menin. Sur ce front, entre Drie-Grachten et Saint-Julien, elle permet la rupture de tout un système de tranchées et de points d’appui et aboutit à la prise de Langemarck.

Le 19 Août, le Régiment, enlevé en autos, est ramené dans la région de Warhem, où il stationne jusqu’au 2 Octobre, les unités étant à tour de rôle employées aux travaux de deuxième ligne. Le 6 Octobre, après avoir stationné quatre jour au Camp de  Roosbrugge, le Régiment vient à Quadypre, où il séjourne jusqu’au 22 Octobre.

REVUE DU GÉNÉRAL PETAIN

Dès son arrivée, le 6, un bataillon est passé en revue à Bergues par le Général Commandant en Chef qui remet la Croix de guerre au drapeau du Régiment.

SECTEUR DE LA FERME PAPEGOED

Le 27 Octobre, la 162e Division d’Infanterie étant mise à  la disposition du 36e Corps pour relever la 1re  Division d’Infanterie, le 127e Régiment d’Infanterie embarque en camions-autos pour se rendre dans la Région Nord de Woesten et il relève dans le secteur de la Ferme Mondovi-Papegoed le 233e Régiment d’Infanterie. Sous un bombardement violent d’obus  de tous calibres et dans un terrain marécageux couvert d’entonnoirs profonds mais pleins d’eau, le Régiment organise le secteur qui borde la Forêt d’Honthulst. La première ligne est constituée par des trous d’obus dont l’homme occupe la partie supérieure sous une tôle ou une toile de tente, car ses pieds sont dans l’eau, et il reste là tout le jour accroupi, tout déplacement n’étant possible que la nuit dans ce terrain parfaitement plat. Il a seulement la consolation de savoir que l’ennemi d’en face n’est pas mieux logé.  Les quelques abris bétonnés où serrent les troupes de soutient sont soumis à un bombardement continuel. Malgré tout les corvées vont et viennent sur les caillebotis, insouciantes des obus moins dangereux dans le sol mou, et l’organisation continue jusqu’au 20 Septembre 1917. Après ce séjour particulièrement pénible, le 127 me Régiment d’Infanterie est ramené en autos dans la région de  Quaedypre  d’où il part, le 2 Septembre, pour gagner par voie ferrée Lilliers puis par voie de terre la région Montmorency-Groslay.

 Au 12 octobre 1917, À l’issue de sa période de repos avec son régiment, Julien Herbin est affecté au 43e régiment d’infanterie. Il participera à la bataille de l’Yser. Fera une longue marche vers Paris pour se rendre, par voie ferrée, à la lisière de la Somme et de l’Oise (régions de Noyon et de Montdidier) Il y restera jusqu’au 5 avril 1918 Voici le résumé du journal du régiment pour cette période.

Julien Herbin
Julien Herbin à gauche

Octobre 1917

le 43e régiment d’infanterie est chargé de tenir un secteur dans la région de Bixschoote, dans les Flandres maritimes belges, qui comporte plusieurs fermes dont celle de la Borne. Au début d’octobre, une attaque audacieuse dans ce secteur marécageux et inondé volontairement par les forces alliées, permet au régiment de gagner environ 2 km de profondeur par rapport au front précédent. Le 43e garde aussi, un peu plus tard, les forts de Dunkerque, Petite Synthe, Fort français, Fort des dunes.

Du 22 au 25 octobre, ce sont les préparatifs de départ. Le 26, ont fait mouvement. Le régiment a pour mission de s’établir dans le secteur appelé « La chaudière » avec l’armée britannique à droite et à le 127e régiment d’infanterie. Le régiment doit défendre un front qui va de la ferme Jean Bart au bois Lemoine. Le champ de bataille se situe un peu au Nord de Poperinge (B). Au  début novembre, il se produit des escarmouches de part et d’autre et l’artillerie bombarde continuellement. Il n’y a pas pour autant d’attaque massive. Le 43e régiment d’infanterie est dégagé quelques jours du front. Il cantonne dans la ville proche de Woesten.  Le 16 novembre, un tir d’artillerie artillerie important est déclenché par l’armée allemande. Il est suivi d’une attaque importante d’infanterie.

Les troupes allemandes tentent de s’infiltrer entre les lignes françaises. Un tir de barrage fait échouer la manœuvre germanique. Jusqu’au 1er décembre 1917, le secteur est calme. Le régiment est acheminé vers un autre théâtre d’opérations. Il repart en camion, en automobile et  à pied. Bientôt on le retrouve dans la région de Lillers.

Le 4 décembre, il traverse Maisnil Saint Pol, Buneville,  Moncheaux les Frévent dans la région d’Arras et Saint Pol sur Ternoise. Puis, le 6 décembre, il repart vers Bouquemaison. Le 7, 8 et 9 il fait route vers Amiens…stationne à Camy et Longeau. Les moyens de déplacement sont très divers : voiture, camion, charrette hippomobile et même… à pied !  Le 12 décembre on est à Flers sur Noye,  Bonneil les Eaux,  Essserteaux (pas très loin de Breteuil sur Noye, 60) on continue vers Hardivillers et Troussencourt puis Froissy, Maisoncelles Tuileries, Haudivillers, Mouy. De cette manière on atteint la région parisienne. On note sur le journal, le  31 décembre 1917 que le régiment comporte 2315 caporaux et soldats et 239 officiers et sous-officiers.

Janvier 1918

Le 4 janvier, on s’embarque, par le train, à Goussainville (banlieue de Paris ). On débarque à La Fére en Tardenois. (Entre Soissons et Château-Thierry). On stationne au camp de Chéry Chartreuse, légèrement au nord du lieu de débarquement ainsi qu’à Mareuil. Le 26 janvier, ont fait mouvement en direction de Ventelay par Fismes. On prend position dans le secteur de la Ville au Bois. Au cours de ce mois de février le 43e régiment d’infanterie tiendra ce secteur. Le front et relativement calme. De temps à autre, il y a un mort du fait des bombardements. Sur le journal du régiment il y a une carte qui représente l’implantation des lignes françaises et allemandes. Les tranchées sont crénelées, sur ce plan, rappelant la fortification des châteaux forts. Il  y a plusieurs lignes successives de défense. C’est un dispositif très efficace qu’il est difficile de percer.

Le 1er mars ont lieu de très violents bombardements et une tentative de coup de main du côté allemand. Il y a, côté français, plusieurs victimes (5 morts, 7blessés et 2 disparus). Côté français, on monte une opération dans le but de faire des prisonniers et de s’informer sur le dispositif ennemi. Trois colonnes se mettent en mouvement. Un bombardement est effectué juste avant l’attaque. On a prévu  ce coup de main pour le 4 mars. C’est un échec total. Les trois colonnes sont repoussées.. Le 21 mars une troupe d’une centaine d’Allemands attaque violemment les lignes françaises et pénètre dans la tranchée Vérancourt. Ils tentent d’investir la ligne principale. Un groupe de combat du 43e attaque en utilisant surtout les grenades. L’ennemi doit battre en retraite. Côté français, il y a un tué sept blessés et un disparu. Côté allemand beaucoup plus.

Le 25 mars, le régiment embarque en camions sur la route de Ventelay.     Il part en direction de Noyon dans l’Oise. Il doit tenir la rive du fleuve. Le régiment n’est pas très loin du mont  Renaud et de l’ancien moulin du Terzey à la lisière sud de Caudry sur Matz. Le 27 mars, l’ennemi attaque sans résultat et subit de lourdes pertes. Le régiment est réuni sur la route d’Attichy et de Tracy le Marest. Il est embarqué pour la région de Ressons sur Matz. Le 30 mars, le retrouve près de Lassigny. Il  marche sur Maignelay et s’établit près de Sérévillers. Le 43e doit mener la contre-attaque en direction de le Plessier. Il va  vers  Crève-cœur Lepetit pour occuper la route qui va de Montdidier à Saint-Just en Chaussée. L’ennemi s’est emparé de Fontaine sous Montidier, Cantigny, et Maisnil Saint Georges (à l’ouest de Montdidier.) Le 31, le 43e RI contre-attaque dans le but de reprendre le village de Maisnil Saint Georges On attaque de front et on cherche à déborder des deux côtés.  On gagne un peu terrain mais en avance de manière limitée. On décide de consolider les positions conquises plutôt que d’atteindre coûte que coûte l’objectif initial. Dans l’opération, on a perdu 13 hommes, quatre caporaux et un officier.

Dans la nuit du 3 aux 4 avril la relève arrive. Le 5, le 43e s’installe à Plainville (entre Montdidier, 80 et Breteuil sur Noye, 60) comme troupe de réserve.

Le 6 avril 1918,  Julien Herbin est muté au 201e régiment d’infanterie. À cette époque, le 201e se trouve au sud de Noyon, à proximité de l’Oise. Chacune des deux armées essaie de regagner du terrain. Les combats sont extrêmement violents.

Julien Herbin est caporal
Il est caporal. Il est décoré de la Croix de guerre avec une citation à l’ordre du régiment (une étoile).

La ligne de défense (et d’attaque) se situe aux abords du village d’Ourcamps. Il y a là une abbaye cistercienne fondée au XIIe siècle par l’évêque de Noyon. Le 201e est chargé de défendre les positions françaises au bord de l’Oise. Chaque jour, un tir fourni d’obus fait quelques blessés… parfois un mort. Le 6 avril, jour de l’arrivée du soldat, l’officier rédacteur note : « 1334e journée : mêmes missions, mêmes emplacements que la veille ».

Fin avril 1918

Le 23 on envoie une patrouille de reconnaissance De l’autre côté de l’Oise, où se trouvent les lignes allemandes.  Il se produit un accrochage avec les tirailleurs allemands bilan : deux blessés et trois disparus.

Début mai

Les Allemands (en plus des bombardements traditionnels) utilisent le gaz (Ypérite). De nombreux soldats sont blessés aux yeux. Le 3 mai une patrouille est envoyée en embuscade sur l’autre rive avec l’objectif de ramener un prisonnier. Elle y parvient. Le 9 et le 10 mai, c’est la relève. Le 201e est cantonné à Plessis Brion, Choisy au bac et  Montmucq.

Fin mai

Le 27 mai, on embarque le 201e en camion. Direction la commune de Venizel (dans le département de l’Aisne, près de la ville de Soissons). Le 28 mai, 5 tués 17 blessés et 37 disparus pour une moitié du régiment et 6 tués 19 blessés 57 disparus pour l’autre. Le lendemain c’est plus terrible encore il y a près de 1000 hommes (tués et blessés et disparus) qui sont mis hors de combat. Les Allemands, avec un rapport numérique supérieur, attaque sans relâche. Le régimentaire presque 500 hommes chaque jour.

Début juin

La bataille du 4 juin les très violente. Les tous françaises défendent la ville de Villers-Cotterêts. Et malgré une farouche résistance, l’ennemi avance. Les pertes sont lourdes. Les Allemands n’hésitent pas à utiliser massivement les gaz de combat. En quelques jours, les Allemands ont gagné un terrain important. On se dispute la possession du bois de Retz . Les deux armées l’occupent tour à tour. On se bat au corps à corps. Il y a beaucoup de morts dans chaque camp. L’armée française y rencontre quelques succès. Elle fut 19 prisonniers et s’empare de plusieurs mitrailleuses. L’ennemi qui faiblissait reçoit des troupes fraîches Et recommence à gagner du terrain.

Le 233 régiment d’infanterie vient relever le régiment et l’armée française de reprendre sa marche en avant et gagner quelques centaines de mètres. On tient le secteur de Corcy et la Grille de Laie du parc. On s’avance vers Longpont.

Juillet

Le 12 juillet, le 201e quitte la zone de Nanteuil le Haudoin où il avait été cantonné quelque jour pour revenir dans la zone de la forêt de forêt de Retz où il était précédemment. Le régiment est échelonné entre le point d’Orléans et la forêt Saint Rémi.

Le 18 juillet l’ordre d’attaque générale arrive. Des positions sont conquises et les objectifs fixés atteints mais les pertes sont considérables (4 officiers tués, 13 blessés et 543 hommes tués et blessés ou disparus). Le 24 et les journées qui vont suivre seront des journées noires pour le 201e. Les Allemands vont gagner beaucoup de terrain. «Les hommes sont à bout de souffle. Ils n’ont pas dormi pendant sept jours et sept nuits. La fatigue des déplacements durant ces longues journées de combat est très grande», note le rédacteur du journal du régiment. Il y a beaucoup de blessés et de disparus. Julien Herbin fait partie  de la liste. Nous sommes le 25 juillet 1918, 1444e jours du conflit.  On note ce jour là  30 disparus. À la fin de cette bataille, comptera 120 disparus, 27 blessés et quatre tués. Le rédacteur du journal écrit : « l’ordre pour la reprise de la station et des anciennes positions, à l’est, n’était plus possible faute d’hommes. Il y a eu un grand repli. Les causes en sont connues. Les hommes étaient épuisés et leur résistance amoindrie. Ils auraient pu se replier sans combattre sur la ligne de soutien mais ils avaient reçu l’ordre de tenir la ligne à l’est de la station. Ils s’y sont sacrifiés et ce n’est qu’une infime minorité qui a pu nous rejoindre avec le lieutenant Aragoy et lelieutenant Beulhongines».

Dans la soirée le lieutenant-colonel est averti de la tournure des opérations. Le régiment est relevé le lendemain par des éléments de la 25e division d’infanterie. Le régiment est mis au repos fin juillet pour quelques jours. Quelques temps plus tard  (1er octobre 1918) on trouvera le nom de Julien Herbin sur la liste des prisonniers communiquée par l’armée allemande.

Entre juillet 1918 et le 28 février 1919, date à laquelle il sera « reversé dans son régiment » on ne connaît rien de sa période de captivité hormis l’avis officiel du 1er octobre 1918 émanant des autorités allemandes et déclarant qu’il faisait partie de la liste des prisonniers.

Contrairement à ce qu’atteste le document décrivant ses états de service, le caporal-chef Julien Herbin ne sera jamais « reversé à son régiment ». En réalité, le 201e a été dissous, 15 jours auparavant. Le 13 février 1919, à Hockheim, en Allemagne, a lieu une dernière revue. C’est une cérémonie très solennelle. Le lieutenant-colonel Mougin, commandant le 201e RI prononce le discours le plus émouvant, probablement, de sa carrière de soldat: « Par décision du maréchal de France commandant en chef, le 201e RI, aujourd’hui 13 février 1919 est dissous. C’est un jour de deuil puisqu’il est celui de la séparation ; les amis avec lesquels on a souffert s’éloignent, les camarades près desquels on a combattu disparaissent. Jour d’allégresse aussi puisqu’il marque la libération prochaine, le retour au foyer, la victoire définitive.

Officiers, sous-officiers, caporaux et soldats, en votre nom, je m’incline bien bas devant nos camarades tombés au champ d’honneur et je salue avec fierté notre drapeau qui doit toute sa gloire à votre bravoure, à votre courage, à votre esprit de sacrifice… à tous vos mérites. Vous avez été partout au cours de cette campagne et, partout, vous vous êtes dignement signalés. Jamais une faute, pas une défaillance, mais le devoir toujours noblement accompli. Soyez fiers de votre régiment vous n’en trouverez pas de plus beau. En ce qui me concerne, je vous suis tous reconnaissants de m’avoir fait vivre, pendant les deux ans de mon commandement, les plus belles heures de ma carrière militaire, déjà longue. Fier d’avoir été votre chef,  je serai fier aussi de rester votre ami.

A partir du 28 février 1919, le caporal Julien Herbin est affecté de nouveau au 43e régiment d’infanterie.

Julien Herbin
Julien Herbin avec des soldats de nationalités différentes (probablement des Anglais…)

Malheureusement, le JMO du 43e s’achève le 31 décembre 1918 de telle sorte, qu’actuellement, nous n’avons pas d’information sur son action en 1919 et 1920 et notamment, nous ne savons pas s’il a participé à la mise en place des cimetières de Lorette et de la Targette.

Alain Cadet

Histoire d’une photographie, photographie d’histoire (II /II) La Bataille de Lorette

Le cimetière de la Targette
Le cimetière de la Targette, juste après-guerre, au moment de sa constitution

 Cette photographie a appartenu à Julien Herbin, soldat de 14-18.

La guerre terminée, il reçut pour mission d’enterrer les soldats français morts au combat lors de la bataille de Lorette. Nous sommes, après-guerre, au cimetière de la Targette, près d’Arras (7473 tombes et un ossuaire contenant 380 corps). On y regroupe les morts des batailles d’Artois… dépouilles exhumées du champ de bataille, soldats provisoirement enterrés dans les cimetières des villages proches. C’est un des plus grands cimetières français de la région, après celui de Notre-Dame de Lorette (19 000 croix et plus de 20 000 inconnus dans les ossuaires).

 Beaucoup de ces soldats sont tombés pour la conquête de cette colline de Lorette (165 m), verrou stratégique et point d’observation, dominant l’Artois et le bassin minier. La bataille a fait plus de 100 000 victimes du côté français (et probablement au moins autant, du côté allemand). Elle a duré 12 mois (oct 1914 – oct 1915)

 L’état-major allemand veut prendre Paris. C’est ainsi qu’il délaisse l’Artois, à sa portée. Mais la bataille de la Marne ne tourne pas à son avantage. L’hiver approche. Le temps est pluvieux. Les deux armées sont solidement campées dans des tranchées bien défendues. Les conditions d’une offensive victorieuse rapide ne sont plus au rendez-vous, à l’Est. Le nouvel objectif stratégique de l’armée allemande, en cette fin 1914, consiste à couper la route de la mer conduisant à l’Angleterre. Il faut s’emparer des ports belges et des ports français de Calais et Boulogne. Pour cela, Amiens et Arras doivent être conquises.  Mais Arras est désormais défendue solidement sous le commandement du général Barbot. Il laissera sa vie dans les combats, mais la ville ne sera jamais prise. Fin septembre, l’ennemi est pourtant à deux doigts de réussir. À partir de Saint Laurent Blangy et Ficheux, dans la proche banlieue, il tient la ville en tenaille Il n’ira jamais plus loin. À partir du 2 octobre 1914, son offensive est brisée.

 Le 5 octobre, des troupes bavaroises investissent le plateau de Notre-Dame-de-Lorette. Ils s’y installent solidement. Henri René (pseudonyme du commandant Laure, chef de la 3e division du 149e RI et qui a participé à tous les combats) écrit, le 1er novembre, dans « Une Bataille de 12 mois », 1916 : «Les espérances de l’infanterie se sont figées. La « course à la mer » se résolut par l’immobilisation de deux armées formidables, trop également parfaites dans leur organisation et dans leur obstination. Notre plateau de Lorette commence à se hérisser d’ouvrages sortis des pioche des fantassins». Dans cette guerre de position, chaque centaine de mètres gagnés à un prix, lourd de vies humaines. L’auteur poursuit : «Les cimetières se multiplient.  Il s’en crée, au fur et à mesure des besoins… au revers des tranchées, dans des conditions d’ensevelissement précaires, avec la seule oraison funèbre des camarades » Et cela, sans compter tous ceux qui ne trouveront jamais de sépultures : « Lorsque l’angoisse vous étreindra de n’avoir pas lu le nom du « vôtre » sur une petite croix d’un cimetière… Il est là-bas fier d’y reposer, même si la croisée d’une baïonnette rouillée est le seul monument funéraire dressé à sa mémoire… Ne pleurez pas, si vous ne lisez pas son nom. Vous l’entendrez passer avec le vent, sur ce plateau désert où les poussières soulevées ne seront plus, désormais, que la cendre de nos héros »

Histoire d’une photographie, photographie d’histoire (I /II) La Targette

La Targette
La Targette : extraite de l’album de Julien Herbin

Cette photographie est extraite de l’album de Julien Herbin, né en 1898 à Houplines, soldat de la Grande guerre.

Bien qu’appartenant à la classe 18, il est appelé sous les drapeaux en 1917.  À cette époque, il travaille à Paris tandis que le Nord est en zone occupée. Il est affecté au 43e RI, un régiment lillois. D’avril à octobre 1917, il l’accompagne en Champagne puis en Flandres belge. Ce n’est que bien plus tard qu’on le retrouvera sur les collines de l’Artois.

 Julien était un « taiseux », surtout s’il s’agissait d’évoquer la Grande guerre. Ses enfants et ses petits-enfants ne connaissaient rien de son passé militaire. Il y eut cependant une exception. À une époque où l’ancien soldat était déjà âgé, il entreprit avec sa fille,  son beau-fils et le père de ce dernier, Alexander, un sous-officier de l’armée britannique qui avait combattu pendant toute la guerre, en Artois, la visite du cimetière militaire de Lorette * et des anciens champs de bataille. Pour la première – la seule fois de sa vie – on vit Julien pleurer à chaudes larmes. Il raconta alors « qu’à la fin de la guerre, il avait enterré, non loin de là, beaucoup de soldats français avec l’aide de prisonniers allemands ». Cette scène, saisie par le photographe (probablement en 1919) témoigne de cet épisode de la vie du soldat. Sur le dos de la photo, Julien a écrit : « 1914, les premiers morts de Lorette ». Nous sommes dans le cimetière de La Targette, près d’Arras, plus de 7000 tombes, l’une des plus vastes nécropoles de la Grande guerre. On est à mi parcours de sa constitution. Les « prisonniers allemands » (à partir de la gauche : 2e, 5e,7e,8e,10e) et leurs gardiens français sourient malgré le caractère macabre de leur tâche. La guerre est finie. Il y a deux Chasseurs alpins du 12e régiment (1er, 6e), un sous-officier et un officier et deux soldats d’un régiment d’infanterie (4e, 9e). L’homme de troupe, calot réglementaire, baïonnette au canon garde les prisonniers. Son chef, en tenue de sous-officier (le 4e en partant de la gauche), c’est Julien ! Fait prisonnier, pendant la guerre, à son retour d’Allemagne, il a été affecté, à nouveau, au 43e RI. Il se repose sur une canne et arbore fièrement une croix de guerre avec étoile et palme. Il avait eu une guerre très intense. Muté au 127e, en octobre 1917, il se bat dans les Flandres belges dans la région de Bixschoote, puis ce sera l’Oise (Noyon) et la Somme (Montdidier). Le 6 avril 1918, Julien rejoint le 201e RI. C’est là qu’il va connaître l’épisode le plus douloureux de sa carrière de soldat. Le régiment est positionné dans la forêt de Retz, près de Villers-Cotterêts (02). Au moins juillet, les combats sont terribles. Les troupes françaises et allemandes se disputent le terrain… l’occupant tour à tour à l’issue de terribles corps à corps Les pertes, des deux côtés, sont considérables. Le 25 juillet 1918, 1444e jour du conflit, Julien Herbin fait partie de la liste des disparus avec 30 autres soldats. Fin juillet le bilan est très lourd : 120 disparus, 27 blessés et 4 tués. Le rédacteur du Journal de marches et opérations notera : «Les hommes sont à bout de souffle. Ils n’ont pas dormi pendant sept jours et sept nuits. La fatigue des déplacements, durant ces longues journées de combat, est très grande. L’ordre pour la reprise de la station et des anciennes positions, à l’est, n’était plus possible faute d’hommes »

*La Bataille de Lorette se déroula d’oct 1914 à oct 1915. De nombreux cimetières de l’Artois témoignent de la dureté des combats dont ceux de Lorette et de la Targette

 Note : Au départ, je n’avais en main que 2 photographies très énigmatiques. Je me suis donc livré une sorte d’enquête pour les décrypter. J’ai beaucoup été aidé dans mon entreprise par deux habitants de Neuville Saint Vaast : Monsieur Bardiaux, le conservateur du musée de la Targette et Monsieur Donald Browarski, un autre passionné de la guerre 14 18 qui a installé un petit musée dans sa propriété.