L’explosion des Dix-huit Ponts

Une commémoration du centenaire de l’événement qui a donné lieu à un livre.

Le bastion des 18 ponts lors d'une inspection par le général Rupprecht de Bavière, commandant de la sixième armée bavaroise, fin 1915
Le bastion des 18 ponts lors d’une inspection par le général Rupprecht de Bavière, commandant de la sixième armée bavaroise, fin 1915

Dans la nuit du 10 au 11 janvier 1916, du côté de la porte de Douai, dans le quartier Moulins, le dépôt de munitions allemand situé dans le rempart sud de Lille, au bastion des Dix-huit Ponts, explose mystérieusement. Avec 140 morts, 400 blessés, 738 maisons soufflées, 21 usines rasées dans le quartier Moulins, c’est, en France, la plus grande catastrophe civile du XXe siècle.

Arsenal français la seule image connue de l'intérieur du bastion
Arsenal français la seule image connue de l’intérieur du bastion

Ce centième anniversaire de la catastrophe a été l’occasion de commémorer l’événement, le 10 janvier 2016 au monument des Dix– huit Ponts et, le 11, au cimetière du sud. Les médias – presse écrite, radios et télévisions – ont abondamment commenté l’événement. Malgré son caractère dramatique, hors norme, il avait presque été oublié. Il faut remonter au 13 octobre 1929, date de l’inauguration du monument des Dix– huit Ponts par le maire de l’époque, Roger Salengro, pour en trouver une trace notable dans la presse. Mais, la maison d’édition nordiste Les Lumières de Lille avaient largement anticipé événement en mettant en chantier un livre, L’Explosion des Dix-huit ponts, un AZF lillois en janvier 1916, qui fait revivre cette histoire oubliée. Il arrive à point nommé d’autant plus que, curieusement, depuis un siècle, aucun autre ouvrage n’avait tenté de faire le tour de la question.

Les pompiers lillois sur place
Les pompiers lillois sur place

En 1916, les autorités allemandes n’avaient livré que très peu d’informations sur le sinistre et la cause de l’explosion. Ce qu’elles en ont dit à travers les communiqués ou dans des articles publiés sous le régime de la censure, ne résiste pas à ce que l’on en sait avec le recul de l’histoire. Après-guerre, dans les années 1919, 1920 et 1921 , on verra apparaître dans plusieurs ouvrages de témoignages… puis, au fil des ans, quelques évocations aussi sporadiques que discrètes dans la presse.

Dans les ruines des usines détruites, les officiers allemands prennent la pose
Dans les ruines des usines détruites, les officiers allemands prennent la pose

L’écriture de ce livre a été un vaste chantier de consultation des différents services d’archives de même qu’une longue recherche iconographique. Finalement, ce travail a donné lieu à d’étonnantes découvertes dont la plupart sont relatées dans l’ouvrage. Une des questions centrales concerne la cause de cette explosion. Que s’est-il produit en cette nuit froide de janvier 1916 ? L’histoire gardera sans doute, pour toujours, une partie de son mystère. Mais ce travail d’inventaire réactualisé fragilise ou conforte les différentes hypothèses formulées, au fil des ans. Lorsque la ville de Lille est libérée, elle s’efforce d’oublier cette période d’occupation par l’armée allemande qu’elle ressent comme une période honteuse et douloureuse. Cette histoire dramatique du bastion lillois permet de revenir, sans tabou, sur cette page d’histoire lointaine et méconnue. Le livre est aussi l’occasion de mettre l’accent sur les aspects contemporains de l’événement. L’explosion a sans doute été également une catastrophe écologique dont les effets perdurent encore, je 100 ans après. Bizarrement, cet aspect n’avait jamais été évoqué, ni à la fin des années 1910, pas plus que qu’au début des années 2010.

Arsenal  ce qu'il reste de l'arsenal quelques jours après l'explosion
Arsenal ce qu’il reste de l’arsenal quelques jours après l’explosion

On ne peut s’empêcher de comparer cette explosion des Dix– huit Ponts avec celle d’AZF Toulouse, survenue en 2001. Elles présentent, d’étonnantes similitudes. En travaillant la question, on a vite compris pourquoi. Les explosifs partis en fumée sur les deux sites étaient partiellement de même nature. Mais, on a découvert qu’il était fort possible que les causes de l’explosion de Lille et de Toulouse soient identiques. Du coup, le livre propose une nouvelle explication qui viendra enrichir l’éventail pourtant complet des ouvrages tentant de faire la lumière sur l’explosion toulousaine. Au moment où, après 15 ans de procédures infructueuses, devrait s’ouvrir le troisième procès d’AZF cette participation au débat ne passera pas inaperçue.

Les militaires allemands qui gardaient le bastion
Les militaires allemands qui gardaient le bastion

Cet ouvrage sur l’explosion des Dix-huit Ponts, très documenté, est politiquement incorrect mais ne cherche pas à provoquer. Simplement, l’examen des faits, fais surgir des éléments nouveaux dont certains peuvent être dérangeants. Le livre a choisi de donner la parole à un certain nombre de spécialistes incontestés de différents domaines : histoire, génie militaire, munitions historiques, etc. qui ajoutent un éclairage particulier à la compréhension de l’événement. Sa publication en 2016 arrive aussi à point nommé pour réunir une iconographie très riche, souvent inédite, qui permet de visualiser l’ampleur du drame. La plupart des images prises il y a un siècle étaient parties en Allemagne et, grâce à la magie d’Internet, elles reviennent peu à peu sur leur lieu de production. Si l’usage de la photographie était strictement interdit aux Lillois, pendant l’occupation, les officiers allemands en revanche y démontraient un certain talent.

Une Cérémonie présidée par Madame Martine Aubry maire de Lille
Une Cérémonie présidée par Madame Martine Aubry maire de Lille

La ville de Lille a commémoré l’événement en organisant deux belles cérémonies. Le dimanche 10 janvier, au monument des Dix-huit Ponts, puis dans une salle voisine, on a évoqué la catastrophe avec ses moments d’horreur mais aussi en évoquant la solidarité des sauveteurs allemands ou français et de la population. Les deux temps forts ont été le discours de Madame Martine Aubry, maire de Lille et la lecture de textes d’époque par les élèves de l’école Launay construite sur le site même de l’ancien bastion. Le lendemain, 11 janvier, les familles ont pu se recueillir au Carré des Dix-huit Ponts, en plein cœur du Cimetière du sud. Certains étaient venus de très loin comme cet universitaire de la Rochelle dont la grand-mère qui habitait rue Desaix ou l’on compta 38 morts, réchappa miraculeusement. Elle put s’enfuir dans la nuit, avec son bébé mort dans les bras. « J’ai été très ému par la lecture des élèves de l’école Launay  du texte de l’abbé Demarchelier, le curé du quartier », expliquait-il. « Quand il a évoqué cette femme courant pieds nus, malgré les éclats de verre qui jonchaient la rue, sans s’être rendue compte que l’enfant qu’elle emportait était déjà mort, je n’ai pu m’empêcher de me demander s’il ne s’agissait pas de ma grand-mère. »

Alain Cadet, L’Explosion des Dix-huit Ponts. Un « AZF » lillois en janvier 1916, Les Lumières de Lille. 22 €. Livre disponible en librairie et sur www.leslumieresdelille.com.

Dernières retouches pour le pont Napoléon et fin définitive des travaux

 Sur le pont Napoléon, reconstruit en béton armé, mais ressemblant comme deux gouttes d’eau à son ancêtre de 1850, on soigne la finition avant la réception très prochaine des travaux.Pont Napoléon à l'origine

Quasiment terminé en décembre dernier, il suscite depuis de nombreux commentaires concernant les nouvelles sphinges (féminin de sphinx) au style napoléonien (notre édition du 14/12/2014) ou les vraies fausses dégradations (notre édition du 20/01/2015) des cartouches célébrant les victoires de l’empereur. On croyait l’histoire terminée. Au milieu de la semaine, on pouvait cependant voir Antoine, technicien de la société parisienne Tollis, s’affairant sur les fameuses sphinges dont la disparition mystérieuse a suscité bien des interrogations.  D’un poids de 250 kg chacune, en acier traité, elles sont le portrait craché de leurs aïeules bicentenaires. Comme on disposait seulement de cartes postales, les représentant,  il a fallu se livrer à une véritable enquête policière pour les restituer dans leurs formes et leurs dimensions. Après bien des mesures, plusieurs réunions entre Tollis, MEL et la ville de Lille et de nombreux moulages en plâtre, on est parvenu à un résultat satisfaisant. Le sculpteur n’a pas fait dans la demi-mesure. Il a réalisé l’original en pierre, à l’ancienne. Ainsi, a-t-on pu fabriquer un moule en résine résistante aux hautes températures. Les sphinges lilloises ont été coulées dans un atelier spécialisé de la région lyonnaise avant d’être peintes au pistolet, couleur  bleu-vert d’époque, dans les ateliers de la société, à Chevilly la Rue.

Comme, lors de l’installation, les engins de levage, avaient fait quelques éclats dans la peinture, les raccords au pinceau d’Antoine s’imposaient… avant la prochaine revue de détail. « Je vais aussi mettre en place un joint d’étanchéité », poursuit le technicien. « L’eau s’infiltre entre la pierre et l’acier et à la longue la statue se dégraderait prématurément ». Après un essai au silicone, Antoine a finalement opté pour un ciment technique très étanche.

 Les dates de « Napoléon »

1809 – 1811

Le premier pont de pierre est construit par l’architecte lillois Benjamin Dewarlez. Il ressemble à ce qu’il est aujourd’hui (avec ses sphinges et piédestaux) sauf en son milieu. C’est un pont de pierre de type « Romain » avec une arche très fine.

1850

Pont Napoléon

Il est partiellement reconstruit. La partie centrale, en pierre, était très fragile. Elle est remplacée par des arcs métalliques ajourés, une grande spécialité des usines sidérurgiques du Nord de l’époque.

1918

Au mois d’octobre, l’armée allemande en retraite, qui pratique la politique de la « terre brûlée », fait sauter le pont Napoléon ainsi que les autres ponts et la plupart des infrastructures de la ville.

1920

L’exposition internationale de Lille se profilant sur le Champ-de-Mars, on reconstruit le pont succinctement. Il s’agit d’un simple pont métallique droit qui relie les deux bords de la Deule.

1940

Au mois de mai, l’armée anglaise bat en retraite et cherche à retarder l’avance de l’occupant. Elle démonte la partie métallique du pont à l’aide de pioches et burins.

1960

Pont Napoléon au XXème siècle

Dans cette décennie, à une date indéterminée, les sphinges transportées dans un parc de la ville disparaissent pour des raisons inconnues. L’événement est passé complètement inaperçu, à l’époque.

2014 – 2015

Pose du tablier du Pont Napoléon

On reconstruit avec des techniques modernes le pont. Visuellement, le nouvel ouvrage est très proche de la version de 1850