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Cette maison remarquable a traversé les deux siècles, le n° 178, rue du général-de-Gaulle, 593370

Le 178 route de Roubaix, avant 1914.

Photographiée, un peu avant la Guerre de 1914, cette maison est située, 178, route de Roubaix (actuellement rue du général-de-Gaulle). Elle a fière allure. Son propriétaire est très fier sa maison flambant neuve. C’est la raison pour laquelle il a loué les services d’un photographe professionnel, possédant une chambre à décentrement, un objectif haut de gamme et la compétence qui va avec, pour immortaliser l’image de son prestigieux domicile. Ce propriétaire s’appelle Charles Pottier. Il a confié les plans de l’édifice à un quasi-voisin, l’architecte Gabriel Pagnerre. Son cabinet se trouve presque en face, au 265, route de Roubaix. Gabriel est l’architecte à la mode… à Mons, la Madeleine, Lille, Marcq-en-Barœul et ailleurs. Son tempérament exubérant correspond aux goûts de la bourgeoisie de son époque.  Charles Pottier est un riche industriel. Il a fait fortune dans la filature du lin. Il possède une importante manufacture dans le quartier Saint-Sauveur, à Lille. Il est né à deux pas de cette maison dans une famille très influente dans la paroisse comme dans la commune. Charles est un membre incontournable du bureau de nombreuses associations locales. Il est un des piliers de la société des « Habitations Bon Marché », le lointain ancêtre de nos sociétés d’HLM. Il est aussi le président de la fanfare Saint-Pierre (l’ancêtre de l’actuelle Harmonie Municipale) dans laquelle il joue du tuba en véritable virtuose. C’est aussi un orateur hors-pair. A l’église ou dans les grands évènements de la commune, c’est souvent lui qui est chargé de prononcer le discours. Gabriel s’est efforcé de dessiner une maison qui lui ressemble. Alors que la plupart des constructions du Nord sont dotées d’une façade monumentale, qui, occupe entièrement le côté rue, ici , la largeur exceptionnelle du terrain a permis de construire l’immeuble en profondeur avec des ouvertures sur chacune des quatre faces de la maison. Cette réalisation s’apparente au cottage, une figure de style peu courante dans cette zone urbanisée car elle nécessite un grand terrain. La bâtisse compte deux étages, comme les autres maisons de la rue. Elle s’intègre parfaitement dans le paysage urbain de cette route de Roubaix. Les lucarnes et fenêtres de toit s’inscrivent dans la tradition du style balnéaire. En résumé, Charles et Gabriel nous ont légué une maison monumentale, composite, éclectique… à nulle autre pareille. 

Le n°178, rue du général-de-Gaulle, en 2026.

Plus d’un siècle plus tard, l’édifice n’a pas pris une ride. Les pavés et les rails du tramway ont disparu. Mais, que l’on se rassure ! Tout cela existe encore en sous-sol ! Dans les années 1950, lorsque la ligne de tramway a été remplacée par un service d’autobus, on a simplement recouvert la chaussée d’une épaisse couche d’enrobé. Fini, le temps où la vue était dégagée pour photographier les façades. De chaque côté de la rue, les voitures en stationnement forment deux longues files. Aux heures de pointe, c’est pire ! La rue devient une véritable petite autoroute qui, via le pont du Lion-d’Or, relie Villeneuve d’Ascq à Lille. La photo- couleur souligne le parti-pris ornemental de la façade avec l’emploi de briques rouges et crèmes en bandes alternées qui forment un motif décoratif très à la mode dans les années 1910. De nos jours, cette maison du n° 178 est familièrement désignée par le voisinage comme la « maison des Ginko-Biloba » En effet ces arbres peu courants plantés par Charles Pottier ont pris de l’ampleur. Soigneusement taillés, année après année ils sont devenus un élément décoratif associé à la construction. Le propriétaire des lieux est conscient d’habiter un morceau de patrimoine architectural. Il est réputé pour ses démarches auprès de la Ville pour faire en sorte que Plan Local d’Urbanisme et l’Inventaire du Patrimoine Architectural et Paysager classent ce secteur de la rue afin de le protéger. Il écrit : « Le jour prochain où cette maison et sa voisine du n°180 seront en vente, par leur taille, celle de leur jardin, et l’entretien nécessaire, les investisseurs et promoteurs pourraient être tentés d’optimiser le potentiel rendement financier de ces sites ». On ne peut pas mieux dire. Le secteur monsois des belles « bourgeoises » de l’architecte Gabriel Pagnerre mérite d’être préservé. 

Bonus : 

Charles et sa famille dans son intérieur bourgeois.

Dans sa nouvelle maison, Charles et sa famille prennent la pose. Les caractéristiques voisine du « tirage » laissent penser qu’il s’agit du même photographe que celui de l’extérieur de la maison et que les deux clichés ont été réalisés le même jour. Charles et son épouse sont assis face une fenêtre donnant sur le jardin. De chaque côté du couple sont disposées leurs deux filles. Elles resteront célibataires et passeront toute leur vie dans cette maison.

Un peu de culture…

Gabriel Pagnerre, de l’oubli à la Pagnerromania

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