Mon médecin est un magicien

Je connais ce médecin depuis plus de quarante-cinq ans. J’ai été l’un de ses premiers clients lorsque, son diplôme en poche, il a ouvert son cabinet. J’ai déménagé… changé de commune mais ai gardé ce même médecin. Certains se moquaient de moi. Mais j’ai fini par être récompensé. Avec le développement des déserts médicaux – et pas seulement à la campagne, mais aussi en ville – j’ai toujours eu accès à un médecin à l’inverse de bien de mes concitoyens. Maintenant c’est un vieux médecin. Il va vers ses soixante-treize ans. Il est vraiment d’une autre époque. Il continue à effectuer les visites à domicile pour les personnes à mobilité réduite ou trop malades pour pouvoir se déplacer ! C’est dire ! Il tient bon la rampe. Il souffre d’une profonde addiction à l’exercice de la profession de médecin. En tant que très vieux client, j’ai un statut privilégié. Mon médecin me raconte volontiers ses aventures de la semaine écoulée. Dernièrement, une vieille cliente de quatre-vingt-quatorze ans s’est évanouie. Il a prescrit un Scanner. L’image a mis en évidence un ITC désigné aussi sous le sigle AIT (accident ischémique transitoire). C’est une sorte de mini AVC (accident vasculaire cérébral), réputé beaucoup moins dangereux que son grand frère. Pour autant, la dame ne parlait plus du tout et ne se déplaçait plus qu’en fauteuil roulant. Il y a quelques jours il se rend chez elle pour une visite de routine. Dès qu’il pénètre dans l’appartement, la dame se lève de son fauteuil pour venir l’accueillir. « Ah ! c’est vous docteur ! », s’exclame-t-elle et la voilà qui se lance dans une conversation comme si de rien n’était ! La voisine– plus jeune – qui était venue porter assistance à la malade s’écrie : « Docteur ! Vous êtes un sorcier ! » « Holà, madame ! tout doux ! Un sorcier, c’est très exagéré ! » Il y a quelque chose de Jésus-Christ dans mon médecin !



