Palais Rameau : Charles et son palais enchanté

Le Palais Rameau a vu le jour grâce au legs à la ville de Lille de Charles Rameau, un généreux lillois, La municipalité d’alors a donné son nom à l’édifice. Il y a peu, le bâtiment qui présentait des signes de vieillesse a été rénové dans une opération mobilisant des acteurs privés.

Illustration du Palais Rameau à Lille, site historique et culturel.
Charles Alexandre Joseph Rameau (1791 – 1876) et le palais qui porte son nom, in Calendrier Lillois de 1877.

Charles-Alexandre-Joseph Rameau est né le 22 septembre 1791.

Lorsque les Autrichiens assiégèrent la ville de Lille, détruisant nombre de ses monuments historiques, il venait tout juste d’atteindre sa première année. Charles aura traversé la France dans tous ses Etats. Il aura connu deux empereurs, trois rois et trois républiques. A Lille, il était un personnage important. Membre fondateur en 1828 – juste un an après celle de Paris – de la Société d’Horticulture du Nord, il en devient le président, Charles Rameau est réputé être le meilleur spécialiste de la ville, dès que l’on évoque la question des plantes et des jardins. Charles est agronome de formation. Il ne rechigne pas à mettre en œuvre, personnellement, sa science de la Nature.

Il fait l’acquisition, à un prix abordable, d’un vaste terrain situé à Saint-Maurice-Pellevoisin, au pied des vieux remparts de Vauban. La zone est « non-aedificandi », c’est-à-dire que l’on ne peut y construire à cause de sa vocation militaire. Tout juste sont tolérées quelques constructions de bois qu’en cas de conflit on peut raser d’un seul coup de canon. Le sol est fertile et convient admirablement à la culture des fleurs. Malgré le logement et le magasin de bois, d’allures modestes, la clientèle fortunée est au rendez-vous. Pas un grand mariage, une grande réception, un grand banquet ou une grande fête publique ne pouvait se concevoir sans la décoration florale de Charles Rameau.

Il était considéré comme le tout meilleur des « Trois Villes » (l’ancêtre de la Métropole urbaine).

Charles passait pour un original mais était un commerçant avisé. L’emplacement, à proximité de la route qui reliait Lille, Roubaix et Tourcoing, était très bien choisi. En outre, le cimetière de l’Est, quasiment mitoyen, fournissait une clientèle captive tout au long de l’année. Au fil du temps qui s’écoulait la fortune de Charles Rameau s’arrondissait. Mais l’argent n’était pas son moteur. Au sein de la Société d’Horticulture étaient organisés des cours du soir et des conférences qui permettaient aux jeunes générations de se former dans ce métier délicat qu’est la culture des plantes. 

Tableau de fleurs anciennes avec papillon dans un style classique.
Représentation florale du début du XIXe siècle

En 1845, il perd son épouse.

Il s’installe dans la grande banlieue lilloise à Templeuve. Il achète une douzaine de spécimens de chèvres tibétaines très rares qui deviennent ses nouvelles compagnes. Il n’abandonne pas pour autant Lille et sa vie culturelle. Il est un membre écouté du Conseil municipal lillois. Il continue à venir animer les conférences ou les expositions florales de la Société d’Horticulture. Avec plus de 1000 adhérents, elle est très active sous sa gouvernance.

Dans les années 1870, Charles commence à se sentir vieux.

Il n’a pas eu de descendance. En 1875, il lègue à la ville une grosse partie de sa fortune, 300 000 Francs, en contrepartie de la construction d’un palais dédié à l’horticulture. La donation est assortie de conditions particulières : un parc arboré entourera l’édifice et sera dédié à l’accueil d’expositions de fleurs ou d’arbres fruitiers ; le bâtiment devra être adapté à la mise en valeur des travaux de la Société d’Horticulture ; il sera dédié « aux expositions horticoles et, exceptionnellement, à des fêtes musicales et expositions artistiques ». 

Vue historique du Palais Rameau à Lille, architecture du début du XXe siècle.
Le Palais nouvellement construit, Le Blondel, BM de Lille

Charles avait aussi veillé à l’avenir de ses chèvres.

La Mairie, s’engageait à les nourrir et les héberger jusqu’à la fin de leur vie. Charles ne verra jamais le palais dont il avait rêvé. Il s’éteint en 1876. Le Conseil municipal pense d’abord l’implanter rue du faubourg de Roubaix, théâtre des exploits passés de l’agronome-fleuriste. Mais, l’endroit, proche des remparts, soulève quelques difficultés.

A la suite du décret de 1858, la ville vient de s’agrandir de mille hectares intra-muros. Il existe, boulevard Vauban, presque en face de la Faculté catholique inaugurée en 1875, un beau terrain qui convient parfaitement.au projet. Le Palais, d’après les plans d’Auguste Mourcou et Henri Contamine, deux architectes lillois renommés, est mis en œuvre dès 1878. Le Palais Rameau sera inauguré le 22 juin 1879.

C’est un édifice monumental et imposant.

Il évoque à la fois l’Orient, les cathédrales antiques et, avec sa serre au bâti de fonte, surmontée d’une rotonde de verre, la modernité ! Le rêve de Charles, trois ans après sa mort venait de se concrétiser avec ce palais enchanté d’un genre nouveau, entièrement dédié à l’horticulture. Dans l’ensemble la Mairie a respecté les volontés du donateur. Le parc arboré n’a pu être réalisé à cause d’un manque de budget. Il faut dire qu’au final le Palais avait coûté plus de 800 000 Francs, soit plus du double de la somme généreusement offerte à la Ville par Charles. En revanche, les chèvres tibétaines furent l’objet de soins attentifs de la part du Beffroi. Après quelques mois compliqués du côté du Palais, la mairie leur fit construire un abri dans le Parc Vauban proche. 

Maison de style médiéval à Lille avec toiture en chaume et fenêtres en bois.
Le Chalet qui abrita las chèvres de Charles existe toujours.

Moyennant un sou, les enfants du quartier pouvaient obtenir un verre de lait frais en provenance directe du pis de ces animaux des montagnes. La chèvrerie de Charles existe toujours. Aujourd’hui, c’est un théâtre de marionnettes. Le Palais Rameau devint le siège de la Société d’Horticulture qui y organisait ses expositions florales, ses manifestations horticoles et ses conférences ou formations au service des sciences de la nature.

Mais, presque un siècle et demi s’est écoulé et le bâtiment a vieilli.

L’horticulture est devenue moins à la mode. La mairie, privée de ressources par des réformes fiscales de l’Etat peine à entretenir le bâtiment. C’est ainsi que la Faculté catholique proche a l’idée de proposer à la mairie un accord afin de pouvoir loger dans les locaux une partie de ses écoles d’ingénieurs. Un accord fut établi pour un bail emphytéotique de 25 ans contre un euro symbolique, avec charge au locataire de faire effectuer les travaux de rénovation.

Le journal local commente l’information comme suit : « L’école d’ingénieurs JUNIA a signé un bail de vingt-cinq ans, mais aussi un chèque de 21 millions d’euros pour la rénovation du Palais, bâtiment un peu délaissé pendant des années faute d’argent public ». La note est un peu salée même si le projet a pu bénéficier de plus de sept millions d’argent public (Conseil Général du Nord, Métropole Européenne de Lille, fonds FEDER européens).

Structure en verre et métal du tramway de Lille avec soleil.
Le Palais et sa serre monumentale ont été aujourd’hui rénovés.

Il restait juste un petit problème à résoudre :

que faire de la Société d’Horticulture du Nord et de ses collections historiques qui occupaient les locaux depuis si longtemps ? On lui promet une réintégration dans les locaux après travaux, mais l’association n’a pas confiance et refuse de quitter les lieux. Le propriétaire l’assigne en justice et la Force publique procède à l’expulsion. Mais, après les travaux qui ont duré quatre ans, le locataire notifie officiellement par courrier son refus de réintégrer la Société d’Horticulture dans ses anciens locaux. Pendant 25 ans – à minima – la Société, fondée au début du XIXe siècle par Charles Rameau devra chercher un autre hébergement… sans doute moins prestigieux.

Evaluez cet article

Cliquez sur une étoile pour noter de 1 à 5

2 votes pour une note globale de 5

Pas de vote pour l'instant

Nous sommes désolés que cet article ne vous ait pas été utile !

Améliorons cet article !

Dites-nous comment nous pouvons améliorer cet article 

Laisser un commentaire