D’un siècle à l’autre, l’ancien magasin de Cassien Debray à Crèvecœur-le-Grand

Le magasin Debray-Bollez dans les années 1900, une scène photographié très probablement par Cassien Debray, cliché, mairie de Crévecoeur.

Située, 7 place de l’Hôtel de Ville, cette maison à l’enseigne, Debray-Bollez était le magasin de Cassien Debray, photographe à Crèvecœur-le Grand. Le commerce voisin, mercerie, spiritueux, chaussures, chopes, cafetières etc. figure aussi sur le cliché.

Les établissements Debray-Bollez sont multicartes.

On peut y faire réaliser son portrait, mais aussi acheter des cartes-postales de Crèvecœur et de ses environs, réalisées de la prise de vue à l’impression mécanique par le propriétaire des lieux. Ce magasin est aussi la Maison de la presse du bourg. Il propose les journaux nationaux, comme le Petit Parisien mais aussi les titres locaux. Il est le bureau local de l’Hebdomadaire Picard, un journal fondé en 1894 à Crèvecœur-le-Grand. En 1944, il rejoindra Grandvilliers sous le nom de Bonhomme Picard. A côté de cette activité« Imprimerie-Librairie », le commerce est aussi une « Bonneterie-Mercerie ». Cette diversité des marchandises dans un seul lieu est devenue une curiosité de nos jours.

Le magasin des voisins propose un peu de tout : de la mercerie, des chaussures, des cafetières et des choppes, des spiritueux « a prix réduit ». C’est une succursale de la Ruche Picarde, une chaîne de magasins fondée à Amiens en 1895. La photo, qui date du tout début du XXsiècle raconte a une histoire. Elle pourrait s’intituler « Bonne Entente chez les commerçants crépicordiens ». La jeune femme de droite est probablement madame Debray, née Bollez.

Elle regarde ses voisins… qui la regardent.

Chaque personnage joue son rôle suivant la mise en scène fixée par le photographe. Cassien, né à Crèvecœur, était le fils d’un couple de merciers. A la fin du XIXe siècle, il monte à Paris pour apprendre le métier de photographe chez un professionnel réputé du faubourg du Temple (Paris, IIIe). Il y a acquiert un niveau exceptionnel. Il se marie avec une jeune-fille du quartier qui va décéder très jeune. C’est ainsi que revenu dans l’Oise chez ses parents, il fait la connaissance d’une demoiselle mercière et reprend la succession du magasin familial sous les noms des deux jeunes époux, « Debray-Bollez ».

Aujourd’hui, le magasin de photo est une supérette.

De nos jours, la maison familiale de la famille Debray, ainsi que la maison voisine existent toujours. C’est un petit miracle, car, en mai 1940, le centre de Crèvecœur a été bombardé par l’aviation allemande. Nombre de maisons ont été incendiées dont un bâtiment municipal remarquable, mélange des architectures du XVIe et du XVIIIe siècles.

Le magasin, Imprimerie-Librairie-Bonneterie-Mercerie est devenu une supérette d’une grande enseigne.

On y trouve de l’alimentation comme des produits ménagers. C’est le seul magasin du centre-ville de ce type qui ait survécu à la concurrence des grandes surfaces de la zone commerciale. C’est une chance pour les habitants du bourg qui ne disposent pas d’automobile. Avec ce magasin et des petits commerces de grande qualité (boucherie, charcuterie, fromagerie, boulangeries, pharmacies, presse, fruits et légumes, magasins de vêtements), on peut disposer de presque tout en résidant au centre-ville. C’est une différence par rapport à beaucoup de communes équivalentes des alentours. 

Le magasin voisin est resté dans la tradition des petits commerces du début du XXe siècle. C’est un guichet du Loto, mais aussi un dépôt de journaux, un magasin d’articles de pêche, de couteaux et de d’objets divers. De nos jours, on ne pose plus devant les commerces. On se dépêche d’aller faire ses courses… surtout les jours de canicule !

Bonus : une course cycliste des années 1930

Une course cycliste sous temps de pluie

Cassien, pour photographier les communes du canton de Crévecoeur-le-Grand, n’était pas avare de sa peine. Il n’hésitait pas à trimballer son lourd matériel (un grand pied en bois et une chambre photographique) à l’arrière de son vélo. C’était parti pour dix kilomètres et plus… sans compter le retour. Dans les années 1930, le photographe a dépassé la cinquantaine et à tendance à mettre la pédale douce. Ainsi, pour photographier cette course cycliste, Cassien s’est-il contenté de monter son matériel dans les étages du magasin. Il suffisait d’attendre que les coureurs se positionnent correctement et d’appuyer sur le bouton. En plus il faisait un temps à ne pas mettre un photographe dehors !

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