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Suzanne et Pierre, souvenirs de la rue du général-de-Gaulle, 59370

Suzanne et Pierre, souvenirs de la rue du général-de-Gaulle, 59370

Suzanne Storme-Dallenne et Pierre Parent se connaissaient depuis les années 1920. C’étaient des vieux Monsois de l’époque où la paroisse Saint Pierre ne comptait que 6000 âmes. Plus tard, ils ont été tous deux commerçants dans la même rue et quasiment voisins. Dans les années 2010, ils possédaient à eux deux une bonne partie de la mémoire du lieu. 

Suzanne et Pierre (2014)

Quand, pour des raisons fortuites j’ai commencé à m’intéresser à l’histoire locale, impossible de manquer Pierre Parent. Pierre était mon voisin. Il vouait une véritable passion à sa commune. Il n’était pas seulement un féru d’Histoire de sa ville, il était l’Histoire de Mons.  Il est né en 1922 au n° 177 de cette rue et qui s’appelait encore, route de Roubaix. Son voisin, c’était Victor Lelièvre, maire communiste et cabaretier. En 1936, il est devenu l’associé de son électricien de père à cause du Front Populaire : tous les ouvriers étaient en grève. Il était aussi un familier de la famille Pinchon et connaissait très bien Marcel, le héros de la seconde Guerre mondiale. Il échangeait ses secrets de jardinage avec Maurice Dagbert, le calculateur prodige qui habitait sur le trottoir d’en face.Il a été, à la fin des années 1930, un joueur de la première équipe locale de foot. Elle s’appelait alors « La Fraternelle » et jouait sur un terrain de l’actuelle commune de Villeneuve-d’Ascq. Il a terminé sa carrière de footballeur, le 14 septembre 1952, lors de l’inauguration du stade de Lattre-de-Tassigny (le premier équipement sportif de la ville). L’équipe avait changé de nom. Elle s’appelait désormais le « Red Star Olympique Monsois .» Classe ! Dans ces années 2010, Pierre était le doyen de ce club… ce que tous les joueurs en activité ignoraient. 

Pierre et ses vieux souvenirs

Pierre connaissait toutes les vieilles histoires du quartier :

les bien pensantes et celles qu’il ne faut surtout pas raconter sous peine de déclencher la Révolution dans le secteur. Il était une source d’information inépuisable. Il m’avait proposé de rencontrer ses copains et copines du temps jadis. A vrai dire, il s’agissait surtout de copines parce que, dans le coin, les hommes partent souvent avant leurs femmes. J’en avais fait une publication en plusieurs épisodes intitulée pompeusement « Mémoire de la rue du général-de-Gaulle ». Le volet n°3 était consacré à Suzanne Storme-Dallenne, une commerçante qui, pendant presque cinquante ans, a tenu une droguerie, au 130, rue du général-de-Gaulle. Suzanne, à l’époque de cette série, venait de dépasser d’une année le siècle d’existence. Elle était encore alerte. Elle faisait elle-même la cuisine et le ménage et même… cultivait son jardin. Son seul petit souci, c’était son audition qui s’était détériorée. Elle regardait sa grande télé avec le son à fond et était bien connue pour cela de ses voisins. Comme Pierre était lui-même un peu dur d’oreille, les conversations avec Suzanne produisaient beaucoup de décibels. Suzanne n’avait aucune vocation pour la droguerie et les pots de peinture. Elle avait appris la couture dans les établissements Chaumat, une maison de luxe de la rue Esquermoise, à Lille. Elle était douée pour le métier. Sa patronne qui l’appréciait énormément avait fait le trajet en tramway jusqu’à Mons pour essayer de convaincre son père de la laisser faire ce métier. 

La rue du général de Gaulle dans les années 1950

Mais ce dernier, était un peu grigou.

Il s’est montré intraitable. « Je ne vais pas payer un employé quand j’ai ma fille sous la main », avait-il lancé à la Lilloise médusée. Suzanne en avait gardé une sorte de nostalgie. Elle avait l’impression d’avoir raté sa vie. Pourtant elle s’était mariée avec l’homme qu’elle avait choisi. Elle avait eu des enfants. Elle avait correctement gagné sa vie dans sa petite boutique de la rue du général de Gaulle. Tout n’était pas négatif dans son parcours. Sur le trottoir d’en face, le magasin de Pierre a été un vrai succès. On y trouvait tout le petit matériel électrique, les appareils de radio ou de télévision… chaque Monsois avait un jour ou l’autre franchi le pas de porte pour acheter quelque chose. Au moment des grands évènements comme le couronnement d’Elisabeth II le 2 juin 1953, les riverains se pressaient dans la rue pour voir les images d’un téléviseur allumé dans la vitrine. Tout le monde connaissait Pierre Parent dans le coin et Pierre connaissait tout le monde. Son magasin a été prospère jusqu’à la création de grandes surfaces de matériel électroménager. Naturellement, quand deux commerçants de la rue de Gaulle se rencontrent ils se racontent des histoires de commerçants ou des histoires de la rue du général-de-Gaulle. Au bout d’un moment, ils avaient totalement oublié ma présence, lancés à fond dans leurs vieilles histoires. Il y en avait de très, très vieilles, comme cet allumeur de réverbères avec sa grande perche qui, chaque soir et chaque matin, venait allumer puis éteindre la flamme des quinquets qui, la nuit, éclairaient la chaussée.

C’était une rue très passante

Il y avait aussi le tramway F que l’on voyait à travers les devantures, un véritable spectacle, surtout la nuit « avec ses lumières et un lampadaire à l’avant qui éclairait la route et des gerbes d’étincelles au bout de sa perche d’alimentation électrique ». Il y avait tous ces commerces dont les propriétaires se connaissaient tous : « les cafés, les boulangers, les bouchers, une crémerie, un grainetier, un marchand de meubles, un marchand de vins, un commerce de tissus, un tailleur, un coiffeur, plusieurs marchands de journaux et magasins d’alimentation ». Suzanne et Pierre, comme dans un film suranné, déroulaient le fil de cette rue qui fut jadis le lieu d’échange et de commerce de toute la ville.


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Alain Cadet, journaliste
Alain Cadet, journaliste

Il a débuté dans la vie professionnelle comme enseignant. Après avoir coché la case du métier de photographe, il s’est orienté vers la réalisation de films documentaires, activité qui a rempli l’essentiel de sa carrière. Arrivé à la retraite, il a fait quelques films… mais pas beaucoup ! Les producteurs craignent toujours que, passé 60 ans, le réalisateur ait la mauvaise idée de leur faire un infarctus, ce qui leur ferait perdre beaucoup d’argent ! La suite a montré qu’ils se sont peut-être montrés un peu trop frileux, mais cela fait partie du passé. C’est ainsi que l’ancien réalisateur – un peu photographe, sur les bords – s’est mis à collaborer avec différents journaux. Il a aussi écrit des livres sur la guerre de 1914 – 1918 où l’image a une place importante. C’est ainsi que dans ce blog, on trouvera beaucoup d’articles sur des peintres ou des photographes anciens ou contemporains, des textes relatifs aux deux guerres, mais aussi des articles opportunistes sur différents événements. Comme les moyens du bord sont très limités, cela a obligé l’auteur à se remettre à la photographie – sa passion de jeunesse – pour illustrer ses textes. Il ne s’en plaint pas !

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