Y’a de la friture sur les ondes et dans la cuisine des Lobbys, Mazeyrat d’Allier, 43300 

Des vaches et des riverains menacés par une nouvelle antenne relais protégés par une décision de justice, voilà qui n’est pas banal dans le paysage français… Surtout si cette décision tient pour une bonne part au travail de la FNSEA !

Y’a de la friture sur les ondes et dans la cuisine des Lobbys, Mazeyrat d’Allier, 43300 

Une décision du tribunal administratif de Clermont-Ferrand, conforte les riverains d’une nouvelle antenne-relais et provoque la colère du Lobby des ondes et du Gouvernement. La justice ordonne l’arrêt pour une période de deux mois de cette antenne, afin que des experts puissent « observer le comportement des animaux ». C’est une grande première et un pavé dans le jardin du Lobby des ondes jusqu’ici omnipotent. Surtout, cerise sur le gâteau, la FNSEA qu’on a plutôt l’habitude de retrouver du côté des pollueurs n’est pas pour rien dans cette décision visant à préserver la santé du public. 

Au commencement de cette mesure inédite, on trouve l’installation d’une antenne 4G dans une pâture jouxtant le bourg de Mazeyrat d’Allier, en Haute- Loire. C’est en tous cas ce qu’en dit la presse ! On assiste en ce moment à une éclosion de nouvelles antennes-relais, installées en plus des anciennes déjà très fournies. La raison véritable de ce lourd investissement des opérateurs est l’avènement de la technologie 5G. Ces nouvelles normes utilisent un signal de très haute fréquence et sont plus performantes en terme d’informations transmises. Mais elles ont un inconvénient. Tandis qu’une antenne 4G est très efficace à 4 km de l’usager, la portée de la 5G est tout juste de 2km… voire moins ! On prévoit en milieu urbain un maillage de mini-antennes espacées d’environ 500 m. C’est pourquoi, grosso-modo, le parc des antennes relais du territoire français est en train d’être doublé. Alors pourquoi installer une nouvelle antenne 4G, comme à Mazeyrat d’Allier ? C’est que la 5G – à juste titre – a très mauvaise réputation. On installe dans un premier temps un émetteur 3 et 4G pour ne pas faire peur au public. Ce sera par la suite un jeu d’enfant d’y adjoindre une installation 5G sans nouveau pylone visible qui pourrait alerter les riverains. 

Est-ce à dire que la 4G est totalement inoffensive ?  Ce n’est pas ce que pensent les habitants de Mazeyrat d’Allier qui ont fort mauvais esprit. L’un des plus récalcitrants est Frédéric Salgues, éleveur de vaches laitières. Il exploite un troupeau de plusieurs centaines de têtes considéré selon un expert comme « un des meilleurs du département ». L’antenne-relais des opérateurs Orange, Bouygues Télécom, Free et SFR a été installée à 250 m de son élevage. Depuis, rien ne va plus ! « Les vaches étaient en parfaite forme, et, quand l’antenne s’est mise à fonctionner on a constaté que certaines se retrouvaient avec des mâchoires bloquées, d’autres avaient les yeux qui coulaient et ne voyaient presque plus rien. Beaucoup ne mangent plus et ne boivent plus. Elles sont tristes et maigres, elles font pitié. En onze mois j’en ai perdu 42 sur 200. Ma production de lait a été divisée par deux », déclare à la presse l’éleveur mauvais coucheur. L’affaire a été portée devant le préfet et les tribunaux, sans grand succès car les opérateurs peuvent bénéficier du soutien sans faille du Gouvernement et de son secrétaire d’Etat chargé de la transition numérique et des communications électroniques. Mais voici que le juge administratif, ignorant les règles de la bienséance, ordonne un moratoire de deux mois afin d’observer les effets de l’interruption des émissions des ondes électro magnétiques sur les animaux. Cette décision, inverse de toutes celles prises en cas similaire auparavant, ravit les éleveurs et les habitants de Mazeyrat d’Allier mais horripile Orange, Bouygues Télécom, Free, SFR et le Gouvernement qui poussent des cris d’orfraies et en appellent au Conseil d’Etat. En effet si l’on n’a plus la liberté de polluer l’environnement avec les ondes électromagnétiques on est peut-être déjà en dictature ! Surtout ce qui inquiète le lobby des ondes et ses soutiens c’est que les experts trouvent suspect que les vaches de Frédéric Salgues qui actuellement s’agglutinent dans la portion de l’exploitation la plus éloignée de l’antenne, manifestent leur mauvais esprit en broutant paisiblement comme auparavant sur le reste de la parcelle. Si en plus, ces experts missionnés notaient qu’une bonne partie des symptômes affectant ces animaux avaient tendance à s’améliorer tandis que la mortalité du cheptel redevenait normale, ils pourraient alerter le juge quant à la nocivité des champs électromagnétiques sur les êtres vivants : de quoi mettre la puce à l’oreille du magistrat. Ce dernier pourrait finir par conclure qu’il y a un problème et être incité à interdire la remise en route de l’antenne. Où va-t-on ? Ce serait un très fâcheux précédent.

Ce désordre manifeste n’a été rendu possible que par l’action énergique de la FNSEA, le principal syndicat agricole français, qui a pris fait et cause pour les plaignants de Mazeyrat d’Allier. « S’il n’y avait pas eu la FNSEA, on n’y serait jamais arrivé », commente un responsable agricole du canton. Si les lobbys des ondes sont très puissants et dictent souvent leur loi à l’échelon juridique et politique, le lobby agricole – disposant de moyens d’influence redoutables –  ne peut pas être totalement ignoré. C’est bien la première fois qu’il soutient les éleveurs contre les opérateurs des ondes. Cette décision du tribunal administratif est « un trou dans la raquette » du système de défense du lobby des opérateurs électromagnétiques. Des situations identiques à celle de Mazeyrat d’Allier, il y en a sûrement des centaines en France ! Et que dire des cas de figure voisins provoqués par les éoliennes et des lignes à haute tension ? Si dans tous les cas où les ondes rendent malade les troupeaux et les riverains, la FNSEA, emboîtant le pas de la Confédération Paysanne, déjà sur cette longueur d’onde depuis plusieurs années, se met à peser sur les décisions politiques ou judiciaires en prenant la défense des êtres vivants, c’est le début de l’anarchie. Naturellement, rien n’est jamais acquis et l’on peut compter sur les opérateurs et le Gouvernement et son secrétaire d’Etat chargé de la transition numérique et des communications électroniques pour inverser la tendance. Il en faudra beaucoup plus pour « renverser la table » et obtenir un usage des technologies des ondes respectueux de la santé du public. En attendant, les vaches et les électrosensibles disent merci à la FNSEA ! 

Petit point technique à propos de l’exemple de Mazeyrat d’Allier :

Le Conseil de l’Europe préconise (11 avril 2011) une puissance des antennes-relais ne dépassant pas 0,6V/m. Arguant du fait qu’à Salzbourg (Autriche), le rayonnement électromagnétique est fixé à 0,06V/m, il envisage d’abaisser ce seuil à 0,2 volts prochainement. Certains pays européens s’inspirent de ces recommandations : 6V/m, en Italie, en Pologne ou au Luxembourg…C’est aussi ce chiffre de 6V/m qui a été adopté par la Chine et la Russie. En France les antennes relais sont réglées sur une puissance de 41V/m avec une tolérance de 60V/m sur des zones dites, « points atypiques ».S’appuyant sur cette réglementation laxiste, l’Agence nationale des Fréquences, qui a mesuré l’exposition du site de Mezeyrat d’Allier en 2021, conclut : « les niveaux d’exposition sont faibles, de l’ordre 0,79 V/m » NDLR :  puissance résiduelle au niveau du troupeau du signal initial de l’antenne de 41V/m.

Utiliser des antennes relais de plus faible puissance comme le recommande le Conseil de l’Europe est tout à fait possible mais il faudrait en ériger en plus grand nombre aux dépens de la rentabilité du système.

Problèmes voisins :

Éole a perdu sa boussole, bien malin celui qui va la retrouver, Hauts de France (02, 59, 60, 62, 80)

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Alain Cadet, journaliste

Il a débuté dans la vie professionnelle comme enseignant. Après avoir coché la case du métier de photographe, il s’est orienté vers la réalisation de films documentaires, activité qui a rempli l’essentiel de sa carrière. Arrivé à la retraite, il a fait quelques films… mais pas beaucoup ! Les producteurs craignent toujours que, passé 60 ans, le réalisateur ait la mauvaise idée de leur faire un infarctus, ce qui leur ferait perdre beaucoup d’argent ! La suite a montré qu’ils se sont peut-être montrés un peu trop frileux, mais cela fait partie du passé. C’est ainsi que l’ancien réalisateur – un peu photographe, sur les bords – s’est mis à collaborer avec différents journaux. Il a aussi écrit des livres sur la guerre de 1914 – 1918 où l’image a une place importante. C’est ainsi que dans ce blog, on trouvera beaucoup d’articles sur des peintres ou des photographes anciens ou contemporains, des textes relatifs aux deux guerres, mais aussi des articles opportunistes sur différents événements. Comme les moyens du bord sont très limités, cela a obligé l’auteur à se remettre à la photographie – sa passion de jeunesse – pour illustrer ses textes. Il ne s’en plaint pas !

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