Alexandre Desrousseaux, le Monsois

Une chaumière, Bonington Richard Parkes, 1802-1826, Palais des Beaux-Arts de Lille, appartenant à la collection Désoblain.

Alexandre Desrousseaux et la commune de Mons-en-Barœul ont un bout d’histoire en commun… surtout lorsque, dès l’âge de six ans, il occupe son premier emploi chez un artisan du village. 

Il serait discourtois de vouloir annexer le chansonnier lillois. Il est né le 1er juin 1820, rue Saint-Sauveur, dans un quartier insalubre aux courées misérables. Il est décédé le 23 novembre 1892, rue Jaquemars – Giélée, le quartier bourgeois qu’il fallait habiter. Alexandre Desrousseaux a su se rendre populaire dans toutes les classes de la société lilloise. Il est le symbole de la capitale des Flandres. Il est l’Esprit lillois personnifié. Dès l’âge de six ans, il entre en apprentissage chez un ouvrier-tisserand de Mons-en-Barœul. A cette époque, c’est l’âge légal pour travailler… en France comme dans la plupart des pays d’Europe. On se souvient de cette anecdote qui se déroule au tout début du XIXe siècle en Angleterre. Lorsque des manufacturiers viennent réclamer une baisse d’impôt à William Pitt, le Premier ministre, il leur répond : « Prenez les enfants ! » Il faudra attendre 1841 pour que l’âge du travail soit repoussé à 8 ans. Le labeur des enfants était, à l’époque, très bien vu de la sphère économique. Il permettait de baisser le prix de revient dans un contexte où, déjà, la concurrence se faisait sentir. Le patrond’Alexandre DesrousseauxWilmot, est loin d’être un mauvais bougre. « C’était un brave homme, quelque peu clerc, puisqu’il savait lire et écrire, friand de chansons et empressé à partager avec le bambin son petit bagage de connaissances », relate un journal d’époque. Peut-être que le père du jeune apprenti, François-Joseph, ouvrier-passementier, avait bien choisi le patron de son fils. Il jouait du violon dans les bals, noces ou banquets, pour boucler les fins de mois. Souvent, l’enfant l’accompagnait dans ces périples festifs. 

A cette époque, Mons-en-Barœul, est un village de 750 habitants dont la vocation est surtout agricole. Il faut imaginer, ce bambin de six ans, haut comme trois pommes – à l’âge adulte, Alexandre Desrousseaux ne mesurait qu’un mètre soixante et un, comme l’atteste son livret militaire – qui marche dans la campagne. Entre sa maison (près de l’actuel Hôtel de Ville) et le centre de Mons (l’actuelle église Saint Pierre), il y a plus de 5 km. Six jours sur sept, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige ou que la journée soit chaude, le jeune enfant doit faire ses douze heures de travail et ses deux heures de trajet. En 1826, peu après la porte de Roubaix, c’était la campagne… jusqu’à Mons. Au niveau de l’actuel Pont du Lion d’Or, qui marque la limite entre les territoires des deux communes, pas de pont, pas de voies de chemin de fer, seulement la guérite de l’Octroi. Jamais, le petit Desrousseaux n’aurait pu imaginer qu’il deviendrait un jour le directeur en chef de ce lucratif service municipal. 

Au bout de quelques années, Wilmot décède.  Desrousseaux poursuit son apprentissage à Lille. Bien des années plus tard, il lui arrivait de revenir sur les lieux de son enfance. Desrousseaux était un habitué d’un café chantant près de l’église Saint Pierre. Juste derrière, se trouve sa rue, Alexandre Desrousseaux : coïncidence ou bonne information des élus des années 1900 ? Dans ses « Pasquilles » (tome II) il n’hésite pas à évoquer le lieu : « Allé’ à Ronchin, à Fache / A Mons-in-Baroeul, à Marcq, vous n’trouv’rez point du riache comme avec ces jueux d’arc », (« Archers du Soleil Levant ») tandis que dans ses « Impressions d’un vieux Filtier » il décrit un tableau du peintre Désoblain qu’il trouve très réussi : « Desoblain, est l’auteur/D’un p’tit paysache/Qu’il a pris dins l’villache D’Mons-in-Baroeul/… Nos grande et Biell’ ville/ N’sont vraimint point si laids qu’on l’dit et qu’on l’écrit/ Cha r’psésinte, in partie, eun’ ferme/ Avec eun’ biell’ petit’ mason/ A pignon/… Couverte in tuile et palle et ferme/ Su ses fondations : A quéq’s pas d’eun’ porte d’derrière/ On vot’ l’fermière/ Qui r’tir de s’n écourcheau/ Bleu/Des graines qu’elle jette à ses Glainnes/ Por les nourrir/ C’est vrai’mint gai à vir/ Infinau lon et dépassant l’feuillache/Des arbre’, on vot’ y biuu cloquer du villache».

Malheureusement, personne ne sait, désormais, où se trouve le tableau du peintre Désoblain, avec sa chaumière recouverte de tuile et de paille et sa fermière au tablier bleu, qui donne à manger à ses poules. Mais nous avons déniché cette huile d’un peintre anglais de la collection personnelle de Désoblain qui donne une idée des goûts de l’artiste et peut être aussi de ceux de Desrousseaux ! 

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Alexandre Desrousseaux, poète et chansonnier : l’Esprit de Lille

Un commentaire

  1. Merci pour cet aspect de la vie d’Alexandre Desrousseaux que je ne connaissais pas. C’est un bel hommage à l’occasion du 170ème anniversaire du P’tit Quinquin.

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