La campagne est cruelle

La campagne n’est plus ce qu’elle a été !

Illustration du Rat des champs et du Rat des villes d’une édition du XIXe siècle, B N F

On est toujours de quelque part ! Je suis né dans un petit village de l’Oise picarde. J’y ai passé mon enfance, c’est-à-dire… rien, par rapport au reste de ma vie en ville.  Quand j’y retourne j’ai l’impression d’avoir toujours été là. Les racines, cela ne s’explique pas… surtout pour un rural ! 

L’an dernier, les poules et des oies de mon voisin, qui ont mené une vie tranquille pendant plusieurs décennies, ont été attaquées par un renard.  L’animal n’a laissé en vie qu’une demie douzaine de spécimens.  Il y a quelques jours, le renard est revenu. Il a emporté les deux oies et les quatre poules survivantes.  Dans la rue, il s’est attaqué au seul élevage de canards du village. Ce n’est pas un fait isolé. C’est pareil dans tous les autres lieux de la commune ! Dans le bas du patelin, ce renard (ou un de ses congénères) s’attaque même aux chats ! Jusqu’à il y a deux ou trois ans, il était impossible de voir un renard s’aventurer en ville. C’est un animal bien trop prudent. Mais voilà, c’est la famine chez les renards ! En plaine et dans les bois, il n’y a plus rien à manger.  Il y a les pesticides, genre glyphosate et les néonicotinoïdes qui tuent les insectes. Les oiseaux disparaissent car ils sont privés de nourriture ! Les lapins sont retrouvés morts par dizaines dans les champs. Les chasseurs sont déçus mais pas très perspicaces. Les éoliennes qui pullulent tout autour du village tuent toute vie animale dans un rayon de deux-cents mètres. Même, pour les hommes, les balades le long des champs de blé et de maïs sont revenus dangereuses.  Jadis, j’avais coutume de courir avec mon chien dans les chemins de terre. Pour les jeunes générations, il vaut mieux s’abstenir. Sinon, c’est bienvenue aux cancers de monsieur Monsanto, aux lymphomes de madame Bayer ou au Charcot de monsieur BASF ! Quand tous les animaux du village auront été dévorés, il est probable que l’espèce du renard va disparaître à son tour !

La semaine dernière deux voisins dont les maisons sont distantes à moins de cinquante mètres de la mienne sont décédés.  Le premier est mort d’un infarctus. Pourtant, la dernière fois que je l’ai vu il semblait en pleine forme. Plus jamais aucun médecin ne se déplace pour les gens du village. Ce n’est pas rentable ! Amener un véhicule de secours dans cet endroit reculé prend du temps. De toutes façons les hôpitaux du coin ne sont pas sûrs.  L’ambulance a fini par arriver et a emmené le voisin. Il n’est jamais revenu ! Le lendemain, un autre habitant de la rue, deux maisons plus loin a été hospitalisé. Il avait des problèmes veineux aux jambes. Il y a longtemps qu’il n’y a plus un seul angiologue dans le coin. Pas à cause des pesticides, mais du développement des déserts médicaux ! Le problème veineux a dégénéré en gangrène. On a dû lui amputer le bout des pieds. Mais, la situation a empiré. Cette fois, il était question de lui couper l’extrémité des jambes. Son cœur n’a pas supporté l’opération.  Il a lâché brusquement. Cela fait tout drôle de voir les volets clos de ces voisins que l’on a toujours connu.

 Quand on se promène en fin d’après-midi dans les rues du village, on n’y rencontre plus personne ! Jadis il y avait toujours quelqu’un qui revenait des champs. Il n’existe plus une seule vache, un seul porc, un seul mouton dans ce village. Tout cela nous vient désormais directement d’Ukraine ou du Brésil ! C’est le progrès du commerce international ! Les gens restent calfeutrés chez eux à regarder C News, BFM ou France Info. Ils en retirent un sentiment d’angoisse. Ils ont très peur d’être envahis par les noirs et les arabes ! Pourtant, il n’en existe pas un seul à trente kilomètres à la ronde. Le seul étranger est le patron chinois du café-tabac du Chef-lieu de canton voisin. Du coup, ils votent à quatre-vingt pour cent pour le parti promotionné par ces médias au quotidien. 

La campagne, c’est séduisant… à condition de ne pas trop marcher dans les champs et d’être en bonne santé. Le moindre AVC ou infarctus peut vous être fatal. D’un autre côté, vous êtes moins exposé qu’en ville aux ondes électromagnétiques qui détruisent votre cerveau ou aux nanoparticules des gaz d’échappement qui bouchent vos poumons et peuvent vous conduire à un décès prématuré.  

La fable « le Rat des villes et le Rat des champs » de Jean de La Fontaine (auteur picard) est toujours d’une brûlante actualité.

Episode précédent :

Le renard est l’avenir de l’homme ?

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