Il y a 84 ans, l’écrivain Michel Butor naissait à Mons en Baroeul.

« Je serais incapable de rédiger moi-même mon autobiographie. Je crois que je commencerais par «  je suis né le 14 septembre 1926 à Mons en Baroeul ». Je m’arrêterais assez vite car ce n’est pas ma façon d’être avec moi-même ». Ainsi, s’exprime l’écrivain Michel Butor dans « Curriculum Vitae ».

Michel, Marie, François Butor est  né au 139 de la rue Daubresse Mauviez (actuellement la rue du Général de Gaulle). Son père, Xavier Marie Joseph était inspecteur de la Compagnie de chemin de fer du Nord, ainsi que le précise l’extrait d’État civil conservé à la mairie.

Michel Butor, chez lui à Lucinges en 2010
Michel Butor, chez lui à Lucinges en 2010

Michel Butor est le Monsois le plus célèbre de tous les temps. Il a marqué le siècle et l’histoire de la littérature. Il est considéré comme l’un des plus grands écrivains vivants. Sollicité aux quatre coins de la planète, en perpétuel décalage horaire,  entre deux avions, il trouve toujours le temps d’écrire. Comme il adore les voyages qui nourrissent son écriture, il se console volontiers : « je suis le jouet du vent » constate-t-il, désabusé. Parfois, il se repose, à deux pas d’un prieuré,  dans son minuscule village savoyard de Lucinges, si proche de Genève où il a été professeur toute sa vie. Sa maison est devenue un lieu de pèlerinage littéraire. Le maître des lieux  gère son agenda… très serré. Il continue à produire ses oeuvres étonnantes sans perdre une seconde.

Sa maison s’appelle « À l’écart ». Il y est bien loin de tout et en particulier de la petite ville du Nord dans laquelle il est né. Hormis les habitants des numéros 141 à 151 de la rue du Général De Gaulle, peu de Monsois connaissent son existence. À la rigueur, peuvent – ils citer « La Modification », qui lui a valu, à vie, le titre de pape du nouveau roman… mais c’est déjà très loin tout ça. Michel Butor, braconnier de la littérature a emprunté tous les chemins détournés sur lesquels on ne l’attendait pas : poésie, livres objets réalisés en collaboration avec des artistes comme le sérigraphe lillois Alain Buisse… plus proches de la bibliothèque du facteur Cheval que du domaine universitaire ou romanesque. Ses œuvres inclassables éparpillées chez une ribambelle d’éditeurs, grands et petits, déroutent le système littéraire. Insaisissable, « ne cessant de détaler devant sa légende » comme l’a écrit son ami Georges Perros, il n’a pas de meilleur critique que lui-même : «Les gens ne savent pas trop par quel bout prendre mes textes. Ils ont peur…Je tiendrais trop de place si on parlait de moi dans tous les domaines où j’ai travaillé. Je suis quelqu’un d’encombrant ».

Quelquefois il pense au Nord : « J’aimerais revoir cette maison où je suis né. Je veux boucler la boucle », déclarait-il en 2000. En mars 2011 l’écrivain a prévu un voyage dans sa région natale qui le mènera de Saint-Omer à Lille… et pourquoi pas Mons en Baroeul ?

Il écoutera sans doute avec bienveillance les hommages qui lui seront rendus avec l’air malicieux de celui qui a beaucoup voyagé et qui connaît la vie… lui qui a écrit dans « Le Tombeau d’Arthur Rimbaud » :

La pluie tombe sur Charleville

des lycées vont porter mon nom

on fêtera l’anniversaire

de ma naissance et de ma mort

de savants universitaires

vont me traiter de tous les noms.

AC

Le parcours du combattant et le coup de colère de Jean-Marie

Jean-Marie Watteau est un ancien cadre de la fonction publique territoriale.

Depuis qu’il est à la retraite il est surtout réputé pour son flegme et ses performances de guitariste, notamment lorsqu’il se produit dans les divers centres sociaux ou foyers de la commune. Mais, ce dimanche 6 mai au matin, jour d’élection, il ne décolérait pas !

Jean-Marie est en colère
Jean-Marie entre les deux candidats

Son beau-père, Jacques Brunet, 84 ans, qui a fait une carrière dans la métallurgie est, depuis deux ans, pensionnaires du foyer des Cèdres. Son état de santé (insuffisance respiratoire) demande un suivi médical permanent. Cela n’a nullement empêché Jacques, d’aller voter à pied, le 22 avril dernier. De toute sa vie, il n’a jamais raté une élection pour quelque motif que ce soit. Malheureusement, il faisait un peu froid et il à contracté une bronchite ce qui, dans son cas, est une maladie sérieuse.

Le 25 avril, on doit appeler le SAMU et placer Jacques en soins intensifs. Depuis, les choses vont un peu mieux mais, pour autant, pas question de quitter l’hôpital ! C’est pourquoi Jacques convoque son beau-fils, Jean-Marie, pour lui signer une procuration. Le papier, de sa belle écriture, n’est pas suffisant. Il y a une procédure légale qui doit être respectée. C’est là que les ennuis commencent !

« Je me suis rendu au commissariat de Mons, dès le 26 avril », se souvient Jean-Marie. « On m’a dit : « Pas de soucis ! Tout va bien ! J’enregistre votre demande mais comme votre beau-père est hospitalisé dans la commune de Lille, nous transmettons son dossier au Commissariat central ».

Le 3 mai, Jacques demande des nouvelles de sa procuration. Jean-Marie, de retour de l’hôpital   fait un crochet par le bureau des Ordres du commissariat central : « pas de problème », le rassure-t-on, «nous avons votre demande en bonne et due forme. Quelqu’un va venir à l’hôpital, faire signer le dossier à votre beau-père, aujourd’hui ou demain».

Mais le samedi 5 mai, toujours rien ! Le bureau des Ordres est fermé. « Nous avons un problème d’effectifs » s’excuse un des policiers présents. Jean-Marie se rend immédiatement au bureau d’astreinte des élections de la préfecture, muni d’un certificat médical, précisant l’état de son beau-père mais, renseignements pris, il apprend que toutes les listes sont bouclées et que Jacques ne pourra pas voter.

Le 6 mai, matin  des élections il vient déposer plainte à la permanence du Tribunal d’instance, place du Concert, à Lille. « Je vais transmettre votre plainte au procureur car vous êtes loin d’être le seul dans ce cas-là », lui assure la secrétaire de service.

Jean-Marie se démène ! Il a prévenu Rudy Elegeest, le maire de la commune, Franck Hanson, le correspondant de RTL (qui  habite pas très loin de chez lui) et même France 3. « Lundi », tempête-il « je ne me rendrai au commissariat central pour porter plainte contre eux. Je connais pas mal de policiers. Ils vont bien rigoler. Mais je le ferai quand même, c’est une question de principe ». Sur ce, Jean-Marie a tourné les talons pour aller voter au bureau situé à quelques mètres. Nul ne sait pour qui Jean-Marie a voté et qui aurait bénéficié du suffrage de son beau-père si ce dernier avait pu s’exprimer !

Daniel a réinventé la campagne à la ville et vit dans son coin de nature.

On trouve Daniel dans un vaste terrain entouré de maisons, au milieu de ses légumes et de ses animaux : une oasis de nature au milieu de la ville. 

Daniel
Daniel le jardinier

Son accès difficile l’a, pour l’instant, préservée des programmes immobiliers. Daniel approche de l’âge où il convient de prendre sa retraite. « J’ai eu une enfance très difficile » se souvient-il. « J’ai été martyrisé par mes parents. Quand on leur a retiré la garde de leurs enfants j’ai été placé dans une famille d’accueil. Ce n’était pas mieux ! À l’adolescence, j’ai rejoint un institut spécialisé pour les pupilles de l’Assistance Publique, du côté d’Armentières. C’était épouvantable ! Je n’ai pas eu d’enfance. Alors, je me suis replié sur moi-même… dans mon monde… avec la terre et les animaux ».

Daniel exerce de longues années le métier de «Garçon de ferme», du côté de Rosendaël et de Cassel. La mécanisation détruit sa profession. Le voici qui revient en ville, près de son lieu de naissance. « Ici, je me suis aménagé un petit coin de campagne », explique-t-il en montrant du doigt les arbres qui l’entourent. «Je suis fait pour la terre et la nature.»

Sur son terrain, on ne trouve que des légumes cultivés de manière ancestrale. Il fabrique  lui-même son compost et ses engrais. « Mes légumes sont 100 % biologiques » poursuit-il. « Il y a des gens qui viennent de très loin car ils ne trouvent pas ailleurs de tels poireaux. » Daniel pratique la culture de serre et de plein champ… avec soin, protégée du gel par une bâche ou des oiseaux par un filet. « Avec tous les merles et les pigeons qu’on trouve ici… particulièrement les ramiers, avec leur petite collerette blanche, qui sont le plus voraces », commente-t-il, « on ne peut pas faire autrement ».

Daniel élève aussi des animaux, des oies des canards et des poules. À l’entrée de l’enclos un énorme coq français monte la garde en poussant des cocoricos. « Celui-là, c’est Coco, un vrai chien de garde. Quand il est comme ça veut dire qu’il va charger », prévient-il. Une fois rentré Daniel lui parle doucement et, bientôt, Coco se met à caqueter paisiblement au diapason des poules qui l’entourent. Daniel vend ses œufs et ses légumes aux habitants de la rue. C’est plus un échange qu’un commerce. On lui apporte des petits plats cuisinés à la maison… on lui fait des cadeaux à Noël… « Je touche le RSA», explique-t-il. « Avec ça, je peux tout juste payer le loyer pour mon F2. Après, il faut que je trouve des combines pour pouvoir me nourrir. Je ne me débrouille pas trop mal. Quand on a connu la misère, comme moi,  on a appris à survivre ». Il effectue quelques travaux de jardinage contre des chèques emplois et récupère les vieilles ferrailles et les objets laissés pour compte,  le jour des « Encombrants ». Ainsi, a-t-il pu installer un trampoline et un petit terrain de football, au milieu de son jardin, pour que les enfants du voisinage puissent venir y jouer.

« Les enfants et les voisins sont très gentils avec moi », conclut-il. « Je suis très pauvre. J’ai juste de quoi manger mais je suis très heureux. C’est la vie dont j’ai toujours rêvé. Il y a quelques années, je faisais du travail de jardinage tous les jours de la semaine. Je gagnais plus d’argent. Maintenant, je me suis arrangé une vie tranquille.  Un jour ou l’autre, ils arriveront probablement à construire ici des immeubles… avec plein de petits appartements très chers. J’espère que ce sera le plus tard possible et qu’ils attendront que je sois mort ». Néanmoins, Daniel a planté un nouvel arbre, ce matin.

Le « parcours souterrain » de Patrick Lepetit a permis l’émergence d’un livre inclassable

Patrick Lepetit, ancien élève de l’école Normale Supérieure, professeur d’anglais est surtout connu pour ses ouvrages de poésie.

Passionné de littérature, il s’intéresse depuis toujours au surréalisme et à tous ceux qui ont porté ce mouvement dans le monde. Il vient de terminer la rédaction d’un gros ouvrage intitulé : « Le surréalisme, parcours souterrain. » Pas un auteur, pas un artiste, pas un penseur, pas une œuvre du mouvement n’y manquent. Le livre de Patrick Lepetit est une somme des connaissances actuelles sur le surréalisme. Il propose aussi des pistes nouvelles même si, parfois, elles font référence à l’histoire oubliée.

Patrick Lepetit
Patrick Lepetit présente son livre « le surréalisme »

La naissance de ce livre n’était pas préméditée : elle est le fruit d’une succession de hasards. « Le hasard est précisément une valeur et un moteur de la création  selon le surréalisme, lui-même », explique l’auteur. « C’est la notion de hasard objectif. J’étais en vacances à Cordes sur Ciel. En visitant les remparts, j’ai découvert une petite librairie, « La Maison des Surréalistes ». J’y suis entré et j’ai  fait la connaissance de Paul Sanda, le gérant. Nous avons parlé surréalisme tout le reste de l’après midi. Quand je suis rentré dans le Nord, nous avons continué ce dialogue par correspondance. Paul est directeur de collection chez Rafaël de Surtis. De fil en aiguille, j’ai fini par publier, chez lui, un petit livre de 90 pages, Surréalisme et Ésotérisme. C’est, en quelque sorte, l’ébauche de mon récent bouquin. ».

 

Le hasard (objectif) est têtu. Patrick Lepetit s’attache à rencontrer ceux des surréalistes qui sont encore vivants. Il mène des entretiens avec Bernard Roger, Jean-Claude Silbermann, Charles-Élie Flamand, etc. « Les surréalistes, ne sont pas très nombreux… tout juste quelques centaines, en un siècle, dans le monde entier », poursuit Patrick Lepetit. « Beaucoup sont morts oubliés. Certains ont réussi. Leur travail a été mis en valeur par les musées, les maisons d’édition ou la presse. On connaît les Breton, Soupault, Desnos, Dali, Char, Ernst, Magritte, Aragon etc. Ce sont surtout des artistes. On oublie bien souvent que le surréalisme c’est aussi un mode de vie et de pensée. D’autres, qui sont moins connus du grand public, n’en sont pas moins très importants». L’auteur prend rendez-vous avec Charles Jameu. « Je voulais rencontrer Charles pour m’informer… pour que cette conversation nourrisse mon livre », se souvient-il. « Je savais qu’il était un des surréalistes historiques et je connaissais ses livres mais j’ignorais qu’il était aussi directeur de collection chez Dervy éditions. Il m’a demandé de lui faire parvenir un manuscrit de mon travail en cours. J’avais trouvé mon éditeur ! »

Patrick Lepetit, développe dans son livre les aspects oubliés du mouvement. Il le replace dans le contexte historique et dans l’histoire générale de l’évolution des idées. « Le surréalisme doit beaucoup aux mouvements ésotériques qui l’ont précédé », conclut l’auteur. « L’occultisme, l’alchimie et même la franc-maçonnerie expliquent son émergence. Par exemple, Isaac Newton qui inventa la théorie de la gravitation universelle pratiquait l’alchimie. Ce sont les vapeurs de mercure qui l’ont tué. Il a été aussi l’inspirateur des francs-maçons historiques. On conçoit l’esprit scientifique comme une rupture par rapport à la pensée irrationnelle qui l’a précédé. Il n’en est rien. Il y a plutôt une continuité et le surréalisme est un échelon de l’évolution de la pensée humaine ».

Le livre de Patrick Lepetit qui développe les aspects souterrains et méconnus du surréalisme est aussi un travail d’écriture où chaque mot est soigneusement choisi.

Repères : Le surréalisme, parcours souterrain, éditions Dervy / www.dervy.médias.com /contact@dervy.com

Avec Fernande et Bernard qui, il y a 42 ans, ont fondé  » La Choucroute « 

 La soirée traditionnelle avec danse et repas alsacien (dénommée « La Choucroute », en langage Monsois) est désormais une véritable institution.

Fernande et Bernard Musslin
Fernande et Bernard Musslin

Elle réunit, maire de la commune et conseil municipal en tête, beaucoup d’habitants de la ville nouvelle comme des anciens quartiers. Sa toute première version, en 1971, a eu lieu grâce à l’initiative de Fernande et Bernard Musslin. Ils vont fêter leurs 60 ans de mariage l’an prochain et n’ont raté aucune édition de cet évènement du début février. À eux deux, ils totalisent 84 ans de « Choucroute ». Ils en sont à la fois les artisans et l’emblème.

FernandeAu début des années 70, Fernande, jeune professeur de la région de Mulhouse vient d’être nommée dans un collège nouvellement construit, à Mons en Baroeul, le collège Descartes. « Je fréquentais la paroisse, Jean Bosco, nouvellement créée dans le nouveau quartier », se souvient-elle. « Elle était particulièrement désargentée. C’est ainsi que, pour améliorer ses finances, j’ai été amenée à proposer d’organiser un repas alsacien à base de choucroute… »

Mais, de l’idée à l’action, il y a un long chemin à parcourir. « Je n’avais jamais cuisiné la moindre choucroute de toute ma vie », poursuit Bernard. « Cela a été l’occasion d’apprendre. Je suis parti avec la Peugeot familiale et une grande remorque en direction de Rixheim, près de Mulhouse pour ramener la choucroute, le collier fumé et les saucisses » Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Bernard ramène sans encombre sa précieuse cargaison jusqu’à Mons en Baroeul. Aussitôt le voici qui s’affaire aux cuisines. Il vient 100 convives : exactement le nombre de portions chargées dans la remorque. Ce premier repas a lieu dans l’ancienne église Jean Bosco, en bois, reconvertie en salle paroissiale et qui a été démolie depuis. « On a gagné 1 million d’anciens francs », s’extasie Bernard, « une sacrée somme ! »

Salle du Fort de Mons en Baroeul

Fernande et Bernard ont organisé cette soirée choucroute pendant près de 40 ans. Il y a cinq ans, ils ont passé la main à une équipe de jeunes, dynamiques, réunis dans l’ACTE, une association caritative qui travaille au profit des enfants des écoles roumaines. Dans cette édition 2013, il est venu 850 personnes. C’est le record absolu de tous les temps. La salle et les cuisines ne peuvent d’ailleurs guère en accepter beaucoup plus. « Avant, les gens venaient souvent au dernier moment, en fonction de leur humeur », explique Bernard. « Maintenant, ils payent très longtemps à l’avance pour être bien certains qu’on leur réserve une place. C’est un rendez-vous qu’ils ne voudraient rater, pour rien au monde ! ». « Ce repas alsacien, c’est vraiment un moment particulier pour les monsois », conclut Fernande. « Les gens viennent de tous les quartiers. On arrive à rassembler  des gens de toutes les générations, de tous les milieux sociaux et tout se passe dans la bonne humeur et la convivialité ».

On souhaite à Fernande et Bernard beaucoup d’autres « Choucroutes » festives et heureuses.

 

Pendant la guerre 39-45, les ouvrières de la fabrique tricotaient…

L’usine du Crocq

Madeleine Chevalier
Madeleine Chevalier à l’usine

Cette photo a été prise dans l’usine du Crocq que ses ouvrières appelaient « la Fabrique ». La scène se passe pendant la guerre, probablement en 1943 ou 44. En raison des difficultés d’approvisionnement, les ouvrières tricotaient quand l’usine ne pouvait pas tourner.

La jeune fille qui occupe le centre de la photo c’est Madeleine Chevalier, alors benjamine de l’usine et aujourd’hui, doyenne de Cormeilles. Madeleine est issue d’une famille modeste. Pour elle, l’usine, c’était une forme de promotion sociale.

Le personnage qui est à sa droite, c’est Blanche, ma grand-mère. Elle était, à cette époque, contremaître de l’atelier des brodeuses dit « passage de pièces ».Ces ouvrières très habiles contrôlaient la qualité de la fabrication et corrigeaient à la main les défauts produits par la machine. La fabrique s’était spécialisée dans la production des tissus de luxe destinés à la haute couture et à la mode parisienne . Les autres ouvrières s’appelaient Gisèle, Jeannine, Colette, Charlotte, Adèle, Ernestine et Angélina. Elles habitaient Hardivillers, Cormeilles ou le Crocq.

Ce que je sais de cet atelier c’est à travers ce que ma grand-mère m’a raconté de sa vie. Veuve de guerre, Blanche ne s’est jamais remariée. Elle a préféré élever seule son fils et gagner sa vie comme ouvrière à l’usine. Ses parents étaient des petits paysans, rudes à la tâche. Elle avait passé son enfance et son adolescence, semaine, dimanches et fêtes au travail des champs. On commençait à l’aube et l’on ne s’arrêtait qu’au coucher du soleil. Les métiers de l’usine n’avaient rien à voir avec celui des champs. Au début, elle était tout au bas de l’échelle, mais assez vite, son habileté manuelle, lui a permis de devenir une ouvrière qualifiée.

Tout petit, j’ai vécu, en partie, dans la petite maison de ma grand-mère, en face de l’usine. Elle était très souvent assise au bord de sa fenêtre, une broderie à la main, contemplant le paysage de la rue et « d’visant al’ croisée », dès qu’il passait une connaissance. Bien que possédant un excellent niveau de français écrit et oral  elle ne « d’visait » avec ses copines qu’exclusivement en picard… pas un picard reconstitué, mais une vraie langue, vivante et rigolote. Certaines de ses amies d’alors sont probablement présentes sur ce cliché.

Un peu plus tard, l’usine est devenue mon terrain de jeu. J’ai bien connu l’atelier que montre la photo. Il était vide mais le grand tuyau qui court au plafond était encore là. Il servait à amener la vapeur de la chaudière à charbon aux machines qui entraînaient les métiers. Pour l’alimenter, il y avait au fond de l’usine un énorme réservoir d’eau à ciel ouvert. Dans mon enfance, il avait déjà été envahi par les nénuphars et les grenouilles.

Madeleine, la doyenne du village de Cormeilles, a passé les plus belles années de sa jeunesse à la filature du  Crocq

Madeleine Chevalier est née en 1918. Après le certificat d’études, elle trouve un travail à l’usine du Crocq, le village voisin. Implantée en pleine campagne, la fabrique  était presque une curiosité. Elle employa

it des gens de Cormeilles, Hardivillers et le Crocq. « J’étais tisseuse », se souvient Madeleine. «On travaillait toujours par deux. L’une était devant le métier et l’autre derrière. On surveillait les fils qu’il fallait renouer, s’ils cassaient. D’autres étaient ourdisseuses ou au  passage de pièces ». À part quelques hommes à la mécanique et à l’administration la plupart des employés de l’usine étaient des femmes. « Nous étions payées aux pièces», poursuit Madeleine. «S’il y avait une panne, on ne touchait rien. Cela pouvait prendre plusieurs heures, voire plus d’une journée quand la pièce était terminée et qu’on changeait le rouleau ».

Madeleine
Madeleine consulte des documents de l’époque

Malgré un  salaire modeste, c’était une chance pour ces femmes de pouvoir trouver un travail. L’usine était prospère. Le patron, Gustave Leconte, était aussi  le maire du village (1903 – 1947). C’est  Honorat Neveu, le directeur de la Fabrique, qui lui succèdera à l’usine et à la mairie. Madeleine se souvient qu’en 1936, le préfet en personne était venu remettre la Légion d’honneur à Gustave Leconte dans la cour de son usine.

Elle se rappelle surtout la période de la guerre qui l’a beaucoup marquée. «C’était le désordre», commente-t-elle. «Les trains étaient bombardés et on avait du mal à trouver un camion. Il manquait toujours quelque chose. Un jour, il n’y avait plus de charbon, le lendemain, plus de fils. Si une pièce était cassée, il fallait attendre pour se réapprovisionner. La fabrique était souvent arrêtée. On se regroupait dans un atelier et on tricotait. On fabriquait  des pulls, des caches-nez et des chaussettes de toutes les tailles que l’on vendait un peu partout. C’était moins intéressant que de fabriquer du tissu, mais c’était mieux que rien ! »

Après la guerre, l’usine reprend de plus belle. Le carnet de commandes de la petite entreprise est plein. C’est un événement navrant qui va signer son arrêt de mort. «Les gens du Crocq qui avaient, depuis toujours, réélu Monsieur Leconte n’appréciaient pas Monsieur Neveu, le nouveau maire» se souvient Madeleine. « En 1951, il a perdu les élections. Il y a quelqu’un qui est allé coincer un balai dans le cliquet de sa porte. Neveu a piqué une colère terrible. Il a dit : « Puisque que les habitants du Crocq sont contents de m’avoir balayé, je balaierai les ouvrières de l’usine ». Au début, on n’était pas inquiètes : le carnet de commandes était plein. Mais ce Neveu,  c’était une tête de cochon. Au fur et à mesure

qu’une pièce était terminée, il démontait les cartons du métier et renvoyait les gens. Cela a duré un peu plus d’un mois et l’usine a fermé. Cela m’a fait mal au cœur. Ça ne devrait pas être autorisé de pouvoir décider comme ça, tout seul, de fermer une entreprise. Les ouvrières du Crocq, de Cormeilles et d’Hardivillers se sont retrouvées sans travail et sans ressources du jour au lendemain et c’était aussi leur usine. Ce que je retiens surtout de ces années là, c’est l’amitié avec les copines. On était jeunes.  On s’entendait bien. Comme on dit, aujourd’hui, c’était le bon temps !»

La documentation sur la Fabrique, au Crocq (Annexe)

M. Gustave Leconte était le patron de l’usine. Son directeur et actionnaire était M. Neveu (Honorat). .Le premier a été maire de la commune de 1903 à 1947. À cette date lui succède le second qui sera battu aux élections et remplacées par Jean Caulier, le 12 juillet 1951.

M.Gustave Leconte reçoit la Légion d’honneur à l’usine le 27 septembre 1936. Voir plus loin en les différentes personnes qui se trouvent sur la photo et qui ont été identifiées par Ghislaine.

Mon entretien avec Madeleine. (Elle est née en 1918)

Madeleine Chevalier est née Martine. Son père Léon Autiquet forain itinérant a refusé de le reconnaître. Il habitait à deux maisons de celle de Madeleine.

Photo de groupe avec le directeur et l'atelier des Brodeuses et quelques autres ouvrières
Le directeur et l’atelier des Brodeuses.

Photo de groupe

Madeleine se rappelle toutes les personnes qui sont présentes sur cette photo. Elle pense qu’elle a été prise en 1938. En tout cas, c’était avant la guerre. Au centre de la photo se trouve Honorat Neveu. A cette époque il était seulement le directeur de l’usine et probablement actionnaire. Il n’en deviendra le patron qu’en 1947. À cette époque il est déjà très vieux. Cela est important pour la suite de l’histoire. À l’usine, Madeleine était tisseuse.

Eugénie Fauquet (elle a une blouse noire)

Eugénie habitait rue de l’église au Crocq. C’était une des cousines de Blanche… ta cousine par conséquent ! Elles étaient très copines, toutes les deux. Je suis sûr que tu l’as très bien connue et que tu as dû aller prendre le café chez elle, avec Blanche. Ah ! ces jeunes, ça ne se souvient plus de rien ! Elle travaillait au « passage de pièces » avec Blanche. Tu sais, il fallait bien vérifier s’il n’y avait pas de  défauts dans le tissu et s’il y en avait un, on le réparait. Elle a eu un garçon et une fille. Ils sont tous morts aujourd’hui.

Yvonne Labite

Elle habitait à Hardivillers. A la Fabrique, elle était tisseuse. Elle ne s’est pas mariée et n’a jamais eu d’enfants. Elle a toujours vécu toute seule. Elle est actuellement à la maison de retraite de Breteuil. J’ai appris il y a quelques mois qu’elle était toujours vivante. Elle a 104 ans. J’ai téléphoné à sa cousine parce que je voulais aller la voir. Elle m’a dit qu’elle ne reconnaissait plus personne. Ce n’est pas la peine que tu y ailles. Elle est vivante, mais elle ne parle plus : elle ne te dira rien.

Gisèle Duchatel

Gisèle était tisseuse. Elle habitait dans les « cités » : ces petites maisons qui appartenaient à l’usine et qui sont à l’entrée du Crocq. Après elle s’est mariée et est allée habiter pas loin de chez Blanche dans la maison qu’a repris ensuite Dubois (le marchand de charbon). Elle avait un poêle flamand sur lequel elle faisait la soupe. Un jour, elle s’est égratignée et a oublié dans la poche de sa blouse, la bouteille d’alcool qui lui avait servi à désinfecter la plaie. La bouteille a pris feu et tous ses vêtements se sont mis à brûler. Elle est sortie en hurlant dans la cour et les gens sont accourus et l’ont arrosée de seaux d’eau. Elle était très brûlée, mais n’est pas morte sur le coup. C’est arrivé l’hiver et elle est morte quelque mois après, à Pâques, en 1948. Je venais d’avoir Jean-Pierre qui était tout petit.

Marie Hubert Dobrenelle

Elle travaillait à l’usine mais elle avait un autre métier. Il avait une petite ferme et travaillait dans les champs. C’était le cas de beaucoup d’ouvriers ou d’ouvrière de l’usine qui avaient à l’extérieur un autre travail. Son frère c’était Gilbert que tu as bien connu et qui s’est marié avec Marcelle Postelle. Il était agriculteur et est devenu le maire du Crocq.

Rose

Je ne sais plus son nom de famille, on l’appelait uniquement Rose mais tu dois le savoir parce que c’était ta cousine. C’était la cousine à Blanche. Elle s’était mariée et a habité en face du café Levaux. Elle travaillait aussi au passage de pièces avec Blanche. Avant ça elle réparait les fils  sur les métiers. Elle était ourdisseuse.

Adèle Châtelain

Elle était ourdisseuse à l’usine. Elle habitait au bout du Crocq en face de la grande ferme. Son mari faisait le même travail qu’elle a l’usine. Il avait tendance à boire un bon coup plus que de raison.

Angélina et Ernestine : les deux Perrines

Ça c’est les deux Perrines, les voisines de Blanche. Elle étaient tisseuses toutes les deux. Tu les as bien connues.

Julie

Je ne me souviens plus son nom de famille. Marceau, que tu as bien connu et qui était le fils d’une des deux Perrines s’est marié avec la fille de Julie.

Adrienne

C’était une vieille fille. Elle ne sortait pas beaucoup. Elle habitait à Hardivillers. Elle n’avait pas l’électricité et s’éclairaient à la bougie. Une nuit sa maison a pris feu et on ne la retrouvée qu’au matin. Elle est morte carbonisée.  C’était en 1952 ou 53.

Paulette

Elle était tisseuse il s’est marié avec Flinnois

Jeannine

C’était la fille de Jenny (ou Eugénie ? ) . Elle s’est mariée avec un Fauqueux ( écriture difficile : à vérifier)

Honorat Neveu

Lui c’était le directeur. Après il est devenu un peu plus. C’est lui qui a liquidé l’usine. Il fallait lui plaire, sinon c’était la porte. Le patron c’était M. Leconte. C’est celui qui est sur l’autre photo avec le préfet. Cette photo a été prise à l’usine avant la guerre. Je crois que c’était en 1936 par ce que je me souviens que c’étaient mes débuts à l’usine et que je venais tout juste d’avoir 16 ans. Après la guerre, M. Leconte a pris sa retraite et c’est Neveu qui lui a succédé. Il lui a succédé aussi comme maire du Crocq. Leconte était maire depuis très longtemps. En fait, j’en ai pas connu d’autre. Avec Neveu, ça ne marchait pas avec les habitants du Crocq. Il y a une liste qui s’est présentée contre lui. Il a été battu. Le lendemain des élections il y en a un, je ne sais pas qui, qui est allé coincer un balai dans le cliquet de sa porte. C’était pas très malin mais se n’était pas non plus très grave. Neveu a piqué une colère terrible. Il a dit : « Puisque que les habitants du Crocq sont contents de m’avoir balayé, je balaierai les ouvrières de l’usine ». Au début, on n’était pas inquiet. Le carnet de commandes était plein et il y avait plein de nouvelles pièces à réaliser. Il y avait des camions de nouveaux fils qui venaient tout juste de rentrer. Mais ce Neveu,  c’était une tête de cochon. Au fur et à mesure que les pièces étaient terminées, il démontait les cartons des métiers et renvoyait les gens. Cela a duré un peu plus d’un mois. J’ai fini dans les dernières (avant-dernière si je me souviens bien). Quand ma pièce a été terminée, je suis partie comme les autres. On ne touchait rien à cette époque. Je suis allée m’inscrire au chômage et c’est tout.  Il était le patron, d’accord, mais ce n’est pas normal qu’il ait fait fermer l’usine comme cela. Ceux de Cormeilles du Crocq et d’Harvivillers se sont retrouvés sans rien

Une jeune femme

Celle-là, je n’ai jamais su son nom. Elle habitait à Amiens. Elle venait nous montrer comment faire quand il y avait de nouvelles fabrications. On ne la voyait pas souvent. Elle venait deux ou trois jours par mois. Elle devait être là le jour on a pris la photo.

Colette Coquel

Elle était tisseuse et habitait Hardivillers. Son mari travaillait aussi à l’usine : il était mécanicien.

Charlotte Marcq

Elle, tu l’as bien connue. Après l’usine, elle a racheté le café d’en bas, le café Hucher, à Cormeilles. Elle ne s’est jamais mariée. Elle travaillait au passage de pièces avec Blanche. Elle est décédée il y a six ans. Je n’ai pas pu aller à son enterrement parce que j’étais aux chevet de  Jean-Pierre qui était très malade. Il est mort deux jours plus tard.

Son commentaire sur la photo de l’atelier.

Ça c’était pendant la guerre. Ça devait être en 43 ou en 44. Pendant la guerre c’était le désordre. Les trains étaient bombardés. On avait du mal à trouver un camion. C’était difficile de circuler sur les routes. Les Allemands avaient l’air très occupés mais il ne s’intéressait pas à nous. Il fallait se débrouiller. Il manquait toujours quelque chose. Il n’y avait plus de charbon il y avait plus de fils. Si une  pièce était cassée, c’était  difficile de la remplacer. On avait du mal à se réapprovisionner. Bref ! Il y avait des mois entiers où l’usine ne tournait pas. Et puis elle repartait et puis elle arrêtait ! Quand la fabrique était en panne, plutôt que de ne pas travailler, on se regroupait dans un atelier et on tricotait. On fabriquait des pulls, des caches-nez et des chaussettes de toutes les tailles que l’on vendait un peu partout. C’était moins intéressant que de fabriquer du tissu mais c’était mieux que rien !

Les Allemands, ils ne venait jamais aux Crocq. Par contre, il y avait une escouade à Cormeilles. Ils habitaient la grande maison en face de la mare et du café Polle. Ils avaient l’air très occupés et on les voyait à moto et même à pied se rendant à Bonneuil où il y avait une autre escouade. Je ne sais pas à quoi ça servait tous ces déplacements parce qu’ils avaient installé une ligne téléphonique directe et spéciale entre les deux maisons et les deux villages. Un jour, quelqu’un a coupé les fils du téléphone. Ils voulaient prendre des jeunes en otage. Heureusement qu’il y avait un vieux dans la grand-rue qui parlait bien allemand. Il est allé les voir et finalement ça s’est arrangé mais on a eu très peur. En tout cas, un jour ils ont décidé qu’ils avaient besoin de vélo (c’était en 1943) et ils ont demandé à toute personne possédant un vélo d’aller le déposer à la mairie. Je venais tout juste d’avoir un magnifique vélo neuf avec des dérailleurs qui me servait à aller travailler à l’usine. Je me suis dit que ce n’était pas possible ! J’ai pris une pioche une pelle et j’ai creusé une grande tranchée dans la grange. J’ai recouvert mon vélo de paille et j’ai mis une bonne couche de balles de paille au-dessus. J’avais peur mais il ne s’est rien passé. Les Allemands n’ont jamais eu mon vélo et je suis allée le déterrer à la libération.

Ses souvenirs de l’usine

Ce que je retiens de l’usine s’était surtout l’amitié avec les copines. On s’entendait bien et on s’amusait bien toutes ensemble. Ma meilleure amie c’était Gisèle Duchatel. Ta grand-mère, je ne la fréquentais pas beaucoup. Excuse-moi, mais pour nous, à cette époque, c’était déjà une vieille. On restait entre jeunes et, au début, on a bien rigolé. Comme on dit maintenant « c’était le bon temps ».

On travaillait toujours pas deux : il y avait deux ouvrières pour un métier. Une était devant et l’autre derrière. Pendant que le métier tissait, on surveillait et ont renouait les fils, si jamais ils cassaient. Ont été payées aux pièces. S’il y avait une panne, on n’était pas payé. Il fallait attendre : des fois cela prenait plusieurs heures. Quand une pièce était terminée qu’on changeait le rouleau, cela durait plus d’une journée. Au passage de pièces, où travaillait ta grand-mère, ils étaient payés à l’heure. Comme il n’y avait pas de trous, c’était plus intéressant.

Quand ils ont fermé l’usine cela m’a fait mal au coeur. On était habitué il n’y avait pas d’autre travail dans la région. Neveu était déjà très vieux. Il avait plus de 70 ans. Il est parti à Amiens en retraite et à bazardé les métiers et les bâtiments. Il s’en fichait pas mal. Ça ne devrait pas être autorisé. Il ne devrait pas pouvoir décider tout seul parce que les ouvrières du Crocq, de Cormeilles et d’ Hardivillers se sont retrouvées sans travail du jour au lendemain. C’était aussi leur usine.

Janine et Léon, portraits croisés

Janine Hohm et Léon Selosse sont passionnés de peinture. Ils dessinent et peignent depuis l’enfance.

Léon et Janine
Léon et Janine

Pour Léon, ça commence à faire un bon bout de temps. Il y a peu, il a célébré son 80e anniversaire. « Ma mère est décédée lorsque j’avais quatre ans », s’excuse-t-il. « C’est mes grands-parents qui m’ont élevé. C’est avec eux que, tout petit, j’ai connu le Front populaire. J’ai encore quelques souvenirs de cette époque… » Léon se rappelle comme si c’était hier de la dernière fois où il a vu sa soeur dans une rue d’Hellemmes. C’était en 1944. Elle a été arrêtée par les Allemands et déportée. Elle n’est jamais revenue. Presque chaque nuit, dans ses rêves, Léon revoit son visage.

Cette année-là, Janine n’a guère plus d’un an. Bientôt, à l’école, elle apprend le dessin puis se perfectionne aux Beaux-Arts de Tourcoing. Très jeune, il lui faut assurer les tâches de maîtresse de maison : nettoyer la maison, faire les repas, accompagner le travail scolaire de ses 4 enfants. Elle n’a plus un seul moment à elle et, pendant 40 ans, elle va mettre sa carrière artistique entre parenthèses. Ce n’est que lorsqu’elle retrouve une certaine forme de liberté qu’elle envisage un retour à la peinture. « Au début, je peignais à plat, sur ma planche à repasser », se souvient-elle. Janine Hohm est aussi résistante que persévérante. Le trait s’affine, les thèmes se dégagent, l’inspiration la porte… « À une époque, je peignais presque un tableau chaque soir. J’ai fini par exposer partout. Je connais les adresses de chaque siège social de banque ou de Mairie de la Métropole », plaisante-t-elle.

Naturellement, elle participe souvent aux vernissages, expositions ou autres réunions qui se tiennent dans la ville. C’est là qu’elle a fait la connaissance de Léon qui, lui aussi, sort beaucoup… ils ont même eu l’occasion de déjeuner à la même table. Ils ont beaucoup de choses à se dire car outre leur passion commune pour la peinture ils sont « béliers » tous les deux. Léon a invité Janine à son repas d’anniversaire. Une amie lui a suggéré à d’offrir un portrait : « J’ai trouvé que c’était une très bonne idée. J’aime Léon. C’est une très belle personne. Il a la tête d’un acteur de cinéma. Je trouve son visage très inspirant pour un peintre », commente-elle.

Léon est très content du tableau de Janine. Il le trouve très beau. Il l’a accroché chez lui, à la place d’honneur, au-dessus de sa cheminée. Cette semaine ce sont les peintures de Léon qui seront exposées au Fort de Mons avec celles de ses amis du « club de peinture de l’Amitié ». C’est Janine qui, cette fois, viendra y admirer les toiles de Léon.

 

Eugène Kwiatkowski

Eugène Kwiatkowski, de Shangaï à Mons, il a peint la maison natale de Michel Butor

À 60 ans, Eugène qui a dessiné des cloisons mobiles pendant 40 ans, prend sa retraite et décide de vivre sa vie d’artiste.

Eugène Kwiatkowski peignant une aquarelleIl dessine et peint tout ce qu’il voit et enchaîne les expositions en France et à l’étranger. « Rapidement, j’ai été connu », s’étonne-t-il. Je dessine très vite. J’ai fait des études d’architecture à Cracovie en Pologne. Il y une matière incontournable et redoutable aux Beaux Arts : le dessin à la plume. Il faut respecter les proportions, la perspective et surtout il n’y a pas de rature possible. Quand je peins mes aquarelles, je ne fais pas d’esquisse préalable. J’ai le dessin dans ma tête. Je pose les touches de couleurs à toute vitesse et l’image s’organise ».

Eugène Kwiatkowski et l'aquarelle de la maison de Michel Butor

L’an dernier, Eugène a exposé à Shanghai. Il avait montré aux artistes chinois, reçus au Fort Macdonald de Mons en Baroeul, quelques-unes de ses aquarelles. Le directeur des Beaux-Arts de Shanghai était présent. C’est ainsi qu’Eugène a été invité – tous frais payés – au Festival International de l’Art de l’Aquarelle de Shanghai. « Il y avait les plus grands professeurs des écoles de Beaux-Arts chinoises ainsi que les grands noms mondiaux du monde de l’aquarelle », précise-t-il. «J’étais le seul petit Monsois perdu au milieu de ces sommités. J’ai été interviewé plusieurs fois et j’ai eu la surprise, dans ma chambre d’hôtel, de me voir passer en direct à la télévision chinoise. Après, je suis allé à Lushan, dans les Montagnes Jaunes. J’y ai fait une démonstration de réalisation d’aquarelle en direct devant une salle de 2500 étudiants des Beaux-Arts. A chaque fois que je finissais un motif, ils applaudissaient à tout rompre. On se serait cru dans un stade de foot !»

Le dernier exploit d’Eugène est la réalisation de l’aquarelle de la maison natale de l’écrivain Michel Butor. « Quand le Maire m’a fait cette commande, ça m’a fait énormément plaisir qu’on ait pensé à moi pour cet événement exceptionnel. Honnêtement, je ne savais pas qui était Michel Butor. Je suis allé voir sa maison masquée par des véhicules stationnés devant… sous la lumière grise. J’ai essayé d’imaginer comment elle serait sans rien pour la masquer et du soleil et je me suis lancé. C’est une maison magnifique avec une belle façade. À l’intérieur, il y a un une verrière et des vitraux de grande qualité. J’ai surtout aimé le dallage. Il est très simple et en même temps c’est une œuvre d’art. Je suis aussi très fier d’avoir eu le privilège de rencontrer Michel Butor. J’aimerais bien être comme lui si j’atteins son âge. C’est un homme plein d’esprit qui parle posément. J’aime beaucoup le timbre de sa voix et c’est un plaisir de l’écouter. Surtout, il est resté très simple. Il ne se met pas au-dessus des autres : il vit avec les autres et veut partager le même monde. La modestie est une grande qualité. Chez Michel Butor, c’est de la grandeur ».

Alain Cadet

Michel Butor

Michel Butor, 5 mars 2011, retour à la maison natale

Michel Butor, écrivain immense et mondialement reconnu, est né en 1926 au 139 de la rue du Général De Gaulle à Mons en Baroeul. Il y a vécu quatre ans avant de rejoindre Paris, de courir le monde et d’explorer de nouveaux genres littéraires.

Michel Botor« Je serais incapable de rédiger moi-même mon autobiographie », déclare-t-il dans « Curriculum Vitae »,. Je crois que je commencerais par «  je suis né le 14 septembre 1926 à Mons en Baroeul ». Je m’arrêterais assez vite car ce n’est pas ma façon d’être avec moi-même ». C’est toujours ainsi que, l’écrivain débute sa propre histoire … à quelques mots près. «Je ne l’ai jamais vu évoquer sans émotion et… érudition sa ville de naissance », écrit, à ce propos, Raphaël Monticelli, l’un de ses meilleurs amis. «   Je l’ai même entendu un jour tenir toute une partie de conférence, dans une université, sur le nom de Mons en Barœul, insistant sur la rareté de la forme « œu », dissertant sur le nom à travers l’histoire, nous remontant au moyen âge… Une légende…»

Pourtant, jamais auparavant, Michel Butor n’était revenu sur le lieu de sa naissance. Etait-ce un oubli ou l’attitude désabusée de celui qui a beaucoup voyagé, beaucoup vécu et acquis beaucoup de recul sur toute chose, y compris lui-même… lui, qui a écrit dans « Le Tombeau d’Arthur Rimbaud » :

Michel Butor devant sa maison natale
Michel Butor devant sa maison natale

La pluie tombe sur Charleville
des lycées vont porter mon nom

on fêtera l’anniversaire

de ma naissance et de ma mort
de savants universitaires
vont me traiter de tous les noms.

Mais ce 5 mars 2011, pour la première fois depuis 80 ans, l’écrivain était à nouveau devant le seuil de sa maison natale. Pour l’accueillir, il y avait de nombreux curieux, habitants le quartier ou venus de très loin ainsi qu’une nuée de journalistes avec micros, caméras et appareils photo. « On se croirait à Cannes ! » a commenté l’écrivain goguenard. «Cette maison est très grande et très belle. Elle est très bien entretenue. Dans mon souvenir elle était beaucoup plus petite. C’est étrange ! En général, lorsqu’on est petit, on voit les choses plus grandes en relation avec sa taille. Lorsqu’on découvre la réalité on est déçu ! Ici, c’est l’inverse ! C’est comme si je redevenais moi-même tout petit et que j’avais à nouveau quatre ans. Je suis très ému même si je fais tout pour ne pas le montrer ».

Michel Butor en grande discussion avec l'actuelle propriétaire
Michel Butor en grande discussion avec l’actuelle propriétaire

Ce projet un peu fou de ramener l’écrivain dans sa maison natale a germé, en 2009, chez les Amis de Michel Butor bientôt rejoints par les associations Eugénies, Lieux d’Être et Ass’Haut de Mons. Comme ils ne savaient pas que c’était impossible, ils l’ont fait pour le plaisir de nombreux Monsois dont Véronique Canivet, la propriétaire du 139. Elle avait étudié les textes sur la peinture de l’écrivain en préparant son diplôme de l’École d’Arts Décoratifs de Paris.

Plus tard, au Fort de Mons, le poète a été accueilli par Rudy Elegeest. «Ce moment de bonheur est un cadeau que vous nous faites Monsieur Butor», a entamé le Maire. « Vous n’avez pas simplement voyagé dans l’espace et dans le temps, vous avez aussi exploré tous les genres littéraires. Dans l’un de vos livres, le Génie du lieu vous avez montré ce qui est invisible derrière le paysage. Il y a certainement un génie du lieu de votre maison natale. Nous espérons que dans vos prochains écrits vous montrerez que vous êtes sensible à vos racines monsoises autant que nous sommes fiers que vous soyez né dans notre commune».

Vue du quartier de Michel Butor signée de sa main
Vue du quartier de Michel Butor signée de sa main

Pour le plaisir de Michel Butor et des spectateurs qui remplissaient quasiment la salle, il y a eu le film de Philippe Joannin, venu tout spécialement de Lyon, un programme poétique musical choisi par Dominique Sarrasin et accompagné par Fred Alan Ponthieux. Enfin est venu le temps des cadeaux : une aquarelle d’Eugène Kwiatowski, représentant la maison natale offerte par la municipalité et une valise Objet d’Art remplie de tous les cadeaux des amis de l’écrivain. En 2010, Michel Butor avait déclaré au quotidien La Voix du Nord : «Avant la guerre, je suis retourné voir cette petite maison, à l’organisation typiquement nordiste. Le petit Parisien que j’étais avait été frappé par l’enfilade des pièces et une salle à manger sans aucune fenêtre. J’ai deux vieilles sœurs. Je vais leur demander l’adresse. J’aimerais revoir cette maison où je suis né. Je veux boucler la boucle. »

En conclusion de cette cérémonie, de sa belle écriture, il a simplement ajouté sous ce texte : « C’est fait !».

Alain Cadet

 

Abel Leblanc – musicien

Le violon d’Ingres du peintre Abel Leblanc, qui s’est toujours intéressé à la musique, est un… saxophone !

Abel le roi du sax
Abel Leblanc et son nouveau saxophone

L’univers quotidien d’Abel Leblanc est dédié à la peinture… sa peinture ! Tous les murs, de la cave au grenier, sont recouverts des œuvres de sa vie. On y découvre l’histoire du peintre autant que celle de l’homme. Pourtant, Abel Leblanc, n’est pas le prisonnier d’une idée fixe. Il est ouvert sur le monde et sur les autres, prêt à accepter l’imprévu comme une offrande. Parmi toutes ses rencontres, ses découvertes, il en est une qui (hormis sa passion dévorante pour la peinture et sa famille) a beaucoup compté pour lui : la musique ! Lorsqu’il vous reçoit, il porte autour du cou un collier noir avec un mousqueton. Ne croyez pas qu’il s’agisse d’une quelconque décoration ! Il lui sert simplement à accrocher son saxophone quand l’envie d’en jouer lui prend !

Je pratique la musique depuis plus de 75 ans mais je n’ai jamais eu la prétention d’être un bon musicien. Je ne prends pas vraiment la musique au sérieux : simplement ça m’amuse et ça me plaît. Quand l’envie me vient, je joue quelques notes puis, je passe à autre chose. En même temps, je respecte la musique. Elle permet d’accéder à un autre monde qui est celui du rêve et de l’amitié. Il y a beaucoup de sentiments, d’émotions, que l’on peut faire passer à travers une musique ou des chansons.

Le piano et l’armoire…

Dans la maison de mes parents, il y avait un piano. Il y avait aussi un grand buffet rempli de verres de cristal de formes de dimensions différentes. J’avais remarqué, encore tout petit enfant, que lorsque je frappais certaines notes du piano, certains verres se mettaient à vibrer. Quand vous chantez quelque chose ou que vous jouez d’un instrument il y a des gens – pas tous – qui vont être sensibles et qui vont vibrer avec vos parents comme les verres de l’armoire de mes parents. Se retrouver à l’unisson avec les autres, c’est toujours un plaisir. D’une façon générale, je trouve les gens un peu tristes. Ils oublient qu’il y a beaucoup de beauté dans de toutes petites choses : un brin d’herbe, une goutte d’eau, un coin de ciel. Il y a intérieur de ma tête un monde qui n’est pas tout à fait le monde réel. J’ai tendance à le voir plus beau qu’il n’est en réalité. C’est une manière de me faire du bien et si je transmets ce que j’ai vu, c’est une manière, de faire aussi du bien aux autres. C’est valable pour la peinture mais aussi pour les chansons que j’ai composées tout au long de ma vie.

Ballade pour Gisèle

Gisele

Lorsque j’étais très jeune, mes parents ont pensé que ça serait bien pour moi de faire de la musique. Ils m’ont inscrit au solfège. J’avais horreur de ça ! Je n’ai pas persévéré. Malgré tout, je tapotais sur le piano familial, en me repérant à l’oreille. Je composais aussi des petits bouts de texte. Ma première vraie chanson, je l’ai écrite pour ma future femme Gisèle, c’était en 1940. En fait, je suis né deux fois. La première fois, c’était il y a très longtemps, comme c’est inscrit dans l’état civil. La seconde fois, c’est lorsque j’ai rencontré ma femme. Elle était douée pour tout. Elle chantait merveilleusement. Je n’ai jamais connu personne, de toute ma vie, capable de lire un livre à une telle vitesse. Je me suis beaucoup enrichi grâce à ses lectures. Elle m’impressionnait énormément et j’étais très amoureux. C’était au tout début de la guerre. J’étais élève à l’Ecole Normale de Douai. Comme on avait peur des bombardements on avait transféré l’école à Grandville, en Normandie. C’était idiot, car Grandville a été bombardée tandis qu’ici, il ne s’est rien passé. La plupart des professeurs, expédiés au front, avaient été remplacés par des formateurs bénévoles. Je me souviens d’un agriculteur qui nous avait fait un cours sur le fumier dans la grande salle du casino de Grandville. Gisèle me manquait beaucoup. J’ai écrit ma première chanson qui lui est dédiée… ensuite, beaucoup d’autres pour tous les membres de ma famille. Chacun de mes petits-enfants à sa chanson. J’imagine aussi des textes sur tous les sujets qui me plaisent. Ensuite je cherche une mélodie et un rythme qui vont bien avec.

L’appel du saxophone

Parallèlement à mes compositions musicales, je me suis mis au saxo. C’était une autre manière de séduire Gisèle. Il y avait, à la maison de mes parents, un vieil instrument. Assez vite, à l’oreille, j’en ai tiré des sons acceptables puisqu’ils avaient l’air de plaire à ma future femme. Malheureusement, à la fin de la guerre, il m’a lâché. Je l’ai toujours. Il est là, dans la pièce principale, accroché au mur. Je l’avais presque oublié de même que toutes ces histoires. Un jour, j’ai raconté mes vieux souvenirs. On m’a amené une trompette mais je n’ai jamais su jouer de trompette. J’étais bien malheureux. Je me suis rendu au magasin de musique et là j’ai craqué. Une heure plus tard, j’étais à la maison avec mon nouveau saxo. Ça va faire plus de six mois que je m’entraîne tous les jours. J’ai même un vrai professeur qui vient me donner des cours une fois par semaine.

Il y a quelques temps, je suis allé à la Braderie de l’Art à Roubaix. Ça se passe tous les ans dans un très vieux bâtiment industriel qui servait de laboratoires à l’industrie textile. Je m’attendais à n’y voir uniquement que des tableaux ou des sculptures.

Embrigadé dans la brigade

Abel Leblanc

J’y ai découvert la Brigade des Tubes, une formation de cuivre de Mons en Baroeul. J’ai été stupéfait : une sorte de révélation. D’un seul coup vous vous trouvez entouré d’une horde de saxos, trompette, tubas et batteries. Ils sont presque une centaine et font un vacarme extraordinaire. En en même temps c’est tout à fait musical. Ils sont jeunes, vivants pleins d’énergie et complètement décalés. C’est les champions du désordre organisé. Alors j’ai téléphoné et je me suis inscrit. Au début, ils étaient un peu surpris. Ils sont venus me serrer la main avec une pointe de curiosité. Pour moi aussi, c’était surprenant. Ces brigadistes sont les champions du mail du SMS, du MMS et… que sais-je encore. Ils sont capables de changer le lieu de la répétition au dernier moment et de convoquer 80 musiciens habitant un peu partout dans n’importe quel endroit de la ville.

Abel est le doyen incontesté d’un joyeux groupe de jeunes.

Je suis de très loin le nouveau doyen de la Brigade. Celui que j’ai détrôné et qui se croyait très vieux n’a que 67 ans : un gamin. J’essaye de me mettre au diapason et de jouer en rythme avec les autres… comme je peux. Au début, j’avais peur de ne pas être au niveau. Pour l’instant ça va ! J’ai des partitions assez faciles par rapport à d’autres musiciens. J’aime bien cette idée d’un groupe où chacun peut apporter quelque chose quelque soit son niveau et son parcours.

Abel Leblanc – peintre

Les longues après-midi studieuses du peintre Abel Leblanc

Abel leblanc
Un portrait de portraitiste

À Roubaix, certaines après-midi d’hiver, l’air est doux et la lumière est vive.

Le peintre, vient vous ouvrir la grille qui longe le boulevard et mène au jardin. Quand le soleil ras qui vous frappe le visage a disparu derrière l’immeuble, vous découvrez Abel dans une nouvelle tenue extravagante. Aujourd’hui, coiffé d’une casquette et arborant un pull à larges motifs bleus et blancs, il évoque un aviateur ou un coureur automobile du début du siècle. On s’attend, à chaque instant, à découvrir sa Dedion-Bouton au détour d’un massif. Son petit chien, « Sava » adore ces petites escapades dans le jardin. Il réclame avec véhémence sa balle de tennis. Après avoir bien joué avec son chien, Abel vous fait monter et vous annonce qu’il a décidé de faire votre portrait. En cherchant ses crayons, il peste contre son aide familiale qui, selon lui, « a la manie de l’ordre » et se met au travail. Dessiner ne l’empêche pas de parler.

Abel Leblanc
Abel et Sava

Le dessin

«J’ai toujours aimé dessiner les gens qui vivent autour de moi… les objets aussi… En ce moment, je dessine des saxos. J’ai fait plusieurs exquises d’une fanfare où je joue parfois. J’espère pouvoir en faire, bientôt, un grand tableau. Depuis quelque temps, j’ai des problèmes de vue. Le dessin n’est plus aussi facile que par le passé, aussi naturel. Quand j’étais jeune, c’était incroyable la vitesse à laquelle je dessinais. Ma main courait toute seule… même si je pensais à autre chose. Je dois me montrer beaucoup plus appliqué, aujourd’hui. En ce moment, j’ai beaucoup de travail parce que je prépare en même temps trois expositions. J’y passe la plus grande part de mes après-midi. Je suis un vieil habitué des expositions. Cela fait des lustres que j’y accroche mes tableaux et que je visite celle des autres. Les expositions, il y en a de toutes sortes. Il y en a des sérieuses et appliquées qui présentent un peintre, un thème ou un style. Il y en a d’autres plus discutables. On y découvre les tableaux de la femme de l’organisateur, de son beau-frère et de ses amis avec au milieu, parfois, un vrai peintre. J’ai moi-même monté beaucoup d’expositions.Ça demande de l’énergie, le sens du contact et de l’organisation. Quand j’étais jeune, c’était mon truc ! J’ai été organisateur d’événements dans les domaines les plus inattendus. Pendant longtemps, j’ai animé le ciné-club de Roubaix. J’ai même monté un salon de littérature à la demande de mon ami Pierre Reboul qui était le doyen de l’université de lettres. Cela s’appelait Roubaix Littérature. C’était bien avant les années 68.

La littérature

Abel et sa premiere chansonQuand il m’en a parlé, j’ai bien rigolé. Je lui ai dit : tu te rends compte combien de fautes d’orthographe je suis capable de faire dans une seule page ? ça n’a pas d’importance, m’a-t-il répondu. La partie littéraire, c’est moi et la partie organisation, c’est toi !

Michel Butor

Alors, j’ai organisé ! J’ai fait venir des écrivains de partout. Je me rappelle de Michel Butor, un auteur qui est né pas loin d’ici. Nous avons passé une belle après-midi avec lui, ma femme et moi. C’est un homme très discret et très gentil. Ma femme, qui était très littéraire, était très impressionnée. Je crois que j’organisais ce salon autant pour elle que pour Pierre Reboul.

La Peinture

Aujourd’hui, je me contente de participer quand on m’invite. Je vais prochainement exposer à l’Hospice d’Havré, un bâtiment très beau et très ancien qui se trouve à Tourcoing. Je prépare en même temps l’exposition de Wasqhehal. J’y participe tous les ans. C’est très intéressant les efforts qui sont faits dans cette ville en faveur de la peinture. Les expositions sont bien choisies, bien présentées, bien éclairées. C’est vraiment très agréable. Il n’y a pas toujours le public qu’elles mériteraient. C’est très dommage. J’en prépare une dernière pour le Musée de plein air de Villeneuve-d’Ascq. Tu connais ? Non ! C’est une faute ! C’est un endroit qui gagne à être connu. A voir absolument, même lorsque je ne suis n’y suis pas exposé. On y a récupéré des petites maisons et des fermettes très anciennes, un peu partout dans la Flandre. On les a reconstruites dans un parc… une sorte de petit village ancien comme il n’en existe plus. Très joli ! Je connais son directeur depuis très longtemps. Jadis, il organisait les expositions de peinture du Septentrion. C’était un jeune homme à cette époque ! Il avait composé une « Nature morte magnifique. Je lui ai dit : « Je crois que je vais la peindre et je me suis mis au travail »

Abel Leblanc
La nature morte de l’hôtel Septentrion

Il m’a répondu : «cela me fait énormément plaisir . ». Je suis allé chercher mes pinceaux et mon chevalet et j’ai peint le tableau. Je l’ai gardé. Il se trouve dans l’escalier. Depuis, nous avons gardé de bonnes relations et je participe toujours à ses expositions.

C’est quoi la date aujourd’hui ? Voilà, je le signe. Je crois que j’ai fini ton portrait. C’est bien toi ? Non ?

Abel Leblanc

Abel Leblanc, ce peintre né au début du siècle qui, malgré ses 90 ans, a oublié de vieillir.

Abel leblanc

Abel Leblanc à fêté, comme il convient, ses 90 ans en exposant 90 toiles au musée de la Piscine.

C’est un chiffre ridicule quand on le compare à l’ensemble de sa production. Abel est un homme heureux. Sa joie de vivre il l’a communiquée aux autres toute sa vie comme enseignant ou comme peintre. Il a toujours peint ce qu’il aimait sans se soucier des modes et du temps qui passe. Il se souvient, comme si c’était hier, de sa première toile ou de son premier instrument de musique. Le mois dernier, il a fait l’acquisition d’un nouveau saxophone et s’est remis à l’instrument de sa jeunesse. Enseigner, chanter, jouer de la musique, peindre, c’est pareil, pour lui : c’est une manière de communiquer et de transmettre du bonheur aux autres.

On accède à son grand appartement en duplex du centre de Roubaix par un jardin à la française. On sonne, et son chien qui, comme tous les êtres qu’Abel a aimés, est immortalisé par un tableau accroché au mur, vient accueillir le visiteur. L’hôte le suit de près et on ne sait jamais s’il va avoir à la main un pinceau ou un saxo. On monte un étage dans ce qui ressemble très fort à un musée même si on finit par comprendre que c’est surtout l’appartement d’Abel. Alors, le maître vous fait asseoir à sa table et vous raconte son histoire.

«Mon grand-père était instituteur, ma grand-mère institutrice. Mon père et ma mère étaient enseignants. Je suis le fils de cette tribu et pour moi, cette filiation, c’est très important, même en tant que peintre. Je suis un fils de l’après-guerre. Je suis né en 1919. Avec mes frères y avait plus de 14 ans d’écart. On peut dire que je suis un fils unique élevé dans une famille nombreuse.

A l’école, j’étais un élève intéressant mais pas du tout excellent. J’avais surtout un défaut rédhibitoire pour mon père, qui me considérait comme un handicapé : j’étais très mauvais en orthographe. Mon père, que la moindre faute rendait malade, était désespéré. Ses efforts n’aboutissaient à rien : j’étais incurable ! Pourtant, dès que j’ai été amoureux de ma future femme, mon orthographe s’est améliorée de façon spectaculaire. Au bout de deux ans, je ne faisais pratiquement plus aucune faute. Aujourd’hui, quand je vois, toutes les fautes d’orthographe que font les jeunes, je suis malade et je pense à mon père.

Pour moi, elle était absolument inaccessible

Abel Leblanc

Vers ma seizième année, j’ai rencontré une fille extraordinaire. J’ai eu instantanément un énorme coup de foudre qui a changé toute ma vie. J’en étais en même temps profondément malheureux. Pour moi, elle était absolument inaccessible. D’abord, c’était une lilloise alors que moi je n’étais qu’un simple roubaisien. Ensuite, elle était terriblement jolie. Pour aggraver le tout, elle était speakerine à radio PTT dans une émission que j’écoutais tous les jeudis, chantait au théâtre Sébastopol et dansait à l’opéra de Lille. Elle s’appelait Gisèle et c’était une grande vedette malgré son jeune âge. Pour l’épater, j’ai peint mon premier tableau. Je ne m’en suis jamais séparé. Il nous représente, dans le chemin creux d’un paysage des Flandres avec la robe qu’elle portait à ce moment là et moi, en pantalon de golf marchant à ses côtés. J’avais aussi une arme secrète : je jouais très bien du saxo à cette époque. Je pense que c’est cela qui l’a fait fondre. Le mois dernier, je m’en suis racheté un tout neuf… Il m’a coûté le prix d’un tableau.

J’ai fait ma scolarité primaire supérieure au lycée Turgot de Roubaix. Cela menait au BEPC. A la fin de ma scolarité, malgré mon niveau d’orthographe qui n’était pas encore tout à fait assuré, j’ai réussi le concours d’entrée à l’école normale de Douai. C’était assez difficile à cette époque. Je suis donc devenu instituteur et j’ai fait ce travail toute ma vie professionnelle. Vers la fin, j’étais déjà très connu comme peintre. On m’a nommé professeur de dessin mais j’ai tenu à garder mon statut d’instituteur ce qui m’a permis de prendre ma retraite à 55 ans et de me consacrer ensuite entièrement à la peinture.

J’ai toujours été aussi un grand animateur des sociétés du coin. J’écrivais des chansons, je chantais. Ma femme était aussi une animatrice remarquable. Nous avons toujours mené ces activités ensemble. Nous étions un couple actif généreux et heureux. Maintenant, elle est décédée, mais elle est toujours présente, là, derrière moi. Je ne serais rien sans elle.

Parallèlement, j’étais professeur aux Beaux-Arts de Roubaix. J’ai toujours mis beaucoup de passion dans tous mes cours. J’ai toujours essayé de transmettre mon enthousiasme. Je pense que c’est important. Beaucoup d’anciens d’élèves viennent me voir ou m’écrivent. C’est une grande récompense pour moi ! Certains sont connus dans le monde de l’art ou des médias… d’autres pas du tout. C’est sans importance ! Ce qui compte, c’est cette relation où se construit du savoir et de l’émotion. Je disais à mes élèves : « écoutez ce que je vais vous dire : si vous voulez l’entendre, c’est un trésor». J’ai toujours aimé cette phrase de Baudelaire : « Le merveilleux nous entoure et nous abreuve comme l’atmosphère… mais nous ne le voyons pas ».

Comme peintre, j’ai organisé les réunions de Boeschepe. Dans ce petit village de la Flandre il y a tout ce qu’il faut : les gens, les paysages et l’école du village. On s’y réunissait entre artistes. On peignait le matin et l’après-midi on exposait. Le Midi ont déjeunait ensemble avec les familles. C’était un regroupement familial et artistique… la joie de se retrouver de partager des choses très simples et des recettes de peintres.

La peinture a guidé toute ma vie

La peinture, c’est ce qui a guidé toute ma vie. D’ailleurs, est-ce un hasard ? Gisèle était la cousine du peintre Auguste Renoir. Elle est née à Loches sur Ource dans l’Aube tandis que le peintre habitait à 2 km de là à Essoyes. J’ai gardé sa maison familiale dans laquelle je passe mes vacances, chaque été, depuis 70 ans.

On reproche à ma peinture de ressembler à celle de Renoir. Pour moi, c’est plutôt un compliment. Après tout, je suis un peintre du début du siècle qui a seulement vécu très longtemps.

Je travaille à l’ancienne… à l’envie et l’inspiration. Il arrive que mes tableaux soient assez différents les uns des autres. J’ai même vu, lors d’une exposition, des gens déclarer «  ce tableau n’est pas un vrai Abel Leblanc ! ». Les gens pensent qu’il existe un autre Abel Leblanc qui peint des tableaux qui me ressemblent mais qui sont différents.

Abel Leblanc

J’ai du mal à vendre mes toiles ! Je ne peux pas m’en séparer. Ce n’est pas faute de recevoir des sollicitations de tous ordres. Au dernier moment je refuse. Et comme il n’y en a pas beaucoup sur le marché, les prix de mes tableaux montent de plus en plus. De temps en temps, quand même, j’en vends une. Comme je vis très bien comme ça, pourquoi vouloir plus d’argent ? J’aime vivre entouré de mes toiles.

Je n’ai jamais voulu céder à la tentation de produire des images à la mode ni cherché une reconnaissance du monde médiatique. Je fais ce que j’aime et je me dis que, si cela me plaît il est possible que cela plaise également à d’autres. Je peins à ma manière… comme j’aime. Je n’essaye pas de faire autrement « qu’ainsi » (comme on dit à Roubaix). J’ai d’ailleurs du faire preuve de volonté et de persévérance pour continuer à être ce que je suis et refuser les conseils de modernité qui m’ont été donnés avec les meilleures intentions. J’exprime ce que je ressens. C’est une démarche sincère où je veux transmettre ma propre émotion.

Je ne méprise pas l’art contemporain quand il est sincère. Je vais beaucoup voir d’expositions et il y a beaucoup d’artistes très jeunes dont j’apprécie les œuvres mais ce n’est pas systématique.

Des projets ? Bien sûr que j’en ai. J’ai un peu de difficultés avec ma vue qui s’est altérée ces derniers temps. Je produis moins qu’avant mais je m’intéresse toujours autant à la peinture. J’espère pouvoir peindre encore très longtemps mais « ce n’est pas moi qui dirige ! »

J’ai 90 ans. Je me rends compte que c’est très vieux même si je me sens encore très bien. Beaucoup de mes amis sont disparus. Ces dernières années cela s’est accéléré. Ils partent tous… C’est la mode. C’est embêtant pour moi. Je sais qu’un jour tout cela finira… mal.

Et c’est bien comme ça ! »

Franck Ghesqière, Gabriel Levieuge et Sébastien Loutreau – architectes

Grâce au LAM de Villeneuve-d’Ascq, trois architectes monsois passent leurs vacances à la ferme sans quitter leur bureau.

architectesDepuis huit ans, le cabinet d’architectes Navarro – Levieuge s’est installé rue du général De Gaulle à la place d’un magasin de plomberie.

Il s’agit d’un choix délibéré. Pourquoi un cabinet d’architectes ne serait-il pas une boutique directement accessible comme peut l’être une boucherie ou une boulangerie ? Ainsi, on le devine, les architectes de ce cabinet travaillent surtout pour les particuliers… mais, pas uniquement.

Trois d’entre eux, Franck Ghesqière, Gabriel Levieuge et Sébastien Loutreau viennent de terminer une commande très spéciale pour le LAM (Lille métropole musée d’art moderne d’art contemporain et d’art brut). Il s’agit d’un travail de plus de trois mois sur la ferme de la Menegate qui se trouve au bord de l’autoroute Lille-Dunkerque, au niveau de Steenwerck. On voit immédiatement que ce long travail collaboratif les a marqués : lorsque l’un commence une phrase c’est souvent l’autre qui la termine.

« Cette ferme de la Menegate, presque tous les habitants de la région la connaissent», entament-ils. « Elle fait partie de notre inconscient collectif avec ses fusées, ses avions ou ses canons pointés sur un adversaire imaginaire, c’est un objet onirique et baroque. En une seconde et demie, à 130 km/h, elle offre à l’automobiliste son spectacle fugitif. »

L’intérêt du LAM pour ce bout perdu de Flandre est double. C’est un lieu fragile dont il est important de garder la trace… en même temps c’est une reconnaissance de son propriétaire, Arthur Vanabelle, un disciple septentrional du facteur Cheval qui façonne son univers depuis un demi-siècle.

maquette
Construction de la maquette

« Notre proposition a été celle d’effectuer un travail précis d’architecte, appliqué au lieu », poursuit le trio. « Pour réaliser notre maquette au 100ème, nous avons passé trois jours complets sur le terrain en compagnie d’Arthur. Nous avons mesuré, photographié, inventorié, repéré la place de chaque objet et sa logique de fabrication. Nous avons travaillé à la manière des archéologues qui découvrent avec la plus grande précaution un univers englouti. Nous avons réalisé, en quelque sorte, un Polaroïd de cette ferme dans l’état où elle se trouve aujourd’hui.»

Nos trois architectes ont eu le privilège de pouvoir pénétrer dans l’atelier d’Arthur. Un bric-à-brac d’objets récupérés (vieux pots de peinture, ustensiles agricoles, objets improbables découverts au détour d’un chemin) et de vieux outils datant de plus d’un demi-siècle. « Nous nous sommes inspirés de sa façon de travailler », expliquent-t-ils. «Nous avons-nous-mêmes récupéré les vieux accessoires de bureau : une pointe de compas rouillé, par ci, une capsule de rubans de machines à écrire par là et transformé tout cela en canons en fusées, identiques aux originaux mais 100 fois plus petits ! C’était très ludique : aucune responsabilité juridique ou technique… de vraies vacances malgré les horaires chargés.»

enfant
L’enfant et la maquette

Au-delà du pur travail d’architecte, nos trois compères ont particulièrement apprécié la personnalité d’Arthur : «  Arthur est un rêveur qui a les deux pieds bien ancrés sur sa terre. Il est à la fois proche du monde de l’enfance et capable de se projeter dans un nouvel univers. C’est un personnage fantastique qui vit dans la plus totale liberté »

Arthur Vanabelle

Arthur Vanabelle, qui a réinventé la ligne Maginot et qui fait de l’Art brut sans le savoir

ArthurQuand on va, de Lille à Dunkerque, par l’autoroute, on aperçoit, soudain, à droite, une ferme étrange. Elle est surmontée d’avions de combat, suspendus à même les toits et défendue par des tanks colorés et menaçants. Si on veut aller plus loin, il faut le mériter. Il faut passer et repasser au-dessus de l’autoroute, à travers un chemin étroit et boueux qui ne tolère à regret qu’une seule automobile. Au bout d’une impasse barrée par le gros trait de l’autoroute, on atteint la fin du monde. C’est le point 50°41’55.44″ Nord et 2°48’26.99″ Est qui définit la Menegate, une ancienne casemate de la ligne Maginot. On est au cœur du domaine d’Arthur Vanabelle, maître incontesté des lieux, dits ferme de la Menegate. Alors, accompagné de ses deux chiens, Arthur paraît et l’on voit immédiatement que l’on n’a pas affaire à n’importe qui.

« Je suis né en 1922. Ça me fait aujourd’hui 88 ans. J’ai presque, jour pour jour, le même âge que Liliane Bettencourt. Je le sais, ils ont donné sa date de naissance à la télé ! Mais je suis beaucoup plus en forme qu’elle ! (rires) On peut dire que, comme vieux, ça va… du moins du côté de la tête… parce que les genoux… Je suis allé à l’école à Steenwerck. A douze ans et demi, j’ai eu le certificat d’études…facilement ! Après, je suis devenu cultivateur et j’ai fait ce métier toute ma vie. Je n’ai jamais fait mon service militaire. En1940, j’étais trop jeune ( la classe 22 n’a jamais été appelée ). En 1945, j’étais trop vieux ! Pourtant j’ai vu la guerre : les troupes anglaises qui remontaient sur Dunkerque, la débâcle et les troupes allemandes qui sont venues ensuite. Il n’y avait pas besoin d’aller bien loin : tout le monde passait devant la ferme !

La ferme d'Arthur
La ferme d’Arthur

J ’ai continué ma vie tranquille de cultivateur. J’étais toute la journée dans mon champ. Ce n’était pas comme maintenant où on ne voit plus personne travailler la terre ou alors rarement ! Je travaillais avec un seul cheval : j’en ai eu plusieurs. Quelques années après la guerre, j’ai acheté un tracteur : un Renault tout orange. Dans les années qui ont suivi 1945, on trouvait un tas d’objets divers dans les champs dans les chemins et ailleurs. J’en ai fait un tas qui est devenu de plus en plus gros.

Vers les années 60, j’ai commencé à souder tout cela et à en faire des avions, des tanks et des canons. Ne me demandez pas pourquoi ! Je n’en sais rien ! Je le fais : un point c’est tout ! J’ai pratiquement tout assemblé et tout imaginé seul ! Quoique mon frère m’a bien aidé. Il me passait les pièces quand j’étais là haut, sur l’échelle, prêt à les accrocher. C’est très important (rires) Il y a plein de gens qui s’intéressent à mon travail ! Il vient des journalistes de partout ! Même la télévision japonaise est venue me voir. (rires) Dernièrement, j’ai reçu une lettre du musée. Ils veulent que j’aille les rencontrer.

Il paraît que je fais de l’art, de « l’art brut », à ce qu’ils disent. Je ne sais pas si j’irai, rapport à mes genoux qui me font mal. Et puis, je suis très bien ici ! »

Liens vers deux sites qui traitent du même sujet :

Si vous préférez l’article en langue anglaise :
http://outsider-environments.blogspot.com/2010/09/update-arthur-vanabelle-la-ferme-aux.html

Les grigris de Sophie, une artiste Rémoise dont le site est consacré à l’art brut :
http://lesgrigrisdesophie.blogspot.com/2010/09/le-lam-et-arthur-vanabelle.html