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Michel Duchaussoy, petite biographie décousue

Un petit Monsois dans le grand Monde…

Michel Duchaussoy est un comédien français, emblématique de la seconde moitié du XXe siècle. Son œuvre prolixe – au cinéma comme au théâtre –, sa personnalité singulière et attachante, ont fait de lui un des « monstres sacrés » de son siècle.

Michel Duchaussoy, à Paris, en 1964

Michel Duchaussoy est né le 29 novembre 1938 à Valenciennes.

D’après la plupart de ses biographies autorisées, ses parents auraient déménagé pour Lille quelques mois plus tard. Mais, cette information mérite d’être creusée. Un jour où j’avais invité un couple d’ami, le mari me propose de l’accompagner jusqu’à sa maison d’enfance, qui est à deux pas, rue Florimond-Delemer. Sur le chemin du retour, il me montre une maison et me dit :

« C’était la maison de Michel.

_ Quel Michel ?

_ Michel Duchaussoy, le comédien »

Quelques temps après, je tombe sur le propriétaire du lieu. C’était lors de la traditionnelle braderie de Mons-en-Barœul du mois de mai. Il avait loué un emplacement à l’intersection des rues, général-de-Gaulle et Florimond-Delemer. Michel Duchaussoy ! Il savait bien qui c’était ! Il avait vu plusieurs de ses films et pièces de théâtre à la télévision. Mais qu’il ait pu habiter sa maison, c’était impossible : « Si c’était vrai, je le saurais ! » Devant mon insistance, le voilà qui plante-là son stand et file chez lui vérifier son titre de propriété. Il revient avec un air tout drôle : le précédent propriétaire était un certain Daniel Duchaussoy, le père de Michel !

Notons, que c’est un grand classique !

Lorsqu’au tout début de l’année 2010, avec quelques autres intrépides Monsois, nous avons eu le projet totalement farfelu de faire revenir l’écrivain Michel Butor dans sa maison natale – elle se trouve à une centaine de mètres de la maison de l’acteur, au 139 de la rue de Roubaix (actuellement, rue du général-de-Gaulle) – lui aussi habitait Lille ! Il faut reconnaître que la capitale des Flandres est plus prestigieuse que cette petite commune rurale qui, dans les années 1940, comptait à peine 9 000 âmes. Avec ses fermes, ses vaches et ses chevaux, elle relève plus de l’agriculture que de la culture parisienne ! Lorsqu’en mars 2011, Michel Butor a retrouvé sa maison d’enfance, le battage médiatique autour de l’évènement était tel, qu’il a conduit Wikipédia à rectifier au plus vite sa biographie de l’écrivain.  

Début janvier 1939, Daniel et Renée Duchaussoy et leurs enfants (Michel avait six frères et sœurs) emménagent dans la maison dont ils viennent de faire l’acquisition, au n° 1, rue Florimond-Delemer. Daniel vient d’être nommé directeur de l’établissement lillois de la société SKF (Svenska Kullager Fabriken), la société suédoise qui a inventé le roulement à billes. Cette innovation va connaître de nombreuses applications dans le domaine des machines industrielles et de l’automobile. Avant-Guerre, SKF va fonder Volvo, sa filiale automobile et contribuer à la renommée de marques prestigieuses comme Bugatti. Après-Guerre elle équipera les voitures Ferrari. SKF était une véritable multinationale avant l’heure. 

Une classe de garçons de l’école primaire Descartes-Montesquieu en 1945

Le petit Michel entame sa scolarité à Mons, dans l’école maternelle proche.

Puis, il rejoint l’école primaire Descartes-Montesquieu, rue de Bouvines, à Lille-Fives. Ces années de Guerre vont profondément marquer Michel Duchaussoy, avec de nombreuses heures passées dans les caves pour échapper aux bombardements de l’aviation… peut-être à Mons mais plus probablement à Fives, surtout à partir de 1943, où l’école, située à deux pas de la voie de chemin de fer, était une cible de l’aviation britannique. A Mons, le bombardement du quartier par l’aviation allemande, en mai 1940, avait fait plusieurs morts et laissé des traces pendant toute la guerre et bien des années après. A la sortie de la rue Florimond-Delemer les pâtés de maison, à droite comme à gauche, étaient des scènes de guerre. Michel Duchaussoy a gardé toute son existence une mémoire vive de cette période d’inquiétude et de destruction… où la vie ne tenait parfois qu’à un fil. C’est peut-être la raison pour laquelle il a écrit le seul roman qui a pour décor Lille-Moulins en 1916, théâtre de la dramatique explosion du dépôt de munitions allemand qui a détruit une partie du quartier.

Enfant, Michel fait de la figuration dans les théâtres du coin « Avant-même de savoir ce que c’était, le théâtre existait en moi. À l’âge de 5 ans, je jouais déjà sur les scènes de Lille-Roubaix-Tourcoing Le Secret de Polichinelle de Pierre Wolff », expliquait-il.

Puis, ce sera le collège, le lycée et un début de licence de lettres.

L’élève Duchaussoy est plutôt dissipé, courant les petits cafés du centre-ville, les salles obscures et, le soir, les théâtres et l’Opéra où il joue des petits rôles et fait de la figuration. A 17 ans, il intègre le conservatoire de Lille. En 1958, à l’unanimité, le jury d’art dramatique lui décerne le premier prix ! Mais l’enfant de la Guerre est rattrapé par une autre qui ne disait pas son nom. Il va servir sous les drapeaux, en Algérie, pendant trente-quatre mois. C’est une époque lourde qui l’a marqué très profondément mais dont il ne parlait jamais.  

A son retour en France, en 1961, le voilà parisien. Il s’inscrit au cours du Conservatoire dans les classes de Robert Manuel et de Fernand Ledoux. Il habite place Saint-Sulpice, à deux pas de chez Castel où il reproduit ses habitudes lilloises, dégustant du bourbon jusque tard dans la nuit avec ses nouvelles relations parisiennes telles que son camarade de promotion, Jean-Pierre Cassel. Le 4 juillet 1964, pour le concours de sortie du Conservatoire, il propose La Fleur à la bouche, de Pirandello et La Fausse Suivante, de Marivaux. Ainsi, il rafle les deux prix de comédie (moderne et classique) ainsi que le prix d’excellence, accordés à l’unanimité du jury. La Comédie-Française ne pouvait faire moins que de l’engager sur le champ ! Il va y rester vingt ans ! 

1. Portrait artistique d'un homme en noir et blanc, style classique et élégant.
Portrait professionnel des années 1960

Il va aborder les grands textes classiques ou contemporains avec les metteurs en scène les plus réputés : Jacques Charron, Bernard Murat, Roger Planchon, Patrice Chéreau et bien d’autres. En cinquante ans de carrière au théâtre, il interprétera plus de deux cents rôles. Au cinéma, c’est la même chose, il côtoie les plus grands : Alain Jessua, Robert Enrico, Jacques Deray, Michel Deville, Jean Delannoy, Alain Corneau, Bertrand Tavernier, Yves Robert, Edouard Molinaro, Louis Malle, Patrice Leconte… et même Patrick Sébastien. Il sera l’acteur fétiche de Claude Chabrol avec qui il tournera sept films. Chabrol écrivait ses dialogues « sur mesure » pour Michel Duchaussoy comme dans Nada où il confie à l’acteur un rôle de prof gauchiste mal embarqué qui prononce cette réplique devenue culte : « Le terrorisme d’État et le terrorisme révolutionnaire sont les deux mâchoires d’un même piège à cons. »

Malgré son professionnalisme reconnu, Michel Duchaussoy, ne se prenait jamais au sérieux.

Il n’avait pas peur de paraître dans Astérix et Obélix où il a interprété le rôle dAbraracourcix. Il s’investissait parfois dans des boulots improbables comme la présentation d’émissions de télévision ou des doublages de film… dont le plus célèbre, la voix française de Marlon Brando, alias Don Corleone dans la saga « Le Parrain » de Francis Coppola, a donné lieu à tant d’imitations. Michel Duchaussoy était unique. Il avait sans doute la mémoire la plus étonnante de tous les acteurs européens. Jean-François Balmer, l’acteur suisse, racontait volontiers cette anecdote « Nous tournions avec Claude Goretta. Un matin, il arrive, tout timide, deux feuillets à la main, et dit à Michel, qui devait tourner à 10 h 30: «Pardon, j’ai réécrit la scène… Pensez-vous pouvoir l’apprendre? On tournera cet après-midi. Mais soyez libre avec moi… Si c’est impossible, on fera autrement.» Mais, Michel Duchaussoy le rassure, « deux heures plus tard, il savait son texte parfaitement » L’histoire n’est pas terminée. « Des années passent. On se croise un jour, heureux de se retrouver. ­Michel s’approche de moi et me le susurre à l’oreille. C’était le texte, tel quel, sans une hésitation, tout frais ».

Michel Duchaussoy au début des années 2010

Michel Duchaussoy a traversé son époque avec élégance.

Son talent nonchalant était singulier. Le 13 mars 2012, dans son appartement parisien, son cœur cesse de battre. Il avait 73 ans. Il a eu une vie bien trop courte mais a accompli un très long chemin de la rue Florimond-Delemer aux studios et théâtres parisiens.

Un voisin du comédien :

http://blog.prophoto.fr/michel-butor-quand-lecrivain-retrouve-ses-racines-monsoises/

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