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Tramways lillois : la ligne F, 1876

Tramways lillois : la ligne F, 1876

La ligne F, une des premières du réseau des tramways lillois, a été le laboratoire de l’évolution du réseau « du Chemin de fer américain », comme on l’appelait au XIXe siècle… en ville, puis extra muros. Cette ligne est un symbole. Elle a été pionnière dans l’évolution des techniques de traction. Elle a montré la voie à l’extension du réseau urbain

La F démarre de la Grand’ Place. On n’utilise plus de la place de la Gare comme pour les lignes pionnières. Elle rejoint le Pont du Lion d’Or, limite de la ville en direction de Roubaix. Cette ligne correspond à une demande explicite du conseil municipal lillois, au moment de définir le contour global du projet. En 1858 un décret impérial acte l’agrandissement de la ville de Lille avec le rattachement de communes du Sud et de l’Est, dont Saint-Maurice des Champs. C’est au niveau du Pont du Lion d’Or, que se trouve l’Octroi, frontière de la cité. Cette ligne F, est dans le droit fil de celles qui ont précédé : aller d’un point central vers un lieu situé aux limites de la ville. Dans la littérature dédiée à l’Histoire du tramway, il existe plusieurs versions sur les origines de cette ligne F. Ainsi, un grand quotidien national, réputé pour son sérieux, propose : « C’est le 18 mars 1877 que l’on vit circuler sur la ligne Lille-Roubaix-Tourcoing – la seule qui demeure en service cent ans après – un convoi tiré par des chevaux. Ce n’était pas le premier tramway lillois, mais jusqu’à ce jour les convois hippomobiles n’avaient pas franchi les murs de la ville. »  Au risque de nous tromper, nous proposerons la date du 25 mars 1876 comme celle de l’inauguration de la nouvelle ligne F. Elle ne va pas rejoindre pour l’instant Roubaix et Tourcoing. C’est une réalisation beaucoup plus tardive (1909) appartenant à un réseau différent, appelé généralement « Mongy » qui le fera, d’un seul trait. Dans son premier trajet – qui sera légèrement modifié ultérieurement – la ligne F emprunte l’itinéraire, Grand Place, rue des Manneliers, place du Théâtre, rue des Sept Sauts, place du Vieux marché aux Poulets, rue des Arts, rue et porte de Roubaix, rue du faubourg de Roubaix. A l’extrémité de cette dernière artère, juste avant le pont du Lion d’Or, la Compagnie construit un dépôt pour abriter les écuries des chevaux et les remises des voitures. 

En 1878, deux ans plus tard, elle décide de doter sa ligne F d’un moyen de traction moderne : la vapeur. Ce nouveau tramway, tiré par sa locomotive est capable de se déplacer comme un bolide. En ville, pour des raisons de sécurité, il roule à 8 km/h mais sur route il peut atteindre les 20 km/h ! La compagnie opte finalement pour le système.  Francq, une machine sans foyer très originale, que l’on recharge de vapeur sous pression. Le dépôt du pont du Lion d’Or va se transformer en gare de triage pour la ligne F et toutes celles que l’on va moderniser.

En 1880, pour la première fois, on sort de la ville en prolongeant la ligne F jusqu’à la Grand Place de Roubaix. C’est l’occasion d’une lutte homérique. Le prolongement naturel de la F est la « Grande route de Roubaix » qui traverse le village de Mons-en-Barœul. Ce n’est pas du goût de son maire Alexandre Delemar, charron de son état, sensible à la fronde du « lobby » des cochers de fiacres. Pour ces derniers, ce tramway à vapeur sonne le glas de la profession. Alexandre freine des quatre fers pour entraver cette invention diabolique qu’est la locomotive :« Ces machines bruyantes avec leur panache de fumée risquent de faire emballer les chevaux provoquant ainsi une série incontrôlable d’accidents hippomobiles », écrit-il. Mais, « on n’arrête pas le progrès ! » La Compagnie des tramways du Nord va gagner le bras de fer qui l’oppose aux élus. Au grand dam du maire de Mons, la ligne « F » sera prolongée jusqu’à Roubaix, traversant de bout-en-bout sa commune !

Le 26 juin 1903, la ligne « F » inaugure un nouveau grand progrès : l’électricité, comme moyen de propulsion. Cela fait moins de bruit et de fumée mais va encore plus vite ! Les nouvelles motrices ont une puissance de cent chevaux ! Désormais, le tramway fait partie du paysage. On peut habiter la banlieue et travailler en ville. C’est beaucoup plus commode de se loger à un prix raisonnable. Cet échange facilité, va transformer les villes et les villages. Ainsi, Roubaix qui ne comptait que 31 000 habitants en 1850, atteindra les 109 000 en 1975 tandis que le village de Mons-en-Barœul, qui dénombrait 1300 âmes en 1856, égalera en 1975, les 28 000 habitants. C’est le grand « boom » des tramways et de la construction. Sur un trajet parallèle, on crée une seconde ligne de tramway, le « I barré ». Il relie   la ville de Lomme au Moulin Delmar, dans l’actuelle commune de Villeneuve-d’Ascq.

Les lignes périurbaines vont participer à la transformation de la ville… à son extension et son développement. Le tramway, si commode pour la mobilité des employés et ouvriers des usines, va favoriser l’accroissement industriel et démographique des « Trois Villes », Lille, Roubaix et Tourcoing.  Ces lignes extra-muros seront les colonisatrices des nouveaux faubourgs. Elles vont participer à la transformation de bourgs comme Roubaix ou Tourcoing en villes industrielles. Sous l’effet de cet essor sans précédent, les villes et les villages s’étendent et s’agrandissent jusqu’à se rejoindre pour ne former qu’un unique tissu urbain.

Bonus :

L’itinéraire du F, à Lille
L’itinéraire du F, extra-muros
Le I barré, à la sortie de Lille

Version précédente :

Il était une fois le tramway, entre Lille (59000) et Roubaix (59100)

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