Peu - Mons

Il était une fois le tramway, entre Lille (59000) et Roubaix (59100)

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les grandes villes de la métropole urbaine lilloise sont en plein développement industriel et démographique. Bien que concurrentes, elles doivent coopérer et échanger pour continuer à grandir. Le tramway, moyen de transport ultra-moderne pour l’époque, favorisera la mobilité de la main-d’œuvre et l’accroissement urbain.

Au milieu du XIXe siècle, de nouvelles usines – essentiellement textiles – s’installent dans les bourgs de Roubaix et de Tourcoing. Bientôt, ces deux minuscules agglomérations vont devenir de grandes villes industrielles… jusqu’à menacer le leadership de Lille, la capitale des Flandres. Ce pôle urbain, « Les Trois Villes », comme on disait à cette époque, va se développer à travers les échanges intercommunaux. Le tramway jouera un rôle important dans cet essor du tissu urbain.

Saint-Maurice Pellevoisin (métro de Lille Métropole) - tram
Dans la rue du faubourg de Roubaix, à Lille-Saint-Maurice-Pellevoisin la ligne F de la fin du XIXe siècle avec sa curieuse machine à vapeur de type Franck. Elle se rechargeait au dépôt du Pont du Lion d’Or.

Dès 1840, le charbon et la vapeur sont les symboles du modernisme et de la révolution industrielle. De grandes usines – principalement des filatures – s’installent dans différentes communes de la périphérie lilloise. Avec les « courées », qui les accompagnent, elles sont les colonisatrices des nouveaux faubourgs. Les villes et les villages s’agrandissent, jusqu’à se rejoindre pour ne plus former qu’un unique tissu urbain. Pour accompagner cette transformation, le Département du Nord à l’idée de s’inspirer d’un système de rails à gorge rentrante qui existe déjà dans la ville de New York. On l’appellera « le Chemin de fer américain », avant que ne s’impose définitivement le nom anglais : « Tramway » ! La première ligne expérimentée à Lille en 1874 est hippomobile. Il faut deux chevaux pour tirer le « Car », comme on appelait alors la voiture. Le 25 mars 1876 est inaugurée la ligne « F ». Elle va de la Grand-Place de Lille au Pont du Lion-d’Or, à l’extrémité de Saint-Maurice des Champs, un territoire rattaché à Lille à la fin des années 1850. C’est un grand succès commercial, à tel point qu’en 1880, on y construit un dépôt pour abriter les écuries des chevaux et les remises des voitures.

Devant la gare Centrale (actuelle Lille-Flandres) un tramway (un Car tiré par deux chevaux dans les années 1870

On choisit cette ligne « F » pour effectuer les premiers essais de traction à vapeur : un dispositif original de locomotives sans foyer (machines Francq). Elles viennent se régénérer en vapeur dans cette station du « Lion d’Or » qui prend les aspects d’une véritable gare de triage. Ce « Tramway » à vapeur est capable de se déplacer comme un bolide, c’est-à-dire 8 km/h en ville et 20 km/h sur route. On envisage de prolonger la ligne « F » jusqu’à Roubaix en empruntant la « Grande route de Roubaix » qui traverse le village voisin de Mons-en-Barœul. Cette perspective déclenche la fronde du « lobby » des Cochers de fiacres. Il a l’oreille de beaucoup d’élus municipaux, à Lille comme dans sa banlieue. Dans ce combat contre la vapeur, le maire de Mons-en-Barœul de l’époque, Alexandre Delemar, charron de son état, va particulièrement s’illustrer en freinant des quatre fers contre cette invention diabolique qu’est la locomotive. Selon lui, « Ces machines bruyantes avec leur panache de fumée risquent de faire emballer les chevaux provoquant ainsi une série incontrôlable d’accidents hippomobiles. »Mais la Compagnie des tramways du Nord gagne le bras de fer qui l’oppose au cartel des élus et des cochers de fiacres. La ligne « F » sera prolongée jusqu’à Roubaix, traversant de bout-en-bout la commune de Mons-en-Barœul au grand dam de son maire.

Le tramway à vapeur qui va désormais jusqu’à Roubaix, traverse le village de Mons-en-Baroeul. On distingue le clocher de l’église Saint-Pierre, centre de la Paroisse. Trait d’humour photographique : la motrice à vapeur double un fiacre.

 Le 26 juin 1903, la ligne « F » se transforme grâce un grand progrès technique : l’électricité, comme moyen de propulsion. Cela fait moins de bruit et de fumée mais on va encore plus vite ! Pensez, ces nouvelles motrices ont une puissance de 100 chevaux ! Désormais, le tramway fait partie du paysage. On peut habiter la banlieue et travailler en ville. C’est beaucoup plus commode de se loger à un prix raisonnable. Cet échange facilité, participe au développement des villes et des villages. Ainsi, Roubaix qui ne comptait que 31 000 habitants en 1850, atteindra les 109 000 en 1975 tandis que le village de Mons-en-Barœul, qui dénombrait 1300 âmes en 1856, aura été transformé, en 1975 en ville de 28 000 habitants. Les besoins de transport urbain sont tels que, sur un trajet voisin, on créera une seconde ligne de tramway, le « I barré » de la ville de Lomme, jusqu’au Moulin Delmar, à Villeneuve-d’Ascq, dans un lieu limitrophe de Mons-en-Barœul.

Transport ferroviaire - Peu
Au début des années 1950, le tramway est le moyen de locomotion le plus utilisé par les habitants de la rue du général de Gaulle, à Mons. Ici, nous sommes dans le centre de cette ville qui, désormais, totalise plus de 9000 habitants.

Cette saga du tramway, entre Lille et Roubaix, prendra fin avec, après-guerre, le développement exponentiel de l’automobile en ville. Le « F » est supprimé en 1956 et le « I barré » en 1965. Ils seront remplacés par des lignes d’autobus. Dans les années 1980, un nouveau système de transport sur rail sera construit, mais, cette fois il sera souterrain. Il s’agit du métro VAL qui, dans les entrailles du sol, suivra d’abord l’ancien trajet de la rue du Faubourg de Roubaix de Lille, puis, arrivé à Mons, prendra une voie parallèle à la rue du général De Gaulle – ancien tracé du « F » -, l’avenue Maurice Schumann, pour filer ensuite en direction de Roubaix et de Tourcoing !

Transit rapide - Train

Voyagez en tramway et en vidéo avec l’INA

https://fresques.ina.fr/mel/liste/recherche/tramway/s#sort/-pertinence-/direction/DESC/page/1/size/10

Pour prolonger cette lecture, on pourra consulter, sur ce même blog, le sujet sur le dépôt du Pont du Lion d’Or :

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Alain Cadet, journaliste
Il a débuté dans la vie professionnelle comme enseignant. Après avoir coché la case du métier de photographe, il s’est orienté vers la réalisation de films documentaires, activité qui a rempli l’essentiel de sa carrière. Arrivé à la retraite, il a fait quelques films… mais pas beaucoup ! Les producteurs craignent toujours que, passé 60 ans, le réalisateur ait la mauvaise idée de leur faire un infarctus, ce qui leur ferait perdre beaucoup d’argent ! La suite a montré qu’ils se sont peut-être montrés un peu trop frileux, mais cela fait partie du passé. C’est ainsi que l’ancien réalisateur – un peu photographe, sur les bords – s’est mis à collaborer avec différents journaux. Il a aussi écrit des livres sur la guerre de 1914 – 1918 où l’image a une place importante. C’est ainsi que dans ce blog, on trouvera beaucoup d’articles sur des peintres ou des photographes anciens ou contemporains, des textes relatifs aux deux guerres, mais aussi des articles opportunistes sur différents événements. Comme les moyens du bord sont très limités, cela a obligé l’auteur à se remettre à la photographie – sa passion de jeunesse – pour illustrer ses textes. Il ne s’en plaint pas !
Publications: 188

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