Alex Wilson, le plus ancien habitant de l’avenue Robert Schuman (59370). Il a connu les travaux du métro, mais pas que…

Mons-en-Barœul, petit bourg rural après-Guerre, va connaître avec la construction du Nouveau Mons, puis le percement de la ligne du métro : une longue période de chantier des années 1950 à 1990.

Alex Wilson, le plus ancien habitant de l’avenue Robert Schuman. Il a connu les travaux du métro, mais pas que…

Alex est arrivé sur les lieux bien avant qu’on ne parle de ZUP, de Nouveau Mons et de métro. Il aura passé une partie importante de sa vie, bercé par le bruit des travaux qui se sont échelonnés entre les décennies 1950 et 1990.

Alex Wilson, devant sa maison de l’année 1930 de l’avenue Robert Schuman

En 1930, lorsqu’Alex emménage dans la toute nouvelle maison que viennent de se faire construire ses parents, il vient tout juste d’avoir un an ! L’habitation est située, sentier des Près, une impasse cendrée qui fait face à la campagne… le bout du monde ! Le lieu a été effacé par les nouveaux plans d’urbanisme de la ZUP des années 1960, mais la maison d’Alex a été l’une des rares du secteur à être préservée. On la trouve désormais, avenue Robert Schuman, un tronçon de l’axe principal du nouveau quartier. « Ici, c’était la fin du bourg », se souvient-il « il y avait juste, en face, un minuscule chemin de terre qui partait vers les champs. » Dans les années 1950, les rues du secteur sont redessinées. En face de chez lui, on construit Mons-Sart, un lotissement aux habitations basses, le tout premier programme du futur « Nouveau Mons ». En 1960, la municipalité décide de mettre en œuvre une ZUP (Zone à urbaniser en priorité), qui impacte tout ce quartier. Au milieu de la décennie, la construction des Tours de l’Europe et sa résidence, l’immeuble phare du programme, est lancée.

Au milieu des années 1960, avenue Robert-Schuman, on construit la Résidence de l’Europe, ses tours et son Centre commercial, un chantier modulaire qui avance à un rythme impressionnant.

« C’était devenu un chantier permanent », explique Alex. « Il y avait des camions qui passaient sans discontinuer sur l’avenue et les tours de l’Europe s’élevaient à une vitesse incroyable. Question poussière et bruit, c’était infernal, mais cela ouvrait des opportunités. J’étais électricien. J’ai vendu mon magasin de Fives pour me concentrer, ici, en face de chez moi. J’ai installé l’électricité de beaucoup d’appartements de cette résidence de l’Europe et ensuite, les interphones. Cela m’a pris cinq ans de travail. Ensuite, j’ai entretenu ces installations pendant 18 ans. »

Au début des années 1990, on annonce l’arrivée de la nouvelle ligne de métro dans la commune. Au début, tout va bien pour les riverains des avenues Robert-Schuman et Acacias. Le trajet du métro emprunte l’avenue Alphonse Gayet, à l’autre bout du nouveau Mons. Mais les habitants du coin sont vent-debout contre ce nouveau projet qui impacte leur environnement. Ils trouvent un puissant écho jusqu’au sein de l’équipe municipale. C’est ainsi que le métro, arrivant de Lille, s’invite sur l’axe Emile Zola – Acacias – Robert Schuman, juste devant la maison d’Alex !

Devant la maison d’Alex, au début des années 1990, le chantier du métro en « tranchée ouverte » sur l’axe Emile Zola-Acacias-Robert Schuman

« Il était prévu de faire ces travaux en aérien » raconte Alex. « Avec le bruit des rames, la vue bouchée, c’était une catastrophe pour les riverains. Nous nous sommes mobilisés. J’ai passé des soirées entières à glisser des tracts dans les boîtes aux lettres, y compris dans toutes les maisons du Haut-de-Mons. » L’opposition est telle que les pouvoirs publics revoient leur copie. Le chantier du nouveau métro sera une tranchée ouverte, que l’on fermera une fois les travaux achevés. Les ennuis d’Alex – et des autres riverains – ne sont pas terminés : « On a vécu quelques mois de cauchemar », témoigne Alex. « Pour soutenir le bâti servant à couler le béton, il est arrivé une machine qui ressemblait à un immense marteau. Elle enfonçait de grands fers en U dans le sol. Boum ! Boum ! En plus du bruit, les maisons tremblaient. À la fin du chantier, elles étaient fissurées de partout. Nous avons attaqué en justice, mais nous avons perdu notre procès. Selon les juges, il aurait fallu faire des photos des murs avant le chantier, à l’endroit précis où se sont produites les fissures, pour prouver que c’était bien les travaux qui étaient responsable des dégâts ! On ne peut pas penser à tout ! Nous n’avons reçu aucune indemnité ! »

Le coffrage du chantier utilise un système de fers en « U » pour couler et conforter le béton.

Alex, a profité de ce chantier pour se transformer en reporter-photographe : « Je me suis acheté un Canon 24×36, à pellicule. À cette époque, c’était du très beau matériel pour un amateur. Je n’avais qu’à sortir de chez moi pour faire mes photos. Je suis venu assister à la sortie du tunnelier qui venait de Lille, à peu près au niveau de l’actuelle station Mons–Sart. J’allais partout. Je descendais même à l’intérieur du chantier pour faire mes clichés. Je croisais des ouvriers qui ne m’ont jamais rien dit ! C’était une autre époque ! »

Galerie

des photos d’Alex…

La sortie du tunnelier qui a servi à creuser le tronçon des gares de Lille jusqu’à Mons
Avenue Robert-Schuman, avant que la tranchée ne soit refermée
Ouverture de la tranchée.
Voyage à l’intérieur du chantier du métro
Le béton est en place. On n’attend plus que les rails et les rames du métro.
Les Tours de l’Europe
Image par défaut
Alain Cadet, journaliste
Il a débuté dans la vie professionnelle comme enseignant. Après avoir coché la case du métier de photographe, il s’est orienté vers la réalisation de films documentaires, activité qui a rempli l’essentiel de sa carrière. Arrivé à la retraite, il a fait quelques films… mais pas beaucoup ! Les producteurs craignent toujours que, passé 60 ans, le réalisateur ait la mauvaise idée de leur faire un infarctus, ce qui leur ferait perdre beaucoup d’argent ! La suite a montré qu’ils se sont peut-être montrés un peu trop frileux, mais cela fait partie du passé. C’est ainsi que l’ancien réalisateur – un peu photographe, sur les bords – s’est mis à collaborer avec différents journaux. Il a aussi écrit des livres sur la guerre de 1914 – 1918 où l’image a une place importante. C’est ainsi que dans ce blog, on trouvera beaucoup d’articles sur des peintres ou des photographes anciens ou contemporains, des textes relatifs aux deux guerres, mais aussi des articles opportunistes sur différents événements. Comme les moyens du bord sont très limités, cela a obligé l’auteur à se remettre à la photographie – sa passion de jeunesse – pour illustrer ses textes. Il ne s’en plaint pas !
Publications: 140

Vous pouvez écrire un commentaire