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Daniel

Daniel a réinventé la campagne à la ville et vit dans son coin de nature.

On trouve Daniel dans un vaste terrain entouré de maisons, au milieu de ses légumes et de ses animaux : une oasis de nature au milieu de la ville. 

Daniel
Daniel le jardinier

Son accès difficile l’a, pour l’instant, préservée des programmes immobiliers. Daniel approche de l’âge où il convient de prendre sa retraite. « J’ai eu une enfance très difficile » se souvient-il. « J’ai été martyrisé par mes parents. Quand on leur a retiré la garde de leurs enfants j’ai été placé dans une famille d’accueil. Ce n’était pas mieux ! À l’adolescence, j’ai rejoint un institut spécialisé pour les pupilles de l’Assistance Publique, du côté d’Armentières. C’était épouvantable ! Je n’ai pas eu d’enfance. Alors, je me suis replié sur moi-même… dans mon monde… avec la terre et les animaux ».

Daniel exerce de longues années le métier de «Garçon de ferme», du côté de Rosendaël et de Cassel. La mécanisation détruit sa profession. Le voici qui revient en ville, près de son lieu de naissance. « Ici, je me suis aménagé un petit coin de campagne », explique-t-il en montrant du doigt les arbres qui l’entourent. «Je suis fait pour la terre et la nature.»

Sur son terrain, on ne trouve que des légumes cultivés de manière ancestrale. Il fabrique  lui-même son compost et ses engrais. « Mes légumes sont 100 % biologiques » poursuit-il. « Il y a des gens qui viennent de très loin car ils ne trouvent pas ailleurs de tels poireaux. » Daniel pratique la culture de serre et de plein champ… avec soin, protégée du gel par une bâche ou des oiseaux par un filet. « Avec tous les merles et les pigeons qu’on trouve ici… particulièrement les ramiers, avec leur petite collerette blanche, qui sont le plus voraces », commente-t-il, « on ne peut pas faire autrement ».

Daniel élève aussi des animaux, des oies des canards et des poules. À l’entrée de l’enclos un énorme coq français monte la garde en poussant des cocoricos. « Celui-là, c’est Coco, un vrai chien de garde. Quand il est comme ça veut dire qu’il va charger », prévient-il. Une fois rentré Daniel lui parle doucement et, bientôt, Coco se met à caqueter paisiblement au diapason des poules qui l’entourent. Daniel vend ses œufs et ses légumes aux habitants de la rue. C’est plus un échange qu’un commerce. On lui apporte des petits plats cuisinés à la maison… on lui fait des cadeaux à Noël… « Je touche le RSA», explique-t-il. « Avec ça, je peux tout juste payer le loyer pour mon F2. Après, il faut que je trouve des combines pour pouvoir me nourrir. Je ne me débrouille pas trop mal. Quand on a connu la misère, comme moi,  on a appris à survivre ». Il effectue quelques travaux de jardinage contre des chèques emplois et récupère les vieilles ferrailles et les objets laissés pour compte,  le jour des « Encombrants ». Ainsi, a-t-il pu installer un trampoline et un petit terrain de football, au milieu de son jardin, pour que les enfants du voisinage puissent venir y jouer.

« Les enfants et les voisins sont très gentils avec moi », conclut-il. « Je suis très pauvre. J’ai juste de quoi manger mais je suis très heureux. C’est la vie dont j’ai toujours rêvé. Il y a quelques années, je faisais du travail de jardinage tous les jours de la semaine. Je gagnais plus d’argent. Maintenant, je me suis arrangé une vie tranquille.  Un jour ou l’autre, ils arriveront probablement à construire ici des immeubles… avec plein de petits appartements très chers. J’espère que ce sera le plus tard possible et qu’ils attendront que je sois mort ». Néanmoins, Daniel a planté un nouvel arbre, ce matin.


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Alain Cadet, journaliste
Alain Cadet, journaliste

Il a débuté dans la vie professionnelle comme enseignant. Après avoir coché la case du métier de photographe, il s’est orienté vers la réalisation de films documentaires, activité qui a rempli l’essentiel de sa carrière. Arrivé à la retraite, il a fait quelques films… mais pas beaucoup ! Les producteurs craignent toujours que, passé 60 ans, le réalisateur ait la mauvaise idée de leur faire un infarctus, ce qui leur ferait perdre beaucoup d’argent ! La suite a montré qu’ils se sont peut-être montrés un peu trop frileux, mais cela fait partie du passé. C’est ainsi que l’ancien réalisateur – un peu photographe, sur les bords – s’est mis à collaborer avec différents journaux. Il a aussi écrit des livres sur la guerre de 1914 – 1918 où l’image a une place importante. C’est ainsi que dans ce blog, on trouvera beaucoup d’articles sur des peintres ou des photographes anciens ou contemporains, des textes relatifs aux deux guerres, mais aussi des articles opportunistes sur différents événements. Comme les moyens du bord sont très limités, cela a obligé l’auteur à se remettre à la photographie – sa passion de jeunesse – pour illustrer ses textes. Il ne s’en plaint pas !

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