Jean Rouaud, écrivain

Quand Jean Rouaud vient à la rencontre de ses lecteurs lillois

 Jean Rouaud a taillé une longue route depuis le temps où il évoquait la 2 CV  familiale, dans son premier roman, Les Champs d’honneur (1990). Cette  année-là, devant la France émerveillée, le petit marchand de journaux se transformait, en quelques heures, en un écrivain internationalement reconnu. La critique, à juste titre, soulignait combien l’écrivain attachait d’importance à la  recherche de la forme littéraire. Dans une époque moderne où le livre est avant tout un objet, cet auteur singulier tranchait avec l’air du temps. Depuis cette date, ses lecteurs lui sont restés fidèles. Peut-être sont-ils moins nombreux que ceux des auteurs à succès, poussés sans ménagement par le système, mais on les retrouve mobilisés, dès qu’un nouveau livre de Jean Rouaud paraît. À Lille, en cette fin du mois de septembre 2013, l’arrière-salle d’une brasserie du centre-ville était trop petite pour les accueillir tous. Une centaine d’aficionados, venus parfois d’assez loin, avaient tenu à venir voir à quoi pouvait bien ressembler cet homme, capable d’écrire des livres si singuliers. Le petit dernier, La manifestation de notre désintérêt, est à mi-chemin entre l’essai littéraire et le traité d’économie. Dans la salle mal éclairée, cantonné dans un coin sombre, Jean Rouaud, avec son sourire d’éternel adolescent, lumineux, a démontré un art insoupçonné de conteur, à la fois simple direct et profond.

Jean Rouaud
Jean Rouaud

« Cela me recharge », explique-t-il. « La pratique de l’écriture est une forme d’isolement. C’est comme s’enfoncer dans un long tunnel qui se modèle au fil du temps. De telle sorte que j’oublie, le plus souvent, où on en est dans la réception de mon œuvre. Rencontrer le public c’est un peu comme revenir à la lumière. On voit des têtes nouvelles passer devant soi. J’en ai vu beaucoup depuis 23 ans. 

Mon public a changé. Mon premier roman, Les Champs d’honneur, même si c’est une fiction a un caractère autobiographique. Ainsi tous ceux qui m’avaient lu me connaissaient plus ou moins comme quelqu’un de familier. On savait que j’avais vendu des journaux. Je n’impressionnais personne. Il y avait une forme de proximité facile avec mes lecteurs. Au fil des ans, j’ai vu la distance se créer. Au début, il y avait peu de travaux universitaires sur mon œuvre, mais on me les envoyait. J’étais invité dans les colloques qui parlaient de moi. Maintenant, on fait de nombreuses rencontres sur mon travail sans me contacter. Les gens travaillent sur mes livres sans moi. Je suis un écrivain mort. Ainsi, quand j’arrive dans un lieu comme celui-ci, je suis très étonné qu’il y ait autant de monde.

 Quand j’ai contacté les Éditions de Minuit, j’étais dans une posture de solitude, où l’on attend plus de retour. J’avais l’impression d’écrire au-dessus du vide. Par chance, j’ai rencontré Jérôme Lindon, le directeur des Editions de Minuit. Il avait une problématique comptable en totale contradiction avec la mienne qui était poétique. Mais il y avait une parole crédible. Il ressemblait énormément à mon père. C’était la seule personne que je pouvais écouter, à l’époque. Éditer un premier livre est quelque chose de très compliqué. Aujourd’hui comme on sait que j’ai un noyau de lecteurs fidèles, je peux éditer à peu près n’importe quoi. On le prend, parce que c’est moi et parce que je représente quelque chose dans les milieux universitaires ou littéraires. Un jeune auteur ne pourrait jamais trouver d’éditeur pour un texte comme celui de mon dernier livre, La manifestation de notre désintérêt.

Jean Rouaud et ses lecteurs
Jean Rouaud et ses lecteurs

 Lorsque j’ai rencontré Jérôme Lindon, pour mon premier livre, j’avais déjà écrit un texte. C’était quelque chose qui avait à voir avec l’histoire et même la préhistoire. Je voulais parler de ce qui s’était passé avant 1963, la date de la mort de mon père. J’envisageais de remonter le temps jusqu’au début de la guerre de 14. Lindon (qui était aussi crédible pour moi parce qu’il avait édité les auteurs du nouveau roman) m’a dit : « Vous en faites en roman et vous vous tenez au roman ! » Mon écriture avait pour postulat la mort du roman.

 Mais tout cela est très ambigu. Par exemple, Claude Simon, un des auteurs qui a totalement remis en cause le  roman traditionnel raconte dans La Route des Flandres  une charge que l’on supposerait volontiers totalement imaginaire… jusqu’à ce qu’un officier de cavalerie déclare : « Ce que raconte Claude Simon, c’est vrai, j’y étais ! ». Et Claude Simon, qui était un pince-sans-rire, un brin provocateur, devait déclarer à la fin de sa vie, à propos de son œuvre : « Ce sont des livres à base de vécu. » Les rapports entre la recherche d’une nouvelle écriture, le Nouveau Roman et le roman tout court sont très ambigus. En 1963, Jérôme Lindon, pourtant l’éditeur de la modernité me dit : « Faites en un roman ! S’il n’y a pas cette colonne vertébrale du récit, on se perd ! »  C’est une très vieille histoire. Flaubert n’a écrit Madame Bovary, que contraint. Il a passé des années à écrire  La Tentation de saint Antoine, un texte très fouillé et très érudit nécessitant une capacité de travail hors du commun. On sait, par le journal de Maxime Ducamp que, le texte terminé, le romancier avait organisé une grande lecture de son ouvrage, avec ses deux meilleurs amis, pendant quatre jours complets. Alors, Madame Flaubert, la mère, passe dans le salon et interroge  les garçons : « Qu’est-ce que vous en pensez ? » Louis Bouillez répond : « Nous pensons que le mieux serait de jeter tout cela au feu et de ne plus jamais en reparler ». Et Bouillez ajoute : « Tu devrais écrire un livre à la Balzac ! » Plus tard Maxime Du Camp, parle à son ami d’un fait divers de la région de Rouen. C’est l’histoire d’une femme qui avait des amants et qui a fini par s’empoisonner : « un bon sujet de roman », selon lui. Flaubert s’impose quelque chose qu’il déteste profondément et écrit Madame Bovary. C’est un peu la même chose pour moi avec Les Champs d’Honneur. D’une certaine manière, quand je quitte les Éditions de minuit, c’est un peu comme Flaubert qui écrit Salambo, un livre à l’opposé de son roman précédent.

 Cela ne vaut pas le coup de se confronter à la littérature si on ne va pas dans le sens des grand auteurs. Ce qui caractérise les grands, c’est leur densité. Faulkner est très dense. On ne peut pas sauter une phrase, sinon on perd le fil du récit. Pareil avec Proust ! Il y a aussi l’importance que les écrivains attachent à leur propre livre. Dans un film de Roger Stéphane qui s’appelle  « Proust par ses témoins », on en trouve un exemple étonnant. À cette époque, le réalisateur avait eu le privilège de rencontrer des témoins qui ont très bien connu l’écrivain de son vivant, comme Paul Morand ou bien encore Cocteau. Pour Marcel Proust, « la vraie vie est dans la littérature ». Emmanuel Berl, raconte que très jeune il tient tête à l’écrivain. Pour lui ce qui reste plus important « c’est l’amour de la vie ». Alors, Marcel se fâche et finit par lui balancer ses pantoufles à la figure. Cela illustre la conception très rigoriste que peuvent avoir certains écrivains de la littérature. J’essaie d’appliquer mon écriture à une forme d’investigation poétique, quel que soit le sujet que j’aborde. Je pense qu’il ne faut pas sortir de là.  Le grand Céline de Mort à crédit  devient un écrivain de seconde zone, glauque et sans talent, dans Bagatelle. Un grand livre n’est pas un éditorial. On ne doit jamais renoncer à l’imaginaire poétique.

 Mon dernier livre traite à la fois d’économie et de littérature. Je pense que je l’ai écrit parce que j’ai une fille de 20 ans. En même temps beaucoup de choses dont on nous rabâche les oreilles comme acquises, m’horripilent. Par exemple je trouve l’expression « rassurer les marchés » horrible. Ce devrait être, au contraire, le travail des marchés de « nous rassurer ». On voit bien que leurs intérêts ne sont pas nos intérêts, alors je me dis qu’il est mieux pour nous de nous désintéresser de ce que l’on nous propose. J’ai trouvé que la réplique du capitaine Haddock dans Le trésor de Rackham le Rouge était très éclairante. C’est une sorte d’image, de métaphore de l’inféodation au marché. Haddock dit à cet inventeur qui veut absolument lui vendre son invention : « Je ne suis pas intéressé par votre invention ». Bien sûr ce livre n’est pas un roman. Je l’ai écrit en trois jours : c’est très rapide. Je ne me sentais pas le cœur de vivre pendant un an avec les financiers. J’ai commencé à écrire un autre livre très différent. Il pourrait s’appeler : « Comment être écrivain ». Cela traite de la mort du roman. La mort du roman… c’est la mort du roman de la France. Cela me prendra sans doute beaucoup de temps »

Alain Cadet

Frédérique Delbarre, fille et petite fille de l’Art, n’en fait qu’à sa tête.

Frédérique Delbarre, alias Frédé est la fille de Raoul, dit Raoul de Godewarsvelde.

Le  célèbre chanteur, emblématique de la région Nord-Pas-de-Calais, a vécu surtout de la vente de ses clichés. «Mon père était la deuxième génération d’une famille de photographes », explique Frédé. « Mon grand-père, Francis Albert Victor Delbarre, avait ouvert sa première boutique, rue Saint-Sauveur, en 1912. Il avait fait écrire sur la devanture de son magasin : On opère par tous les temps… même  la nuit.  J’ai été élevée dans un milieu d’artistes. Il en venait beaucoup à la maison… particulièrement des peintres, Majhoud  Ben Bella, Arthur Van Hecke et surtout Roger Frezin, le meilleur ami de mon père. Ils se connaissaient depuis l’enfance ».

 En ce temps là, Frédérique dessine beaucoup… surtout des têtes de personnages qui viennent remplir la feuille. Après le bac, Frédérique rangera ses pinceaux et deviendra attachée de presse à Fréquence Nord, au Bateau Feu de Dunkerque puis à l’Aéronef. La peinture et les peintres se sont éloignés à une exception près. À la mort de Raoul, en 1977, c’est son ami Roger qui deviendra, pour son frère et elle, leur père adoptif. Ils resteront très proches, jusqu’au décès du peintre, l’an dernier.

Frédérique Delbarre
Frédérique Delbarre

Roger Frezin était monsois. Il possédait, rue Parmentier, un vaste atelier, hérité de son père, graveur réputé. En 2009, le peintre décide de vendre le local. A l’intérieur se trouve un immense bric-à-brac de chevalets, de toiles vierges ou ébauchées, de vieux pinceaux et peintures. Avec quelques fidèles, Frédé est chargée de faire place nette. « Il s’est passé quelque chose de très bizarre», confesse-t-elle. « J’ai eu l’impression de sortir d’une période d’amnésie de presque 30 ans. Il y avait parmi un amoncellement de toiles,  un immense portrait de mon père peint je ne sais quand. J’ai récupéré plusieurs objets : des tables et des chaises maculées de peinture, du petit matériel et un lot de toiles vierges. En rentrant à la maison, immédiatement, je me suis remise à peindre ». Frédé a repris la peinture à l’endroit exact où elle l’avait  laissée. Elle accumule ses têtes de personnages sur les supports les plus divers : «J’utilise souvent des objets de récupération », explique-t-elle. « De vieux mannequins, des tubes en carton, de vieilles poupées. J’essaie de travailler sur le volume. Ce qui caractérise mon travail, c’est aussi son côté multiple. Mes « têtes » se répètent à la manière d’un papier peint même si, depuis quelque temps, on voit apparaître, ici ou là, quelques éléments de décor. Je peins ce qui me plaît… selon ma fantaisie. »

 Frédé a acheté une maison, rue des Prévoyants, pas très loin de l’atelier de la rue Parmentier, sur le trajet précis qu’empruntait Roger, lorsqu’il était enfant, pour venir glaner dans les champs. Elle se revendique comme peintre monsois. Depuis 2010, elle expose au Fort mais aussi dans les galeries du vieux Lille et du Touquet… à l’hôtel L’Hermitage Gantois de Lille.

On les trouvera les curieuses têtes de Frédé, du 4 au 12 janvier à l’exposition Assemblages, qu’organise Eugénies dans la grande salle du Fort.

Alain Cadet

Illustration : Frédé pose devant l’une de ses œuvres, avec une veste Hollington, qui a appartenu à Roger Frezin.

 Contact : f.delbarre@wanadoo.fr /  Tel: 03 20 33 07 99

TELQUE : quand la passion de la sculpture est plus forte que tout

TELQUE est le nom d’artiste qu’elle a choisi.

Chris TelqueOn peut à la rigueur lui accoler son prénom et l’appeler Chris TELQUE. Elle ne tient pas à ce qu’on la désigne par son nom de famille, bien qu’il soit très honorable. Pour elle, le métier de sculpteur était à la fois la chose la plus improbable et une sorte de fatalité.

 « À l’école, je dessinais tout le temps, c’était une sorte d’obsession», avoue-t-elle. « Impossible de compter les heures de colle parce que j’avais été surprise à griffonner une caricature pendant les cours ». Quelques mois avant le bac, ses parents décident de lui faire donner quelques cours particuliers, dans différentes matières. « C’est ainsi, qu’est venu à la maison un professeur de dessin », poursuit-elle. « C’était un très vieux monsieur extrêmement poli et compétent. Il était à la retraite et avait été le directeur de l’École des Beaux-arts. Il a demandé à voir mes parents et leur a dit que m’inscrire à cette satanée école était ce qu’il y avait de mieux pour moi. Mes parents étaient industriels. Ma mère lui a répondu que : Artiste, ce n’est pas un métier ! ».

Chris Telque
Chris TELQUE et sa vache « Pierrette, le pis à lait » en fer à béton.

 Chris TELQUE va – presque – suivre les recommandations familiales. Elle étudie le commerce et la gestion à l’EAC, une école spécialisée dans le marché de l’art. La voilà, quelque temps, au ministère de la culture expliquant aux investisseurs les intérêts du mécénat puis chez Vivendi, organisant les événements culturels. « C’étaient des choses comme Orsay avant Orsay ou bien Jazz à Juan », se souvient-elle. Il s’agissait de recevoir les VIP, grands cadres de l’industrie ou de la banque, élus des collectivités territoriales et de la nation… tous partenaires de la Société. » La future sculpteuse bifurque pour de longues années dans le « contrôle de gestion pur et dur». Mais, un beau matin, il y a trois ans environ, ses enfants ayant terminé leurs études, la voici qui décide de prendre un congé sans solde et de consacrer tout son temps à sa passion.

On ne peut pas donner totalement tort à ses parents. Artiste, n’est pas un métier qui  nourrit sa femme. « On ne fait pas ce travail-là pour l’argent» convient Chris TELQUE. «Ceux qui en vivent correctement sont très rares. Malgré tout, je ne me plains pas. Totalement autodidacte, au bout de trois ans, j’arrive à financer mes fournitures et mes déplacements. Il n’y a que pour les bronzes, que  je suis encore déficitaire. C’est un travail compliqué qui demande beaucoup de temps. Chacun d’entre eux me coûte une fortune !». Outre le bronze, l’artiste travaille le plâtre, la terre, la cire et même le fer à béton ! Ses périodes d’atelier alternent avec le temps des salons et des expositions comme le Salon d’automne de Paris, dont elle est une habituée, ou bien encore les EWAA Awards de Londres, d’où elle revient. Cette année, elle a été sélectionnée avec 11 autres artistes venus du monde entier… la plupart très célèbres. « Avec mon ridicule CV de deux ans je fais des complexes par rapport à tous ces gens qui ont fait les meilleures écoles et qui ont 30 ou 40 ans de pratique » convient-elle. Mais les petites bébêtes de Chris (elle sculpte beaucoup d’animaux) sont en train de monter. On les trouvera du 4 au 12 janvier à l’exposition Assemblages, qu’organise Eugénies dans la grande salle du Fort.

Alain Cadet

 Illustration : Chris TELQUE et sa vache « Pierrette, le pis à lait » en fer à béton.

Coordonnées : TELQUE animal sculptor 33 (0) 6 58 83 59 93 / mail : chris@telque.fr / www.telque.fr

Le monde de la photographe Ellen Kooï, humain et fantastique

Avec « Sables Mouvants », Le monde d’Ellen Kooï, humain et fantastique, s’empare du Fort Macdonald.

Ellen Kooï devant un agrandissement géant d’une photo réalisée rue des Trois Couronne, à Lille
Ellen Kooï devant un agrandissement géant d’une photo réalisée rue des Trois Couronne, à Lille

  En octobre et novembre 2012, dans le cadre de Lille Fantastic, la salle d’exposition du Fort de Mons-en-Baroeul (dans la banlieue lilloise) a accueilli une artiste hors du commun. Ellen Kooï, photographe néerlandaise vit à Harleem et expose partout dans le monde de Moscou à New York en passant par de nombreux pays européens. Elle a été citée l’an dernier parmi les 100 plus grands artistes contemporains du monde, toutes disciplines confondues. Elle est la preuve par l’action que la photographie est un art majeur. Son univers proche du conte et pourtant profondément ancré la réalité a d’emblée séduit les organisateurs de Lille Fantastic. « J’ai été invitée à venir ici il y a un peu plus de deux ans », raconte Ellen Kooï. «  On m’a fait visiter différents lieux de la ville, du centre historique de Lille à la banlieue industrielle. Ils étaient très différents, Ils constituaient un terrain d’action très riche me permettant de produire des images très variées et  correspondant à mon univers».

L’une des photographies de l’artiste : le lâché des « loups » - en réalité ce sont des Bergers suisses – devant l’opéra de Lille
L’une des photographies de l’artiste : le lâché des « loups » – en réalité ce sont des Bergers suisses – devant l’opéra de Lille

  Cette exposition  est la partie émergée d’un long travail de l’artiste, qui va la conduire de la rue des Trois Couronnes, à Lille, où elle lâche des « loups » blancs, à l’esplanade de la Citadelle où elle plante ses échelles, tendues vers le ciel  ou encore dans les petites rues obscures de Roubaix et Tourcoing. Il y a aussi beaucoup d’autres images venues d’ailleurs dans cette exposition. L’artiste travaille à l’ancienne avec un appareil argentique grand format. L’image est toujours très précise. Elle allie la magie du lieu à celle des corps. Ellen Kooï, passionnée de danse moderne et qui à été photographe de théâtre, s’intéresse à l’expression des visages… aux postures. Elle n’est pas rebutée un travail minutieux, patient,  avec ses modèles. Ses personnages, entre ciel et terre ou bien cernés par la ville se répètent comme dans un ballet ou, au contraire, s’opposent. Parfois la photo est une simple intuition. D’autres fois, composite, mélange d’instantané et de montage elle met en place un projet compliqué qui donne l’illusion du naturel et de la simplicité. « Je prends beaucoup de temps pour réaliser une seule photographie», précise-t-elle. « Je réfléchis beaucoup à mon projet avant la prise de vue. Parfois même, je dessine une sorte de story board. Il me faut plusieurs heures pour réaliser un cliché… parfois la journée entière. Je pars d’un paysage, d’un morceau de réalité et j’essaye de le repousser plus loin. J’y place mes personnages dans une situation inattendue.  C’est long et minutieux. C’est pour cela que j’aime beaucoup travailler avec les enfants. Ils sont très ouverts à mes propositions et se montrent toujours très patients.»

L’univers Ellen Kooï est-il réaliste ou fantastique ? « Les deux ! », répond-elle «Je pars d’un paysage qui reflète une ambiance. Il a très souvent de tonalités sombres et bleutées. J’essaie,  en y introduisant mes personnages, de le faire vivre, de l’amener plus loin tout en racontant l’histoire que je veux dire avec en plus, si c’est possible, une petite touche de magie. »

Alain Cadet

Michel Butor : quand l’écrivain retrouve ses racines monsoises

Michel Butor est probablement le Monsois le plus connu de tous les temps.

Il est né, le 14 septembre 1926, au 139 de la rue de Roubaix devenue, au fil du temps, rue du Général de Gaulle. Sollicité aux quatre coins de la planète, pour des conférences, des rencontres… des hommages,  l’écrivain voyage une bonne partie de l’année. Pourtant, ce globe-trotter impénitent n’était jamais revenu, jusqu’à l’an dernier, sur son lieu de naissance. Au mois de mars 2011, il avait pu visiter sa maison natale. En mai 2012, l’exposition photographique de son ami Maxime Godard («En compagnie de Michel Butor »), lui a fourni un bon prétexte pour revenir à Mons. Ainsi a-t-on pu recueillir ses impressions sur sa première visite et ce que représente la commune, pour lui.

Michel Butor
Michel Butor

Est-ce que la visite de votre maison natale à ravivé vos souvenirs ?

Je n’ai pratiquement pas de souvenirs de mon enfance.  Mons-en-Baroeul, pour moi, c’est une enfance oubliée. Je l’ai quittée lorsque  j’avais 3 ans. Je devrais avoir des souvenirs plus précis que ceux que j’ai. Quand je suis revenu dans cette maison, l’an dernier,  je me suis imaginé marchant à quatre pattes sur ce carrelage mais ce n’était pas de vrais des souvenirs. Il y a quelque chose qui s’est recouvert. Qu’est-ce qui fait que j’ai aussi peu de souvenirs de ce temps-là ? Il y a toutes sortes de choses qui sont venues par-dessus : la vie parisienne, la guerre… peut-être, qu’un jour, tout d’un coup, une image me reviendra

Vous aviez totalement oublié Mons ?

Le nom de Mons-en-Baroeul a toujours été très important pour moi. A à chaque fois que j’avais à remplir des papiers, je devais donner mon lieu de naissance. Comme Mons-en-Baroeul a une orthographe tout à fait particulière, les employés de mairie avaient beaucoup de difficultés avec ce « o » dans l’ « e »»…  « u, l». C’est un groupe qui, dans la langue française correspond à un certain nombre de mots très importants. Surtout le mot « cœur » ! C’est magnifique ! Mon cœur y est attaché de toute façon ! Il doit quelque chose à Mons-en-Baroeul et à sa lumière. C’est quelque chose qui m’avait frappé lorsque j’étais  revenu dans le Nord – sans jamais  revenir à Mons –,  la lumière des rues. C’était pour moi la lumière normale. Tout le reste, était un peu exotique, même Paris. Pourtant j’ai passé toute mon enfance et ma jeunesse à Paris. Mon éducation est parisienne. Il y a une espèce d’horizon, ici, de degré zéro à partir de quoi tout le reste se mesure.

Est-ce que Mons-en-Baroeul vous appartient un peu plus désormais ? Est-ce que votre maison natale fait partie de votre imaginaire ?

Elle fait partie de mon imaginaire ! Tout à fait ! Et puis, j’ai cette aquarelle qui m’a été donnée l’année dernière et qui est dans ma chambre. C’est une espèce de mémento de cette maison. Vous voyez, ce lieu de naissance, sur lequel j’avais écrit tant de fois, s’est rempli. Avant, c’était quelque chose de tout à fait vague et lointain, un peu imaginaire. C’est devenu quelque chose de concret… un peu la différence qu’il y a entre le noir et blanc et la couleur, un dessin très vague et un lieu habité, avec sa sonorité et ses  mouvements. J’ai reconstruit un morceau de mon passé. C’est une sorte d’accroche… un clou sur le mur. J’ai pu accrocher quelque chose à ce mur.

Propos recueillis par Alain CADET (membre des Amis monsois de Michel Butor)

Pétrification

De retour au pays natal
Pour quelques heures seulement
Le voyageur compte les briques
Du mur des années révolues…

Michel Butor

Véronique habite, depuis huit ans, la maison de Michel Butor.

Véronique Canivet connaît le nom de Michel Butor depuis son adolescence. Diplômée de l’École des Arts Décoratif de Paris, elle a même étudié l’écrivain à l’école. 

Véronique Canivet
Véronique Canivet

«Pour moi, c’était un auteur parmi beaucoup d’autres», se souvient-t-elle. «J’ai encore en mémoire ses écrits sur Delacroix. J’avoue qu’au fil des années, je l’avais un peu oublié. Acheter la maison où il est né n’était pas prémédité. Je ne  l’ai découvert qu’après avoir signé le contrat».

« Nous avons acheté cette maison en un quart d’heure», enchaîne Christophe, le mari. «Quand nous l’avons visitée et nous avons eu immédiatement l’envie de l’habiter. C’était une vraie maison… une maison qui a une âme. Elle était compatible avec notre budget. Il y avait énormément  de travaux : pas de chauffage central, des cloisons biscornues, l’électricité à refaire, les murs et les sols à revoir … mais cela pouvait s’arranger. Il y avait aussi le jardin. À cette époque, l’immeuble de derrière n’était pas construit. On avait une vue magnifique.»

Sans perdre une minute, Christophe et Véronique se rendent à Fives, siège de l’agence : «Nous nous demandions si nous ne pourrions pas faire baisser légèrement le prix en prenant un petit temps de réflexion. La gérante, Mme Truffaut, nous en a aussitôt dissuadé. Quand elle a appris que notre projet était tout simplement d’y faire vivre notre famille elle ne voulait plus d’autre acquéreur. Il y avait un autre acheteur qui était sur les rangs. Cet « investisseur » avait l’intention de découper l’immeuble  en appartements  minuscules. Mme Truffaut était Monsoise. Pour elle, ce projet aurait complètement défiguré la maison. Elle a su être très persuasive. Elle était tellement heureuse de notre décision qu’elle nous a offert  son exemplaire personnel d’un livre d’histoire locale, auquel, pourtant, elle tenait beaucoup, Mons en Baroeul, de la campagne à la ville. Il y avait deux pages sur Michel Butor. Ainsi, nous avons appris que nous venions d’acheter la maison de l’écrivain. »

« Nous ne remercierons jamais assez Mme Truffaut » ajoute Véronique, émue.  Finalement, pendant ce quart d’heure de folie nous avons pris une décision très raisonnable. Nous avons modernisé la maison en essayant de préserver son cachet. Nous l’avons rendue agréable. Nous sommes heureux d’y vivre. Même le voisinage a apprécié.  Dans le jardin, il y a un portique avec une balançoire. La voisine est venue nous dire le plaisir qu’elle avait d’entendre à nouveau, après de si longues années d’interruption, le crissement de la corde qui accompagne le balancement. Cette maison s’est remise à vivre… »

Véronique est un peu nerveuse depuis qu’elle sait qu’elle doit recevoir la visite de l’écrivain. Elle est allée à la bibliothèque. Elle consulte Internet… Véronique exerce un métier original : elle est  marionnettiste : « une marionnettiste de talent » précise son mari. Elle est directrice de la compagnie Babayaga. Beaucoup de ses amis appartiennent aux  milieux artistiques et culturels. Ainsi, pour le 5 mars a-t-elle a invité Didier Philipoteaux, un poète français et Matega une poétesse slovène qui animent la maison de la poésie de Reims. Elle a peur que l’événement ne soit pas à la hauteur de l’attente… que l’écrivain soit déçu… que cela ne soit pas aussi gai qu’elle l’avait imaginé. Mais Véronique qui fonctionne d’abord  au « coup de cœur » se trompe rarement. AC

Michel Butor, les livres objets, la peinture et les peintres

Michel Butor
Michel Butor

En mai 2012, à l’occasion d’une exposition des photographies de son ami, Maxime Godard, Michel Butor est revenu dans sa commune natale, à Mons-en-Baroeul, dans la banlieue de Lille.Sur certaines photos de Maxime, Michel a ajouté un petit poème. Ce n’est pas la première fois. Le photographe et l’écrivain ont publié, ensemble, plusieurs « Livres–objets».

Le texte, imaginée par Michel Butor est écrit à la main puis recopié sur une petite dizaine d’exemplaires. Ces livres-objets, fruit d’une collaboration avec plusieurs dizaines d’artistes, sont représentatifs du travail contemporain de l’écrivain. En 2011, Michel Butor en a réalisé l’inventaire et en a compté 2014 en langue française.

Voici comment l’écrivain explique ce travail particulier:

« Qu’est-ce que j’écris aujourd’hui ? Essentiellement des poèmes et des petits livres en collaboration avec des artistes ! Vous savez, je suis un écrivain très âgé. J’ai beaucoup écrit et beaucoup publié au cours de ma vie. D’ailleurs on peut même trouver en librairie une édition de «mes œuvres complètes ». Le terme n’est pas complètement exact… tant que je vis, j’écris encore des choses.  Malgré tout, pour ce qui est de mon œuvre, je considère que désormais, « c’est fait ! ». Je serais désormais incapable d’écrire un roman ou un essai. Pour cela, il faut pouvoir ramasser énormément d’énergie… même les préfaces, je n’en écris plus guère.

Michel Butor et PicassoCe que j’écris maintenant c’est une sorte de coda de mon œuvre : des textes en liberté ! Ce sont souvent mes amis les peintres qui me sollicitent et me forcent à écrire. Ils conçoivent des livres à partir de leurs images et me demandent d’y ajouter un texte. En général ça marche ! D’autres, parfois, ne sont pas très contents. Pour ce qui est du livre sur Dirk Bouts, dont on parle aujourd’hui, il ne sait pas ce que j’ai écrit sur lui et ne se plaint pas! Ce travail me plaît. Il me permet de rester jeune. Voilà comment ça se passe, en général. L’artiste m’envoie sept exemplaires de son livre contenant ses images. Pas plus ! Comme je recopie chaque exemplaire à la main, écrire en plus grand nombre serait trop fastidieux ! Chez moi, il y a plusieurs piles de projets en attente. Il se produit, dans mon bureau, comme un embouteillage. Il ne faut pas être trop pressé. Il faut que cela mature dans ma tête. Un jour, l’idée me vient et je me dis, tiens, je vais pouvoir écrire tel ou tel livre. Je n’ai pas d’idée précise sur le texte avant d’avoir vu le livre. Je ne me presse pas. J’écris mon texte à feu doux. Son écriture doit être aussi une forme de découverte pour moi.

Il reste des endroits qui sont libres sur la page. Ils peuvent être très limités – juste  sous l’image –  ou, au contraire, avec des pages entières complètement vierges. Le format compte beaucoup aussi ! Quand c’est un format à l’italienne, je fais souvent des phrases très longues et très compliquées. Si le format est étroit, le mieux c’est d’écrire des vers. J’écris généralement des octosyllabes : c’est quelque chose de très facile et qui semble avoir été créé pour moi ! Je peux évoquer les images de la page ou au contraire m’en écarter. Parfois je mets de la couleur. J’utilise des encres de couleurs différentes particulièrement lorsque les images en noir et blanc. La couleur du texte retentit sur l’image noir et blanc de l’artiste. Elle est aussi choisie en fonction de ce que j’écris.

Séance de dédicace

Ces petits livres sont très différents des essais que j’écrivais, jadis, sur la peinture. Quand on écrit, sur un peintre ou sur un tableau, il y a l’œuvre et la culture du peintre. Il appartient à son époque et s’explique par son environnement. Il y a aussi  tout ce qu’on a pu dire, au cours des siècles, sur sa peinture. Enfin, il y a un point de vue contemporain qu’on peut et doit avoir à propos d’un tableau d’un siècle passé. C’est le cas lorsque j’ai écrit  sur Delacroix. L’œuvre est monumentale. Il existe beaucoup de textes de textes différents, écrits au cours des siècles. Ils ont alimenté ma réflexion et nourri mon propre texte.

Lorsque j’entame un Livre-objet, je commence par faire un brouillon sur une feuille de papier. Puis et puis je le recopie directement dans le premier livre. Il faut noter qu’aucun des sept livres n’est jamais totalement identique à un autre. Comme j’écris à la main, chaque exemplaire est le brouillon du précédent. Je peux changer la disposition et même le texte. Il me vient des idées nouvelles. Je perfectionne le texte d’origine au cours de mes recopie successives. Du coup chaque livre est un objet unique. Souvent, le peintre procède de la même façon : il y a des différences d’un livre à l’autre, dans ses images dessinées à la main.

Je ne vends pas ces livres, mais l’artiste le fait le plus souvent…  parfois à un prix raisonnable, parfois très cher ! Il peut arriver que certains livres soient reproduits en fac-similé par un éditeur. C’est intéressant parce que, dans ce cas, on peut en diffuser un assez grand nombre.

J’ai toujours aimé la peinture et les peintres. Ce n’est pas du tout un hasard si j’écris avec eux. J’aime leur façon de vivre. Ils ont choisi un mode de vie particulier. Ils vivent dans des ateliers (enfin pour ceux qui ont réussi… J’en ai aussi connu beaucoup qui tentaient de peindre dans une chambre de bonne.) L’atelier, c’est un lieu de vie éclairé et  spacieux, c’est un lieu de liberté. C’est un endroit où le désordre fait partie de la création. Le peintre crée une œuvre destinée à être entourée d’un beau cadre et à être exposée sur le mur lisse d’un musée. Mais dans sa matrice, posée dans un coin d’atelier, elle exprime quelque chose de différent. Voir peindre est un spectacle. On voit l’œuvre naître et grandir. Le travail du peintre en action est un bonheur. »

Retour vers la maison natale

Le 139 rue du Général de Gaulle où naquit Michel Butor
Le 139 rue du Général de Gaulle où naquit Michel Butor

« Je serais incapable de rédiger moi-même mon autobiographie. Je crois que je commencerais par «  je suis né le 14 septembre 1926 à Mons en Baroeul ».  Je m’arrêterais assez vite car ce n’est pas ma façon d’être avec moi-même ». C’est ainsi que Michel Butor dans « Curriculum Vitae » commence sa propre histoire. Il la débute toujours ainsi… à quelques mots près. Quel sentiment nourrit-il pour ce lieu dont il évoque « la lumière » dans son poème « Biographie pressée » ? «Je ne l’ai jamais vu évoquer sans émotion et… érudition sa ville de naissance », écrit Raphaël Monticelli, l’un des meilleurs amis de l’écrivain. «   Je l’ai même entendu un jour tenir toute une partie de conférence, dans une université, sur le nom de Mons en Barœul, insistant sur la rareté de la forme « œu », dissertant sur le nom à travers l’histoire, nous remontant au moyen âge… Une légende…»

Au risque de paraître irrévérencieux, nous commencerons notre récit un tout petit peu avant : le 2 décembre 1924 jour de la naissance Geneviève, la sœur aînée de Michel. Le certificat de baptême précise qu’elle est née, 139 rue de Roubaix. Deux ans plus tard, lorsque Michel, Marie, François paraît, la rue a changé de nom. Elle se nomme à présent Daubresse Mauviez. Le 139 est le domicile du père de l’écrivain : Xavier Marie Joseph Butor, inspecteur de la Compagnie de chemin de fer du Nord, ainsi que l’indique  le certificat de naissance conservé à la mairie.

Le 139 – désormais rue du Général De Gaulle – a connu bien des vicissitudes. Siège de la Kommandantur pendant la guerre, il devient ensuite le commissariat de la ville avant de retrouver son usage privé. Jusqu’à une date récente, on pouvait encore y observer des cloisons matérialisant les bureaux des policiers. A 540 km à vol d’oiseau, dans son petit village de Lucinges, près de la frontière suisse, l’écrivain a-t-il encore une pensée pour cette maison qui l’a vu naître où l’a-t-il abandonnée définitivement à son triste sort ? Un élément de réponse nous est fourni le 25 avril 2000 par le quotidien La Voix du Nord à qui Michel Butor déclare : «Avant la guerre, je suis retourné voir cette petite maison, à l’organisation typiquement nordiste. Le petit Parisien que j’étais avait été frappé par l’enfilade des pièces et une salle à manger sans aucune fenêtre. J’ai deux vieilles sœurs. Je vais leur demander l’adresse. J’aimerais revoir cette maison où je suis né. Je veux boucler la boucle. »

Le 5 mars 2011, Michel Butor, bouclera enfin cette longue boucle de 84 ans avant de continuer à «courir le monde… même si c’est plus lentement » comme il l’écrit lui-même.  AC

Autobiographie pressée (extraits)

…le dallage d’un corridor…

Lumière de Mons-en-Baroeul

le dallage d’un corridor

j’aimais jouer au cuisinier

notre installation à Paris

dans la rue du Cherche-midi

……

Je désire courir le monde

encore pendant quelque temps

même si c’est plus lentement

si je me sens de l’autre siècle

je suis curieux de celui-ci

Michel Butor

Il y a 84 ans, l’écrivain Michel Butor naissait à Mons en Baroeul.

« Je serais incapable de rédiger moi-même mon autobiographie. Je crois que je commencerais par «  je suis né le 14 septembre 1926 à Mons en Baroeul ». Je m’arrêterais assez vite car ce n’est pas ma façon d’être avec moi-même ». Ainsi, s’exprime l’écrivain Michel Butor dans « Curriculum Vitae ».

Michel, Marie, François Butor est  né au 139 de la rue Daubresse Mauviez (actuellement la rue du Général de Gaulle). Son père, Xavier Marie Joseph était inspecteur de la Compagnie de chemin de fer du Nord, ainsi que le précise l’extrait d’État civil conservé à la mairie.

Michel Butor, chez lui à Lucinges en 2010
Michel Butor, chez lui à Lucinges en 2010

Michel Butor est le Monsois le plus célèbre de tous les temps. Il a marqué le siècle et l’histoire de la littérature. Il est considéré comme l’un des plus grands écrivains vivants. Sollicité aux quatre coins de la planète, en perpétuel décalage horaire,  entre deux avions, il trouve toujours le temps d’écrire. Comme il adore les voyages qui nourrissent son écriture, il se console volontiers : « je suis le jouet du vent » constate-t-il, désabusé. Parfois, il se repose, à deux pas d’un prieuré,  dans son minuscule village savoyard de Lucinges, si proche de Genève où il a été professeur toute sa vie. Sa maison est devenue un lieu de pèlerinage littéraire. Le maître des lieux  gère son agenda… très serré. Il continue à produire ses oeuvres étonnantes sans perdre une seconde.

Sa maison s’appelle « À l’écart ». Il y est bien loin de tout et en particulier de la petite ville du Nord dans laquelle il est né. Hormis les habitants des numéros 141 à 151 de la rue du Général De Gaulle, peu de Monsois connaissent son existence. À la rigueur, peuvent – ils citer « La Modification », qui lui a valu, à vie, le titre de pape du nouveau roman… mais c’est déjà très loin tout ça. Michel Butor, braconnier de la littérature a emprunté tous les chemins détournés sur lesquels on ne l’attendait pas : poésie, livres objets réalisés en collaboration avec des artistes comme le sérigraphe lillois Alain Buisse… plus proches de la bibliothèque du facteur Cheval que du domaine universitaire ou romanesque. Ses œuvres inclassables éparpillées chez une ribambelle d’éditeurs, grands et petits, déroutent le système littéraire. Insaisissable, « ne cessant de détaler devant sa légende » comme l’a écrit son ami Georges Perros, il n’a pas de meilleur critique que lui-même : «Les gens ne savent pas trop par quel bout prendre mes textes. Ils ont peur…Je tiendrais trop de place si on parlait de moi dans tous les domaines où j’ai travaillé. Je suis quelqu’un d’encombrant ».

Quelquefois il pense au Nord : « J’aimerais revoir cette maison où je suis né. Je veux boucler la boucle », déclarait-il en 2000. En mars 2011 l’écrivain a prévu un voyage dans sa région natale qui le mènera de Saint-Omer à Lille… et pourquoi pas Mons en Baroeul ?

Il écoutera sans doute avec bienveillance les hommages qui lui seront rendus avec l’air malicieux de celui qui a beaucoup voyagé et qui connaît la vie… lui qui a écrit dans « Le Tombeau d’Arthur Rimbaud » :

La pluie tombe sur Charleville

des lycées vont porter mon nom

on fêtera l’anniversaire

de ma naissance et de ma mort

de savants universitaires

vont me traiter de tous les noms.

AC

Janine et Léon, portraits croisés

Janine Hohm et Léon Selosse sont passionnés de peinture. Ils dessinent et peignent depuis l’enfance.

Léon et Janine
Léon et Janine

Pour Léon, ça commence à faire un bon bout de temps. Il y a peu, il a célébré son 80e anniversaire. « Ma mère est décédée lorsque j’avais quatre ans », s’excuse-t-il. « C’est mes grands-parents qui m’ont élevé. C’est avec eux que, tout petit, j’ai connu le Front populaire. J’ai encore quelques souvenirs de cette époque… » Léon se rappelle comme si c’était hier de la dernière fois où il a vu sa soeur dans une rue d’Hellemmes. C’était en 1944. Elle a été arrêtée par les Allemands et déportée. Elle n’est jamais revenue. Presque chaque nuit, dans ses rêves, Léon revoit son visage.

Cette année-là, Janine n’a guère plus d’un an. Bientôt, à l’école, elle apprend le dessin puis se perfectionne aux Beaux-Arts de Tourcoing. Très jeune, il lui faut assurer les tâches de maîtresse de maison : nettoyer la maison, faire les repas, accompagner le travail scolaire de ses 4 enfants. Elle n’a plus un seul moment à elle et, pendant 40 ans, elle va mettre sa carrière artistique entre parenthèses. Ce n’est que lorsqu’elle retrouve une certaine forme de liberté qu’elle envisage un retour à la peinture. « Au début, je peignais à plat, sur ma planche à repasser », se souvient-elle. Janine Hohm est aussi résistante que persévérante. Le trait s’affine, les thèmes se dégagent, l’inspiration la porte… « À une époque, je peignais presque un tableau chaque soir. J’ai fini par exposer partout. Je connais les adresses de chaque siège social de banque ou de Mairie de la Métropole », plaisante-t-elle.

Naturellement, elle participe souvent aux vernissages, expositions ou autres réunions qui se tiennent dans la ville. C’est là qu’elle a fait la connaissance de Léon qui, lui aussi, sort beaucoup… ils ont même eu l’occasion de déjeuner à la même table. Ils ont beaucoup de choses à se dire car outre leur passion commune pour la peinture ils sont « béliers » tous les deux. Léon a invité Janine à son repas d’anniversaire. Une amie lui a suggéré à d’offrir un portrait : « J’ai trouvé que c’était une très bonne idée. J’aime Léon. C’est une très belle personne. Il a la tête d’un acteur de cinéma. Je trouve son visage très inspirant pour un peintre », commente-elle.

Léon est très content du tableau de Janine. Il le trouve très beau. Il l’a accroché chez lui, à la place d’honneur, au-dessus de sa cheminée. Cette semaine ce sont les peintures de Léon qui seront exposées au Fort de Mons avec celles de ses amis du « club de peinture de l’Amitié ». C’est Janine qui, cette fois, viendra y admirer les toiles de Léon.

 

Eugène Kwiatkowski

Eugène Kwiatkowski, de Shangaï à Mons, il a peint la maison natale de Michel Butor

À 60 ans, Eugène qui a dessiné des cloisons mobiles pendant 40 ans, prend sa retraite et décide de vivre sa vie d’artiste.

Eugène Kwiatkowski peignant une aquarelleIl dessine et peint tout ce qu’il voit et enchaîne les expositions en France et à l’étranger. « Rapidement, j’ai été connu », s’étonne-t-il. Je dessine très vite. J’ai fait des études d’architecture à Cracovie en Pologne. Il y une matière incontournable et redoutable aux Beaux Arts : le dessin à la plume. Il faut respecter les proportions, la perspective et surtout il n’y a pas de rature possible. Quand je peins mes aquarelles, je ne fais pas d’esquisse préalable. J’ai le dessin dans ma tête. Je pose les touches de couleurs à toute vitesse et l’image s’organise ».

Eugène Kwiatkowski et l'aquarelle de la maison de Michel Butor

L’an dernier, Eugène a exposé à Shanghai. Il avait montré aux artistes chinois, reçus au Fort Macdonald de Mons en Baroeul, quelques-unes de ses aquarelles. Le directeur des Beaux-Arts de Shanghai était présent. C’est ainsi qu’Eugène a été invité – tous frais payés – au Festival International de l’Art de l’Aquarelle de Shanghai. « Il y avait les plus grands professeurs des écoles de Beaux-Arts chinoises ainsi que les grands noms mondiaux du monde de l’aquarelle », précise-t-il. «J’étais le seul petit Monsois perdu au milieu de ces sommités. J’ai été interviewé plusieurs fois et j’ai eu la surprise, dans ma chambre d’hôtel, de me voir passer en direct à la télévision chinoise. Après, je suis allé à Lushan, dans les Montagnes Jaunes. J’y ai fait une démonstration de réalisation d’aquarelle en direct devant une salle de 2500 étudiants des Beaux-Arts. A chaque fois que je finissais un motif, ils applaudissaient à tout rompre. On se serait cru dans un stade de foot !»

Le dernier exploit d’Eugène est la réalisation de l’aquarelle de la maison natale de l’écrivain Michel Butor. « Quand le Maire m’a fait cette commande, ça m’a fait énormément plaisir qu’on ait pensé à moi pour cet événement exceptionnel. Honnêtement, je ne savais pas qui était Michel Butor. Je suis allé voir sa maison masquée par des véhicules stationnés devant… sous la lumière grise. J’ai essayé d’imaginer comment elle serait sans rien pour la masquer et du soleil et je me suis lancé. C’est une maison magnifique avec une belle façade. À l’intérieur, il y a un une verrière et des vitraux de grande qualité. J’ai surtout aimé le dallage. Il est très simple et en même temps c’est une œuvre d’art. Je suis aussi très fier d’avoir eu le privilège de rencontrer Michel Butor. J’aimerais bien être comme lui si j’atteins son âge. C’est un homme plein d’esprit qui parle posément. J’aime beaucoup le timbre de sa voix et c’est un plaisir de l’écouter. Surtout, il est resté très simple. Il ne se met pas au-dessus des autres : il vit avec les autres et veut partager le même monde. La modestie est une grande qualité. Chez Michel Butor, c’est de la grandeur ».

Alain Cadet

Michel Butor

Michel Butor, 5 mars 2011, retour à la maison natale

Michel Butor, écrivain immense et mondialement reconnu, est né en 1926 au 139 de la rue du Général De Gaulle à Mons en Baroeul. Il y a vécu quatre ans avant de rejoindre Paris, de courir le monde et d’explorer de nouveaux genres littéraires.

Michel Botor« Je serais incapable de rédiger moi-même mon autobiographie », déclare-t-il dans « Curriculum Vitae »,. Je crois que je commencerais par «  je suis né le 14 septembre 1926 à Mons en Baroeul ». Je m’arrêterais assez vite car ce n’est pas ma façon d’être avec moi-même ». C’est toujours ainsi que, l’écrivain débute sa propre histoire … à quelques mots près. «Je ne l’ai jamais vu évoquer sans émotion et… érudition sa ville de naissance », écrit, à ce propos, Raphaël Monticelli, l’un de ses meilleurs amis. «   Je l’ai même entendu un jour tenir toute une partie de conférence, dans une université, sur le nom de Mons en Barœul, insistant sur la rareté de la forme « œu », dissertant sur le nom à travers l’histoire, nous remontant au moyen âge… Une légende…»

Pourtant, jamais auparavant, Michel Butor n’était revenu sur le lieu de sa naissance. Etait-ce un oubli ou l’attitude désabusée de celui qui a beaucoup voyagé, beaucoup vécu et acquis beaucoup de recul sur toute chose, y compris lui-même… lui, qui a écrit dans « Le Tombeau d’Arthur Rimbaud » :

Michel Butor devant sa maison natale
Michel Butor devant sa maison natale

La pluie tombe sur Charleville
des lycées vont porter mon nom

on fêtera l’anniversaire

de ma naissance et de ma mort
de savants universitaires
vont me traiter de tous les noms.

Mais ce 5 mars 2011, pour la première fois depuis 80 ans, l’écrivain était à nouveau devant le seuil de sa maison natale. Pour l’accueillir, il y avait de nombreux curieux, habitants le quartier ou venus de très loin ainsi qu’une nuée de journalistes avec micros, caméras et appareils photo. « On se croirait à Cannes ! » a commenté l’écrivain goguenard. «Cette maison est très grande et très belle. Elle est très bien entretenue. Dans mon souvenir elle était beaucoup plus petite. C’est étrange ! En général, lorsqu’on est petit, on voit les choses plus grandes en relation avec sa taille. Lorsqu’on découvre la réalité on est déçu ! Ici, c’est l’inverse ! C’est comme si je redevenais moi-même tout petit et que j’avais à nouveau quatre ans. Je suis très ému même si je fais tout pour ne pas le montrer ».

Michel Butor en grande discussion avec l'actuelle propriétaire
Michel Butor en grande discussion avec l’actuelle propriétaire

Ce projet un peu fou de ramener l’écrivain dans sa maison natale a germé, en 2009, chez les Amis de Michel Butor bientôt rejoints par les associations Eugénies, Lieux d’Être et Ass’Haut de Mons. Comme ils ne savaient pas que c’était impossible, ils l’ont fait pour le plaisir de nombreux Monsois dont Véronique Canivet, la propriétaire du 139. Elle avait étudié les textes sur la peinture de l’écrivain en préparant son diplôme de l’École d’Arts Décoratifs de Paris.

Plus tard, au Fort de Mons, le poète a été accueilli par Rudy Elegeest. «Ce moment de bonheur est un cadeau que vous nous faites Monsieur Butor», a entamé le Maire. « Vous n’avez pas simplement voyagé dans l’espace et dans le temps, vous avez aussi exploré tous les genres littéraires. Dans l’un de vos livres, le Génie du lieu vous avez montré ce qui est invisible derrière le paysage. Il y a certainement un génie du lieu de votre maison natale. Nous espérons que dans vos prochains écrits vous montrerez que vous êtes sensible à vos racines monsoises autant que nous sommes fiers que vous soyez né dans notre commune».

Vue du quartier de Michel Butor signée de sa main
Vue du quartier de Michel Butor signée de sa main

Pour le plaisir de Michel Butor et des spectateurs qui remplissaient quasiment la salle, il y a eu le film de Philippe Joannin, venu tout spécialement de Lyon, un programme poétique musical choisi par Dominique Sarrasin et accompagné par Fred Alan Ponthieux. Enfin est venu le temps des cadeaux : une aquarelle d’Eugène Kwiatowski, représentant la maison natale offerte par la municipalité et une valise Objet d’Art remplie de tous les cadeaux des amis de l’écrivain. En 2010, Michel Butor avait déclaré au quotidien La Voix du Nord : «Avant la guerre, je suis retourné voir cette petite maison, à l’organisation typiquement nordiste. Le petit Parisien que j’étais avait été frappé par l’enfilade des pièces et une salle à manger sans aucune fenêtre. J’ai deux vieilles sœurs. Je vais leur demander l’adresse. J’aimerais revoir cette maison où je suis né. Je veux boucler la boucle. »

En conclusion de cette cérémonie, de sa belle écriture, il a simplement ajouté sous ce texte : « C’est fait !».

Alain Cadet

 

Abel Leblanc – musicien

Le violon d’Ingres du peintre Abel Leblanc, qui s’est toujours intéressé à la musique, est un… saxophone !

Abel le roi du sax
Abel Leblanc et son nouveau saxophone

L’univers quotidien d’Abel Leblanc est dédié à la peinture… sa peinture ! Tous les murs, de la cave au grenier, sont recouverts des œuvres de sa vie. On y découvre l’histoire du peintre autant que celle de l’homme. Pourtant, Abel Leblanc, n’est pas le prisonnier d’une idée fixe. Il est ouvert sur le monde et sur les autres, prêt à accepter l’imprévu comme une offrande. Parmi toutes ses rencontres, ses découvertes, il en est une qui (hormis sa passion dévorante pour la peinture et sa famille) a beaucoup compté pour lui : la musique ! Lorsqu’il vous reçoit, il porte autour du cou un collier noir avec un mousqueton. Ne croyez pas qu’il s’agisse d’une quelconque décoration ! Il lui sert simplement à accrocher son saxophone quand l’envie d’en jouer lui prend !

Je pratique la musique depuis plus de 75 ans mais je n’ai jamais eu la prétention d’être un bon musicien. Je ne prends pas vraiment la musique au sérieux : simplement ça m’amuse et ça me plaît. Quand l’envie me vient, je joue quelques notes puis, je passe à autre chose. En même temps, je respecte la musique. Elle permet d’accéder à un autre monde qui est celui du rêve et de l’amitié. Il y a beaucoup de sentiments, d’émotions, que l’on peut faire passer à travers une musique ou des chansons.

Le piano et l’armoire…

Dans la maison de mes parents, il y avait un piano. Il y avait aussi un grand buffet rempli de verres de cristal de formes de dimensions différentes. J’avais remarqué, encore tout petit enfant, que lorsque je frappais certaines notes du piano, certains verres se mettaient à vibrer. Quand vous chantez quelque chose ou que vous jouez d’un instrument il y a des gens – pas tous – qui vont être sensibles et qui vont vibrer avec vos parents comme les verres de l’armoire de mes parents. Se retrouver à l’unisson avec les autres, c’est toujours un plaisir. D’une façon générale, je trouve les gens un peu tristes. Ils oublient qu’il y a beaucoup de beauté dans de toutes petites choses : un brin d’herbe, une goutte d’eau, un coin de ciel. Il y a intérieur de ma tête un monde qui n’est pas tout à fait le monde réel. J’ai tendance à le voir plus beau qu’il n’est en réalité. C’est une manière de me faire du bien et si je transmets ce que j’ai vu, c’est une manière, de faire aussi du bien aux autres. C’est valable pour la peinture mais aussi pour les chansons que j’ai composées tout au long de ma vie.

Ballade pour Gisèle

Gisele

Lorsque j’étais très jeune, mes parents ont pensé que ça serait bien pour moi de faire de la musique. Ils m’ont inscrit au solfège. J’avais horreur de ça ! Je n’ai pas persévéré. Malgré tout, je tapotais sur le piano familial, en me repérant à l’oreille. Je composais aussi des petits bouts de texte. Ma première vraie chanson, je l’ai écrite pour ma future femme Gisèle, c’était en 1940. En fait, je suis né deux fois. La première fois, c’était il y a très longtemps, comme c’est inscrit dans l’état civil. La seconde fois, c’est lorsque j’ai rencontré ma femme. Elle était douée pour tout. Elle chantait merveilleusement. Je n’ai jamais connu personne, de toute ma vie, capable de lire un livre à une telle vitesse. Je me suis beaucoup enrichi grâce à ses lectures. Elle m’impressionnait énormément et j’étais très amoureux. C’était au tout début de la guerre. J’étais élève à l’Ecole Normale de Douai. Comme on avait peur des bombardements on avait transféré l’école à Grandville, en Normandie. C’était idiot, car Grandville a été bombardée tandis qu’ici, il ne s’est rien passé. La plupart des professeurs, expédiés au front, avaient été remplacés par des formateurs bénévoles. Je me souviens d’un agriculteur qui nous avait fait un cours sur le fumier dans la grande salle du casino de Grandville. Gisèle me manquait beaucoup. J’ai écrit ma première chanson qui lui est dédiée… ensuite, beaucoup d’autres pour tous les membres de ma famille. Chacun de mes petits-enfants à sa chanson. J’imagine aussi des textes sur tous les sujets qui me plaisent. Ensuite je cherche une mélodie et un rythme qui vont bien avec.

L’appel du saxophone

Parallèlement à mes compositions musicales, je me suis mis au saxo. C’était une autre manière de séduire Gisèle. Il y avait, à la maison de mes parents, un vieil instrument. Assez vite, à l’oreille, j’en ai tiré des sons acceptables puisqu’ils avaient l’air de plaire à ma future femme. Malheureusement, à la fin de la guerre, il m’a lâché. Je l’ai toujours. Il est là, dans la pièce principale, accroché au mur. Je l’avais presque oublié de même que toutes ces histoires. Un jour, j’ai raconté mes vieux souvenirs. On m’a amené une trompette mais je n’ai jamais su jouer de trompette. J’étais bien malheureux. Je me suis rendu au magasin de musique et là j’ai craqué. Une heure plus tard, j’étais à la maison avec mon nouveau saxo. Ça va faire plus de six mois que je m’entraîne tous les jours. J’ai même un vrai professeur qui vient me donner des cours une fois par semaine.

Il y a quelques temps, je suis allé à la Braderie de l’Art à Roubaix. Ça se passe tous les ans dans un très vieux bâtiment industriel qui servait de laboratoires à l’industrie textile. Je m’attendais à n’y voir uniquement que des tableaux ou des sculptures.

Embrigadé dans la brigade

Abel Leblanc

J’y ai découvert la Brigade des Tubes, une formation de cuivre de Mons en Baroeul. J’ai été stupéfait : une sorte de révélation. D’un seul coup vous vous trouvez entouré d’une horde de saxos, trompette, tubas et batteries. Ils sont presque une centaine et font un vacarme extraordinaire. En en même temps c’est tout à fait musical. Ils sont jeunes, vivants pleins d’énergie et complètement décalés. C’est les champions du désordre organisé. Alors j’ai téléphoné et je me suis inscrit. Au début, ils étaient un peu surpris. Ils sont venus me serrer la main avec une pointe de curiosité. Pour moi aussi, c’était surprenant. Ces brigadistes sont les champions du mail du SMS, du MMS et… que sais-je encore. Ils sont capables de changer le lieu de la répétition au dernier moment et de convoquer 80 musiciens habitant un peu partout dans n’importe quel endroit de la ville.

Abel est le doyen incontesté d’un joyeux groupe de jeunes.

Je suis de très loin le nouveau doyen de la Brigade. Celui que j’ai détrôné et qui se croyait très vieux n’a que 67 ans : un gamin. J’essaye de me mettre au diapason et de jouer en rythme avec les autres… comme je peux. Au début, j’avais peur de ne pas être au niveau. Pour l’instant ça va ! J’ai des partitions assez faciles par rapport à d’autres musiciens. J’aime bien cette idée d’un groupe où chacun peut apporter quelque chose quelque soit son niveau et son parcours.

Abel Leblanc – peintre

Les longues après-midi studieuses du peintre Abel Leblanc

Abel leblanc
Un portrait de portraitiste

À Roubaix, certaines après-midi d’hiver, l’air est doux et la lumière est vive.

Le peintre, vient vous ouvrir la grille qui longe le boulevard et mène au jardin. Quand le soleil ras qui vous frappe le visage a disparu derrière l’immeuble, vous découvrez Abel dans une nouvelle tenue extravagante. Aujourd’hui, coiffé d’une casquette et arborant un pull à larges motifs bleus et blancs, il évoque un aviateur ou un coureur automobile du début du siècle. On s’attend, à chaque instant, à découvrir sa Dedion-Bouton au détour d’un massif. Son petit chien, « Sava » adore ces petites escapades dans le jardin. Il réclame avec véhémence sa balle de tennis. Après avoir bien joué avec son chien, Abel vous fait monter et vous annonce qu’il a décidé de faire votre portrait. En cherchant ses crayons, il peste contre son aide familiale qui, selon lui, « a la manie de l’ordre » et se met au travail. Dessiner ne l’empêche pas de parler.

Abel Leblanc
Abel et Sava

Le dessin

«J’ai toujours aimé dessiner les gens qui vivent autour de moi… les objets aussi… En ce moment, je dessine des saxos. J’ai fait plusieurs exquises d’une fanfare où je joue parfois. J’espère pouvoir en faire, bientôt, un grand tableau. Depuis quelque temps, j’ai des problèmes de vue. Le dessin n’est plus aussi facile que par le passé, aussi naturel. Quand j’étais jeune, c’était incroyable la vitesse à laquelle je dessinais. Ma main courait toute seule… même si je pensais à autre chose. Je dois me montrer beaucoup plus appliqué, aujourd’hui. En ce moment, j’ai beaucoup de travail parce que je prépare en même temps trois expositions. J’y passe la plus grande part de mes après-midi. Je suis un vieil habitué des expositions. Cela fait des lustres que j’y accroche mes tableaux et que je visite celle des autres. Les expositions, il y en a de toutes sortes. Il y en a des sérieuses et appliquées qui présentent un peintre, un thème ou un style. Il y en a d’autres plus discutables. On y découvre les tableaux de la femme de l’organisateur, de son beau-frère et de ses amis avec au milieu, parfois, un vrai peintre. J’ai moi-même monté beaucoup d’expositions.Ça demande de l’énergie, le sens du contact et de l’organisation. Quand j’étais jeune, c’était mon truc ! J’ai été organisateur d’événements dans les domaines les plus inattendus. Pendant longtemps, j’ai animé le ciné-club de Roubaix. J’ai même monté un salon de littérature à la demande de mon ami Pierre Reboul qui était le doyen de l’université de lettres. Cela s’appelait Roubaix Littérature. C’était bien avant les années 68.

La littérature

Abel et sa premiere chansonQuand il m’en a parlé, j’ai bien rigolé. Je lui ai dit : tu te rends compte combien de fautes d’orthographe je suis capable de faire dans une seule page ? ça n’a pas d’importance, m’a-t-il répondu. La partie littéraire, c’est moi et la partie organisation, c’est toi !

Michel Butor

Alors, j’ai organisé ! J’ai fait venir des écrivains de partout. Je me rappelle de Michel Butor, un auteur qui est né pas loin d’ici. Nous avons passé une belle après-midi avec lui, ma femme et moi. C’est un homme très discret et très gentil. Ma femme, qui était très littéraire, était très impressionnée. Je crois que j’organisais ce salon autant pour elle que pour Pierre Reboul.

La Peinture

Aujourd’hui, je me contente de participer quand on m’invite. Je vais prochainement exposer à l’Hospice d’Havré, un bâtiment très beau et très ancien qui se trouve à Tourcoing. Je prépare en même temps l’exposition de Wasqhehal. J’y participe tous les ans. C’est très intéressant les efforts qui sont faits dans cette ville en faveur de la peinture. Les expositions sont bien choisies, bien présentées, bien éclairées. C’est vraiment très agréable. Il n’y a pas toujours le public qu’elles mériteraient. C’est très dommage. J’en prépare une dernière pour le Musée de plein air de Villeneuve-d’Ascq. Tu connais ? Non ! C’est une faute ! C’est un endroit qui gagne à être connu. A voir absolument, même lorsque je ne suis n’y suis pas exposé. On y a récupéré des petites maisons et des fermettes très anciennes, un peu partout dans la Flandre. On les a reconstruites dans un parc… une sorte de petit village ancien comme il n’en existe plus. Très joli ! Je connais son directeur depuis très longtemps. Jadis, il organisait les expositions de peinture du Septentrion. C’était un jeune homme à cette époque ! Il avait composé une « Nature morte magnifique. Je lui ai dit : « Je crois que je vais la peindre et je me suis mis au travail »

Abel Leblanc
La nature morte de l’hôtel Septentrion

Il m’a répondu : «cela me fait énormément plaisir . ». Je suis allé chercher mes pinceaux et mon chevalet et j’ai peint le tableau. Je l’ai gardé. Il se trouve dans l’escalier. Depuis, nous avons gardé de bonnes relations et je participe toujours à ses expositions.

C’est quoi la date aujourd’hui ? Voilà, je le signe. Je crois que j’ai fini ton portrait. C’est bien toi ? Non ?

Abel Leblanc

Abel Leblanc, ce peintre né au début du siècle qui, malgré ses 90 ans, a oublié de vieillir.

Abel leblanc

Abel Leblanc à fêté, comme il convient, ses 90 ans en exposant 90 toiles au musée de la Piscine.

C’est un chiffre ridicule quand on le compare à l’ensemble de sa production. Abel est un homme heureux. Sa joie de vivre il l’a communiquée aux autres toute sa vie comme enseignant ou comme peintre. Il a toujours peint ce qu’il aimait sans se soucier des modes et du temps qui passe. Il se souvient, comme si c’était hier, de sa première toile ou de son premier instrument de musique. Le mois dernier, il a fait l’acquisition d’un nouveau saxophone et s’est remis à l’instrument de sa jeunesse. Enseigner, chanter, jouer de la musique, peindre, c’est pareil, pour lui : c’est une manière de communiquer et de transmettre du bonheur aux autres.

On accède à son grand appartement en duplex du centre de Roubaix par un jardin à la française. On sonne, et son chien qui, comme tous les êtres qu’Abel a aimés, est immortalisé par un tableau accroché au mur, vient accueillir le visiteur. L’hôte le suit de près et on ne sait jamais s’il va avoir à la main un pinceau ou un saxo. On monte un étage dans ce qui ressemble très fort à un musée même si on finit par comprendre que c’est surtout l’appartement d’Abel. Alors, le maître vous fait asseoir à sa table et vous raconte son histoire.

«Mon grand-père était instituteur, ma grand-mère institutrice. Mon père et ma mère étaient enseignants. Je suis le fils de cette tribu et pour moi, cette filiation, c’est très important, même en tant que peintre. Je suis un fils de l’après-guerre. Je suis né en 1919. Avec mes frères y avait plus de 14 ans d’écart. On peut dire que je suis un fils unique élevé dans une famille nombreuse.

A l’école, j’étais un élève intéressant mais pas du tout excellent. J’avais surtout un défaut rédhibitoire pour mon père, qui me considérait comme un handicapé : j’étais très mauvais en orthographe. Mon père, que la moindre faute rendait malade, était désespéré. Ses efforts n’aboutissaient à rien : j’étais incurable ! Pourtant, dès que j’ai été amoureux de ma future femme, mon orthographe s’est améliorée de façon spectaculaire. Au bout de deux ans, je ne faisais pratiquement plus aucune faute. Aujourd’hui, quand je vois, toutes les fautes d’orthographe que font les jeunes, je suis malade et je pense à mon père.

Pour moi, elle était absolument inaccessible

Abel Leblanc

Vers ma seizième année, j’ai rencontré une fille extraordinaire. J’ai eu instantanément un énorme coup de foudre qui a changé toute ma vie. J’en étais en même temps profondément malheureux. Pour moi, elle était absolument inaccessible. D’abord, c’était une lilloise alors que moi je n’étais qu’un simple roubaisien. Ensuite, elle était terriblement jolie. Pour aggraver le tout, elle était speakerine à radio PTT dans une émission que j’écoutais tous les jeudis, chantait au théâtre Sébastopol et dansait à l’opéra de Lille. Elle s’appelait Gisèle et c’était une grande vedette malgré son jeune âge. Pour l’épater, j’ai peint mon premier tableau. Je ne m’en suis jamais séparé. Il nous représente, dans le chemin creux d’un paysage des Flandres avec la robe qu’elle portait à ce moment là et moi, en pantalon de golf marchant à ses côtés. J’avais aussi une arme secrète : je jouais très bien du saxo à cette époque. Je pense que c’est cela qui l’a fait fondre. Le mois dernier, je m’en suis racheté un tout neuf… Il m’a coûté le prix d’un tableau.

J’ai fait ma scolarité primaire supérieure au lycée Turgot de Roubaix. Cela menait au BEPC. A la fin de ma scolarité, malgré mon niveau d’orthographe qui n’était pas encore tout à fait assuré, j’ai réussi le concours d’entrée à l’école normale de Douai. C’était assez difficile à cette époque. Je suis donc devenu instituteur et j’ai fait ce travail toute ma vie professionnelle. Vers la fin, j’étais déjà très connu comme peintre. On m’a nommé professeur de dessin mais j’ai tenu à garder mon statut d’instituteur ce qui m’a permis de prendre ma retraite à 55 ans et de me consacrer ensuite entièrement à la peinture.

J’ai toujours été aussi un grand animateur des sociétés du coin. J’écrivais des chansons, je chantais. Ma femme était aussi une animatrice remarquable. Nous avons toujours mené ces activités ensemble. Nous étions un couple actif généreux et heureux. Maintenant, elle est décédée, mais elle est toujours présente, là, derrière moi. Je ne serais rien sans elle.

Parallèlement, j’étais professeur aux Beaux-Arts de Roubaix. J’ai toujours mis beaucoup de passion dans tous mes cours. J’ai toujours essayé de transmettre mon enthousiasme. Je pense que c’est important. Beaucoup d’anciens d’élèves viennent me voir ou m’écrivent. C’est une grande récompense pour moi ! Certains sont connus dans le monde de l’art ou des médias… d’autres pas du tout. C’est sans importance ! Ce qui compte, c’est cette relation où se construit du savoir et de l’émotion. Je disais à mes élèves : « écoutez ce que je vais vous dire : si vous voulez l’entendre, c’est un trésor». J’ai toujours aimé cette phrase de Baudelaire : « Le merveilleux nous entoure et nous abreuve comme l’atmosphère… mais nous ne le voyons pas ».

Comme peintre, j’ai organisé les réunions de Boeschepe. Dans ce petit village de la Flandre il y a tout ce qu’il faut : les gens, les paysages et l’école du village. On s’y réunissait entre artistes. On peignait le matin et l’après-midi on exposait. Le Midi ont déjeunait ensemble avec les familles. C’était un regroupement familial et artistique… la joie de se retrouver de partager des choses très simples et des recettes de peintres.

La peinture a guidé toute ma vie

La peinture, c’est ce qui a guidé toute ma vie. D’ailleurs, est-ce un hasard ? Gisèle était la cousine du peintre Auguste Renoir. Elle est née à Loches sur Ource dans l’Aube tandis que le peintre habitait à 2 km de là à Essoyes. J’ai gardé sa maison familiale dans laquelle je passe mes vacances, chaque été, depuis 70 ans.

On reproche à ma peinture de ressembler à celle de Renoir. Pour moi, c’est plutôt un compliment. Après tout, je suis un peintre du début du siècle qui a seulement vécu très longtemps.

Je travaille à l’ancienne… à l’envie et l’inspiration. Il arrive que mes tableaux soient assez différents les uns des autres. J’ai même vu, lors d’une exposition, des gens déclarer «  ce tableau n’est pas un vrai Abel Leblanc ! ». Les gens pensent qu’il existe un autre Abel Leblanc qui peint des tableaux qui me ressemblent mais qui sont différents.

Abel Leblanc

J’ai du mal à vendre mes toiles ! Je ne peux pas m’en séparer. Ce n’est pas faute de recevoir des sollicitations de tous ordres. Au dernier moment je refuse. Et comme il n’y en a pas beaucoup sur le marché, les prix de mes tableaux montent de plus en plus. De temps en temps, quand même, j’en vends une. Comme je vis très bien comme ça, pourquoi vouloir plus d’argent ? J’aime vivre entouré de mes toiles.

Je n’ai jamais voulu céder à la tentation de produire des images à la mode ni cherché une reconnaissance du monde médiatique. Je fais ce que j’aime et je me dis que, si cela me plaît il est possible que cela plaise également à d’autres. Je peins à ma manière… comme j’aime. Je n’essaye pas de faire autrement « qu’ainsi » (comme on dit à Roubaix). J’ai d’ailleurs du faire preuve de volonté et de persévérance pour continuer à être ce que je suis et refuser les conseils de modernité qui m’ont été donnés avec les meilleures intentions. J’exprime ce que je ressens. C’est une démarche sincère où je veux transmettre ma propre émotion.

Je ne méprise pas l’art contemporain quand il est sincère. Je vais beaucoup voir d’expositions et il y a beaucoup d’artistes très jeunes dont j’apprécie les œuvres mais ce n’est pas systématique.

Des projets ? Bien sûr que j’en ai. J’ai un peu de difficultés avec ma vue qui s’est altérée ces derniers temps. Je produis moins qu’avant mais je m’intéresse toujours autant à la peinture. J’espère pouvoir peindre encore très longtemps mais « ce n’est pas moi qui dirige ! »

J’ai 90 ans. Je me rends compte que c’est très vieux même si je me sens encore très bien. Beaucoup de mes amis sont disparus. Ces dernières années cela s’est accéléré. Ils partent tous… C’est la mode. C’est embêtant pour moi. Je sais qu’un jour tout cela finira… mal.

Et c’est bien comme ça ! »

Franck Ghesqière, Gabriel Levieuge et Sébastien Loutreau – architectes

Grâce au LAM de Villeneuve-d’Ascq, trois architectes monsois passent leurs vacances à la ferme sans quitter leur bureau.

architectesDepuis huit ans, le cabinet d’architectes Navarro – Levieuge s’est installé rue du général De Gaulle à la place d’un magasin de plomberie.

Il s’agit d’un choix délibéré. Pourquoi un cabinet d’architectes ne serait-il pas une boutique directement accessible comme peut l’être une boucherie ou une boulangerie ? Ainsi, on le devine, les architectes de ce cabinet travaillent surtout pour les particuliers… mais, pas uniquement.

Trois d’entre eux, Franck Ghesqière, Gabriel Levieuge et Sébastien Loutreau viennent de terminer une commande très spéciale pour le LAM (Lille métropole musée d’art moderne d’art contemporain et d’art brut). Il s’agit d’un travail de plus de trois mois sur la ferme de la Menegate qui se trouve au bord de l’autoroute Lille-Dunkerque, au niveau de Steenwerck. On voit immédiatement que ce long travail collaboratif les a marqués : lorsque l’un commence une phrase c’est souvent l’autre qui la termine.

« Cette ferme de la Menegate, presque tous les habitants de la région la connaissent», entament-ils. « Elle fait partie de notre inconscient collectif avec ses fusées, ses avions ou ses canons pointés sur un adversaire imaginaire, c’est un objet onirique et baroque. En une seconde et demie, à 130 km/h, elle offre à l’automobiliste son spectacle fugitif. »

L’intérêt du LAM pour ce bout perdu de Flandre est double. C’est un lieu fragile dont il est important de garder la trace… en même temps c’est une reconnaissance de son propriétaire, Arthur Vanabelle, un disciple septentrional du facteur Cheval qui façonne son univers depuis un demi-siècle.

maquette
Construction de la maquette

« Notre proposition a été celle d’effectuer un travail précis d’architecte, appliqué au lieu », poursuit le trio. « Pour réaliser notre maquette au 100ème, nous avons passé trois jours complets sur le terrain en compagnie d’Arthur. Nous avons mesuré, photographié, inventorié, repéré la place de chaque objet et sa logique de fabrication. Nous avons travaillé à la manière des archéologues qui découvrent avec la plus grande précaution un univers englouti. Nous avons réalisé, en quelque sorte, un Polaroïd de cette ferme dans l’état où elle se trouve aujourd’hui.»

Nos trois architectes ont eu le privilège de pouvoir pénétrer dans l’atelier d’Arthur. Un bric-à-brac d’objets récupérés (vieux pots de peinture, ustensiles agricoles, objets improbables découverts au détour d’un chemin) et de vieux outils datant de plus d’un demi-siècle. « Nous nous sommes inspirés de sa façon de travailler », expliquent-t-ils. «Nous avons-nous-mêmes récupéré les vieux accessoires de bureau : une pointe de compas rouillé, par ci, une capsule de rubans de machines à écrire par là et transformé tout cela en canons en fusées, identiques aux originaux mais 100 fois plus petits ! C’était très ludique : aucune responsabilité juridique ou technique… de vraies vacances malgré les horaires chargés.»

enfant
L’enfant et la maquette

Au-delà du pur travail d’architecte, nos trois compères ont particulièrement apprécié la personnalité d’Arthur : «  Arthur est un rêveur qui a les deux pieds bien ancrés sur sa terre. Il est à la fois proche du monde de l’enfance et capable de se projeter dans un nouvel univers. C’est un personnage fantastique qui vit dans la plus totale liberté »