1950, quand la Ville prend ses quartiers à la Campagne, Les Sarts.

Désormais, la commune de Mons-en-Barœul, est l’une des plus denses de la banlieue lilloise. Cela n’a pas toujours été le cas. Jusqu’au début des années 1950, l’endroit était un morceau de campagne qui jouxtait la grande ville. Le premier programme qui a initié cette révolution urbaine, s’est situé dans le quartier des Sarts, dans les années 1950.

Le quartier des Sarts, qui se situe dans le « Bas de Mons » – un endroit qui avait connu un début de développement urbain dans les années 1930 – va être le théâtre du premier programme significatif de densification de la ville. Cette évolution se poursuivra jusqu’à ce que les nouveaux quartiers, qu’on a coutume d’appeler « Le Nouveau Mons », englobent le bourg historique. « Les Sarts » sont le point de départ de la révolution urbaine qui a donné à la commune sa physionomie d’aujourd’hui.

Les maisons basses du programme urbain des années 1950 du quartier des Sarts, avec, en arrière-plan, les programmes ultérieurs de densification urbaine, visible surtout ici avec les Tours de l’Europe, construites dans le prolongement de l’avenue.

Au début des années 1950, la configuration de la commune est très particulière. Le bourg historique, établi depuis des siècles sur une colline (47 m au-dessus du niveau de la mer) a été complété, dans les années 1930, par un nouveau quartier établi dans la plaine. C’est ainsi qu’est né la distinction entre le « Haut de Mons », le vieux bourg, (environ 9000 habitants), et le « Bas de Mons », le nouveau quartier, issu pour une bonne part de la construction de logements sociaux, les « Habitations bon marché»,[1] (environ 2000 habitants). En réalité, si le « Bas de Mons », appartient bien sur le cadastre hérité de la Révolution à la commune de Mons-en-Barœul, il constitue plutôt une extension des communes d’Hellemmes et de Fives. D’ailleurs, le stade de football du FC Fivois, s’est implanté, au tout début du XXe siècle, dans ce quartier. Il faut faire des centaines de mètres – et parfois des kilomètres – pour se rendre de cet endroit jusqu’au « Vieux Mons », le cœur du bourg historique. À l’orée de la vieille-ville on atteint, ainsi, le quartier des Sarts. Ce nom de lieu-dit, était prédestiné. ! Il est hérité de l’époque de la conquête romaine et désignait le lieu où s’établissaient les communautés de bûcherons chargés d’abattre la forêt pour la transformer en plaine agricole. En 1950, face au quartier des Sarts, il y a la « Plaine de Mons » et, au loin, on distingue les maisons du « Bas de Mons. » Établir un trait d’union entre le « Haut » et le « Bas » est un vieux rêve municipal mais, économiquement, il n’a aucun sens dans ce bourg rural qui tire une bonne partie de ses ressources de l’agriculture.

La « Plaine de Mons », à la fin des années 1940, photographiée depuis la rue Jean-Jacques Rousseau, par Gabriel Kerlidou.

Au début des années 1950, la situation est très différente. Les zones péri-urbaines sont en pleine mutation. Des programmes de construction fleurissent un peu partout. Les destructions liées à la guerre, l’habitat insalubre des centres-ville, la création des sociétés HLM (Habitat à Loyer Modéré) et la volonté de la Puissance publique exprimée à travers son Ministère de la reconstruction, favorisent l’émergence de nouveaux programmes immobiliers concertés. Les initiatives privées se traduisent également par une pression considérable sur les terres agricoles. À Mons-en-Barœul, le maire de l’époque, Félix Peltier, voit avec grande inquiétude sa commune se muter en banlieue. Les terrains se vendent au hasard des besoins d’argent des fermiers. D’innombrables demandes de terrains à bâtir s’accumulent en mairie. Après quelques hésitations, le maire confie l’étude du développement de sa ville à un architecte parisien, Henri Chomette. « Il fallut faire face à la demande et construire, à l’instar d’Alphonse Allais, la Ville à la Campagne », commente ce dernier.  L’homme de l’Art se met au travail. Il photographie, esquisse des plans de masse, définit l’architecture des maisons-type et des immeubles. Pour commencer, il jette son dévolu sur ce quartier des Sarts qui est orienté vers le « Bas de Mons ». Il s’agit d’une zone délimitée par la rue Jacques Rousseau, à l’est, allant jusqu’aux limites de Lille, vers l’ouest, et bordée, au nord, par les avenues Zola et Acacias. Enfin, au sud, on trouve le boulevard du Général Leclerc.

Dans le secteur de l’avenue des Acacias on établit les fondations des premiers immeubles du programme des Sarts.

La première tranche prévoit la construction de 624 logements – dont 500 maisons individuelles – pour accueillir environ 3000 habitants supplémentaires. Ce programme comporte quelques bâtiments collectifs mais il est orienté en priorité vers la construction de maisons particulières. «Avec le bon sens du Conseil municipal, nous avions décidé une proportion de 75% de logements individuels », racontera plus tard l’architecte à propos de la création de ce nouveau quartier. Il s’agit pour l’essentiel de maisons basses, déclinées sur le même modèle, faisant appel à des techniques de construction artisanales. Ce chantier « à l’ancienne » n’était guère différent de ceux d’avant-guerre, privilégiant la pérennité sur la rentabilité immédiate. «On a commencé, en 1954, par le quartier des Sarts », poursuit Henri Chomette, «Vous y trouverez l’abaissement des hauteurs vers l’individu, les unités de voisinage secondaires, la pluralité sociale. Mons-en-Barœul a engagé son développement avec les simples moyens d’une petite commune et d’un architecte, avec sous ses ordres des petites et moyennes entreprises ».

La construction des maisons du nouveau quartier des Sarts, au début des années 1950

La première tranche de ce programme sera inaugurée le 30 juin 1954. Le vieux rêve municipal d’effectuer la jonction entre le « Haut» et le « Bas de Mons » était enfin réalisé. Ce premier programme de construction sur les terres agricoles de la commune fut suivi de bien d’autres au cours des décennies qui suivirent. Peu à peu, la campagne disparut pour faire place à l’une des villes les plus denses de l’agglomération lilloise.

Inauguration du quartier des Sarts, le 30 juin 1954

[1] L’ancêtre de nos  actuels HLM, en quelque sorte.

Une Pensée pour Gabriel Kerlidou

Gabriel, qui nous a quitté il y a et quelques années, fut un authentique Résistant pendant la deuxième guerre mondiale. Il racontait les épisodes où il avait failli se faire arrêter avec beaucoup d’humour. Photographe professionnel avant-guerre, après-guerre, il va continuer son métier au journal La Voix du Nord. Il y apportera sa rigueur, son sens artistique et son originalité. Il habitait la ville de Mons-en-Barœul. Ainsi, la semaine, pouvait-il suivre les chantiers d’élaboration du Nouveau Mons, pour le journal et le week-end, en guise de loisirs, il faisait d’autres photos à dimension artistique de sa commune. Son œuvre photographique est un témoignage unique sur les paysages de Mons-en-Barœul, du milieu des ann@ées 1940 jusqu’aux années 1970. Sa modestie et son talent en faisaient une très belle personne qu’il était enrichissant de côtoyer. Ceux qui l’ont connu ne l’ont pas oublié.

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Alain Cadet, journaliste
Il a débuté dans la vie professionnelle comme enseignant. Après avoir coché la case du métier de photographe, il s’est orienté vers la réalisation de films documentaires, activité qui a rempli l’essentiel de sa carrière. Arrivé à la retraite, il a fait quelques films… mais pas beaucoup ! Les producteurs craignent toujours que, passé 60 ans, le réalisateur ait la mauvaise idée de leur faire un infarctus, ce qui leur ferait perdre beaucoup d’argent ! La suite a montré qu’ils se sont peut-être montrés un peu trop frileux, mais cela fait partie du passé. C’est ainsi que l’ancien réalisateur – un peu photographe, sur les bords – s’est mis à collaborer avec différents journaux. Il a aussi écrit des livres sur la guerre de 1914 – 1918 où l’image a une place importante. C’est ainsi que dans ce blog, on trouvera beaucoup d’articles sur des peintres ou des photographes anciens ou contemporains, des textes relatifs aux deux guerres, mais aussi des articles opportunistes sur différents événements. Comme les moyens du bord sont très limités, cela a obligé l’auteur à se remettre à la photographie – sa passion de jeunesse – pour illustrer ses textes. Il ne s’en plaint pas !
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