Archéologie de la Presse locale de proximité : la rue Franklin, Mons-en-Barœul, 59370

Archéologie de la Presse locale de proximité : la rue Franklin, Mons-en-Barœul

Que reste-t-il des souvenirs des vieilles rues des bourgs historiques ? Peu de choses ! Les souvenirs de la vie d’avant s’estompent, chaque jour…

Une lectrice est à la recherche de traces et souvenirs concernant son quartier d’enfance. Il se situe autour de la rue Franklin, à Mons-en-Barœul. C’est une occasion de partir à la chasse de très vieux textes, parus dans le journal local. J’avais le vague souvenir d’avoir écrit une « Série d’été » à propos de cette vieille rue historique. C’était il y a longtemps. Les « Séries d’été », c’est une suite d’articles thématiques destinés remplir les pages du journal pendant les mois chauds, quand la plupart des journalistes sont en vacances. Comme ce n’est pas forcément le cas des lecteurs, la « Série d’été », intemporelle, est un bouche-trou commode. Je me souviens comme si c’était hier des circonstances dans lesquelles est né ce projet sur la rue Franklin. J’avais mes habitudes au « Saint-Claude », le café du Haut-de-Mons. Il y avait un petit monsieur qui, chaque matin, consommait un galopin de bière, puis s’en retournait. Il n’était pas très causant. Pourtant, un jour, il est venu vers moi. Il s’appelait Michel Pollet. C’,était un fidèle lecteur du journal. Il savait que je collaborais à l’Edition locale. « Ce serait formidable d’écrire quelque chose sur la rue Franklin », m’a-t-il lancé. « Jusque dans les année 1960, c’était une artère très vivante avec beaucoup de commerces. C’était le deuxième poumon de la commune avec la rue du général de Gaulle. » La proposition était déroutante, mais il ne faut pas contrarier le client. Nous avons pris rendez-vous. Il m’a reçu, chez lui, avec sa femme Monique. L’entretien a duré toute l’après-midi. Ils avaient des photos et des souvenirs pleins leurs placards. 

La rue Franklin, un lieu plein de mémoire.

Michel avait récupéré la collection du journal local initiée par son père en septembre 1944. Il possédait tous les exemplaires parus du premier numéro historique jusqu’à aujourd’hui. Cela remplissait désormais toute une armoire qui prenait une bonne partie d’un mur de la pièce arrière de la petite maison. Par son intermédiaire, j’ai fait la connaissance de Daniel Verley, un autre ancien de la rue Franklin. C’était un professeur de Français à la retraite. Il était aussi abonné au journal local. Chaque jour, il y relevait les fautes de Français ou d’orthographe et cela le mettait en colère, particulièrement s’il la dénichait au beau milieu de la Une. Avec les souvenirs de Monique, Michel et Daniel, j’ai pu écrire quatre pages. Je le sais parce que j’ai fait une recherche sur Google. La série a été effacée sur le site du journal mais le second volet, numéroté 2/4 et daté du 2 juillet 2010, se trouve sur « Ma Ville »  un portail développé par le journal Ouest-France ! Va-t-en comprendre ! En tous cas je l’ai scrupuleusement recopié ci-dessous 

Petite chronique estivale de la rue Franklin (2/4)

Petite chronique estivale de la rue Franklin
Daniel, Monique et Michel dans la rue Franklin, en juillet 2020

Dans la rue Franklin, les doubles petites fenêtres en devanture, qui habituellement éclairent la pièce principale des habitations du Nord, sont remplacées par une seule… plus grande. C’est ce qui permet de deviner, qu’autrefois, c’était l’une de ces petites boutiques serrées les unes contre les autres qui constituaient la rue.

Peu de choses ont changé depuis la fin de la guerre et pourtant, tout est différent. Pour reconstituer la rue disparue, il faut beaucoup d’imagination ou bien encore avoir vécu ici depuis toujours. C’est le cas de Monique et Michel Pollet et de Daniel Verley. Ils y ont passé toute leur enfance. « Quand on voit la rue aujourd’hui, c’est difficile de se représenter ce qu’elle a pu être jusqu’à une date assez récente », expliquent-ils. « C’était une artère très vivante avec des commerces partout. Au début de la rue, les familles étaient très concentrées. Dès qu’il y avait un rayon de soleil, les gens se déployaient vers l’extérieur. Ils mettaient la table sur le trottoir et mangeaient dans la rue. Il y avait même une ou deux ménagères qui sortaient le réchaud à gaz et la lessiveuse pour faire bouillir leur linge. » 

Les champs à perte de vue 

Au bout de la rue, les commerces se faisaient plus rares. Quand on avait passé le maraîcher Hildevert, on arrivait à la ferme Tahon et puis… plus rien ! Il n’y avait que les champs et les pâtures jusqu’à la rue du Baroeul. Au moment de la chasse, on tirait faisan et lapin. Monique, Michel et Daniel se souviennent que, vers les années 50, un certain M. Bricout avait même tué un sanglier imprudent qui s’était aventuré jusqu’au milieu de la rue.

Dans cette rue Franklin, on trouvait tous les commerces et activités. Au n°25, il y avait la société de transport Baillivet dont le panneau est toujours visible à l’entrée du supermarché. En face, au n°10, c’étaient les transports Lestoquoy. Ils avaient racheté la plupart de leurs camions dans les surplus militaires. Ilss étaient criblés de balles, ce qui ne les empêchait pas de rouler. Au n°2 s’était établi un fabricant de meubles. Daniel possède toujours une armoire en orme et Monique et Michel un buffet de formica qui ont la même apparence qu’au premier jour. « Charly était un artiste, précisent-ils. C’était un véritable ébéniste. Tout ce qu’il faisait était solide et réalisé avec le plus grand soin. » Face au magasin de serrurerie-poêlerie de Michel, se trouvait Roger Beudart, un marchand-réparateur de vélos. Plus loin, au n°23, la Cordonnerie de la Botte Rouge était tenue par Narcisse Petit. « Un vrai cordonnier… Très compétent et aimable, notent ses anciens clients. On lui déposait nos souliers à l’agonie et il nous les rendait à l’état neuf. » Rue Franklin, on pouvait aussi s’habiller. Outre le magasin de soutiens-gorge et culottes que tenait Monique il y avait celui de Mme Malras. Elle était très âgée et vendait de la layette, des sous-vêtements, des lacets et du fil. C’était une personne très gentille et attentionnée. « Elle est décédée quelques jours avant que ne naisse Sylvie, » se souvient Monique. « Quelques semaines plus tard, quand sa fille est venue ranger la maison, elle m’a amené un paquet, bien emballé sur lequel était inscrit mon nom. À l’intérieur, il y avait un magnifique petit tablier de bébé en vichy rose et blanc. À cette époque, on ne connaissait pas l’échographie. Je n’ai jamais su comment avait fait madame Malras pour deviner que ce serait une fille. » 

L’Histoire locale transcende les clivages politiques

Qu’y avait-il dans les volets 1,3 et 4 ? On ne le saura sans doute jamais. L’Archéologie n’est pas une science exacte. En tous cas cette série « a fait parler », rue Franklin, lors de cet été 2020. Il y avait quelqu’un d’autre qui avait passé sa jeunesse dans la rue. Il s’appelait Gérard Decaluwe. C’était un ancien policier. Il avait été premier adjoint du maire Marc Wolf et avait des idées de gauche. Je le rencontrais souvent sur le parking du supermarché qui, pour lui, était une épicerie de proximité. Il avait une conversation très intéressante sur des sujets variés. Il n’appréciait guère le journal local qu’il accusait de défendre des positions réactionnaires et ne comprenait pas que je puisse y collaborer. Un jour il m’a dit : « Je ne te lirai jamais ». Mais il faut croire qu’il lisait le journal en cachette. Peu après la parution de la série, il m’a félicité : « Formidable, tes papiers sur la rue Franklin, j’ai retrouvé toute ma jeunesse. » Je me suis dit que l’Histoire locale était une activité consensuelle qu’il fallait prendre au sérieux. Ainsi Monique, Michel, Daniel et Gérard ont-ils été « à l’insu de leur plein gré » les responsables de beaucoup d’articles d’Histoire locale et régionale… et même de livres qui sont parus pendant plus d’une décennie !

Aujourd’hui les « Séries d’été » existent toujours. Elles sont consacrées à des sujets d’actualité comme les parcs pour chiens ou les déjections canines. Michel, Daniel et Gérard n’en prendront pas ombrage. Ils nous ont quitté et rejoint les autres fantômes de la rue Franklin.

3 commentaires

  1. Je suis née au 60 de la rue Franklin , en 1945 et y ait vécu jusqu’en 1980. Merci d’avoir fait revivre cette rue que j’ai si bien connue et que je ne reconnais plus maintenant

  2. Je suis née au 60 de la rue Franklin, en 1945 et y ai passé toute mon enfance et ma jeunesse, jusqu’en 1980. Merci pour cet article qui fait revivre la rue de mon enfance et que je ne reconnais plus actuellement.

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