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Arthur Vanabelle, qui a réinventé la ligne Maginot et qui fait de l’Art brut sans le savoir

Arthur Vanabelle devant sa ferme de la Ménegatte

Quand on va, de Lille à Dunkerque, par l’autoroute, on aperçoit, soudain, à droite, une ferme étrange. Elle est surmontée d’avions de combat, suspendus à même les toits. Elle est défendue par des tanks colorés et menaçants.

Si on veut aller plus loin, il faut le mériter. Il faut passer et repasser au-dessus de l’autoroute, à travers un chemin étroit et boueux. Il ne tolère, à regret, qu’une seule automobile. Au bout d’une impasse, barrée par le gros trait que forme l’autoroute, on atteint la fin du monde. C’est le point 50°41’55.44″ Nord et 2°48’26.99″ Est qui définit la Menegate, une ancienne casemate de la ligne Maginot. On est au cœur du domaine d’Arthur Vanabelle, maître incontesté des lieux, dits ferme de la Menegate. Alors, accompagné de ses deux chiens, Arthur paraît et l’on voit immédiatement que l’on n’a pas affaire à n’importe qui.

L’univers d’Arthur : de bric et de broc mais avec une seule direction, la sienne !

Voici, presque mot pour mot ce qu’il m’a raconté :

« Je suis né en 1922. Ça me fait aujourd’hui 88 ans. J’ai presque, jour pour jour, le même âge que Liliane Bettencourt. Je le sais, ils ont donné sa date de naissance à la télé ! Mais je suis beaucoup plus en forme qu’elle ! (rires) On peut dire que, comme vieux, ça va… du moins du côté de la tête… parce que les genoux… Je suis allé à l’école à Steenwerck. A douze ans et demi, j’ai eu le certificat d’études…facilement ! Après, je suis devenu cultivateur et j’ai fait ce métier toute ma vie. Je n’ai jamais fait mon service militaire. En1940, j’étais trop jeune ( la classe 22 n’a jamais été appelée ). En 1945, j’étais trop vieux ! Pourtant j’ai vu la guerre : les troupes anglaises qui remontaient sur Dunkerque, la débâcle et les troupes allemandes qui sont venues ensuite. Il n’y avait pas besoin d’aller bien loin : tout le monde passait devant la ferme !

J ’ai continué ma vie tranquille de cultivateur. J’étais toute la journée dans mon champ. Ce n’était pas comme maintenant, où on ne voit plus personne travailler la terre ou alors rarement ! Je travaillais avec un seul cheval : j’en ai eu plusieurs. Quelques années après la guerre, j’ai acheté un tracteur : un Renault tout orange. Dans les années qui ont suivi 1945, on trouvait un tas d’objets divers dans les champs dans les chemins et ailleurs. J’en ai fait un tas qui est devenu de plus en plus gros.

Vers les années 60, j’ai commencé à souder tout cela et à en faire des avions, des tanks et des canons. Ne me demandez pas pourquoi ! Je n’en sais rien ! Je le fais : un point c’est tout ! J’ai pratiquement tout assemblé et tout imaginé seul ! Quoique mon frère m’a bien aidé. Il me passait les pièces quand j’étais là haut, sur l’échelle, prêt à les accrocher. C’est très important (rires) Il y a plein de gens qui s’intéressent à mon travail ! Il vient des journalistes de partout ! Même la télévision japonaise est venue me voir. (rires) Dernièrement, j’ai reçu une lettre du musée. Ils veulent que j’aille les rencontrer.

Il paraît que je fais de l’art, de « l’art brut », à ce qu’ils disent. Je ne sais pas si j’irai, rapport à mes genoux qui me font mal. Et puis, je suis très bien ici ! »

Note de l’auteur:

J’ai repris ce vieil article en août 2020 parce qu’il était sens dessus-dessous avec une petite photo dans un coin et une autre effacée Cet interview date d’août 2010. Avec le recul, je regrette la qualité médiocre de mon matériel de prise de vue de l’époque. Cela n’a pas empêché des institutions respectables ayant pignon sur rue de reprendre la photo à leur compte pour illustrer leurs publications. Je suppose que c’est parce qu’elles l’ont trouvée bonne ! Elle est le reflet d’un moment privilégié où Arthur s’est bien amusé. Il pouvait être aussi bien méfiant, presque désagréable. C’était d’abord un paysan qui, accessoirement, faisait de l’Art sans le savoir. Il m’avait invité à rentrer dans sa cour mais j’ai refusé car j’avais un rendez-vous qui m’attendait à Lille. Je l’ai maintes fois regretté depuis.

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