Bernard Musslin, 1928–2021

Bernard Musslin, malgré son origine alsacienne, était devenu une figure incontournable de Mons-en-Baroeul, dans la banlieue de Lille.

Bernard Musslin, 1928–2021

Bernard Musslin est parti sans crier gare, au début de février 2021. Malgré son accent alsacien, qu’il n’avait jamais totalement abandonné, Bernard était incontournable à Mons-en-Barœul. Il était impliqué dans beaucoup d’actions associatives qui ont marqué la vie de la commune.

Bernard est né le 19 juillet 1928, à Mulhouse, en plein cœur de l’Alsace. Dans cette région où le parler régional ressemble beaucoup à l’allemand, au début de ce XXe siècle, où la présence germanique était encore vivace, dès les premières années de sa scolarité, Bernard apprend en parallèle l’écriture à la française et l’écriture gothique de la langue allemande. Il n’a jamais oublié cet enseignement primaire. Parfaitement bilingue, il était aussi capable de déchiffrer – comme d’écrire – un texte en « gothique » utilisant de vieilles formules syntaxiques. C’était très pratique pour accompagner certains travaux historiques. Ainsi, ayant écrit plusieurs ouvrages sur l’Occupation allemande pendant la première guerre mondiale, je m’étais adressé à ma cousine – mariée avec un allemand et résidant en Allemagne – pour traduire l’un de ces textes. Cela a pris plusieurs mois et c’est finalement la grand-mère de l’une de ses amies qui a fini par en venir à bout. Mais, lorsque je me suis aperçu, qu’à deux pas de chez moi, Bernard était capable de faire ce travail dans des délais imbattables, j’ai changé de traducteur. Ainsi, Bernard m’a-t-il traduit, une foule de courriers de soldats allemands à leur famille, des lettres officielles des Autorités allemandes, le journal de Rupprecht de Bavière, « Mein Kriegstage Buch », etc.

D’autres auteurs, un brin jaloux, me pressaient de livrer l’identité de mon traducteur. Je ne l’ai jamais fait car Bernard n’aurait pas eu assez de toutes ses journées de retraité pour effectuer toutes ces tâches ! Une seule fois, auprès d’amis de la ville d’Hellemmes, j’ai accepté de prendre les documents en allemand. Je les ai confiés à Bernard. C’est ainsi, qu’en 2018, on a pu voir dans cette commune, une remarquable exposition sur l’Occupation pendant la première Guerre mondiale. Sur plusieurs panneaux se trouvaient, côte à côte, le document en allemand et la merveilleuse traduction en français de Bernard !

Bernard, qui a fait des études d’ingénieur textile est directeur de la filature de Sélestat, dans le Bas-Rhin, quand vient le début de la crise … en Alsace et dans les Vosges. Il trouve un nouveau travail dans une entreprise suisse- allemande qui fabrique des machines textiles, la société Rieter. Parfaitement bilingue il a le profil idéal pour assurer la liaison avec la clientèle française. C’est ainsi que Bernard est nommé à l’antenne de Marcq-en-Barœul, pour laquelle il va installer, pendant tout le reste de sa carrière, du matériel dans les filatures de la Région. Il choisit d’habiter, de l’autre côté du Barœul, à Mons, dans le quartier du « Parc de la Solitude ». Son épouse, Fernande, enseignante, est nommée au collège Rabelais, tout proche. Les deux époux sont très actifs dans la vie associative de la commune.

Fernande, à cette époque, s’est beaucoup investie auprès des jeunes du quartier.

En 1971, les néo-Monsois sont impliqués dans les œuvres de la paroisse. Le curé manque cruellement d’argent. Mais Fernande et Bernard ont une idée : « organiser un repas alsacien ! » Ce repas que l’on désigne désormais dans le vocabulaire Monsois par « La Choucroute » se tiendra, pour sa première édition dans la salle paroissiale. Pas question pour Bernard, de proposer aux convives une pâle copie de la cuisine alsacienne ! C’est lui-même, Bernard, qui fait réaliser la choucroute par un traiteur alsacien réputé et qui achète les vins destinés à l’accompagner. Il ramène sa précieuse cargaison dans une remorque tractée par la Peugeot familiale. Mulhouse-Lille, six-cent-dix kilomètres, cela fait une trotte ! Mais quand on travaille pour les bonnes œuvres de la paroisse, on ne ménage pas ses efforts ! « Nous avons eu cent convives et la salle était pleine. Nous avons gagné un million d’anciens francs », racontait Bernard, non sans une certaine fierté.

La Choucroute est devenue une institution. Ici, en 2012, elle remplit la Salle des Fêtes

Aujourd’hui, cette « Choucroute » est devenue une institution. Elle est organisée par l’ACTE, une association proche du collège Lacordaire et, chaque année, elle fait le plein de la salle des fêtes du Fort Macdonald (800 convives). Bernard n’hésitait pas, en matière de choucroute, à faire des extras. Ainsi l’a-t-on vu il y a quelques années se muer en professeur de l’enseignement hôtelier et diriger au centre social Caramel, dans le Nouveau Mons, la confection d’une immense choucroute, cuisinée par les mamans du quartier, souvent originaires d’Afrique du Nord.

Bernard, s’improvisant professeur de cuisine, a encadré les mamans du centre social Caramel pour réaliser une Choucroute et une Quiche alsacienne.

Bernard était également incontournable pour ses talents d’acteur, lors du spectacle Son et Lumière (association Jonas) donné, au Parc du Barœul, ou bien aux Jardins de Thalie du Fort. Pendant tout un week-end, on jouait plusieurs représentations de la pièce répétée pendant de nombreux mois… avec à chaque fois plus d’un millier de spectateurs. Beaucoup de Monsois se souviennent encore de sa performance dans le rôle du curé de la ville !

Toujours prêt à rendre service, Bernard avait comme maître mot : « amitié. » Il aimait beaucoup les gens qui le lui rendaient bien. Il était un mari, un père, un grand-père, un ami, attentif et généreux. Il manque beaucoup à tous.

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Alain Cadet, journaliste
Il a débuté dans la vie professionnelle comme enseignant. Après avoir coché la case du métier de photographe, il s’est orienté vers la réalisation de films documentaires, activité qui a rempli l’essentiel de sa carrière. Arrivé à la retraite, il a fait quelques films… mais pas beaucoup ! Les producteurs craignent toujours que, passé 60 ans, le réalisateur ait la mauvaise idée de leur faire un infarctus, ce qui leur ferait perdre beaucoup d’argent ! La suite a montré qu’ils se sont peut-être montrés un peu trop frileux, mais cela fait partie du passé. C’est ainsi que l’ancien réalisateur – un peu photographe, sur les bords – s’est mis à collaborer avec différents journaux. Il a aussi écrit des livres sur la guerre de 1914 – 1918 où l’image a une place importante. C’est ainsi que dans ce blog, on trouvera beaucoup d’articles sur des peintres ou des photographes anciens ou contemporains, des textes relatifs aux deux guerres, mais aussi des articles opportunistes sur différents événements. Comme les moyens du bord sont très limités, cela a obligé l’auteur à se remettre à la photographie – sa passion de jeunesse – pour illustrer ses textes. Il ne s’en plaint pas !
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