La Résidence de l’Hôtel-de-Ville de Mons-en Baroeul et Bernard Jumelle, qui l’a dessinée

La Résidence de l’Hôtel-de-Ville est un immeuble très particulier du Nouveau-Mons. Situé au milieu de la ZUP, il s’adressait à des catégories plus aisées que le public des HLM qui habitait les immeubles du secteur. Bernard Jumelle, son dessinateur, nous raconte les dessous de sa conception.

La Résidence de l’Hôtel-de-Ville de Mons-en Baroeul et Bernard Jumelle, qui l’a dessinée

Bernard Jumelle devant la Résidence de l’Hôtel-de-Ville

En 1962 Bernard Jumelle intègre le Cabinet d’architecture d’Emmanuel Maes. Ce dernier est spécialisé dans les immeubles qualitatifs, tels que les résidences privées ou immeubles de bureaux du secteur Roubaix-Tourcoing. C’est aussi l’architecte attitré de la Faculté Catholique de Lille. Bientôt il va s’associer avec Luc Maillard. « C’était l’un des plus gros cabinets d’Architecture de la Région. Nous étions vingt-trois personnes à travailler, rue d’Esquermes, à Lille, chez Maes-Maillard », raconte Bernard Jumelle. « J’étais le seul à avoir les mêmes diplômes que mes patrons, alors je dessinais beaucoup de projets. » L’un des bons clients de la société était le CIL (Comité Interprofessionnel du Logement). D’ailleurs, un des premiers projets qu’a mené à bien Bernard Jumelle dans son nouvel emploi, a été celui de concevoir l’immeuble du CIL de Lille. Le CIL construisait des immeubles plus qualitatifs que ceux des HLM. C’est ainsi qu’au tout début des années 1970, Maes-Maillard, décide de participer à un concours dédié à ce type d’habitat qualitatif, organisé par le ministère de la Construction, très puissant alors dans le secteur du bâtiment. Le projet est aussitôt confié à Bernard Jumelle qui se met à la planche à dessin : « L’idée, c’était de concevoir un immeuble-type dans la gamme de ceux que construisait les CIL qui puisse être décliné sur l’ensemble du territoire français. » C’était un concours « Architecte-Entreprise »,c’est-à-dire ouvert à une association d’un cabinet d’Architecture (en l’occurrence, Maes-Maillard) et d’une entreprise de BTP (Ferret-Savinel : une entreprise de Roubaix). 

Le projet « Lynx » de Maes-Maillard et Ferret-Savinel

« Un beau jour sachant que j’avais terminé, Emmanuel Maes me dit d’en préparer une copie car quelqu’un de Ferret-Savinel doit passer ce soir. Il aura besoin d’un double pour travailler ». L’architecte se souvient encore comme si c’était hier du premier contact avec son binôme. « Je vois arriver un grand et beau jeune homme, très dynamique. Il venait tout juste de sortir de Polytechnique. C’était Bernard Arnault, le fils de Jean, le patron de Ferret-Savinel. » L’entente entre les deux hommes, va être excellente et le projet va faire plusieurs aller-retours entre Lille et Roubaix pour se perfectionner. C’était un immeuble en béton coulé sur place avec les éléments de façade préfabriqués. Bernard Arnault avait appelé le projet « Modèle Lynx », ce qui en imposait dans les réunions avec l’Administration. Fin prêts, les deux Bernards prennent la route pour présenter le projet aux représentants du ministère de la Construction ! 

Perspective cavalière du projet ,destinée à séduire le client.

La présentation se passe plutôt bien. « Au bout de quelques semaines, Emmanuel Maes, m’apprend que c’est nous qui avions gagné le concours.  On va construire un immeuble d’après ces plans, dans la Métropole, à Mons-en-Baroeul. C’est une parcelle « hors-ZUP », avait-il précisé. Le terrain se situait face au projet Chomette, la résidence de l’Europe en construction et dans le prolongement d’un terrain qu’il devait accueillir le futur Hôtel-de-ville. »Cette situation particulière va générer quelques contraintes. On va abaisser l’immeuble par rapport au plan d’origine pour qu’il soit de même hauteur que l’Hôtel de ville voisin, tel quil était prévu. Mais, plus tard, l’immeuble en question sera construit avec deux étages supplémentaires de telle sorte que la « Résidence de l’Hôtel-de-Ville»est désormais plus basse que le bâtiment municipal. Henri Chomette va aussi demander que les éléments de façade de la « Résidence de l’Hôtel de Ville » soient symétriques de ceux de « l’Europe »,située de l’autre côté de l’avenue. Il fallut fabriquer des moules spéciaux, rien que pour cet immeuble… mais ce fut fait. Bernard Jumelle poussa même le luxe jusqu’à dessiner des poteaux de soutien identiques à ceux du bâtiment d’en face. 

« À Mons, c’est le seul immeuble de ce type, mais, il en existe plein d’autres comme par exemple celui de Fives, rue Vantroyen »s’amuse, un brin philosophe, Bernard Jumelle. «De temps en temps, lorsque je me promène en France, j’en découvre un nouveau ! Je dis souvent les petits-enfants : « Si je touchais des royalties sur tous les immeubles que j’ai dessiné, J’aurais un yacht et un château ! »

A la même époque, en face, on construisait la « Résidence de l’Europe » aux éléments extérieurs symétriques de ceux de la « Résidence de l’Hôtel-de-Ville« 
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Alain Cadet, journaliste
Il a débuté dans la vie professionnelle comme enseignant. Après avoir coché la case du métier de photographe, il s’est orienté vers la réalisation de films documentaires, activité qui a rempli l’essentiel de sa carrière. Arrivé à la retraite, il a fait quelques films… mais pas beaucoup ! Les producteurs craignent toujours que, passé 60 ans, le réalisateur ait la mauvaise idée de leur faire un infarctus, ce qui leur ferait perdre beaucoup d’argent ! La suite a montré qu’ils se sont peut-être montrés un peu trop frileux, mais cela fait partie du passé. C’est ainsi que l’ancien réalisateur – un peu photographe, sur les bords – s’est mis à collaborer avec différents journaux. Il a aussi écrit des livres sur la guerre de 1914 – 1918 où l’image a une place importante. C’est ainsi que dans ce blog, on trouvera beaucoup d’articles sur des peintres ou des photographes anciens ou contemporains, des textes relatifs aux deux guerres, mais aussi des articles opportunistes sur différents événements. Comme les moyens du bord sont très limités, cela a obligé l’auteur à se remettre à la photographie – sa passion de jeunesse – pour illustrer ses textes. Il ne s’en plaint pas !
Publications: 214

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