Les premières lettres d’un jeune soldat de la France libre 1/2

Lettres à sa famille en zone occupée

Cette lettre, incomplète, est l’une des deux seuls courriers que le soldat Émile Lhomme parviendra à faire parvenir à sa famille (ses parents et ses trois sœurs, Émilienne, Lucienne et Julienne) en octobre et novembre 1914. Gaston, celui à qui les a confiés, à sans doute risqué sa vie pour les acheminer en zone occupée. Ce témoignage nous a été confié par sa nièce, Manon Wilson, qui l’a gardé précieusement. Émile est né en 1894, à Fives. Au début d’octobre 1914, il est mobilisable. Peut-être, l’avancée des allemands (Lille a été occupé le 12 octobre 1914) a-t-elle avancé sa date d’incorporation. Il est envoyé vers l’ouest.

Émile et Raphaël
Émile et Raphaël

Dunkerque est la seule sous-préfecture du département du Nord demeurant en France libre. Dans la première de ces deux lettres, incomplète, adressée probablement à sa mère, il raconte son voyage :

« On est parti sur Béthune, et on arrivé à midi. Une femme a bien voulu nous donner de l’eau pour nous laver. Puis nous sommes partis, à 20 km plus loin. Nous sommes arrivés à sept heures du soir. On ne tenait plus debout. Les gens de ces patelins sont des crapules. Ils nous auraient laissés mourir de faim. Quand je suis parti, tu m’avais donné quelques tartines. Je les ai mangées, vers sept heures du soir, pour le souper et depuis cette heure-là nous avons plus eu de pain jusqu’au dernier soir, à sept heures. À Pernes en Artois, près de Saint-Pol on a réussi avoir un train qui devait aller à Gravelines. Il y en avait pour deux heures au plus. Mais on est resté 17 heures dans le train. On y a passé la nuit sans pouvoir dormir. On a réussi à avoir un pain que nous avons payé 22 sous. Nous avons dû le jeter tellement il était mauvais. Nous sommes arrivés à Calais comme des affamés. Là, les gens étaient un peu meilleurs. Une cabaretière  nous a fait une ratatouille avec un morceau de viande puis nous avons couché sur une paillasse, par terre, que cette femme nous avait donnée. C’est la première nuit où nous avons pu dormir à peu près. On était le dimanche, ce jour-là. Nous étions à ce moment à cinq. Mon parrain, Raphaël, Jules, Achille Hautecoeur et moi. Je t’assure qu’on a eu de la chance d’avoir Achille qui nous a toujours trouvé à loger,  en route, sur de la paille ou sur des sacs… et même à manger. Le lundi on s’est promené dans Calais et on a pris le train pour Gravelines.

Puis il raconte son conseil de révision et son court séjour dans la ville de Gravelines

« Arrivé à Gravelines, Achille, qui connaissait une personne, lui a demandé à loger. Elle nous a offert une petite maison de la paille et des sacs. Et depuis notre arrivée, le 12 octobre, nous dormons sur la paille. Vivement que je revienne ! On est peu nourris : deux morceaux de pain et un petit morceau de pâté. Je t’assure que j’ai souvent faim et je n’ose rien acheter parce que je n’ai presque plus de sous. J’ai été obligé d’en dépenser. Après le conseil, à Gravelines, on va partir aussitôt. Ça m’ennuie, parce que je vais partir sans sous. Enfin, je tacherai de me débrouiller. Je m’arrête car il est l’heure d’aller à la caserne pour chercher à manger et j’ai faim.

Embrasse bien mes sœurs pour moi. J’écrirai à papa

Émile

Émile Lhomme a été affecté au 151e régiment d’infanterie dont la caserne se trouvait à Verdun. C’est dans cette ville que, très probablement, il a effectué ses « classes ».

Alain Cadet

Auteur : diaph16

Je suis photographe pro près de Lille chez diaph16 photo, et je diffuse les articles d'Alain Cadet, journaliste de presse locale près de Lille.

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