8 mai 2022, Mons-en-Barœul, 59370

Chaque 8 mai, on célèbre dans toutes les communes de France l’anniversaire de celui qui, en 1945, marque la date de la capitulation de l’Allemagne. C’est la fin, tant espérée, de la Seconde Guerre mondiale. Cette cérémonie du souvenir a perduré même si les souvenirs s’estompent. A Mons, elle rencontre toujours un public nombreux.

8 mai 2022, Mons-en-Barœul, 59370

La cérémonie monsoise du 8 mai 2022 a été particulière. On y a célébré aussi le centenaire  de la section des anciens combattants en même temps que la Guerre s’était  invitée à notre porte…

Le 8 mai 1945, l’Allemagne capitule. C’est l’épilogue – ou peut s’en faut – de six ans d’une guerre terrible qui va provoquer 70 millions de morts, dont 50 millions de civils. Cette date deviendra le symbole de la victoire en Europe… sauf en Russie (URSSS, à l’époque) où, à cause du décalage horaire, elle est célébrée le 9 mai. A Mons, où les deux guerres ont été le synonyme d’une occupation douloureuse… voire d’une résistance exemplaire à la machine de guerre hitlérienne, cette date du 8 mai a gardé tout son sens. 

Le 8 mai 1945, à Paris

Les noms des morts, gravés sur le monument du souvenir rappellent que les guerres, c’est aussi des drames qui dévastent les familles. A Mons, sous l’impulsion de la section locale des anciens combattants et de la municipalité, les commémorations des évènements patriotiques trouvent toujours un public nombreux. Outre l’Orchestre d’Harmonie de la Ville, au grand complet, plusieurs centaines de personnes avaient fait le déplacement. Il faut dire que le soleil, lui aussi, s’est invité et que la section des Anciens Combattants, créée juste après la Première Guerre mondiale profitait de cette cérémonie pour fêter son centenaire. « Il y plus de monde ici, à Mons, qu’à Lille », me glisse d’un air gourmand un Ancien Combattant qui vient tout juste d’être renseigné par un camarade lillois. Le lieutenant-Colonel Claude Géry, président de la section Monsoise, égrène les noms de tous les président qui se sont succédé depuis 1922… jusqu’à aujourd’hui.

La Guerre, que l’on croyait révolue, se déroule désormais à nos portes, en Ukraine. Pour l’évoquer, le discours du maire, Rudy Elegeest était empreint d’une certaine gravité. Jamais le Monde n’a été aussi dangereux qu’aujourd’hui et l’hypothèse d’un embrasement nucléaire total est devenu une réelle possibilité. Par Ukrainiens interposés les deux plus grandes puissances militaires mondiales, la Russie et les Etats-Unis d’Amérique se font la guerre et nul ne sait jusqu’à quel point ils sont capables d’aller. Ce conflit ressemble beaucoup plus à la Première Guerre Mondiale qu’à la suivante. A partir d’un événement mineur, d’escalade en escalade, les Gouvernants des grandes puissances du moment, comme des somnambules, sont arrivés, crise après crise, un pas après l’autre, à un conflit qui allait embraser l’Europe entière et provoquer dix-huit millions de morts. Cette guerre d’aujourd’hui, avec l’invasion du territoire ukrainien par les troupes de Vladimir Poutine, par son lot d’exactions et de bombardements visants la population civile, résonne de façon particulière dans cette Région du Nord. En 1914, au début du conflit, en Belgique et, plus près de nous, à Orchies, de nombreux civils ont été passés par les armes tandis que les habitations étaient incendiées. Le siège de Lille, en octobre 1914, avec le bombardement du centre de la ville ressemblait plus à un acte punitif pour terroriser la population et faire céder les défenseurs, qu’à une action militaire chirurgicale. 

Evoquer la Guerre peut être une manière de sauver la Paix.

Le discours du maire, Rudy Elegeest, 8 mai 2022 

Ce 8 mai intervient à un moment tout à fait particulier de l’histoire Européenne puisque nous allons évoquer la fin d’une guerre ayant impliqué pratiquement tous les états européens à un moment où une autre guerre a lieu en Europe. Cette guerre, même si elle est aujourd’hui territorialement limitée, impacte tous les états Européens.

Jusqu’à ces derniers mois, les images de la guerre en Europe, étaient pour nous des images d’archives, des images sorties des livres d’histoire… Pour réalistes, pour saisissantes, pour choquantes qu’elles fussent, c’étaient des images du passé, de celles qui palissent et qui finissent par s’estomper !

Aujourd’hui, nous assistons en direct à une guerre qui, par bien des aspects ressemble à celle d’hier. Les images qui nous parviennent ne sont pas tamisées par le temps et le filtre des historiens ; elles viennent à nous à toute heure et du plus près qu’il soit possible en un flot continuel et chaotique d’actualité.

Hier les victimes, leur visage, leur parcours personnel, leur voix, leurs mots, leurs pleurs, leurs cris sous les violences vécues en temps de guerre, n’atteignaient pas immédiatement le grand public. Ces peurs, ces douleurs restaient en elles, entre elles, parfois dévoilées à l’intérieur d’un cercle familial ou amical.

Il fallut même attendre des dizaines d’années pour que certains faits et témoignages soient portés à la connaissance du plus grand nombre. Aujourd’hui, bien étant loin du théâtre des opérations, nous en sommes, à chaud, par écrans interposés, les spectateurs sans en être à proprement parler les témoins. Nos esprits font cet étrange aller et retour entre le passé et le présent secoués par l’émotion, nous interrogeant sur le sens de cette rage guerrière contre laquelle nous pensions être immunisés. 

Mais ce qui se révèle aussi puissamment aujourd’hui qu’hier, c’est l’absurdité de ces conflits voulus et décidés par quelques-uns au détriment de la multitude.

A l’issue des guerres récentes et à l’exception de quelques profiteurs, « les petits, les obscurs, les sans-grades » qu’ils aient été du côté des vainqueurs ou des vaincus savaient d’abord ce qu’ils y avaient perdu, savaient peut-être ce à quoi ils avaient échappé ou de quoi ils s’étaient affranchis, et pour beaucoup l’après-guerre fut aussi une épreuve.

Au terme de la seconde guerre mondiale, l’Europe s’était libérée du nazisme mais les populations le payèrent d’un prix exorbitant ! 

Au terme de la guerre en Ukraine, et si tant est qu’il y ait un vainqueur, personne n’y aura rien gagné, en tout cas rien qui ne vaille le coût de cet affrontement. Bien au contraire !

Le monde y perd en sécurité – sous la pression d’une menace potentielle, l’occident se réarme massivement. La primauté de la loi, le respect des traités et les vertus de la diplomatie cèdent à la force. 

Le monde y perd en liberté – le mensonge et l’arbitraire sont des outils d’asservissement.  Nous redécouvrons que la liberté est loin d’être une évidence mais une reconquête permanente et que seule la vérité peut rendre libre.  

Le monde y perd en humanité – les antagonismes nationaux, les clivages nord-sud se renforcent. Le sang appelle le sang, la violence engendre la violence. Albert Camus qui a vécu ces déchirements l’exprimait ainsi : « La guerre apprend à tout perdre, et à devenir ce qu’on n’était pas ».

A ce bilan « moral », il faut ajouter les ravages et les destructions d’un pays qui en gardera les stigmates des décennies durant et surtout des dizaines de milliers de vies perdues, des dizaines de milliers de vies brisées avec le silence pour toute réponse à cette obsédante question : pourquoi ?     

La guerre n’est pas qu’une affaire de militaires ; les champs de bataille ne sont plus ces grandes plaines dégagées où deux armées se faisaient face mais des villes, des villages, des rues, des immeubles, des usines, des théâtres, des écoles…

Déjà, lors de la seconde guerre mondiale, le nombre de victimes civiles avaient largement dépassé le nombre de militaires morts au combat sous l’effet principal de l’intensification des bombardements, notamment des bombardements aériens et aujourd’hui des tirs d’artillerie, de missiles de longue portée.

Ces décomptes ne prennent pas en considération les victimes de carences, privations, blessures, maladies consécutives aux conflits et dont les effets perdurent après-guerre. 

Faut-il ajouter à cette liste déjà longue de plaies, le drame des populations déplacées, des réfugiés. On a évalué à près de vingt millions, leur nombre lors de la seconde guerre mondiale ; on estime aujourd’hui à 68 millions le nombre de personnes déplacées dans le monde pour cause de guerre ou de persécutions et plus de 10 millions d’Ukrainiens sur les routes de l’exil intérieur ou extérieur. 

Et une fois que les armes se sont tues, les armes tuent encore… En 2020, les Nations Unies ont enregistré 6766 victimes civiles, dont de nombreux enfants, de mines terrestres, de restes d’engins explosifs… Les terres nourricières d’Ukraine, plaines blondes sous un ciel bleu, où poussent le blé, le tournesol exposeront-elles demain, comme celles de l’Argonne après la grande guerre, leurs travailleurs à de tels dangers.  

En temps de guerre, tout ce qui ne relève pas d’atteinte aux troupes ou au matériel militaire est pudiquement qualifié de « dommage collatéral ».

On peut légitimement se demander si le collatéral n’est pas désormais devenu central.

Avec une froide indifférence, les considérations d’ordre militaires font peu de cas des effets induits par l’assimilation de zones civiles à des zones de combats, par l’assimilation de leurs habitants à des ennemis possibles et traités comme tels.

On assiste même à une perversion de l’action militaire consistant à intégrer dans la stratégie militaire voire même dans les buts de guerre, l’atteinte explicite aux populations civiles sans défenses. Les coups ainsi portés au moral des soldats, les politiques de restrictions, d’humiliation, de terreur : tout cela s’est déjà vu, tout cela se voit encore ! 

Boris Cyrulnik, fils d’un ébéniste Ukrainien, enfant juif sauvé miraculeusement d’une rafle à Bordeaux en janvier 1944, devenu neuropsychiatre, apôtre et théoricien de la résilience, fut, lors d’une émission de télévision, confronté à la question suivante sur la situation ukrainienne : « Pensiez-vous jamais revoir de telles images ? » Saisi par l’émotion, un temps muet, troublé, il finit par répondre que « non », il ne le pensait pas.

Bien que n’ayant pas son recul par rapport à l’histoire, nous non plus ! Nous pensions, peut-être naïvement que nos cérémonies continueraient à être des cérémonies du souvenir, aujourd’hui hélas, nous n’en sommes plus si sûr ! 

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L’exposition photographique du centenaire, Section des Anciens Combattants, Mons-en-Barœul, 59370

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Alain Cadet, journaliste

Il a débuté dans la vie professionnelle comme enseignant. Après avoir coché la case du métier de photographe, il s’est orienté vers la réalisation de films documentaires, activité qui a rempli l’essentiel de sa carrière. Arrivé à la retraite, il a fait quelques films… mais pas beaucoup ! Les producteurs craignent toujours que, passé 60 ans, le réalisateur ait la mauvaise idée de leur faire un infarctus, ce qui leur ferait perdre beaucoup d’argent ! La suite a montré qu’ils se sont peut-être montrés un peu trop frileux, mais cela fait partie du passé. C’est ainsi que l’ancien réalisateur – un peu photographe, sur les bords – s’est mis à collaborer avec différents journaux. Il a aussi écrit des livres sur la guerre de 1914 – 1918 où l’image a une place importante. C’est ainsi que dans ce blog, on trouvera beaucoup d’articles sur des peintres ou des photographes anciens ou contemporains, des textes relatifs aux deux guerres, mais aussi des articles opportunistes sur différents événements. Comme les moyens du bord sont très limités, cela a obligé l’auteur à se remettre à la photographie – sa passion de jeunesse – pour illustrer ses textes. Il ne s’en plaint pas !

Publications: 245

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