Archéologie de la ferme Pottier, Mons-en-Barœul (59370)

La ferme Pottier était l’une des nombreuses fermes de ce bourg qui, avant les années 1950, était essentiellement rural. Il n’en reste que quelques souvenirs.

Archéologie de la ferme Pottier, Mons-en-Barœul (59370)

Lorsque, au tout début des années 1950, la municipalité de Mons-en-Barœul décide de se lancer dans un programme urbain de grande ampleur, destiné à limiter les effets pervers de l’urbanisation sauvage, cette ferme Pottier, située au carrefour Emile Zola –Jean-Jacques Rousseau – Parmentier – Mirabeau, va être l’un des premiers bâtiments démolis, pour faire place nette, afin de construire le nouveau quartier, « Les Sarts ». Il ne nous reste aujourd’hui que très peu d’éléments sur cette ferme remarquable.


La ferme Pottier, vue depuis la rue Parmentier. Une automobile venant de la rue Jean-Jacques Rousseau se dirige vers la rue Mirabeau.

Cette photographie de la ferme Pottier date tout début des années 1950. Le photographe n’est pas venu dans cet endroit par hasard. Il s’appelle Henri Prévost. C’est un cadre du personnel municipal, mais il est aussi le correspondant du journal Nord-Eclair. Il n’ignore pas que ce bâtiment est promis à la démolition. C’est, en quelque sorte, un dernier souvenir de la ferme Pottier qu’il est venu recueillir. Cette ferme comme les autres bâtiments agricoles du voisinage, est construite en briques, suivant le modèle flamand. On appelle cela une « Hostfède », encore que dans cette région du Mélantois, de culture latine, le mot ne soit guère utilisé. La rue Parmentier – où s’est campé le photographe – est, à cette époque une rue passante, comme en témoigne la publicité Citroën fixée sur le mur de la façade. L’automobile qui la traverse est en revanche, une Renault Torpédo, un modèle des années 1920. Si le photographe – pourtant d’une classe exceptionnelle – avait attendu 1/10 de seconde de plus, sa photographie aurait été encore meilleure. Mais, à cette époque les boîtiers n’étaient pas encore motorisés, l’exercice était extrêmement délicat !

Selon Jacques Desbarbieux, cette seconde photo de la ferme Pottier, adoptant le même point de vue que la précédente,  aurait été prise le 27 mai 1954.

Bis repetita, le même photographe s’est posté au même endroit et a utilisé le même angle de prise de vue. La ferme est en cours de démolition. C’est la première d’une longue liste des bâtiments similaires qui vont devoir subir le même sort. La cause ? Le programme des « Sarts » des années 1950, puis celui de la « ZUP » des années 1960. Jacques Desbarbieux dans son ouvrage « Par Mons et par veaux », en a répertorié quinze. Et encore, à l’occasion de l’apparition de documents inconnus, découvre-ton encore, régulièrement, de nouvelles fermes monsoises absentes de l’inventaire.

Au niveau de la ferme Pottier et de la fin de la rue Parmentier, à la fin de l’année 1954, une quatre chevaux file en direction de la rue Émile-Zola. À gauche, la grande bâtisse c’est le château Virnot, qui fut la demeure d’Urbain Virnot au tout début du XXe siècle. Puis, elle fut louée  et enfin vendue à la famille Wibaux, changeant ainsi de nom. Un peu plus loin, se trouve la ferme Thiss.

Dans le coin de la ferme Pottier, quand on emprunte la rue Émile Zola, on trouve sur le côté gauche de la rue les fermes Thiss (que l’on devine sur la photo) et, plus loin, la ferme d’Halluin, mitoyenne de l’actuel collège privé Lacordaire. Aucune, de ces fermes n’a résisté à la pression de la promotion immobilière. Malgré leur architecture remarquable, les très grandes fermes de la région du Nord, comme la « Ferme Louis XIV » à Fives (c’est là qu’a été signé l’acte de reddition de Lille en 1667) ont été démolies. Seul témoin de ce passé agricole subsiste le Domaine de Luchin, pas très loin de la frontière belge, sans doute à cause de son histoire particulière : il a été adapté aux besoins d’un grand club de football ! 

En 1954, la ferme Pottier devient un jardin public. Il sera bientôt détruit par les travaux routiers : élargissement et remodelage – de l’axe Emile Zola – Robert Schuman.
À la même époque, la rue Parmentier est élargie et l’on construit le groupe scolaire Charles Perrault, un des premiers bâtiments du quartier des Sarts.
Cette même rue Parmentier en 2021, vue sous le même angle que la photo d’Henri Prévost présentée ci-dessus. Devant le groupe scolaire Perrault, au premier plan, a été construite ultérieurement une maison privée de plain-pied, qui fut celle du Docteur Carnet puis celle du Docteur Outurquin.

Ce carrefour des Sarts qui est, à l’origine, un lieu campagnard, avec comme seules constructions la ferme Pottier, et une maison bourgeoise, va devenir un quartier résidentiel dense, mélangeant les petites maisons individuelles et les logements collectifs. Le chantier, débute en 1954, rue Parmentier, au niveau de la ferme Pottier. Il va couvrir un quadrilatère important, délimité par les rues Jean-Jaurès, Jean-Jacques Rousseau et le boulevard du général Leclerc. La première tranche de ce programme était constituée de 624 logements dont 500 maisons individuelles afin de pouvoir y loger 3000 nouveaux habitants. Ce quartier des Sarts va, en l’espace de quelques mois se changer radicalement, de campagne en ville.

Cette ferme Pottier, à l’orée du bourg, est située, sur ce vieux cadastre datant de 1905, dans un paysage rural. La rue Parmentier s’appelle encore « Chemin vicinal N°3 ». Ce secteur deviendra l’aile-ouest du nouveau quartier des Sarts qui s’étend jusqu’au boulevard Leclerc.

Cette ferme Pottier occupe une place particulière dans la mémoire collective des Monsois. Elle était très proche de la rue principale du bourg, « Daubresse-Mauviez » puis « Général de Gaulle », l’axe historique, de loin le plus peuplé de l’agglomération. Tous les gamins de l’époque avaient des souvenirs se rattachant à cette ferme Pottier. C’est là qu’ils venaient se fournir en beurre et en lait pour le compte de leur famille. Il y avait un hôte occasionnel de la ferme qui leur faisait très peur : le clochard Huguet ! C’est quelqu’un qui avait anticipé l’époque moderne. Il n’a jamais travaillé, toute sa vie durant. Il avait pris l’habitude de dormir dans les étables ou dépendances des Censes de la commune. La ferme Pottier était l’un de ses nombreux points de chute. Les enfants, lorsqu’ils étaient envoyés à la ferme par leurs parents faisaient très attention de ne pas croiser la route du clochard Huguet. Il était une sorte de croque-mitaine.

Surtout, cette ferme était liée à la pratique du football. Beaucoup de ceux qui pratiquaient ce sport étaient les adeptes de cette fameuse pâture Pottier : les enfants de l’école Rollin proche… mais aussi les plus grands… et même les adultes engagés dans un club, venaient s’y entraîner. À cette époque, il n’existait pas de stade de football à Mons et les joueurs de « La Fraternelle » puis du « FC Mons » jouaient le dimanche, alternativement sur un terrain de la commune de Villeneuve-d’Ascq et sur celui de Lille-Pellevoisin (actuellement lycée Ozanam) qu’ils appelaient « Pédago ». Ce terrain avait la particularité d’avoir un arbre planté en guise de poteau de corner. En semaine, pour s’entraîner, il ne restait plus guère que la pâture Pottier.

André Pottier

C’était tout un art parce que non seulement il fallait savoir éviter l’adversaire mais aussi slalomer entre les bouses de vaches. Le père Pottier n’en a jamais montré le moindre ombrage. Il faut dire que son fils, André Pottier, était le joueur plus assidu de ces parties de football. C’était un excellent joueur. Né en 1928, il va porter les couleurs du LOSC de 1944 à 1956. Il jouera même toute une partie de saison 1953 – 1954 – où le LOSC fut champion de France – dans l’équipe professionnelle. En 1984, à l’âge de 56 ans, il était revenu sur ses terres et jouait encore au football dans l’équipe des vétérans de Pellevoisin !

Aujourd’hui cette ferme Pottier et toutes celles des alentours, sont de vieilles histoires que tout le monde a oubliées. À la place de la ferme Pottier, le jardin public, établi là pendant quelque temps, a été remplacé par une station de métro, Mons – Sarts qui relie Lille aux villes de Roubaix et Tourcoing. Qui pourrait se douter à la sortie des escalators qui permet d’accéder à l’air libre qu’il se trouvait là, jadis, un coin de campagne ?

Aujourd’hui, dans la même configuration que la 4CV de l’image ci-dessus, avenue Emile Zola, qui n’est rien d’autre que la rue Emile Zola élargie par les travaux des années 1960, une voiture moderne part vers Lille. A la place de la ferme Pottier, à gauche, un morceau de la station de métro Mons-Sarts, une station de la ligne Lille-Roubaix-Tourcoing.

Remerciements :

À Jean-Yvon Beulque, ancien joueur du LOSC et ancien habitant du quartier des Sarts, pour son expertise et le partage de son expérience vécue.

À Henriette Prévost-Poissonnier pour la communication des photos de son mari.

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Alain Cadet, journaliste
Il a débuté dans la vie professionnelle comme enseignant. Après avoir coché la case du métier de photographe, il s’est orienté vers la réalisation de films documentaires, activité qui a rempli l’essentiel de sa carrière. Arrivé à la retraite, il a fait quelques films… mais pas beaucoup ! Les producteurs craignent toujours que, passé 60 ans, le réalisateur ait la mauvaise idée de leur faire un infarctus, ce qui leur ferait perdre beaucoup d’argent ! La suite a montré qu’ils se sont peut-être montrés un peu trop frileux, mais cela fait partie du passé. C’est ainsi que l’ancien réalisateur – un peu photographe, sur les bords – s’est mis à collaborer avec différents journaux. Il a aussi écrit des livres sur la guerre de 1914 – 1918 où l’image a une place importante. C’est ainsi que dans ce blog, on trouvera beaucoup d’articles sur des peintres ou des photographes anciens ou contemporains, des textes relatifs aux deux guerres, mais aussi des articles opportunistes sur différents événements. Comme les moyens du bord sont très limités, cela a obligé l’auteur à se remettre à la photographie – sa passion de jeunesse – pour illustrer ses textes. Il ne s’en plaint pas !
Publications: 188

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