La famille Wilson : un siècle de vie dans la commune de Mons-en-Barœul (59370)

Manon et Alex Wilson viennent de célébrer leurs noces de platine : une occasion de revenir sur l’histoire de cette famille qui a marqué la commune.

La famille Wilson : un siècle de vie dans la commune de Mons-en-Barœul (59370)

Juin 2021, Manon et Alex Wilson célèbrent leurs noces de Platine. A droite de la photo, Rudy Elegeest, le maire de la commune.

En ce mois de juin de l’année 2021, Manon et Alex Wilson ont célébré leurs noces de platine. Ils s’étaient dit « Oui », une première fois, le 13 juin 1951 à la mairie de Lille. À cette époque, Manon avait seulement 21 ans et Alex 22. Manon était couturière aux établissements Cognet, à Lille, une maison de haute couture, tandis qu’Alex débutait la profession d’électricien. Les deux mariés ont passé toute leur vie professionnelle et familiale, ensemble, dans la maison qu’avait fait construire Alexander, le père d’Alex, en 1930. A l’époque le lieu était rural. Avec la construction de la ZUP, dans les années 1960, Il est devenu depuis un morceau du nouveau quartier, avenue Robert Schuman, cœur du Nouveau Mons et de ses grands buildings.

1951, 2021 : 70 ans séparent ces deux photographies.

Je connais Manon et Alex depuis une bonne dizaine d’années. À l’époque, je m’étais lancé dans une activité de « Correspondant » pour le journal local. C’est André Caudron – qui habite ce même quartier – qui m’avait conseillé de m’intéresser à l’histoire des Wilson. André est un ancien journaliste de « Nord-Eclair » et de « La Voix du Nord ». Il est aussi l’auteur d’ouvrages d’histoire locale et de livres traitant de la période de la seconde guerre mondiale, très respectés… même par les historiens ! Il ne manquait jamais de faire profiter « le Bleu » que j’étais alors de ses avis éclairés : « Tu devrais t’intéresser à la famille Wilson.  Le père, Alexander, était un sous-officier de l’armée britannique. C’était un héros de la première Guerre mondiale. Après l’armistice, il est resté en France et y a fondé une famille. Pendant l’autre Guerre, il a été Résistant au réseau Voix du Nord. » Et André de conclure avec son humour particulier : « C’est toujours avec les étrangers que l’on fait les meilleurs Français ! »

Alexander Wilson, Lands Caporal d’un régiment écossais pendant la Première guerre mondiale. On remarquera l’insigne cité dans le texte.

Effectivement l’histoire d’Alexander, le père, fondateur de cette famille monsoise n’était pas ordinaire. Au début de la Grande guerre, il est un tout jeune homme et habite une petite maison, à Banff, un port de pêche réputé de l’extrême nord des Highlands écossaises (Aberdeenshire). Il est déjà mousse sur le bateau de son père et va pêcher du côté de Terre-Neuve. Alexander, comme tous les autres enfants de la famille Wilson, va s’engager dans l’armée britannique. On le retrouve, participant à plusieurs batailles en France et en Belgique (Ypres, la Somme, Arras). En 1917, il est Lands Caporal du côté de Lorette, au « Cabaret Rouge », près du village de Souchez, dans le Pas-de-Calais Il reçoit une balle en plein front. Par un hasard extraordinaire, celle-ci frappe le centre de l’insigne métallique qui se trouve sur sa casquette de sous-officier. Cette circonstance va le préserver d’une mort certaine.  Toute leur vie, les parents d’Alexander vont garder religieusement l’insigne déformé par l’impact et il se trouve toujours quelque part à Banff, en Écosse. Ce fut un véritable petit miracle. Mais sous l’effet de ce choc brutal, le soldat restera sourd et aveugle pendant plusieurs mois. Sa convalescence va l’amener à l’hôpital d’Abbeville, dans la Somme. C’est là qui va rencontrer Rufine, une française qu’il va épouser dès que la guerre sera finie.

Alexander et Rufine, dans les année 1950, devant leur maison de l’avenue Robert Schuman

En 1919, le couple s’installe à Mons-en-Barœul. Cette commune est alors un bourg rural d’à peine 7000 habitants. En 1930, Alexander va faire construire, sentier des Prés, une maison à l’orée de la ville, face aux champs, de la « Plaine de Mons ». Elle se retrouve désormais au beau milieu de l’avenue Robert Schuman, au cœur de la nouvelle ville. Elle est devenue la maison d’Alex et de Manon.

Pendant la seconde Occupation, l’ancien militaire de sa gracieuse majesté va prendre du service dans la Résistance. Il a beaucoup de temps à consacrer à sa nouvelle activité car l’Occupant allemand – qui se méfiait des Britanniques – l’avait fait licencier de son poste de cadre dans une usine de la banlieue de Lille. Sa grande connaissance du secteur et de ce qui se fabriquait à l’intérieur des entreprises a été, tout au long de la guerre, très précieuse pour les bombardiers anglais. Alexander avait attiré dans l’aventure son fils aîné, Charly. Aujourd’hui celui-ci est devenu le dernier Résistant ayant connu cette période tragique de la Guerre et de l’Occupation.

C’est souvent Alex qui s’est fait le porte-parole de la famille pour raconter l’histoire des Wilson. Cela s’est fait en plusieurs étapes. Il y a quelques années, Alex nous a fait une grande frayeur. Alors qu’il était déjà octogénaire, il n’a pas hésité à grimper sur le toit d’une dépendance de sa maison sur lequel poussait le lierre du voisin, afin de le nettoyer. Sous son poids, le toit cédé et il est passé au travers. On l’a transporté aux Urgences dans un état critique. « Je crains que tu ne revoies plus jamais Alex », m’a confié à cette occasion, Rudy Elegeest, le maire de la commune. « J’ai téléphoné à l’hôpital et les nouvelles ne sont pas bonnes ! » Nous étions tous très tristes ! Mais, il en faut bien plus pour venir à bout d’un descendant d’une rude famille écossaise ! Quelques mois plus tard, Alex était de nouveau sur pied. Bien sûr il avait un œil qui ne voyait plus très bien et un bras qui ne lui obéissait plus totalement, mais, si on ne le savait pas, on ne pouvait pas le deviner ! La vie a repris son cours, avenue Robert Schuman comme au foyer Douliez, qui réunit les anciens de la commune et où Alex a ses habitudes : il a même été pendant très longtemps le président du club de billard qui est implanté dans le lieu.

Alex, avenue Robert Schuman

De temps en temps les Wilson reviennent dans l’actualité de l’édition locale du journal : les 80 ans du réseau « Voix du Nord » ou les anniversaires de mariage de Manon et d’Alex : diamant, palissandre et désormais… platine !

Manon et Alex prétendent qu’ils sont devenus très vieux. Effectivement, 90 et 91 ans, cela commence à être un chiffre respectable. Mais, dès que quelques notes d’un Madison retentissent, on voit Manon se précipiter sur la pelouse et danser avec grâce. « À la fin du mois, je pars pour La Baule dans notre résidence secondaire pour y passer les mois d’été », m’explique Alex. « C’est peut-être la dernière fois que j’y vais. Cela fait un an que je n’ai pas mis les pieds. Le jardin doit être dans un état épouvantable ! J’en ai pour plusieurs jours de boulot ! » On voit que la vie continue et qu’il n’a pas renonçé à faire des projets. Puis il ajoute : « Mes parents sont arrivés ici en 1919. Cela fait plus de cent ans que les Wilson sont à Mons ! C’est toute une histoire ! »

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Alain Cadet, journaliste
Il a débuté dans la vie professionnelle comme enseignant. Après avoir coché la case du métier de photographe, il s’est orienté vers la réalisation de films documentaires, activité qui a rempli l’essentiel de sa carrière. Arrivé à la retraite, il a fait quelques films… mais pas beaucoup ! Les producteurs craignent toujours que, passé 60 ans, le réalisateur ait la mauvaise idée de leur faire un infarctus, ce qui leur ferait perdre beaucoup d’argent ! La suite a montré qu’ils se sont peut-être montrés un peu trop frileux, mais cela fait partie du passé. C’est ainsi que l’ancien réalisateur – un peu photographe, sur les bords – s’est mis à collaborer avec différents journaux. Il a aussi écrit des livres sur la guerre de 1914 – 1918 où l’image a une place importante. C’est ainsi que dans ce blog, on trouvera beaucoup d’articles sur des peintres ou des photographes anciens ou contemporains, des textes relatifs aux deux guerres, mais aussi des articles opportunistes sur différents événements. Comme les moyens du bord sont très limités, cela a obligé l’auteur à se remettre à la photographie – sa passion de jeunesse – pour illustrer ses textes. Il ne s’en plaint pas !
Publications: 188

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