À la recherche des chemins disparus : le sentier des Près (59370)

Les programmes urbains des années 1960 et notamment celui de la ZUP de Mons, ont conduit à la disparition de l’ancien paysage : tel est le cas du sentier des Près.

À la recherche des chemins disparus : le sentier des Près

Avant la révolution urbaine qui va conduire à la construction du nouveau Mons, la commune était un gros bourg rural. Autour du cœur historique, le Haut-de-Mons, étaient disséminées de nombreuses fermes tout juste reliées par de minuscules chemins ruraux. Le sentier des Près, qui menait vers la campagne, a aujourd’hui disparu.

Le sentier des Près, juste avant sa démolition

Le sentier des Près été le nom d’usage du chemin rural n°5 qui prolongeait les rues Emile Zola et Acacias. Aujourd’hui, ces rues élargies se dénomment avenues et sont prolongées par l’avenue Robert Schuman, formant ainsi l’un des grands axes structurant du nouveau quartier, construit dans les années 1960. Jadis, on atteignait par le moyen de ce minuscule chemin de terre, la rue Faidherbe, puis la rue Rabelais, pour aboutir enfin à la Plaine du Fort : un itinéraire qui fleurait bon la campagne et qui justifiait pleinement le nom poétique de ce sentier. Mais, le 27 novembre 1959, le conseil municipal décide officiellement « de créer une ZUP sur la plaine de Mons ». Le plan de masse de ce nouveau quartier est confié à Henri Chomette, un architecte-urbaniste parisien, agréé par le Ministère de la Construction. Il rend sa copie qui est adoptée par le maire de l’époque, Félix Peltier, et son conseil municipal. Ce document divise la « plaine de Mons » en quatre parties au moyen de deux axes perpendiculaires structurants : l’avenue Marc Sangnier et l’avenue Robert Schuman. D’une certaine manière, cette dernière va reprendre en partie le tracé du sentier des Près. Mais, elle est beaucoup plus large et tout à fait adaptée au trafic de la noria de camions qui desservent les chantiers de construction, dont le plus remarquable est celui de la résidence de l’Europe avec ses tours et son centre commercial. Ces travaux d’aménagement vont « effacer » l’antique sentier des Près. Pourtant, un petit bout de va perdurer jusqu’à la fin des années 60. Il était bordé de quelques maisons ouvrières et même aux n° 26 et n° 28, de belles « bourgeoises »… puis tout sera démoli tandis que le sentier aura disparu.

Maisons bourgeoises en cours de démolition

L’arrêt de mort du sentier des Près (1963)

Désaffectation d’un chemin rural (n°5), besoin des terrains d’assiette à la Société d’Équipement du Département du Nord. (Compte rendu du conseil municipal).

Extrait du cadastre de 1905

« Monsieur le maire expose que le sentier des Près, chemin rural n° 5, qui débute aux abords de la rue Jean-Jaurès pour aboutir à la rue Faidherbe (chemin départemental n° 48) et reprendre, un peu plus au sud pour se terminer à la rue Rabelais (ex chemin rural n° 2) n’a pas été repris dans la décision de classement de la voirie communale prise par le conseil municipal dans sa délibération du 8 juillet 1959, approuvée par arrêté préfectoral du 10 juillet 1959 […] du fait de sa largeur inégale, son tracé, son assiette, sa situation dans les terres de culture ne permettaient pas une circulation normale. Il relève donc maintenant du domaine communal tout en ayant conservé son caractère de chemin rural livré à la circulation publique. Cependant, ce chemin est tout entier inséré dans la « Zone à urbaniser par priorité » installée sur le territoire communal par arrêté ministériel du 15 avril 1960 dont le plan d’aménagement après enquête a été déclaré d’utilité publique par arrêté préfectoral du 10 janvier 1963. Incorporé dans un vaste ensemble de terrains livrés à la construction dépourvu de moyens de circulation adaptés, il n’a plus de raisons de subsister ».

Le sentier avant sa démolition

Les photographies illustrant cet article sont dues à Alex Wilson, un ancien habitant du quartier, que l’on voit ici, sur les lieux, dans sa « Quatre Chevaux », la voiture qu’il utilisait à l’époque.

Courrier des lecteurs

Jean-Yvon Beulque qui habite la Pévèle mais qui a passé toute son enfance à Mons écrit :

Merci pour cet instant de nostalgie et cette balade que ton reportage de ce jour m’a inspirée.

J’ai vadrouillé dans le sentier avec mes potes, depuis la rue Jean Jaurès jusqu’à la petite chapelle au coin de la rue Hoche à travers les champs fraîchement moissonnés, charriant notre copain Francis qui draguait outrageusement Josée, une nana d’Hellemmes, ‘´ Ah! si Josée…’´ implorait -t-il , et nous on se marrait.

J’ai accompagné ma p’tite copine à la ferme Barbry (la salle Allende) au prétexte de l’aider à porter son pot au lait…À l’angle du sentier et de la rue Jaurès j’ai volé du muguet din in gardin pour lui offrir…

Ah le sentier des Prés que de souvenirs !

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Alain Cadet, journaliste
Il a débuté dans la vie professionnelle comme enseignant. Après avoir coché la case du métier de photographe, il s’est orienté vers la réalisation de films documentaires, activité qui a rempli l’essentiel de sa carrière. Arrivé à la retraite, il a fait quelques films… mais pas beaucoup ! Les producteurs craignent toujours que, passé 60 ans, le réalisateur ait la mauvaise idée de leur faire un infarctus, ce qui leur ferait perdre beaucoup d’argent ! La suite a montré qu’ils se sont peut-être montrés un peu trop frileux, mais cela fait partie du passé. C’est ainsi que l’ancien réalisateur – un peu photographe, sur les bords – s’est mis à collaborer avec différents journaux. Il a aussi écrit des livres sur la guerre de 1914 – 1918 où l’image a une place importante. C’est ainsi que dans ce blog, on trouvera beaucoup d’articles sur des peintres ou des photographes anciens ou contemporains, des textes relatifs aux deux guerres, mais aussi des articles opportunistes sur différents événements. Comme les moyens du bord sont très limités, cela a obligé l’auteur à se remettre à la photographie – sa passion de jeunesse – pour illustrer ses textes. Il ne s’en plaint pas !
Publications: 140

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