Alex et Charly Wilson, supporters

Le stade Virnot- Jules-Lemaire, situé sur la commune de Mons-en-Barœul, a été pendant 40 ans celui de l’équipe du SC Fives, avant de devenir pendant quelques années celui du LOSC. Ceux qui l’ont connu, au temps des heures glorieuses de ces deux clubs, se souviennent…

Ils ont connu le Stade Virnot- Jules-Lemaire

Alex et Charly sont les deux fils d’Alexander Wilson, un sous-officier de l’armée britannique, d’origine écossaise. Il s’était engagé pendant la Grande guerre. La paix revenue, il fonda une famille en France et fit construire une maison, avec vue sur la campagne, à quelques encablures du Stade Virnot-Jules-Lemaître. Avant-guerre, il avait beaucoup pratiqué le football en Grande-Bretagne.  Après-guerre, il devint un supporter inconditionnel du SC Fives. Souvent, le dimanche, il emmenait ses deux fils au stade. Même quand la famille Wilson restait à la maison, à chaque fois qu’une action remarquable avait lieu… ou qu’un but était marqué du côté de Virnot, on entendait les rugissements du stade depuis la maison…

Un Derby SC Fives – Olympique lillois. En arrière-plan, les maisons de l’avenue Cécile qui existent toujours aujourd’hui

Alexander, le père, Alex et Charly, les deux fils, habitaient tous les trois dans une maison qui, si elle se trouve aujourd’hui en plein cœur du « Nouveau Mons », avait été construite, face aux champs de blé.  Depuis ce lieu, situé à l’orée du bourg historique du « Haut-de-Mons », on empruntait un chemin de terre qui serpentait entre les cultures. Au bout de quelques centaines de mètres, on atteignait le stade construit dans le « Bas-de-Mons » ( le « Nouveau Mons » de ces années 1930). Il était, à cette époque, une extension urbaine des villes d’Hellemmes et de Fives. D’ailleurs, ce Stade Virnot-Jules-Lemaître était en réalité le terrain de football du SC Fives.

« Il y avait un bruit une ambiance incroyable, dans ce stade », raconte Alex. « C’étaient des cris, des hurlements, des sifflets, ou des applaudissements. Même depuis la maison, lorsqu’on n’allait pas au match, si un but était marqué ou que la décision de l’arbitre était contestée, on le savait. Parfois, le dimanche, je filais tout seul vers Virnot. Le stade était ceinturé avec des grandes plaques en ciment qui n’étaient pas très bien jointes, de telle sorte que par les interstices on pouvait voir ce qui se passait sur le terrain. Le panneau d’affichage était juste en face ! Il existe toujours sur la façade d’une maison de la rue Jean-Jacques Rousseau ! »

« Notre père, qui avait joué en Écosse, adorait le football », poursuit Charly. « On allait toujours dans les tribunes « populaires ». Elles n’étaient pas couvertes et faisaient face à la tribune officielle. C’est là où il avait le plus d’ambiance !  Notre père profitait de sa venue au stade pour remplir des tickets, dans le genre de ceux du loto sportif d’aujourd’hui. Cela lui coûtait des petites sommes mais lui rapportait pas mal quand il avait fait les bons pronostics ! ».  Pendant la guerre, Alex a continué à fréquenter le Stade Virnot, mais, sans son père : « Mon père était très exubérant. Il criait très fort. Il avait un accent anglais épouvantable. Ma mère ne voulait plus qu’il aille au stade parce qu’il était bourré d’allemands et qu’elle avait peur qu’il se fasse repérer. Il y avait des équipes allemandes qui jouaient parfois en alternance avec le SC Fives. Un jour de match, pendant la présentation des équipes sur la pelouse, un officier allemand est descendu de la tribune et a serré les mains de tous les joueurs de Fives. C’était Karl Dalheimer, leur ancien camarade, gardien de but de l’équipe. C’est quelque chose qui est resté dans ma mémoire ! »

En 1944, les deux frères ennemis, l’Olympique lillois et le SC Fives, fusionnent pour former le LOSC. « Ce n’était plus pareil », regrette Charly. « Nous, nous étions d’abord des supporters de Fives ! Malgré tout, j’ai continué à aller aux matchs, y compris à l’autre bout de Lille, lorsqu’ils se jouaient à Jooris. En 1946, lors d’un match contre Lens, la tribune face à la mienne s’est écroulée. L’un de mes amis, Jean Maillard, qui habitait rue Florimond Delmer était sur le toit. Heureusement il n’a pas été gravement blessé. En tout cas, à partir de cette date, tous les matchs du reste de la Saison ont eu lieu au Stade Virnot- Jules-Lemaire. »

Post-scriptum :

Alexander Wilson, pendant la guerre

Alexander Wilson, sous-officier d’un régiment écossais, combattit pendant toute la durée de la Grande guerre. Gravement blessé, pendant sa convalescence, il fit la connaissance d’une Française avec qui il fonda une famille. Pendant la seconde guerre mondiale, il s’engagea dans la Résistance et fut l’un des cadres du réseau « Voix du Nord », appelé « de Mons-en-Barœul » qui, en réalité, regroupait également des Résistants des communes de Villeneuve-d’Ascq et de Marcq-en-Barœul. Il entraîna dans cette aventure son fils aîné, Charly qui, désormais, est le seul survivant de cette armée secrète, qui comptait en 1944 plus de deux-cents membres. Avant-guerre, Alex et Charly, jouaient au foot à la « Fraternelle », une équipe animée par la Paroisse. Les matchs avaient lieu, quand c’était possible, sur un petit terrain de Saint-Maurice Pellevoisin et, lorsqu’il était occupé, dans la pâture Potier, au milieu des bouses de vaches. Le fermier, prêtait volontiers son terrain car son fils était lui-même footballeur (il fera d’ailleurs partie de l’équipe fanion du LOSC). Alex intégrera même le SC Fives dans une section de jeunes, qu’il quittera en 1945, après la fusion des deux clubs.

Quant au SC Fives il fut le premier club de la métropole lilloise à adopter, en 1932, le statut professionnel. Généralement bien placé, dans la première moitié du tableau du championnat professionnel, le SC Fives fut vice-champion de France en 1934 (derrière l’Olympique lillois avec lequel il fusionnera plus tard) et finaliste de la Coupe de France en 1941. Il connut des entraîneurs de renom, tels que l’anglais Georges Berry qui avait entraîné le club de Crystal Palace et des joueurs emblématiques comme André Cheuva, François Bourbotte et Marceau Somerlinck. Il était aussi renforcé par des joueurs étrangers à l’exemple du gardien de but allemand, Karl Dalheimer, dont les très vieux Fivois n’ont pas oublié la grande silhouette, qui promenait ses deux grands chiens Doberman au fil des rues de la ville.

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Alain Cadet, journaliste
Il a débuté dans la vie professionnelle comme enseignant. Après avoir coché la case du métier de photographe, il s’est orienté vers la réalisation de films documentaires, activité qui a rempli l’essentiel de sa carrière. Arrivé à la retraite, il a fait quelques films… mais pas beaucoup ! Les producteurs craignent toujours que, passé 60 ans, le réalisateur ait la mauvaise idée de leur faire un infarctus, ce qui leur ferait perdre beaucoup d’argent ! La suite a montré qu’ils se sont peut-être montrés un peu trop frileux, mais cela fait partie du passé. C’est ainsi que l’ancien réalisateur – un peu photographe, sur les bords – s’est mis à collaborer avec différents journaux. Il a aussi écrit des livres sur la guerre de 1914 – 1918 où l’image a une place importante. C’est ainsi que dans ce blog, on trouvera beaucoup d’articles sur des peintres ou des photographes anciens ou contemporains, des textes relatifs aux deux guerres, mais aussi des articles opportunistes sur différents événements. Comme les moyens du bord sont très limités, cela a obligé l’auteur à se remettre à la photographie – sa passion de jeunesse – pour illustrer ses textes. Il ne s’en plaint pas !