Jean-Yvon Beulque, riverain et supporter

Le stade Virnot-Jules-Lemaire, situé sur la commune de Mons-en-Barœul, a été pendant quarante ans celui de l’équipe du Sporting-Club de Fives, avant de devenir pendant quelques temps celui du LOSC. Ceux qui l’ont connu, au temps des heures glorieuses de ces deux clubs, se souviennent…

Il a connu le Stade Virnot-Jules-Lemaire

Pour Jean-Yvon Beulque, le stade Virnot-Jules-Lemaire fait partie de son ADN. Tout petit, sa maman ayant disparu dans un accident automobile, il vient habiter dans la maison de son oncle, qui devient son père adoptif, au n° 6 du boulevard de la Paix (actuellement Maréchal- Leclerc). C’était, l’une des artères qui ceinturaient le stade. Depuis la fenêtre de sa chambre, la semaine, il pouvait voir les joueurs à l’entraînement, et le dimanche les matchs du championnat. Son père adoptif était un grand supporter du SC Fives. Les histoires qu’il lui racontait, n’était pas celles de preux chevaliers mais les exploits des joueurs du club local. Pas étonnant que dès qu’il a eu l’âge d’enfiler des crampons, Jean-Yvon n’ait eu de cesse de rejoindre un club de foot. Lequel ? Le LOSC, bien entendu !

Jean-Yvon a conservé le maillot de son ancienne équipe de Football

En 1944, le SC Fives fusionne avec L’Olympique lillois pour former le LOSC. Ainsi, les héros du club local, les Dalheimer, Bourbotte et Jadrejak vont-ils être rejoints par de nouvelles figures épiques, les Baratte, Lechantre et Darui. L’équipe naissante suscite un véritable engouement, pour ses ambitions affichées et parce qu’elle rassemble les publics des deux anciens clubs. « À partir du moment de la fusion, le stade Jules Lemaire est devenu petit par rapport à la demande des supporters » se souvient Jean-Yvon. « Les matchs à domicile se jouaient en alternance à Henri-Jooris, à l’autre bout de Lille, et à Virnot.  En 1946, il s’est déroulé un événement fâcheux. L’une des tribunes de Jooris s’est écroulée sous le poids des spectateurs. À partir de cette date, tout le reste de la saison s’est déroulée uniquement dans ce stade qui était derrière chez moi. »

Le Stade du SC Fives, un jour de match, depuis la rue Virnot, perpendiculaire au boulevard de la Paix où habitait Jean-Yvon

Si la saison précédente, les résultats du club ont été en demi-teinte, dès le début de celle de 1945 – 1946, le LOSC affiche ses ambitions. Il se situe dans le trio de tête. Le stade Virnot–Jules–Lemaire joue à guichet fermé et il est très difficile de s’y procurer une place. « Les gens étaient fous. Ils arrivaient dans des tramways bondés », témoigne Jean Yvon. « Ceux qui n’avaient pas pu y entrer étaient agglutinés à l’extérieur parfois grimpés jusque sur les pare-chocs ! » Toute cette foule s’entasse, bien que mal, à l’intérieur du stade, mais, malheureusement, chaque dimanche, on doit refuser du monde. « Les gens qui n’avaient pas pu avoir de place appuyaient sur les sonnettes des maisons qui donnaient sur le stade », poursuit Jean-Yvon. « Des inconnus venaient sonner chez nous pour regarder le match depuis la fenêtre de ma chambre. On pouvait tout y voir, à part le but le plus proche qui était dans un angle mort. On savait quand la balle était rentrée à cause de la réaction du public. À la mi-temps, ma mère apportait à ses « invités », un verre de bière. Entre supporters, il faut se montrer courtois ! Mon voisin, Monsieur Marant était encore mieux organisé. Il avait scellé des barreaux d’échelle dans le mur de sa maison, ce qui lui permettait d’accéder au toit, parfaitement plat de l’immeuble. Ils étaient toujours beaucoup à l’accompagner, certains venus du quartier et d’autres d’on ne sait où. Franchement, c’est lui qui avait la meilleure vue sur le stade. »

La rangée de maisons du boulevard de la Paix (actuellement Maréchal Leclerc) qui ceinturait le stade, existe toujours

À partir de la saison 1947 – 1948 les matchs à domicile de l’équipe du LOSC vont tous avoir lieu au stade Henri-Jooris, rénové et agrandi. Le stade Virnot–Jules-Lemaire va continuer à servir comme terrain d’entraînement et Jean-Yvon pourra continuer à côtoyer ses idoles de l’équipe première. « À côté du stade, il y avait un tout petit terrain sans herbe, qui avait une surface sombre. Nous l’appelions « le terrain noir», raconte Jean Yvon. « Avec les autres gamins du quartier, lorsqu’il n’y avait personne, nous allions y faire une partie de football. Mais, chaque jeudi après-midi, il était réservé à l’équipe professionnelle. Elle venait y disputer une partie de « tennis ballon ». J’ai passé pas mal d’après-midis à les regarder. »

Dès qu’il a été en âge de jouer au football, Jean-Yvon Beulque a pris une licence au LOSC. Ainsi a-t-il eu le privilège, dans les sections jeunes, puis dans la section Amateurs des Seniors, de jouer dans ce stade Virnot-Jules-Lemaire, situé juste à côté de chez lui et qui l’avait tant fait rêver dans son enfance.

Le stade un jour de match. A l’arrière, le rang de maisons où habitait Jean-Yvon Beulque

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Alain Cadet, journaliste
Il a débuté dans la vie professionnelle comme enseignant. Après avoir coché la case du métier de photographe, il s’est orienté vers la réalisation de films documentaires, activité qui a rempli l’essentiel de sa carrière. Arrivé à la retraite, il a fait quelques films… mais pas beaucoup ! Les producteurs craignent toujours que, passé 60 ans, le réalisateur ait la mauvaise idée de leur faire un infarctus, ce qui leur ferait perdre beaucoup d’argent ! La suite a montré qu’ils se sont peut-être montrés un peu trop frileux, mais cela fait partie du passé. C’est ainsi que l’ancien réalisateur – un peu photographe, sur les bords – s’est mis à collaborer avec différents journaux. Il a aussi écrit des livres sur la guerre de 1914 – 1918 où l’image a une place importante. C’est ainsi que dans ce blog, on trouvera beaucoup d’articles sur des peintres ou des photographes anciens ou contemporains, des textes relatifs aux deux guerres, mais aussi des articles opportunistes sur différents événements. Comme les moyens du bord sont très limités, cela a obligé l’auteur à se remettre à la photographie – sa passion de jeunesse – pour illustrer ses textes. Il ne s’en plaint pas !