LOSC, la Saison 1945–1946, premier doublé Coupe–Championnat

Le stade Virnot-Jules-Lemaire, situé sur la commune de Mons-en-Barœul, a été pendant quarante ans celui de l’équipe du Sporting-Club de Fives, avant de devenir pendant quelques temps celui du LOSC. Ceux qui l’ont connu, au temps des heures glorieuses de ces deux clubs, se souviennent…

Ça s’est passé au Stade Virnot-Jules-Lemaire

Juste après-guerre, en septembre 1944, les deux frères ennemis du football de la métropole lilloise, le Sporting–Club de Fives et L’Olympique lillois fusionnent pour former le LOSC. Ses dirigeants espèrent que cette concentration des moyens va permettre à Lille de posséder la meilleure équipe de l’Hexagone. Après une première saison en demi-teinte, la suivante, celle de 1945–1946 sera celle de tous les succès et du doublé Coupe–Championnat.

Présentation de l’équipe du LOSC au stade Virnot– Jules–Lemaître : 13 juin 1946, 33e journée, match gagné 3 – 1 contre le Red-Star.
De gauche à droite, François Bourbotte (arrière), Joseph Jadrejak (arrière), Jean-Marie Prévost (six (demi), Roger Carré (demi), Marceau Sommerlinck (arrière), René Bihel (avant-centre), Roger Vandooren (ailier), Jean Baratte (inter), Jean Lechantre (ailier), Bolek Tempowski (inter), Georges Hatz (goal).

Lorsque le 23 septembre 1944, la fusion est signée, Louis Henno, ancien président du Sporting–Club de Fives, mais nouveau président du LOSC, s’attend à des résultats exceptionnels pour sa nouvelle équipe. Le club agrège presque tous les talents de la région du Nord. On y trouve des anciens de l’Olympique lillois, comme Jean Lechantre et Julien Da Rui (le meilleur gardien du Monde à l’époque), du Sporting–Club de Fives, comme François Bourbotte, Joseph Jadrejak et René Bihel (le meilleur buteur du championnat de France) et de nouvelles recrues comme Jean Baratte qui vient de L’Iris de Lambersart. Sur le papier, avec une telle « Dream-Team », Lille devrait-être intouchable ! Mais, les premiers résultats de cette saison 1944-1945 sont assez décevants. Le LOSC termine cinquième du Championnat et échoue en finale de de la Coupe contre le Racing-Club de Paris.

La saison suivante sera celle de tous les succès. Au bout de dix journées, le LOSC caracole en tête, suivi de près par L’AS Saint-Étienne. Pour ne pas se froisser les susceptibilités, le LOSC joue alternativement sur le terrain de Victor-Boucquey-Henri-Jooris, avenue Dunkerque et sur le stade Virnot–Jules-Lemaire de Mons-en-Barœul. L’engouement des supporters lillois pour leur nouveau club est prodigieux. Chaque dimanche de match, on remplit totalement les 17 000 places de Boucquey-Jooris. Au stade Virnot, qui est plus petit, c’est de la folie ! Les tribunes sont bondées. Il y a des spectateurs partout : aux fenêtres, sur les toits, accrochés au mur, et même sur le terrain !

Le 17 février 1946, lors d’un derby Lille–Lens, une tribune s’effondre au stade Victor-Boucquey-Henri-Jooris de l’avenue de Dunkerque

C’est pourtant au stade de l’avenue Dunkerque que va se produire un incident fâcheux qui va peser sur le reste de la saison. Le 17 février 1946, lors d’un derby Lille–Lens, une tribune, surchargée avec de nombreux spectateurs qui n’avaient pas pu prendre place dans les gradins et qui s’étaient agglutinés sur le toit, s’effondre. Bilan : cinquante-trois blessés et le stade est inutilisable pour le reste de la saison. Il faudra désormais se contenter de Virnot–Jules-Lemaire. Tout cela n’entame pas l’ardeur des joueurs lillois qui vont terminer le match tambour battant et défaire la formation lensoise – également prétendante au titre –, 3 à 1. Cette saison « particulière » va laisser un souvenir indélébile chez les joueurs de l’équipe : « Ma saison préférée a été celle des années 1945 – 1946. On a réalisé le doublé Coupe–Championnat, en jouant la plupart de nos matchs à domicile au Stade Virnot-Jules-Lemaître», racontait volontiers Jean Lechantre, l’ailier gauche de l’équipe du LOSC.

Pour lui, les conditions de jeu particulières du stade Virnot n’étaient pas de nature à favoriser l’adversaire : « La pelouse de Virnot était loin d’être plate », témoigne-t-il. « Assez vite dans la saison, l’herbe disparaissait. Le terrain était gras et gorgé d’eau. Dès qu’il pleuvait un peu, on jouait dans la boue. Notre entraîneur, Georges Berry, un Anglais, qui connaissait bien la pelouse et ce qu’il faut faire sous la pluie, enduisait le ballon et nos chaussures de mine de plomb et ça marchait plutôt bien ! »

Le LOSC en gare de Lille, en 1946, sur le départ pour la finale de la Coupe de France

Mais il y avait aussi les matchs à l’extérieur ! Les conditions de transport des joueurs du LOSC étaient une épreuve ! « On passait une bonne partie de notre vie dans le train », témoigne Jean Lechantre,. On sortait tout juste de la guerre. Les gares avaient été bombardées et on roulait très doucement. Pour aller jouer contre Rennes, le train s’est arrêté en rase campagne parce que le viaduc était détruit. On a franchi le ravin à pied et pris un autre train, de l’autre côté de la vallée ». Chaque point pris à l’extérieur est un pas vers le titre. La dernière semaine de la saison 1946-1946, l’équipe de Lille bat Strasbourg à domicile et va faire match nul à Sochaux et à Marseille. C’était très important, les points pris à l’extérieur, parce qu’à Virnot on était quasiment intouchables. Le public des « populaires » nous portait » expliqueJean Lechantre. Lille termine la saison à la première place, sur le fil, à un point de son dauphin, Saint-Étienne. Quant à la coupe de France il va la gagner devant 60 000 spectateurs au stade Yves du manoir aux dépens du RedStar : un souvenir inoubliable pour tous les joueurs !

Le LOSC venait de réussir le premier doublé de son histoire. Il lui faudra attendre plus de 60 ans et lasaison 2010 – 2011 pour pouvoir renouveler cet exploit.

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Alain Cadet, journaliste
Il a débuté dans la vie professionnelle comme enseignant. Après avoir coché la case du métier de photographe, il s’est orienté vers la réalisation de films documentaires, activité qui a rempli l’essentiel de sa carrière. Arrivé à la retraite, il a fait quelques films… mais pas beaucoup ! Les producteurs craignent toujours que, passé 60 ans, le réalisateur ait la mauvaise idée de leur faire un infarctus, ce qui leur ferait perdre beaucoup d’argent ! La suite a montré qu’ils se sont peut-être montrés un peu trop frileux, mais cela fait partie du passé. C’est ainsi que l’ancien réalisateur – un peu photographe, sur les bords – s’est mis à collaborer avec différents journaux. Il a aussi écrit des livres sur la guerre de 1914 – 1918 où l’image a une place importante. C’est ainsi que dans ce blog, on trouvera beaucoup d’articles sur des peintres ou des photographes anciens ou contemporains, des textes relatifs aux deux guerres, mais aussi des articles opportunistes sur différents événements. Comme les moyens du bord sont très limités, cela a obligé l’auteur à se remettre à la photographie – sa passion de jeunesse – pour illustrer ses textes. Il ne s’en plaint pas !