mons en baroeul

De Lille à Mons-en-Barœul, des Bières du Pélican à Pelforth, Jean Deflandre, entrepreneur et créateur

Entre les catastrophes et des réussites industrielles, il n’y a parfois qu’un tout petit espace qui passe par l’investissement des hommes dans leur entreprise. Le site historique de la Brasserie Coopérative de Mons-en-Barœul, a connu des moments de gloire et des instants périlleux. S’il a continué à vivre jusqu’à aujourd’hui, il le doit pour une part à Jean Deflandre qui en fut le patron charismatique des années 1950 jusqu’à la fin des années 1970.

Au milieu des années 1950, Jean Deflandre, le patron des Bières du Pélican, une brasserie lilloise du bord du canal de la Deûle, s’intéresse au site cinquantenaire de production brassicole de la Brasserie Coopérative de Mons-en-Barœul. Progressivement, il en prendra le contrôle et en fera, sous la bannière Pelforth, la plus grande brasserie de la Région.

brasserie de lille
La Brasserie du Pélican, construite en 1921 ,après la destruction des brasseries lilloises par l’Occupant germanique entre 1914 et 1918. Ce site du bord de Deûle était très bien situé du point de vue des voies de communication. En revanche, il s’est bientôt révélé trop petit, sans possibilité de transformation, quand il a vu une augmentation spectaculaire de sa production.

En 1939, la Brasserie Coopérative de Mons-en-Barœul est le plus gros producteur de bière de la région du Nord. Mais, en 1945, elle ne produit plus que quelques dizaines de milliers d’hectolitres et frôle le dépôt de bilan. À l’inverse, à l’autre bout de la ville, la Brasserie du Pélican, qui était, avant-guerre, une petite entreprise dynamique parmi d’autres, est devenue, en termes de volumes brassés, le premier site de production brassicole de l’agglomération lilloise. L’Occupation allemande est certainement l’une des explications de cette double évolution. Les différents organismes bureaucratiques du Gouvernement d’outre-Rhin, mis en place sur le territoire français, s’efforcent d’asphyxier les entreprises. Pour les brasseries, il devient désormais interdit de se procurer les matières premières nécessaires à la fabrication de la bière, afin de ne pas en priver l’Allemagne son armée. À Mons-en-Barœul, la Brasserie est désormais la possession de Madame Veuve Waymel. Elle a confié l’administration du site à un directeur, Monsieur Hofmann, qui a un grand respect des Allemands. Suivant à la lettre les oukases germaniques, il n’achète plus rien… et ne produit plus rien : une véritable catastrophe !

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Le Site de Mons, avant-guerre

À l’inverse, le jeune patron du site lillois de la Brasserie du Pélican n’a pas froid aux yeux. Il interprète les textes de L’Occupant à sa manière ! Voici comment Jean Deflandre évoquait cette époque : « Si, pendant la guerre, vous n’aviez mangé qu’avec votre carte d’alimentation, vous seriez morts de faim. Pour les entreprises, c’était pareil : il fallait se débrouiller ! En 1940, j’ai acheté toutes les matières premières que je pouvais et on a fait beaucoup d’hectos. Après on a fait autrement. J’ai fait de la bière avec la pomme de terre. J’ai essayé les caroubes, la betterave sucrière… tant et si bien qu’en 1945, on produisait 200 000 hectos. Malgré notre site qui était tout petit, on était devenu la plus grande brasserie du Nord. »

Une des très rares photos de Jean Deflandre, transmise par la famille.

Ce jeune chef d’entreprise très déterminé n’est pas n’importe qui ! Les fées du houblon se sont penchées sur son berceau ! D’abord, il est le fils d’Armand Deflandre le principal actionnaire, Directeur et Maître Brasseur de la Brasserie du Pélican : une raison comme une autre de prendre sa succession… ce qui sera chose faite, dès 1937.  Ensuite, au milieu des années 1930, le fils d’Armand devient un jeune et brillant diplômé (Maître Brasseur) de l’École supérieure de brasserie de la faculté des sciences de Nancy, la meilleure école brassicole de l’époque. À l’issue de sa formation, en stage dans une brasserie anglaise, il a l’idée d’une bière à fermentation haute qui s’inspirerait de celles d’outre-Manche. Il va l’appeler Pelforth : « PEL comme Pélican, FORT parce qu’elle était très forte et le H, pour faire anglais », expliquait son Inventeur. Cette bière aura un grand succès jusqu’à la Guerre et contribuera au développement de la Brasserie du Pélican. En 1945 sa fabrication repartira de plus belle ! Encore aujourd’hui, la Pelforth, dont la recette n’a pas changé depuis 1937, reste une bière très populaire. Au milieu des années 1950 même si la Brasserie Coopérative de Mons-en-Barœul a repris du poil de la bête, elle ne produit plus que 80 000 hectos au lieu des 250 000 d’avant-guerre. À l’inverse, la Brasserie du Pélican peine à répondre à l’offre : « Nous avions énormément augmenté la production avec le succès de la Pelforth. On brassait 350 jours par an sur 365. On tournait jour et nuit, dimanche compris », expliquait Jean Deflandre. C’est ainsi qu’il a l’idée de négocier l’utilisation du site monsois, sous employé, pour y délocaliser une partie de sa production. Il fait l’acquisition de 30 % du capital de l’entreprise, puis, en 1960, 30 autres %. À la fin des années 1970, il possède 95 % du capital de la Brasserie. Les Bières du Pélican vont changer de nom. Elles s’appellent désormais les Bières Pelforth, reprenant le nom de leur marque emblématique, connue partout en France et à l’étranger

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Un des derniers Salons de la Foire commerciale de Lille sous la marque Brasseries de Mons.

Le déménagement vers Mons va être l’occasion d’un nouvel envol pour les Brasseries du Pélican, trop à l’étroit, à Lille. Les ateliers sont vastes. Le site de 25 ha permet d’envisager de nouvelles constructions. La qualité de l’eau est idéale pour la fabrication de la bière. La nappe phréatique est très proche et l’on va pouvoir procéder à de nouveaux forages. Enfin, la brasserie se situe au cœur d’un projet de zone industrielle, avec un accès autoroutier et même une voie de chemin de fer.

Sous la direction de Jean Deflandre, le site va connaître un développement considérable, avec la construction de nouveaux ateliers, la mise en place de nouvelles lignes de production, la création d’un impressionnant parc de cuves à fermentation. Les recettes de bière, anciennes, vont être remplacées par d’autres, plus au goût du jour. À la fin des années 1970, la brasserie de Mons produit un million d’hectolitres, toutes bières confondues. En même temps, la production de la bière est fragilisée par certaines mesures gouvernementales. Jean Deflandre, qui a fait son temps, souhaite transmettre son entreprise. En 1980, la Brasserie Pelforth est vendue aux Brasseries et Glacières Internationales, un groupe dépendant de AXA Assurances. C’était un placement purement spéculatif ! C’est pourquoi, ce fut un soulagement pour les employés du site monsois, lorsqu’en 1986, la brasserie rejoint le groupe Heineken, le géant hollandais de la bière !

Le site continue de vivre sous la bannière Heineken : un remplacement très récent de cuves de fermentation du parc.

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Alain Cadet, journaliste
Il a débuté dans la vie professionnelle comme enseignant. Après avoir coché la case du métier de photographe, il s’est orienté vers la réalisation de films documentaires, activité qui a rempli l’essentiel de sa carrière. Arrivé à la retraite, il a fait quelques films… mais pas beaucoup ! Les producteurs craignent toujours que, passé 60 ans, le réalisateur ait la mauvaise idée de leur faire un infarctus, ce qui leur ferait perdre beaucoup d’argent ! La suite a montré qu’ils se sont peut-être montrés un peu trop frileux, mais cela fait partie du passé. C’est ainsi que l’ancien réalisateur – un peu photographe, sur les bords – s’est mis à collaborer avec différents journaux. Il a aussi écrit des livres sur la guerre de 1914 – 1918 où l’image a une place importante. C’est ainsi que dans ce blog, on trouvera beaucoup d’articles sur des peintres ou des photographes anciens ou contemporains, des textes relatifs aux deux guerres, mais aussi des articles opportunistes sur différents événements. Comme les moyens du bord sont très limités, cela a obligé l’auteur à se remettre à la photographie – sa passion de jeunesse – pour illustrer ses textes. Il ne s’en plaint pas !
Publications: 140

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