Henri Prévost, correspondant de presse et photographe, 1923-2007

Dans les années 1940 et 1950, Henri Prévost a photographié la commune de Mons-en-Barœul. Seules quelques images de son abondante production nous sont parvenues. Mais, elles sont d’autant plus précieuses.

Henri Prévost, correspondant de presse et photographe, 1923-2007

Henri Prévost n’était pas seulement un photographe. Ses responsabilités dans divers mouvements patriotiques, son engagement dans la Résistance, puis dans la lutte armée, avaient fait de lui une icône locale, même si une partie de la population, plus favorable que lui à l’Occupant, le détestait. Après la guerre, il travaille à la Mairie. Parallèlement, il s’engage comme correspondant auprès du journal Nord-Eclair, pour lequel il écrit des textes et prend des photos. Si, au sortir de la guerre, la photographie fait irruption dans sa vie, ce n’est peut-être pas le fruit du hasard. Il va se révéler l’un des photographes de presse les plus doués de sa génération.

L’inauguration du stade de Lattre de Tassigny avec sa veuve en 1953

Le nom d’Henri Prévost est bien connu des habitants de la commune de Mons-en-Barœul. Il y existe une rue Henri Prévost, inaugurée quelques années après la fin de guerre. Il ne s’agit pas de l’Henri Prévost qui nous occupe, mais de son père, qui portait le même prénom. Ce qui lui a valu cet honneur, c’est, dans des circonstances exceptionnelles, d’être devenu le chef du réseau « Voix du Nord ». Au moment de la débâcle allemande et de la Libération cette section combattante est composée de presque 200 hommes. Deux des principaux lieutenants d’Henri Prévost n’étaient autres que ses deux fils, Fernand et Henri. Pendant la guerre, Henri , le fils, était certainement plus adroit dans le maniement des armes que dans celui de l’appareil-photo.

Henri Prévost, le fils, après la guerre

Mais, on peut légitimement se demander si ce n’est pas son activité de Résistant et d’Agent de renseignement qui l’a poussé vers la photographie. Photographier les usines ou les sites destinés à être bombardés étaient de la plus grande utilité pour Londres… avec qui, Henri Prévost, entretenait des rapports privilégiés. Avec tout le plus profond respect dû à ce résistant-photographe, on pourrait cependant dire que, pendant cette période de la guerre, sa production était plutôt médiocre et ne laissait aucunement prévoir le talent singulier qu’il démontrera plus tard. Si l’on n’a pas trace de ses photos d’usines, à Fives ou ailleurs, en revanche, au moment de la libération, Henri Prévost s’attache à garder la trace de ce moment historique en photographiant ses amis Résistants.

Le 2 septembre 1944, Henri photographie ses camarades « libérant » la Poste.

 Le cadre est un peu lâche, les choix ne sont pas très affirmés et surtout, l’appareil de photo est des plus médiocre ! Dès 1945, il se produit un grand changement dans le style du photographe. On le voit utiliser des filtres pour faire sortir les ciels, signe qu’il avait dû éplucher quelques manuels de photos et en tirer de précieux enseignements. Il entre comme correspondant de presse au journal Nord-Eclair ce qui, pour un ancien du réseau Voix du Nord, possédant sa carte de Résistant estampillée par le Mouvement est quand même un paradoxe ! Quelques années plus tard il deviendra le seul correspondant local pour les deux grands titres de la presse régionale qu’étaient Nord-Eclair et La Voix du Nord. « À cette époque, on était moins regardant que maintenant et on avait tendance à aller au plus simple et au plus efficace », m’a confié, un ancien journaliste dont la carrière s’est déroulée dans les deux titres et qui a bien connu Henri Prévost et les subtilités de sa collaboration au service de la Presse locale. Il est vraisemblable que cette collaboration avec Nord-Eclair ait débutée autour du mois d’octobre 1944. En tous cas, à la mi-1945, on peut le voir en fonction, photographié par le journal concurrent, La Voix du Nord (voir l’article voisin de ce blog sur l’arrivée d’une course cycliste). Il a considérablement amélioré son matériel de prise de vues puisqu’il est en possession d’un Contax, avec une optique très lumineuse :  le meilleur appareil de prises de vues de l’époque.

En 1949, Marcel Pinchon officier tombé à l’ennemi en 1940 est décoré de la Légion d’Honneur à titre posthume. C’est le père, ancien combattant de la Guerre 1914-1918, qui reçoit la médaille. Une photo réalisée pour Nord-Eclair par Henri Prévost

En 1949, à l’occasion de l’inauguration du monument dédié à Marcel Pinchon (un officier de la commune tué au combat en mai 1940), il réalise une série de photos de cette cérémonie, proposant des angles de prise de vue très variés, une composition irréprochable, un instinct du choix de l’instant qui fait sens. La qualité de son matériel contribue naturellement à sa réussite. Son travail n’a plus rien à voir avec celui de septembre 1944. On ne pourrait jamais deviner qu’il puisse s’agir du même photographe. Personnellement, j’ai découvert Henri Prévost à travers une série de photos qu’il a réalisées les 14 septembres 1952 et 24 mai 1953 lors des inaugurations successives du premier terrain de football de la commune, le stade de-Lattre-de-Tassigny.

La photo qui sortait du lot était sans doute celle où, rentraient dans l’enceinte, la Maréchale, alors fraîchement veuve, entourée du premier adjoint, Félix Pelletier (il deviendra le maire quelques années plus tard) et du maire en exercice, Alphonse Gayet. Pour la petite histoire, Alphonse Gayet était un cadre administratif important du journal La Voix du Nord. Nul doute qu’il ait apprécié cette image, venue de la concurrence. Tout est bien en place sur la photo : les attitudes des personnages, le bouquet de fleurs, les drapeaux, la grille d’entrée qui marque le passage symbolique entre l’extérieur et l’intérieur de l’enceinte. On assiste bien à une inauguration avec en filigrane, la dimension patriotique. Cette image d’Henri Prévost est un archétype de la photo de presse. « Qui a pris cette photographie ? » ai-je demandé à l’ancien journaliste, cité plus haut. « Voyons voir» s’est-il interrogé en retournant la photo. Sur le dos, avec une belle écriture penchée était inscrite le lieu et une date. « Ça ! » a-t-il enchaîné, « c’est Henri Prévost. Il était correspondant pour Nord-Eclair et habitait pas très loin de chez toi ! » Les autres photographies de la série étaient aussi très réussies. Henri Prévost photographiait les petits riens de la commune : les fêtes, patriotiques ou foraines, l’harmonie municipale, les travaux en cours, les distributions alimentaires, les mages de football, les cours cyclistes… tous ces micro-événements de l’actualité communale. Il avait même, à l’occasion de la célébration des noces de diamant de l’ancien maire, Émile de Goedt, réalisé un reportage avec une magnifique photo du couple dans le jardin, à travers laquelle on sentait que tous les participants s’amusaient beaucoup. Quelques années auparavant, c’était lui, Henri Prévost, lieutenant des FFI, qui était venu l’arrêter à bord de sa Traction-avant parce que ce maire était soupçonné de collaboration. Sa dernière photo connue en tant que correspondant de presse est sans doute celle de la démolition du stade Jules Lemaire – Virnot, à la lisière de Fives, en 1959.

La démolition du stade Virnot-Lemaître en 1959, dernière photo connue en tant que correspondant de Presse.

Puis, la carrière d’Henri Prévost va l’amener dans d’autres villes, voire dans d’autres régions. Il va cesser toute collaboration avec la presse mais pas pour autant renoncer à la photographie. Il saisissait les sujets les plus variés mais était particulièrement attiré par le monde de l’aviation. Il a réalisé d’innombrables photos d’avions, au sol ou dans les airs, et tous les sujets qui passaient devant son objectif. Il a sans doute ignoré toute sa vie qu’il avait du talent ! Il avait dédié une pièce entière de sa maison au rangement de ses tirages et ses négatifs. Malheureusement, la quasi-totalité de ces images ont disparu et nous n’en possédons que quelques-unes, d’autant plus précieuses qu’elles sont très rares…

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Alain Cadet, journaliste

Il a débuté dans la vie professionnelle comme enseignant. Après avoir coché la case du métier de photographe, il s’est orienté vers la réalisation de films documentaires, activité qui a rempli l’essentiel de sa carrière. Arrivé à la retraite, il a fait quelques films… mais pas beaucoup ! Les producteurs craignent toujours que, passé 60 ans, le réalisateur ait la mauvaise idée de leur faire un infarctus, ce qui leur ferait perdre beaucoup d’argent ! La suite a montré qu’ils se sont peut-être montrés un peu trop frileux, mais cela fait partie du passé. C’est ainsi que l’ancien réalisateur – un peu photographe, sur les bords – s’est mis à collaborer avec différents journaux. Il a aussi écrit des livres sur la guerre de 1914 – 1918 où l’image a une place importante. C’est ainsi que dans ce blog, on trouvera beaucoup d’articles sur des peintres ou des photographes anciens ou contemporains, des textes relatifs aux deux guerres, mais aussi des articles opportunistes sur différents événements. Comme les moyens du bord sont très limités, cela a obligé l’auteur à se remettre à la photographie – sa passion de jeunesse – pour illustrer ses textes. Il ne s’en plaint pas !

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