Mons-en-Barœul : De la campagne à la ville, les lieux de culte

Les lieux de culte, parfois minimalistes, sont peut-être les édifices témoignant de la ruralité ancienne de cette Ville Nouvelle qui ont été les plus préservés. Nous revenons sur leur histoire.

À l’occasion de l’embellissement d’une petite chapelle dédiée à Sainte-Thérèse, située désormais en plein cœur du Nouveau Mons, les lieux de culte et les pratiques religieuses dans cet endroit qui fut un territoire campagnard prennent une nouvelle forme d’actualité.

Au début des années 1960, Gabriel Kerlidou, photographe au journal La Voix du Nord, passait ses loisirs à sillonner la campagne, près de chez lui avec son Leica ou son Rolleiflex. C’est ainsi qu’il a saisi cet arc-en-ciel illuminant Saint-Jean-Bosco, nouvellement construite dans le Bas-de-Mons, un morceau de ville entouré de campagne.

Cette petite chapelle est située au bord de l’avenue René Coty, face à la Maison de la petite enfance Camille Guérin. Autant dire, qu’elle est en plein cœur de ce que l’on appelait jadis la ZUP et désormais le « Nouveau Mons». Pourtant elle est sans doute l’un des seuls vestiges à témoigner de cette époque ancienne où la ville était un bourg de quelques milliers d’habitants entourés par les fermes et les cultures. II n’existe plus, désormais, aucun signe de cette ruralité passée, à part peut-être cette maison du forgeron, très proche de son état initial, rue Mirabeau, qui jouxtait la ferme Pottier et la ferme d’Halluin, située près du collège Lacordaire, la dernière des quinze fermes monsoises, dont les dépendances n’ont été démolies qu’il y a seulement quelques années.

La petite chapelle de l’avenue René Coty, dédiée à Sainte-Thérése. Pour l’instant elle est ornée d’une statue de Notre-Dame de Lourdes, mais les choses devraient rentrer dans l’ordre prochainement grâce à l’action de l’Association Chapelle & Co

La petite chapelle Sainte-Thérèse a bien failli subir le même sort. Mais comme c’était un lieu de culte consacré, Sainte-Thérèse retint le bras des démolisseurs. Loin de disparaître, la chapelle fut même rénovée de façon exemplaire. La gangue de qui la recouvrait, totalement anachronique par rapport à l’époque de sa construction, fut retirée. Les murs furent rejointoyés en gardant les briques d’origine. Seul le fronton fut refait, d’après photo d’époque, avec des briques différentes ce qui n’entame pas l’harmonie de l’édifice. Ce fut même l’entreprise qui construisait le Centre Camille Guérin qui procéda aux travaux, la rénovation de la chapelle faisant partie du budget général qui lui avait été alloué. On ne sait pas trop de quand date sa construction. On avance souvent le début des années 1890. Mais la paroisse ne possède aucun document précis sur ces travaux d’édification qui furent probablement entrepris à l’initiative privée de quelques habitants du secteur. En tout cas, en 1844, date de la construction de l’église Saint-Pierre, la première église de la commune, la chapelle ne figure pas sur le plan. En 1929, le curé de la paroisse de l’époque, l’abbé Salembier, note que la chapelle Sainte-Thérèse est en très mauvais état et qu’un chantier urgent de rénovation s’impose. Il fait faire un devis qui s’élève à 4000 Fr. de l’époque. La souscription va recueillir 4449 Fr. bien que les habitants du secteur soient « des fermiers ou des ouvriers très modestes », ainsi que le souligne l’abbé. C’est probablement ces travaux réalisés en 1930 et 1931 qui ont valu à cette chapelle d’être entourée de cette chasse de béton provisoire, retirée dans les années 1960 au moment de la construction de la ZUP.

Véronique Kuta,, Thomas Sanchez, de Chapelle & Co, et Brigitte Séverin, de la Paroisse, veillent sur la petite chapelle.

Les chapelles en plein champ, ou près des fermes, étaient monnaie courante dans le secteur. Parfois, il pouvait même s’agir d’un simple fronton abritant une statue apposée sur le mur d’une grange. Si les fermiers et leurs ouvriers agricoles étaient très pieux, leurs conditions d’existence précaire ne les incitaient guère à marcher pendant de longues heures pour aller à la messe ou se recueillir à l’église. Ces chapelles étaient des lieux de culte de proximité devant lesquels on pouvait prier quotidiennement. Ce secteur de la campagne monsoise était la parfaite illustration de cette situation. Avant 1844, Mons-en-Barœul fait partie de la paroisse de Fives. Pour se rendre à la messe, les paroissiens sont censés marcher plusieurs kilomètres et rejoindre l’église Saint-Sacrement du bourg voisin. Même, après la construction de l’église Saint-Pierre, les fidèles de cet endroit que l’on appelle le « Bas de Mons » – par opposition au « Haut de Mons », 47 mètres au-dessus du niveau de la mer ! – préféraient se rendre à Saint-Denis d’Hellemmes, un peu plus proche !

Un estaminet de la rue de l’An 40 vers 1930

Dans les années 1930, le quartier connaît un début d’urbanisation avec notamment la construction de la rue de l’An-Quarante et de quelques rues avoisinantes. Désormais, 2000 âmes habitent cette zone éloignée de toute église. Les paroissiens réclament un lieu de culte de proximité mais ne sont guère entendus. On ira jusqu’à organiser la messe à l’intérieur d’une grange, rue du Becquerel, un bâtiment qui existe toujours aujourd’hui. En 1950, quelques paroissiens convoquent la Presse pour lui faire part de leur désarroi. « Les quelques 2000 habitants de ce quartier, éloignés de toute église s’habituaient pour la plupart à être privés de culte et d’instruction religieuse. Il y avait lieu de remédier ce regrettable état moral dans lequel ils ne pouvaient rester. Des amis charitables, qui ont voulu conserver l’anonymat, ont décidé de parer une telle carence et, généreusement, se sont mis à l’œuvre », relate le journal Nord-Éclair. Parallèlement, à leur action de communication dans la Presse, les paroissiens du secteur multiplient les demandes faites à l’évêché pour l’édification d’une nouvelle église. Finalement, ils seront entendus par l’évêque qui décide de créer une nouvelle église au bout de la rue de l’An-Quarante.

La grange de la rue du Becquerel où l’on célébrait des messes avant la construction de la première chapelle

Dans le premier semestre de l’année 1953, le bâtiment est édifié dans un temps record. «Quoiqu’il s’agisse d’une simple chapelle de quartier, il a fallu cependant amener 20 tonnes de matériaux », commente Nord-Éclair dans un numéro de début août. « La partie bois a été importée d’Autriche. Les panneaux préfabriqués permettent, par un ajustage parfait, de s’imbriquer les uns dans les autres en dix minutes de travail. » L’édifice est composé d’un Campanile, « en bonnes briques du Nord » tandis que le bâtiment principal, en bois autrichien, a été recouvert d’un crépi de ciment, bien dans la tradition locale, pour le protéger des intempéries.

La premiére Chapelle et son campanile

Le dimanche 6 septembre 1953 la nouvelle chapelle, dédiée à Saint-Jean-Bosco, est inaugurée. La messe est prononcée par Mr. Dupont, évêque auxiliaire du diocèse de Lille. On s’aperçoit très vite que ses dimensions modestes ne suffiront pas à répondre aux besoins de la population du Bas de Mons. Le projet de construire une nouvelle église prend corps.

Au début des années 1960, au moment de la construction de la ZUP et de la rénovation de la petite chapelle dédiée à Sainte-Thérèse, on voit que cette construction des années 1950 est devenue bien trop petite avec l’afflux de nouveaux paroissiens, résidents dans les constructions nouvelles. Il faut envisager de bâtir un nouveau lieu de culte de plus grande dimension. La nouvelle église sera édifiée entre 1963 et 1964. L’ancienne chapelle en bois sera conservée comme salle de réunion. Le campanile sera mis à bas. Malgré tout, le clocher de la nouvelle église gardera un air de ressemblance avec le précédent. Ce bâtiment, qui fait partie du programme d’urbanisme de la Ville -Nouvelle peut bénéficier d’une partie de son financement et peut afficher un projet plus ambitieux que celui de la première chapelle. Le projet, confié à l’architecte Jean Willerval, est résolument moderniste. Si le dessin du bâtiment s’inspire de la tente du Seigneur il respecte les standards de l’architecture contemporaine.

La maquette de la nouvelle èglise Saint-Jean-Bosco qui dessert le nouveau quartier en construction.

L’église sera consacrée le 22 mars 1964 par le cardinal Liénart, évêque de Lille. La nouvelle construction est d’emblée plébiscitée par les paroissiens du Nouveau-Mons, même si certaines finitions restent à terminer. Le 29 novembre 1973, dans des circonstances non élucidées, un incendie ravage l’édifice. La toiture, les plafonds, le mobilier, sont calcinés. Les dégâts sont considérables. Les travaux de remise en état, initiés au début de 1974 vont prendre un an et demi, avant que l’on n’y prononce une première messe, en juin 1975.

La nouvelle église incendiée en 1973

Le 14 février 1976, Monseigneur Gand, évêque de Lille prononce la messe, et indique par sa présence la remise en service de l’église. Tandis que Saint-Pierre est l’église du Mons historique, Saint-Jean Bosco est le lieu de culte principal des habitants de la ville nouvelle.

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Alain Cadet
Il a débuté dans la vie professionnelle comme enseignant. Après avoir coché la case du métier de photographe, il s’est orienté vers la réalisation de films documentaires, activité qui a rempli l’essentiel de sa carrière. Arrivé à la retraite, il a fait quelques films… mais pas beaucoup ! Les producteurs craignent toujours que, passé 60 ans, le réalisateur ait la mauvaise idée de leur faire un infarctus, ce qui leur ferait perdre beaucoup d’argent ! La suite a montré qu’ils se sont peut-être montrés un peu trop frileux, mais cela fait partie du passé. C’est ainsi que l’ancien réalisateur – un peu photographe, sur les bords – s’est mis à collaborer avec différents journaux. Il a aussi écrit des livres sur la guerre de 1914 – 1918 où l’image a une place importante. C’est ainsi que dans ce blog, on trouvera beaucoup d’articles sur des peintres ou des photographes anciens ou contemporains, des textes relatifs aux deux guerres, mais aussi des articles opportunistes sur différents événements. Comme les moyens du bord sont très limités, cela a obligé l’auteur à se remettre à la photographie – sa passion de jeunesse – pour illustrer ses textes. Il ne s’en plaint pas !

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