Histoire d’une famille française de confession israélite, la famille Roos

Pendant la seconde Guerre mondiale les mesures anti-juives du Régime nazi et du Gouvernement de Vichy vont mettre en péril nombre de familles françaises…

Histoire d’une famille française de confession israélite, la famille Roos

Le temps d’une conférence, Paul Ross, président honoraire des « Amis de la fondation pour la mémoire de la Déportation »,dont la famille a été la victime du régime nazi et des ordonnances du Maréchal Pétain, est venu témoigner de cette époque épouvantable de la seconde Guerre mondiale, pendant laquelle sa famille a été en péril…

La famille Roos, un peu avant la guerre de 1939-1945, archives famille Roos

Paul Roos, a fait une carrière de commerçant. Il a été très longtemps le propriétaire d’une boutique de chaussures réputée du Vieux-Lille, « La Botte Chantilly ».Avant lui, c’était son père, Roger, qui tenait le magasin. Il avait ouvert l’enseigne, rue Grande-Chaussée, en 1921.  En 1929, le local sera agrandi et « La Botte Chantilly » va devenir une référence de l’agglomération Lille-Roubaix-Tourcoing. Roger avait épousé Bertha Lévy. De cette union étaient nés trois garçons, dont Paul, en 1933, le plus jeune d’entre eux. La vie de famille entre Lille et Cysoing est paisible et heureuse.   Quand, en 1939, la seconde Guerre mondiale éclate, Paul a six ans. 

En mai 1940, les armées d’Hitler envahissent la France. Lille est assiégée et tombera aux mains des Allemands, le 1er juin 1940. La famille Roos a déjà quitté le Nord. Elle s’est installée dans l’appartement de la grand-mère de Paul, rue Lecourbe, dans le 15e arrondissement. En septembre 1940 surviennent les premières mesures antijuives : recensement des Juifs, écriteau portant la mention« Juif »devant les magasins. En Octobre, les Juifs sont exclus de la fonction publique, puis des professions artistiques et enfin, de tous les autres métiers. Le nouveau statut des Juifs est publié au Journal Officiel du 10 octobre 1940. Il est signé de la main du Maréchal Pétain. C’est alors que la concierge signale à Roger les allées et venues d’étranges visiteurs. Ils appartiennent à la police française. Ils sont venus s’informer sur l’identité de ce nouveau locataire qui fréquente des personnes surveillées par Vichy. Immédiatement la famille Roos quitte Paris et passe la ligne de démarcation qui la sépare de la France libre. Elle atterrit à Néris-les-Bains, près de Clermont-Ferrand. 

Les nouvelles mesures anti-juives du Gouvernement Pétain se succèdent. Depuis novembre 1941, les Juifs sont censés se rendre au commissariat le plus proche pour échanger leurs pièces d’identité pour de nouvelles portant la mention « Juif »en lettre rouge. En mai 1942 le gouvernement de Vichy rend obligatoire le port de l’étoile jaune. 

Roger, pendant la Guerre.

Roger et sa famille, malgré le risque encouru, ne respecteront jamais ces ordonnances infâmantes… d’ailleurs le péril en aurait encore été plus grand ! C’est alors que des gendarmes français contrôlent l’identité de Bertha, la mère de Paul. L’endroit devient dangereux. La famille reprend immédiatement le chemin de l’exode, jusqu’à Moissac, dans le Tarn et Garonne. Nous sommes fin 1942. Les Roos vont y rester jusqu’à la fin de 1945, bien après la Libération. Roger s’engage dans la Résistance active.  Il a le grade de capitaine dans l’Armée Secrète des FFI. Sur ses vrais-faux papiers d’identité, il s’appelle Louis Maury. Dans la Résistance des informations sur les rafles des Juifs, arrêtés et parqués, comme celle du Vel-d’Hiv de Paris, en Juillet 1942, ou bien les arrestations massives de Marseille, en Janvier 1943, circulent. Le Résistant est inquiet pour sa famille. C’est alors qu’un matin du début de 1943,Henriette Lévy, la tante de Paul, qui était venue s’installer à Moissac est arrêtée comme « Juive ».Elle sera déportée à Auschwitz et ne reviendra jamais. Ce fut le premier grand drame pour cette famille lilloise. Le 16 mai 1944, c’est au tour de Pierre, l’un des fils, d’être arrêté par une patrouille de l’Armée allemande. 

Pierre, archives famille Roos

Il avait été dénoncé le chef de la Milice de Moissac. Pierre est âgé de 15 ans et demi. Il est emmené à la Kommandantur de Moissac. Ce sera la prison Saint-Michel de Toulouse, Les Nazis s’aperçoivent qu’il est juif ils l’envoient à Drancy puis au camp d’extermination d’Auschwitz. Suit une période de travail forcé au bénéfice du consortium « IG Farben » qui fabrique des produits chimiques pour l’industrie de guerre allemande,à l’origine des entreprises allemandes que l’on connaît aujourd’hui. Début janvier 1945, les troupes soviétiques sont aux portes d’Auschwitz. Le Camp est en passe d’être libéré.  Les nazis entraînent 56 000 prisonniers sur les routes verglacées dans ce qu’on appellera plus tard les « Marches de la mort». Pierre fait partie de ce sinistre convoi, envoyé à pieds, sur les routes, en cet hiver glacial de 1945 de Haute-Silésie. Les Nazis entendaient poursuivre leur entreprise folle et transférer leurs prisonniers valides vers le Nord de l’Allemagne, à l’abri, provisoirement, de l’avancée des troupes alliées.  Pierre Roos, décédera peu après à Gleiwitz,l’un des Camps auxiliaires, le 10 janvier 1945. Il aurait eu 16 ans le 23 février suivant.

Soixante-quinze ans plus tard Paul Roos n’a rien oublié. Il enchaîne les conférences pour que l’on se souvienne de cette période tragique.Jamais, il n’a été plus nécessaire de le faire qu’aujourd’hui.  Les idées en cours dans la France occupée du Maréchal Pétain ressurgissent désormais de manière ordinaire à la télévision ou dans les journaux. C’est, dit Paul Roos, « Le Bleu usurpé d’un langage Brun qui se déguise. »Alors,il témoigne… inlassablement.

Paul Roos, lors d’une conférence, à Mons-en-Baroeul (59370)
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Alain Cadet, journaliste
Il a débuté dans la vie professionnelle comme enseignant. Après avoir coché la case du métier de photographe, il s’est orienté vers la réalisation de films documentaires, activité qui a rempli l’essentiel de sa carrière. Arrivé à la retraite, il a fait quelques films… mais pas beaucoup ! Les producteurs craignent toujours que, passé 60 ans, le réalisateur ait la mauvaise idée de leur faire un infarctus, ce qui leur ferait perdre beaucoup d’argent ! La suite a montré qu’ils se sont peut-être montrés un peu trop frileux, mais cela fait partie du passé. C’est ainsi que l’ancien réalisateur – un peu photographe, sur les bords – s’est mis à collaborer avec différents journaux. Il a aussi écrit des livres sur la guerre de 1914 – 1918 où l’image a une place importante. C’est ainsi que dans ce blog, on trouvera beaucoup d’articles sur des peintres ou des photographes anciens ou contemporains, des textes relatifs aux deux guerres, mais aussi des articles opportunistes sur différents événements. Comme les moyens du bord sont très limités, cela a obligé l’auteur à se remettre à la photographie – sa passion de jeunesse – pour illustrer ses textes. Il ne s’en plaint pas !
Publications: 214

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