Jean Lechantre, joueur, ailier gauche

Le stade Virnot-Jules-Lemaire, situé sur la commune de Mons-en-Barœul, a été pendant quarante ans celui de l’équipe du Sporting-Club de Fives, avant de devenir pendant quelques années celui du LOSC. Ceux qui l’ont connu, au temps des heures glorieuses de ces deux clubs, se souviennent…

Il a connu le Stade Virnot-Jules-Lemaire

Jean Lechantre a fait partie de l’équipe mythique qui, pendant la saison 1945–1946, a réalisé le premier doublé Coupe–Championnat de l’histoire du club lillois. Pur produit de L’Olympique lillois, Jean Lechantre n’a connu le Stade Virnot-Jules-Lemaire qu’après la fusion, en 1944, de l’Olympique avec le SC Fives. Il va écrire, avec ses camarades, les pages de plus glorieuses de l’histoire de ce nouveau club du LOSC. Sa plus belle saison s’est jouée en grande partie dans l’ancien stade Virnot, celui du du SC Fives.

Jean Lechantre marque de la tête devant le gardien lensois Mielczarek (Lille 1 – Lens1). En arrière plan on voit les « Premières » de Virnot

Jean Lechantre, né en 1922, à Taintignies en Belgique, à seulement quatre kilomètres de Luchin, l’actuel centre d’entraînement du LOSC, était sans doute prédestiné pour jouer au football ! À la fin des années 1930, ses parents émigrent à Lille. On le trouve quotidiennement à rôder sur les pelouses des fortifications de la ville, toujours prêt à se mêler à la partie de foot en cours. Il est bien trop pauvre pour se payer un ballon ! Il y a une histoire qu’il aimait bien raconter, pas toujours exactement de la même façon, c’est celle de la manière dont il a été engagé par L’Olympique lillois. Un jour que des jeunes s’entraînaient sous le regard de quelques adultes, le ballon vient vers lui. Il avait un pied gauche instinctif, puissant et précis. Il renvoie la balle vers le gardien qui a du mal à s’en saisir. « Tu pourrais recommencer ça ? », lui demande l’un des adultes. Jean, bon garçon, dès qu’on lui renvoie la balle, exécute exactement le même tir avec la même force et la même précision. C’est ainsi qu’il aurait été engagé sur le champ par l’Olympique lillois, passant presque immédiatement dans « l’équipe première. » On le voit, à cette époque le travail de Recruteur était des plus rudimentaires !

Jean Lechantre, l’ailier gauche titulaire du LOSC, dans les années 1940

En septembre 1944, l’Olympique-lillois fusionne avec le Sporting-Club de Fives pour former un nouveau club, le LOSC. Le but, c’est de créer un groupe d’élite et de mutualiste les moyens. Mais en formant une seule équipe avec un double effectif, beaucoup de joueurs vont se retrouver « sur la touche » ! Jean Lechantre, identifié comme l’un des meilleurs éléments du nouveau club va garder sa place de titulaire à l’aile gauche. La première année de cette Dream-Team est en demi-teinte : le LOSC termine cinquième du Championnat de France. Il est battu en finale de Coupe de France par le RC Paris. Il va se rattraper la saison suivante !

« Le plus grand souvenir de ma carrière, c’est, cette finale de coupe de France contre le Red Star, le 26 mai 1946, que l’on gagne 4 à 2 dans un stade rempli par 60 000 spectateurs », aimait-t-il témoigner. Puis il ajoutait : « Ma saison préférée a été celle des années 1945 – 1946. On a réalisé le doublé Coupe–Championnat, en jouant la plupart de nos matchs à domicile au Stade Virnot-Jules-Lemaire. » Ceci mérite une petite explication de texte ! Depuis la fusion des deux clubs, pour ne vexer personne, on jouait alternativement les matchs à domicile à Henri-Jooris (le stade historique de L’Olympique lillois) et à Virnot- Jules- Lemaire (celui du SC Fives) ! Mais, le 17 février 1946, lors du derby Lille–Lens, la tribune de Jooris s’écroule sous le poids des spectateurs grimpés sur le toit. De telle sorte que, pour le reste de cette « saison particulière » du Doublé, le reste des matchs aura lieu à Virnot–Jules-Lemaire !

L’ailier gauche du LOSC en action

« La pelouse de Virnot était loin d’être plate », témoigne l’ancien joueur du LOSC. «. Assez vite, dans la saison, l’herbe disparaissait. Le terrain était gras et gorgé d’eau. Dès qu’il pleuvait un peu, on jouait dans la boue. Notre entraîneur, Georges Berry, un Anglais, qui connaissait bien la pelouse et ce qu’il faut faire sous la pluie, enduisait le ballon et nos chaussures de mine de plomb et ça marchait plutôt bien ! » Cette saison-là, l’équipe était redoutable : « je venais de L’Olympique, comme Darui, le meilleur gardien du monde de l’époque », explique Jean Lechantre. « Baratte venait de l’Iris de Lambersart, Bourbotte, Jadrejak et Bihel, de Fives. Il y avait une très bonne ambiance dans les vestiaires, avec Somerlinck qui nous faisait tordre de rire. »

Il ne faut pas voir cette équipe des onze « Fantastiques » avec les mêmes lunettes que celles de la télévision actuelle. Pour se rendre au stade, lorsqu’on était joueur, c’était toute une aventure : « Pour aller à Virnot, je prenais le tramway V, qui me déposait à la caserne des pompiers de Fives (je faisais le reste du trajet à pied). Exceptionnellement, quelques-uns disposaient d’un vélo. Celui qui avait une Mobylette, c’était un riche », s’amuse Jean Lechantre. Cette utilisation en alternance du stade Virnot pour équipe fanion, va perdurer jusqu’en 1947. Puis on choisira exclusivement Jooris, modernisé et plus vaste. En 1959, le stade mythique Virnot–Jules-Lemaire sera détruit pour y construire un programme immobilier. Quant à Jean Lechantre, il poursuivra sa carrière, au LOSC jusqu’en 1952, puis au CO Roubaix-Tourcoing jusqu’en 1960, où il la terminera comme entraîneur de l’équipe première. Pour vivre, il s’occupera d’un petit commerce de brosseries et de pinceaux avec son frère, qui habitait juste à côté du stade Virnot, puis, il deviendra artisan-fourreur chez son chez son ancien président de l’Olympique lillois, Henri Kretzschmar, dont la production de qualité avait grande réputation sur la Place de Lille. Sur la fin de sa vie, Jean Lechantre montrait un brin de nostalgie : « Dans le LOSC actuel, celui qui me ressemble le plus c’est Eden Hazard,[1] un petit belge comme moi. Malheureusement, je n’ai pas Canal+ et je dois suivre les matchs à la radio. Souvent, je devine ce qu’il va faire avant que le commentateur ne l’annonce. Parfois, j’ai même l’impression de me trouver sur le terrain »


[1] A l’époque où a été réalisé cette interview, Éden Hazard était le joueur vedette du LOSC

Dans les coulisses du championnat de France 1945 – 1946, par Jean Lechantre

L’équipe du LOSC, à la gare de Lille, en route pour la finale en 1946.

« Tous les trajets se faisaient en chemin de fer. On passait une bonne partie de notre vie dans le train. On sortait tout juste de la guerre. Les gares avaient été bombardées et on roulait très doucement. Pour aller jouer contre Rennes, le train s’est arrêté en rase campagne parce que le viaduc était détruit. On a franchi le ravin à pied et pris un autre train, de l’autre côté de la vallée. La semaine où s’est joué le Championnat, selon moi, c’est celle où on a pris le Calais-Bâle, joué le dimanche à Strasbourg (gagné 1 à 0), repris le train pour le match du jeudi à Sochaux (0 – 0) pour finir à Marseille le week-end suivant (2-2). C’était très important, les points pris à l’extérieur, parce qu’à Virnot on était quasiment intouchables. Le public des « populaires » nous portait. Je me rappelle d’un match Lille Saint-Étienne, qui était notre bête noire. On leur a mis 8 à 0 : une véritable correction ! À l’issue du match, dans le bistrot du stade, le président Henno nous a félicité : « C’est formidable qu’une petite équipe des faubourgs soit capable par sa seule volonté de donner une leçon de football aux meilleures équipes de France », a-t-il déclaré. Cela a mis Henri Kretzschmar, mon ancien président, pourtant grand partisan de la fusion, en fureur : il y avait, au LOSC, les meilleurs joueurs du moment de la région Nord».

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Alain Cadet, journaliste
Il a débuté dans la vie professionnelle comme enseignant. Après avoir coché la case du métier de photographe, il s’est orienté vers la réalisation de films documentaires, activité qui a rempli l’essentiel de sa carrière. Arrivé à la retraite, il a fait quelques films… mais pas beaucoup ! Les producteurs craignent toujours que, passé 60 ans, le réalisateur ait la mauvaise idée de leur faire un infarctus, ce qui leur ferait perdre beaucoup d’argent ! La suite a montré qu’ils se sont peut-être montrés un peu trop frileux, mais cela fait partie du passé. C’est ainsi que l’ancien réalisateur – un peu photographe, sur les bords – s’est mis à collaborer avec différents journaux. Il a aussi écrit des livres sur la guerre de 1914 – 1918 où l’image a une place importante. C’est ainsi que dans ce blog, on trouvera beaucoup d’articles sur des peintres ou des photographes anciens ou contemporains, des textes relatifs aux deux guerres, mais aussi des articles opportunistes sur différents événements. Comme les moyens du bord sont très limités, cela a obligé l’auteur à se remettre à la photographie – sa passion de jeunesse – pour illustrer ses textes. Il ne s’en plaint pas !