', 'auto'); ga('send', 'pageview');

Le Vert-Cottage, candidat à l’inscription aux Monuments Historiques 

Le Vert-Cottage, candidat à l’inscription aux Monuments Historiques 

Le « Vert-Cottage », de l’architecte Gabriel Pagnerre est, avant la première Guerre mondiale, une des plus belles réalisations de l’architecte monsois. Les nouveaux propriétaires viennent de solliciter l’inscription de l’immeuble au « supplément de l’inventaire des monuments historiques. »

Le « Vert-Cottage » n’était pas seulement un chantier de plus à ajouter aux différentes constructions de l’architecte.  

La grande villa a été conçue pour abriter le domicile et le cabinet d’architecture de Gabriel Pagnerre. Les travaux terminés, il y emménage en 1912. Sous des apparences traditionnelles, s’inspirant des constructions bourgeoises d’outre-manche, c’est un immeuble étonnamment moderne pour son époque.  Il est construit en béton armé… une technique tout à fait exceptionnelle dans le domaine de l’architecture civile, avant-guerre.  Les murs et les parements sont constitués de briques de mâchefer, un résidu industriel de la sidérurgie.  Très peu de maisons de cette époque auront cette audace. On peut y discerner un souci d’économie, mais, le matériau est aussi résistant qu’isolant. À notre époque contemporaine, il a l’avantage appréciable de protéger les habitants du lieu des champs électromagnétiques toxiques des antennes relais, tours hertziennes, satellites… et autres sources.  

L’intérieur de la maison est particulièrement soigné.  

Des vitraux de qualité, effectués sur-mesure, rehaussent les portes et les fenêtres.  Ils sont parfois typiques de l’esthétique du tout début du XXe siècle, ou d’inspiration art déco. Les boiseries et les meubles, ont été dessinés par l’architecte lui-même pour épouser parfaitement la forme des pièces de l’habitation.  Le « Vert-Cottage » est sans doute le chef-d’œuvre de l’architecte monsois.  Il pensait y habiter très longtemps. Les circonstances en ont décidé autrement. En 1914, il part à la guerre dont il ne reviendra qu’en 1919. En 1923, des vents contraires le contraignent à céder sa précieuse maison. Différents propriétaires vont s’y succéder parmi lesquels, Raphaël Holden, un de ses collègues architectes, qui va y apporter quelques améliorations.

Mais, entretenir ce vaste bâtiment n’est pas chose aisée.

Lorsque, il y a une vingtaine d’années, Hervé Raby, un chef d’entreprise lillois, visite la maison, c’est une véritable ruine : les sols sont à revoir, la toiture est vétuste… Elle est transpercée par un arbre qui pousse à l’intérieur de la maison. Pourtant, il a un vrai coup de cœur. La vente a lieu à la bougie. Hervé Raby est confronté à un mystérieux investisseur qui a déposé une somme plafond chez le notaire. Il surenchérit et remporte la vente. Mais il est victime d’une manœuvre frauduleuse initiée par la partie adverse. La maison de Gabriel Pagnerre est en danger de mort. Le projet alternatif est de la raser et de la remplacer par un cube de béton impersonnel, bourré de petits appartements. Un recours juridique rétablit l’acquéreur légitime dans ses droits. Le néo-propriétaire n’est pas au bout de ses peines. Il lui faudra investir beaucoup d’argent, beaucoup de temps, beaucoup d’huile de coude pour que le « Vert-Cottage » retrouve tout son lustre.

Il y a un an, Marie et Cyril De Barbarin, Monsois depuis une dizaine d’années ont racheté le bien. « Nous n’aurions jamais pensé pouvoir habiter un jour cette maison », confient-ils. « Nous cherchions quelque chose de plus grand qui convienne à nos trois filles ». Le « Vert Cottage » était, depuis presque an, au catalogue d’une agence spécialisée dans les belles demeures. Le prix était stratosphérique. Aucun acquéreur, n’avait donné suite. « Quelques jours plus tard, nous avons reçu un courrier des propriétaires nous signalant que bientôt ils seraient dégagés de leur contrat auprès de l’agence et qu’il serait possible de négocier » Un rendez-vous est pris. « Je suis tombée amoureuse de cette maison », explique Marie. « Nous avons pu faire baisser considérablement le prix mais cela faisait quand même beaucoup d’argent. Cela nous a valu quinze jours de dispute. Paradoxalement, alors que Cyril est ingénieur commercial et que je travaille dans la banque, c’est moi qui ai poussé à faire cette folie. » 

Les derniers propriétaires de la maison Pagnerre ne regrettent pas leur choix.

Il leur cause bien des soucis et des obligations mais c’est aussi un privilège de pouvoir habiter ce lieu d’exception. « Cette maison a une âme, elle dégage quelque chose de particulier », expliquent Marie et Cyril, « Cela nous a amené à rencontrer beaucoup de gens qui s’intéressent à la maison, des architectes, des amoureux de l’habitat ancien et même des groupes qui visitent le lieu ».  Il y quelques frais : beaucoup de vitraux sont à revoir, les peintures extérieures sont au goût des précédents propriétaires, et Marie et Cyril voudraient les mettre en conformité avec la maison, telle qu’elle était en 1912. Sur le conseil de leur notaire, ils ont candidaté à l’inscription du « Vert-Cottage » à « l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. » « Si cela réussit, ce ne sera pas vraiment moins cher car les travaux seront réalisés par des entreprises agréées, supervisées par l’architecte des Monuments Historiques, mais ils seront de meilleure qualité. Surtout, on ne pourra plus démolir cette maison pour une raison ou pour une autre et elle restera dans le patrimoine de la commune pour longtemps ».

Gabriel Pagnerre :

La maison photographiée en 1912

Eugène-Gabriel Pagnerre, Architecte, 1874-1939

Vous pouvez commenter cet article