Louis Cnudde était un enseignant haut en couleur. Peut-être, choquerait-t-il aujourd’hui ? Mais, à l’époque où s’est déroulée sa carrière (1922 – 1957) personne n’en avait cure, ni son inspecteur primaire, ni les parents des petits Monsois.  Ils étaient surtout préoccupés par le niveau des élèves. De ce point de vue, Louis Cnudde était irréprochable.

Les élèves de la classe de cours moyen de l’Ecole Rollin et leur instituteur, Monsieur Louis Coude

Louis Cnudde débarque à la rentrée de 1938 dans la classe de cours moyen de l’école Rollin, située près de l’église Saint-Pierre. Il ne va pas y rester longtemps. En 1939, il part à la guerre. Sale époque ! Il est remplacé par sa femme, Gilberte, qui venait pourtant de décider d’arrêter sa carrière. Elle doit reprendre du service. C’est la Débâcle ! L’instituteur, déguisé en civil, rentre chez lui par des chemins détournés. Cela fait un peu désordre. Mais, son Inspecteur qui avait le bras long et qui manquait cruellement d’enseignants, parvient à lui éviter la case « Prisonnier de guerre ». Louis va pouvoir reprendre son poste à l’école Rollin., comme si de rien n’était.

Un accessoire, crucial pour cet instituteur de la première moitié du siècle, était son sifflet.

C’était le même que celui des policiers ou des arbitres de football. Quand le sifflet de Louis Cnudde retentissait dans l’école Rollin, les élèves savaient qu’il valait mieux se « tenir à carreau. » Michel Pollet, désormais très âgé, s’en souvient encore, comme si c’était hier : « Il ne badinait pas avec la discipline et intervenait dès qu’il y avait du désordre quelque part. Devant l’école Rollin, en hiver, il y avait une grande flaque d’eau qui courait tout le long de la rue, presque jusqu’au monument aux morts. On faisait des concours de glissade. Mais il y en avait toujours un pour aller avertir Monsieur Cnudde qui accourait armé de son sifflet et c’était la fin de la récréation ! »

Lois Cnudde et ses élèves, devant l’Ecole, en 1945

L’été, la rue Rollin était beaucoup plus calme. Elle était abritée par des arbres plantés tout le long de la chaussée, enfoncés dans le trottoir ! Cette tradition s’est poursuivie, jusqu’à aujourd’hui, dans les rues avoisinantes du Haut-de-Mons. Sur cette photographie, prise en 1945 par Gilberte, l’épouse de l’instituteur, on y voit Louis Cnudde poser paisiblement avec une partie de sa classe du cours moyen. Michel Pollet, est l’élève, situé à l’extrême droite de la photo. Depuis, il a bien changé !

Louis Cnudde avait, comme on dit, « un excellent coup de crayon. » Il mettait ce talent au service de la pédagogie. Il avait inventé une méthode d’apprentissage de la lecture tout à fait personnelle et originale qui n’était enseignée qu’à l’école Rollin. Il avait dessiné un jeu d’images dont chacune représentait un objet, un animal ou un personnage connu de chacun des élèves. À chaque image étaient associées les voyelles et les consonnes utilisées pour prononcer le nom de ce qui était représenté sur le dessin. Bien que la méthode fût très différente de celles appliquées ailleurs, elle donnait d’excellents résultats.

En Sciences, l’instituteur développait son côté magicien.

Ses expériences de chimie étaient toujours très attendues et provoquaient des effets surprenants qui confondaient les élèves. En Calcul, Louis Cnudde avait inventé une machine tout à fait étonnante qui donnait le résultat de l’opération dans la seconde. Le père de Louis était menuisier. Lui-même, très doué pour le métier, avait failli embrasser la carrière, avant d’opter finalement pour l’enseignement ! Louis Cnudde avait fabriqué un appareil qui ressemblait à un chevalet de mine avec une ficelle et un pointeau qui glissaient le long d’un axe numéroté. Cette extraordinaire machine donnait instantanément le résultat de la multiplication ou de la division, ce qui incitait les élèves à travailler avec la plus grande rapidité. Une fois par an, le « Chevalet » de Louis Cnudde changeait de destination. Il permettait d’expliquer comment fonctionne un puits de mine, lesquels, à cette époque, étaient encore fort nombreux dans la Région.

La rue Rollin et son école

Louis, à bien des égards, ressemblait au modèle emblématique de l’instituteur de la IIIe République. Il enseignait le calcul mental et l’instruction civique. Mais le clou de la journée d’école était sans conteste sa leçon d’Histoire. Louis Cnudde désertait son bureau et grimpait sur l’estrade qui longeait le tableau noir, s’en saisissant comme d’une chaire. « Il se passionnait pour l’histoire », témoigne Michel Pollet. « C’était un véritable orateur. Il parlait sans notes et son récit devenait une véritable épopée. Nous l’écoutions bouche-bée. Mais si d’aventure un élève montrait de l’inattention, il était capable de se saisir d’un livre sur le bureau et de le lui jeter à la figure ! »

La Fête foraine, au temps où elle se tenait sur la Place de l’Eglise, près de l’Ecole Rollin

Les petits Monsois de cette époque se montraient très respectueux vis-à-vis de ce directeur d’école qui en imposait.

Quand ils le croisaient dans la rue ils n’omettaient jamais de soulever leur casquette. Mais, en cette fin des années 1940, il y avait déjà quelques chenapans à l’école Rollin. La fête foraine – que l’on appelait ici la ducasse – avait lieu sur la place située entre l’église et l’école. Un beau jour, un des gamins de Rollin monte à l’intérieur d’un camion forain. Il le met en route et s’échappe. Il est poursuivi aussitôt par le propriétaire du véhicule et un policier, qui se trouvait là. Le chauffeur en herbe n’a nullement l’intention de s’arrêter. C’est alors que, rue Jeanne d’Arc, il croise le chemin de Louis Cnudde, qui le reconnaît. Dans un geste réflexe l’instituteur sort son sifflet de sa poche et siffle un grand coup. Le camion s’arrête instantanément. Celui qui en a été le premier surpris, fut sans doute Louis Cnudde !

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