Portraits croisés : Carrefour Henri Poissonnier – Louis Pasteur (59370)

La rue du général de Gaulle est une portion de la route historique entre Roubaix et de Lille. Depuis le XVIIIe siècle on lui a donné toutes sortes de noms : « Route de Lille ; Route de Roubaix ; rue Daubresse-Mauviez » et enfin, après la deuxième Guerre mondiale, « Rue du général De Gaulle ». Un bon siècle sépare ces deux images !

Portraits croisés : Carrefour Henri Poissonnier – Louis Pasteur (59370)

Au début du XXe siècle, l’actuelle rue du général de Gaulle s’appelait la « Grande route de Roubaix ». Nous sommes à l’un des nombreux carrefours de cette voie passante. À gauche, il s’agit déjà depuis une bonne dizaine d’années de la rue Pasteur. C’est un hommage au biologiste français (1822-1895). La famille Virnot l’avait fait ouvrir quelques décennies auparavant sous le nom de « Nouvelle Rue ». Cette voie en impasse débouchait sur les champs. À l’intersection des deux rues, le café du coin… ou bien encore, l’épicerie du coin : un grand classique ! À droite, la rue de la Pépinière. Le bourg est encore très rural ! À droite, viennent d’être construites de belles maisons « bourgeoises » dont plusieurs sont signées de l’architecte Gabriel Pagnerre. Le photographe a soigneusement composé sa photo, avec le tramway électrique « F », Lille et Roubaix, – un engin ultramoderne – et tous les habitants qu’il a pu réunir : de tout âge, sexe et condition.  C’est presque une analyse sociologique du lieu mais il était sans doute surtout motivé de pouvoir vendre la carte postale à tous ces gens portraiturés et à leurs connaissances.

Aujourd’hui, le carrefour n’a guère changé. La rue Pasteur s’appelle toujours rue Pasteur. Par contre, la rue de la Pépinière est devenue, rue Henri Poissonnier, du nom d’un Résistant, décédé dans les camps de la mort, en 1945. Le café du coin s’est transformé en laverie automatique. Avant l’épisode du Coronavirus, c’était un lieu très couru. Aujourd’hui, les gens se méfient et son activité tourne au ralenti. Le rang de maisons bourgeoises, s’est enrichi de nouvelles constructions, notamment celle de la grosse villa qui forme l’un des angles du carrefour. Plus une seule dent creuse ! Toutes ces constructions forment pourtant un ensemble architectural cohérent. En revanche le rang de gauche a été remplacé, en raison entre autres des bombardements de mai 1940 par des immeubles plus récents. Le tramway « F » a laissé sa place à la ligne d’autobus « 13 » qui suit un itinéraire différent : de Villeneuve-d’Ascq à Fives. Au début de l’après-midi – heure où a été prise cette photo – il est presque le seul à emprunter la rue du général de Gaulle. Aux heures de pointe, le matin et le soir, c’est un tout autre scénario !

Bonus

Quelques jours plus tard, au même endroit, un dimanche matin, ni bus ni voiture à l’horizon. D’ailleurs, elles sont bien sagement rangées sur les trottoirs. Un groupe de cyclistes profite des derniers instants sans confinement pour prendre un bon bol d’air dans la ville désertée par la circulation automobile.

Ce document, pris sous un angle différent représente ce même carrefour, juste après la deuxième Guerre mondiale. Il nous a été transmis par Jacques Desbarbieux et il est extrait de l’ouvrage qu’il a écrit en collaboration avec Hubert Hennart. On y voit très nettement que le commerce du coin de rue du début du siècle a disparu. Il n’est pas encore remplacé par l’immeuble, qui finira par abriter la laverie automatique. Sur cette photo les effets du bombardement sont bien visibles alors que sur l’image contemporaine, la reconstruction du quartier lui donne une certaine ressemblance avec son aspect dans les années 1900.

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Alain Cadet, journaliste
Il a débuté dans la vie professionnelle comme enseignant. Après avoir coché la case du métier de photographe, il s’est orienté vers la réalisation de films documentaires, activité qui a rempli l’essentiel de sa carrière. Arrivé à la retraite, il a fait quelques films… mais pas beaucoup ! Les producteurs craignent toujours que, passé 60 ans, le réalisateur ait la mauvaise idée de leur faire un infarctus, ce qui leur ferait perdre beaucoup d’argent ! La suite a montré qu’ils se sont peut-être montrés un peu trop frileux, mais cela fait partie du passé. C’est ainsi que l’ancien réalisateur – un peu photographe, sur les bords – s’est mis à collaborer avec différents journaux. Il a aussi écrit des livres sur la guerre de 1914 – 1918 où l’image a une place importante. C’est ainsi que dans ce blog, on trouvera beaucoup d’articles sur des peintres ou des photographes anciens ou contemporains, des textes relatifs aux deux guerres, mais aussi des articles opportunistes sur différents événements. Comme les moyens du bord sont très limités, cela a obligé l’auteur à se remettre à la photographie – sa passion de jeunesse – pour illustrer ses textes. Il ne s’en plaint pas !
Publications: 196

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