Retour de manivelle vers le passé : l’implosion de l’immeuble « La Manivelle », ZUP de Mons (59370)

La destruction du plus grand immeuble de la ZUP de Mons, « La Manivelle », a été le marqueur d’un changement de politique de la ville…

Retour de manivelle vers le passé : l’implosion de l’immeuble « La Manivelle », ZUP de Mons (59370)

Le 16 avril 1988 est à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire urbaine de la commune de Mons-en-Barœul. Ce jour- là, la nouvelle équipe municipale fait procéder à la destruction spectaculaire de « La Manivelle », un symbole de l’urbanisation des années 1960, le plus gros immeuble de la ZUP, un nouveau quartier érigé 20 ans auparavant. Cet événement sera, sinon « un retour de manivelle », en tout cas le signe d’une volonté de changement de la politique urbaine de la Ville.

Au début des années 1950, la commune de Mons-en-Barœul est un bourg rural de 9000 habitants. Vingt-cinq ans plus tard, la population a triplé. La ZUP est passée par là ! Le plan d’origine de l’architecte, Henri Chomette, a subi des ajustements conjoncturels, dictés par des impératifs économiques de rentabilité et une forte demande dans le secteur des nouveaux logements. La hauteur des immeubles est augmentée de 33 %. Les espaces libres, dédiés à un usage collectif, sont comblés par des constructions non prévues. Cet habitat, très concentré, en décalage avec la tradition de cette localité campagnarde, vaut aux habitants de la nouvelle ville le surnom de « Zupiens », dans les anciens quartiers comme dans la presse ! Au début des années 70, la ville qui compte désormais 28 000 habitants – dont la majorité habite les nouveaux quartiers – atteint la plus grande densité de population de son histoire avec environ 10 000 habitants au kilomètre carré. À l’intérieur même du nouveau quartier, des voix s’élèvent contre l’urbanisation irraisonnée, tandis que l’État cesse peu à peu de subventionner les nouvelles constructions. « Il était une fois, dans notre ville, un ogre qui s’appelait béton et qui mangeait les arbres et les plantes », écrivent un groupe de jeunes engagés dans une phase de réflexion sur la politique d’urbanisation.

Un collectif, « Halte au Béton », se mobilise et milite pour l’arrêt de toute nouvelle construction. La politique municipale (Raymond Verrue) d’urbanisation de la ville est fortement contestée par son opposition (Marc Wolf), qui, en 1977, remporte les élections. C’en est fini de la politique de densification de la Zup de Mons ! Il faudra attendre quelques années pour constater l’inversion effective du balancier. En 1984 la ville intègre le dispositif du « Développement social des quartiers » (DSQ). On va réhabiliter plus de 3 000 logements (René-Coty, Rhin-Danube, Barry…) et procéder à des démolitions partielles (Rhin-Danube, Barry, rue du Maréchal-Juin). Mais, le fait le plus marquant est sans doute la destruction par implosion, le 16 avril 1988, de La Manivelle, un immeuble de 216 logements de l’avenue Marc-Sangnier : un monstre de 25 000 tonnes. Le spectacle est plébiscité par les Monsois.  En quelques secondes, cet immense « barre » qui rayait le paysage de l’avenue s’est effacée, provoquant un effet de sidération, tandis que l’énorme nuage toxique qui s’en échappait rappelait une scène de guerre.

Ce qui renouvelle le sujet, de l’article d’aujourd’hui, c’est que les journaux d’alors ont illustré l’événement avec la photo traditionnelle de l’immeuble, pris d’en face, dans la première seconde de l’explosion. Il se tient encore debout quelques instants, avant de s’écrouler à jamais… et n’être plus qu’un souvenir… Avec ces nouvelles images, ressurgies du passé, c’est une autre vision de l’événement qui nous est proposée : celle de la population, fascinée et inquiète, qui observe ce nuage qui monte vers le ciel, avant de se répandre sur la ville, dans un épais brouillard.

Au-delà de l’aspect visuel de l’événement, cette destruction de La Manivelle est le symbole d’un changement de la politique urbaine qui remet en cause la conception de la Ville du début des années 1960. Sur la façade de La Manivelle on avait affiché une grande banderole : « la ZUP c’est fini ! ». Tandis que sur l’immeuble voisin on pouvait lire : « Vive le nouveau Mons ! » La dé-densification en marche produisit l’effet escompté. En 1990, la ville avait perdu plus de 3 000 habitants.

Aujourd’hui, sous l’impulsion des réflexions de la Commission européenne, les politiques urbaines des États comme des Collectivités locales et territoriales ont changé de direction. La densité urbaine est redevenue à la mode. L’extension des villes serait une menace pour les espaces agricoles et les écosystèmes. Pour protéger les espaces naturels – agricoles et forestiers – mieux vaut construire en ville ! « Cela fait des années que les « Directives » tentent de lutter contre l’étalement urbain », peut-on lire dans un texte de la fondation Bouygues, toujours en première ligne pour défendre l’écologie. « Les cinquante dernières années ont été témoins d’une très forte artificialisation des sols naturels et d’une réduction considérable des terres agricoles, tandis que l’action urbaine développée, a favorisé le « tout-voiture » et menacé la biodiversité… » On le voit, la tendance générale va vers une densification accrue des métropoles urbaines… L’Histoire est un perpétuel recommencement !

Remerciements :

Le renouvellement de ce vieux sujet a été rendu possible grâce aux photographies prises le 16 avril 1988 par Joëlle et Christian Poinsot (ressorties opportunément de leur boîte) et par leur traitement expert par Benoît Musslin, photographe, rue du général de Gaulle : une coproduction monsoise, pour venir à bout de cette nouvelle publication faite avec de vieilles histoires et des vieux documents recyclés !

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Alain Cadet, journaliste
Il a débuté dans la vie professionnelle comme enseignant. Après avoir coché la case du métier de photographe, il s’est orienté vers la réalisation de films documentaires, activité qui a rempli l’essentiel de sa carrière. Arrivé à la retraite, il a fait quelques films… mais pas beaucoup ! Les producteurs craignent toujours que, passé 60 ans, le réalisateur ait la mauvaise idée de leur faire un infarctus, ce qui leur ferait perdre beaucoup d’argent ! La suite a montré qu’ils se sont peut-être montrés un peu trop frileux, mais cela fait partie du passé. C’est ainsi que l’ancien réalisateur – un peu photographe, sur les bords – s’est mis à collaborer avec différents journaux. Il a aussi écrit des livres sur la guerre de 1914 – 1918 où l’image a une place importante. C’est ainsi que dans ce blog, on trouvera beaucoup d’articles sur des peintres ou des photographes anciens ou contemporains, des textes relatifs aux deux guerres, mais aussi des articles opportunistes sur différents événements. Comme les moyens du bord sont très limités, cela a obligé l’auteur à se remettre à la photographie – sa passion de jeunesse – pour illustrer ses textes. Il ne s’en plaint pas !
Publications: 188

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