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Tramways lillois, la révolution de la vapeur, 1876 – 1881

Tramways lillois, la révolution de la vapeur, 1876 – 1881

Les deux premières lignes hippomobiles inaugurées en juin 1874 sont le premier acte d’un projet de 12 lignes. Il a l’ambition de transformer en profondeur les conditions de la mobilité, en ville. Les Elus et la Compagnie de tramways vont très vite se tourner vers la traction à vapeur : une révolution !

Les quatre premières lignes établies en l’espace de deux ans, malgré des difficultés financières sont plébiscitées par les lillois. La compagnie des Tramways du Nord (TN) laisse place à la Compagnie des Tramways du Département du Nord (TDN), ce qui n’empêche pas les rames de tourner. Mais le tramway montre déjà certaines limites. Il faut environ une heure pour faire le trajet de la place de la Gare à l’une des portes-terminus. Chaque rame est composée de deux chevaux traînant un « car » comme on dit alors.  Chaque « car » peut transporter quelques dizaines de personnes à la fois. A raison d’un convoi par quart d’heure, c’est à la fois beaucoup et peu. La Compagnie cherche les moyens d’augmenter vitesses et cadences. Elle se tourne vers la traction par le moyen de la vapeur, déjà à l’œuvre dans d’autre villes.  En janvier 1876, la Compagnie et le Beffroi sollicitent l’autorisation de faire évoluer un « remorqueur à vapeur » tractant un « car » sur la ligne « A » (Gare – Porte de Béthune). Il circulera dès la fin du mois. Ce convoi bruyant et son panache de vapeur sèment la panique en ville. Les cochers de fiacre freinent des quatre fers. Ils ont l’oreille de nombre de conseillers municipaux qui alertent sur les dangers courus par les piétons les voitures à cheval, et même… les tramways hippomobiles. Un second essai, effectué en avril 1878, va un peu plus exacerber la fronde des partisans du transport équin. Mais, la Compagnie prospère. Sa cavalerie passe de 400 à 650 chevaux. Il devient nécessaire de construire un nouveau dépôt permettant d’abriter charrettes et animaux. Il sera construit à proximité du Pont du Lion d’Or, à la limite de la ville en direction de Roubaix, le terminus de la ligne F. La Compagnie persévère ! En 1979, elle obtient l’autorisation de faire de nouveaux essais. Elle construit avec ses propres moyens une machine à vapeur qu’elle fera évoluer sur un tronçon inexploité. Le 2 juillet 1880, la Compagnie des Tramways du Nord obtient, « à titre expérimental », l’autorisation d’exploitation d’une machine à vapeur sur la ligne F. 

La ligne F, à Saint Maurice des Champs.

Elle vient d’être prolongée jusqu’à Roubaix. Douze machines de type « Hugues », fabriquées en Belgique, tirant chacune deux voitures, débarquent dans la ville et sa banlieue. Cette « invasion » provoque un concert de cris d’orfraies, sous le Beffroi… mais aussi dans les autres mairies des villes du parcours.  Le maire de Mons-en-Barœul, la commune mitoyenne de Lille en direction de Roubaix, va particulièrement s’illustrer dans ce combat homérique. On négocie, on légifère, on réglemente ! On limite la vitesse des convois à 20 km / heure sur route et seulement 8 km / heure en ville.  Au niveau des croisements, des « éclaireurs », munis de drapeaux sont chargés d’annoncer à la population l’arrivée du tramway.  Chaque locomotive est équipée d’une trompe dont le bruit particulier ne peut être confondu avec nul autre. La situation se normalise. Les éclaireurs, désormais, vont se contenter de surveiller la voie du haut de la locomotive. Le dépôt du Pont du Lion d’Or, se transforme en gare. En 1881, la Compagnie opte pour le système Francq. Il s’agit d’une invention originale de locomotive à vapeur sans foyer. Au mois d’août, elle effectue des essais concluants, avec deux machines sur le trajet lillois Grand-Place – Pont du Lion d’Or. La compagnie passe commande aux établissements Cail, à Fives, de treize machines Francq.  

Une machine Francq au terminus de la Grand’Place, à Lille.

Elle dote le dépôt de la rue du faubourg de Roubaix d’une machine à recharger les locomotives. Les riverains se plaignent. Cela fait du bruit ! Dans la zone du dépôt, des machines obstruent la voie. Les piétons doivent se réfugier sur les trottoirs. Les riverains des belles demeures situées sur le trajet du tramway, en direction de Roubaix, protestent.  Cet outil prolétaire et bruyant est une atteinte à leurs droits sacrés de propriétaires qui doivent pouvoir jouir pleinement de leurs biens. Les maires de Wasquehal, Croix et Mons-en-Barœul déposent une pétition pour demander la suppression des tramways à vapeur.  À Lille, même, un groupe de conseillers municipaux « prie l’administration de mettre en demeure la compagnie de supprimer à brefs délai la tractions à vapeur dans toutes la traversée de Lille et de sa banlieue et de restituer à ces quartiers la traction par chevaux. »  Le préfet, plus sensible au point de vue de la Compagnie qu’à celui des récalcitrants donne son accord pour « une continuation des essais pour une substitution de la traction mécanique à la traction animée. » Pour autant, le camp équinophyle ne désarme pas.  Dans la période 1882–1885, on enregistre des tentatives de déraillement par des traverses ou des pavés déposés sur la voie.  Il y a aussi quelques accidents.  Sur le trajet du tramway à vapeur, Il vaut mieux tirer un trait sur la mauvaise habitude de sortir en état d’ébriété avancée des estaminets, qui jalonnent depuis toujours cette route Lille- Roubaix.  

Omnibus à cheval et tramway à vapeur à la douane d’Halluin

Mais, avec le temps, on constate que le nombre des morts ou blessés reste dans des limites raisonnables.  Plus personne ne songe à demander l’interdiction du tramway à vapeur. Le prix des voyages diminue ! Le tramway devient populaire ! Le 18 mai 1887, le préfet signe un décret pérennisant définitivement la traction mécanique sur la ligne Lille-Roubaix. La vapeur va s’imposer en maîtresse pendant plus de vingt ans sur le réseau urbain métropolitain des « Trois Villes ». Il faudra attendre le tout début des années 1900 pour qu’apparaissent les premières motrices électriques. En 1908, on va transformer du dépôt du Lion d’Or pour qu’il puisse accueillir les nouvelles rames électriques, actant ainsi le début de la fin de l’ère du tramway à vapeur.

Bibliographie : « Au Fil des Trams », Claude Gay

L’Tramways à Vapeur

Par Hippolyte Clach’ron

Su l’nouviau Tramways qu’on vient d’faire

Dimanche en intrant au Damier

J’ai vu l’père Clach’ron in colère

Qui criot à s’égosiller :

J’trouve que l’ju n’in vaut point l’candelle,

Et qu’on n’dot point et’ si contint

D’vir du cang’mint

Aussi souvint

Chez gins là n’larott’nt point si bielle

Si j’étos du gouvernemint

Ch’est p’t-êt’ vrai qu’on arrive plus vite

Mais quoich’ qui f’ront les cabar’tiers,

I faudra qui déclar’nt faïtte

Tout aussi bienqu’les bonlingers,

On n’verra pus personne su l’route

Cha s’ras comme dins l’forêt d’Bondy,

L’train s’ra saisi

In plein midi

L’petit commerce s’ra in dérouteSi l’tramways n’est point démoli

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