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Un vieux commerce du siècle dernier, la droguerie-parfumerie Dallenne, 59370

Un vieux commerce du siècle dernier, la droguerie-parfumerie Dallenne, 59370

La droguerie-parfumerie Dallenne a été une véritable institution, dans le Haut-de-Mons. On y trouvait le parfum dernier cri comme l’insecticide le plus meurtrier. C’était un bel exemple de la vitalité du petit commerce d’avant les années 1980.

Suzanne, dans son commerce du 130, rue du général-de-Gaulle, à la fin des années 1960

En 1928, François Dallenne, entrepreneur en peinture, a fait quelques économies. Il achète, en grande partie à crédit, un petit immeuble avec une devanture commerciale. Il est situé au 130 de la rue Daubresse-Mauviez (actuellement, rue du général-de-Gaulle). C’est l’âge d’or du petit commerce. Cette rue Daubresse est très animée. Elle est sur le trajet du tramway de Lille à Roubaix. La rame s’arrête à côté, juste devant la mairie. On trouve tous les types de commerces dans cette grande rue passante. François Dallenne est plein d’espoir. Le commerce est une activité moins pénible que la peinture en bâtiment et, surtout, c’est plus profitable. En parallèle, il continue à faire prospérer sa petite entreprise d’embellissement des bâtiments monsois. Le néo-commerçant peint sur son enseigne « Peinture, Vitrerie » et, sur la vitrine de son magasin « Brosserie, Droguerie, Parfumerie ». 

La famille Dallenne, en 1950, devant son magasin.

François n’a pas de concurrent sur le secteur.

Il ratisse large. On trouve à peu près de tout dans son magasin. Il y a les produits pour l’entretien de la maison : le savon noir ou de Marseille, l’eau-de-Javel, les cristaux de soude, la térébenthine. On peut aussi y acheter des balais, du papier-peint, des insecticides et, naturellement… de la peinture ! Les coquettes peuvent aussi venir se fournir en parfums des marques les plus réputées. Dans le petit magasin, on ne trouvait pas moins de mille références. En 1932, sans abandonner ses activités de peintre, il confie la gestion de sa boutique à sa fille, Suzanne. Mais il veille au grain ! Il ne fallait pas perdre de l’argent pour des problèmes d’horaires ou de vacances. « On ouvrait le magasin à huit heures du matin et on ne le fermait qu’à huit heures du soir », racontait Suzanne. « Il n’était pas question de rater les clients qui partaient au travail, ceux qui en revenaient, ceux qui avaient une coupure le midi, ceux qui amenaient leurs enfants à l’école ». Le travail de droguiste n’était pas de tout repos : « En ce temps-là, on vendait de tout au détailOn venait chercher un peu d’esprit-de-sel, une demi-livre de savon noir… L’acide ou les produits liquides nous arrivaient dans des grandes bonbonnes protégées par de la paille tressée. On les mettait nous-mêmes en bouteille suivant la demande. La peinture était fabriquée par mon père à partir du choix du client sur un nuancier. Il ajoutait le colorant, le siccatif, l’essence de térébenthine. C’était l’époque où l’on vendait de la vraie peinture ! »

Avant-guerre, malgré le travail éprouvant du magasin, un coin de ciel bleu s’ouvre pour la jeune-femme. Elle s’éprend de Jean-Marie, un « bel homme, blond avec des cheveux magnifiques ». Il est destiné à succéder à son père à la tête de l’entreprise de peinture. Mais la Guerre est cruelle pour les civils comme pour les militaires. Jean-Marie est fait prisonnier par les Allemands. À Hanovre, dans une usine chaotique, il effectue un travail pénible et forcé. Lorsqu’il revient, au bout de six ans « le beau blond » a les cheveux tout blancs. Il ne pourra plus jamais travailler et aidera Suzanne, de son mieux, au magasin. A la fin des années 1970, Suzanne, devenue veuve, prend sa retraite de commerçante. Il y a quelques années, sur la vitre du magasin on pouvait encore deviner, sous certaines conditions de lumière, les inscriptions pourtant soigneusement effacées du précédent propriétaire, celui d’avant 1928. L’archéologue amateur des petites boutiques disparues du temps jadis pouvait déchiffrer : « peinture de décors, vitrerie, brosserie, parfumerie hygiénique, herboristerie nouvelle de première classe, bandages, ceintures, bas à varices, droguerie ». Ce qui témoignait d’un siècle d’activité commerciale dans cet endroit.

Le 130, aujourd’hui :

http://blog.prophoto.fr/sab-la-brocante-le-nouveau-magasin-de-la-rue-du-general-de-gaulle-59370


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Alain Cadet, journaliste
Alain Cadet, journaliste

Il a débuté dans la vie professionnelle comme enseignant. Après avoir coché la case du métier de photographe, il s’est orienté vers la réalisation de films documentaires, activité qui a rempli l’essentiel de sa carrière. Arrivé à la retraite, il a fait quelques films… mais pas beaucoup ! Les producteurs craignent toujours que, passé 60 ans, le réalisateur ait la mauvaise idée de leur faire un infarctus, ce qui leur ferait perdre beaucoup d’argent ! La suite a montré qu’ils se sont peut-être montrés un peu trop frileux, mais cela fait partie du passé. C’est ainsi que l’ancien réalisateur – un peu photographe, sur les bords – s’est mis à collaborer avec différents journaux. Il a aussi écrit des livres sur la guerre de 1914 – 1918 où l’image a une place importante. C’est ainsi que dans ce blog, on trouvera beaucoup d’articles sur des peintres ou des photographes anciens ou contemporains, des textes relatifs aux deux guerres, mais aussi des articles opportunistes sur différents événements. Comme les moyens du bord sont très limités, cela a obligé l’auteur à se remettre à la photographie – sa passion de jeunesse – pour illustrer ses textes. Il ne s’en plaint pas !

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