De Mons a Wazemmes : il était une fois le gaz de ville. (II/II)

Le réseau de gaz urbain, compte tenu de la situation excentrée de la commune, est arrivé très tôt. À la fin du XIXe siècle, la plupart des maisons des rues principales et les belles demeures étaient raccordées. Le gaz de ville évoque une époque révolue. Au début du XXe siècle, c’était pourtant le symbole de la modernité et du confort.

Le Petit château blanc (une des belles demeures de la commune) avec son réverbère
Le Petit château blanc (une des belles demeures de la commune) avec son réverbère

 En ce temps-là, la commune est un bourg rural. Elle est proche de Lille, mais préservée de toute pollution. Beaucoup de riches familles y font construire de luxueuses résidences… parfois des châteaux.  En 1882, la commune de Mons-en-Baroeul signe une convention avec la Compagnie Continentale du Gaz de Londres. Elle autorise cette dernière à implanter un réseau de canalisations de gaz et à raccorder les habitations. C’est une multinationale puissante. Elle a obtenu la concession exclusive de la plupart des grandes villes européennes : Paris, Lyon, Bruxelles, Vienne et, en 1832, Lille. Dans la métropole, année après année, elle augmente son rayon d’action, annexant, une par une, les communes avoisinantes. La Compagnie construit trois immenses usines à gaz : Saint André, Vauban et Wazemmes. Cette dernière dessert Fives,  le faubourg Saint Maurice et très probablement le réseau communal.

L’usine à gaz de Wazemmes, à la fin du XIXe siècle
L’usine à gaz de Wazemmes, à la fin du XIXe siècle

Tandis que les Monsois  fortunés profitaient d’un cadre bucolique et du confort moderne, à Wazemmes, c’était un autre paysage. Fred Laporte, dans Voyage autour de Lille,1932, note qu’en sortant de l’Hôpital  Général (actuellement lycée Montebello) il voit « les gazomètres de l’Usine à Gaz », et plus loin,  il décrit une usine :« Elle a une superficie est de 18.000 mètres carrés et vingt fours à cornues. La colonne de coke mesure 20 m de hauteur. Les deux usines consomment 60.000 tonnes de charbon qui vient par le canal ». L’auteur emploie le ton du guide touristique. Pour les Wazemmois, c’est une autre chanson. La combustion de la houille provoque en permanence des fumées et des émissions de gaz, nauséabonds et toxiques. Régulièrement, pendant presque un  siècle, quelques riverains idéalistes, s’emploieront  à tenter de faire fermer l’usine… en vain ! L’alimentation en gaz représente un enjeu énorme.

 En 1925, à Mons, on installe le réseau électrique. Le déclin du gaz n’est pas immédiat. La commune est très étendue et les maisons éparpillées. Le raccordement est beaucoup plus onéreux que dans un réseau urbain plus dense. « Avant la guerre, il n’y avait que les riches qui avaient l’électricité », se souvient Pierre Parent. A l’époque, il travaillait chez son père, le premier électricien de Mons. « Les gens voulaient quand même avoir la radio. Elle marchait sur batteries. Je me souviens que mon premier boulot, dans les années 36- 38 consistait à recharger les accus des clients, à remettre de l’acide et à vérifier la corrosion des contacts. Il y avait tout un atelier, au magasin, qui ne faisait que cela». La guerre va donner un coup d’accélérateur à la restructuration urbaine et précipiter la mort du réseau de gaz de ville. Pierre Parent se souvient, qu’après la Libération, il a démonté, à grande échelle, les réseaux de gaz  et installé l’électricité dans les maisons. Pourtant, il faudra attendre 1962 pour que le réseau électrique atteigne la totalité des rues de la ville.

 

 

 

Auteur : CLP

Enseignant une quinzaine d’années et se réoriente vers la photographie puis la réalisation de films documentaires. Ayant connu toutes les évolutions techniques de la profession du cinéma 16 mm juste qu’à la vidéo haute définition, Alain Cadet finit par faire valoir ses droits à la retraite en tant que salarié. C’est un retraité très actif puisqu’il continue à faire des films dans le secteur privé.

Il écrit aussi désormais beaucoup pour des journaux locaux et surtout sa collaboration avec la presse écrite lui a permis de renouer avec la passion de sa jeunesse : la photographie !

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