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Instructions générales, dans le département du Nord, 1851

Au milieu du XIXe siècle, la Réforme Falloux ne fait pas l’unanimité. Les conditions générales de d’enseignement et la qualité du logement des maîtres sont  perçues par beaucoup d’usagers comme très médiocres. Le peu d’intérêt porté par le législateur de cette réforme aux conditions de travail de maîtres et au niveau des élèves est aggravé par l’interprétation que fait de ces lois Falloux, l’échelon local. Les élus, souvent en communion d’esprit avec le gouvernement… par ailleurs privés de moyens, se sentent confortés dans leur bon droit de dépenser le moins possible pour l’Instruction publique. Les Autorités académiques du département du Nord perçoivent un danger nécessitant leurs bons conseils.

De la construction de la Maison d’école :

« La loi du 15 mars 1850 oblige les communes à fournir à l’instituteur un local convenable, tant pour son habitation que pour la tenue de l’école. {…} Des plans-modèles ont été jadis dressés par les soins du ministre de l’instruction publique. {…} Néanmoins les conditions que doit présenter une bonne maison d’école ne paraissent pas généralement connues. Beaucoup de celles qui qui ont été construites jusqu’ici sont défectueuses en quelques points, excitent les justes plaintes des autorités locales et les réclamations des instituteurs. {…} Il a donc paru nécessaire de publier, non des plans modèles, qui auraient le grand inconvénient de ne pas s’adapter aux besoins et aux convenances des localités, ni aux terrains dont elles disposent mais un programme des conditions les plus indispensables à la bonne installation d’une école primaire communale. {…} »

Choix de l’emplacement :

« Jusqu’ici beaucoup de communes, pour s’épargner la dépense qu’eût entrainée l’acquisition d’un terrain convenable, ont bâti leur école sur un bout de la place publique, ou même sur une langue de terre retranchée de la largeur d’une rue. Leurs constructions ont dû être appropriées aux dimensions d’un emplacement beaucoup trop restreint : la classe et le logement manquent de l’étendue nécessaire ; et la maison, isolée au milieu de la voie publique, n’a ni cour, ni jardin ; et même les lieux d’aisance, quand il en existe, n’étant environnés d’aucune clôture, sont accessibles à tout venant, au grand préjudice des bonnes mœurs. {…}

Avant de s’occuper de constructions, la commune doit chercher un terrain convenable, bien situé et d’une étendue suffisante ; il est à désirer qu’elle soit de dix ares, afin d’assurer à l’instituteur un petit jardin dont la culture lui procurerait une distraction utile, l’empêcherait d’aller en chercher ailleurs de moins innocentes {…} et lui fournirait l’occasion de donner à ses élèves les plus intelligents des notions d’horticulture, trop peu répandues dans les campagnes. {…} »

L’expérience a prouvé que chaque élève convenablement placé, occuperait un espace équivalent à 0,64 décimètres carrés, mobilier compris. Quelques auteurs demandent même 75 décimètres ; nous nous arrêterons aux quantités les plus modérées. {…}

Beaucoup de classes, aujourd’hui existantes, manquent de la hauteur suffisante : celle de 3m50 est indispensable ; elle devrait même être portée à 4 mètres, dans les classes d’une grande étendue. {…} La forme rectangulaire est plus convenable pour une classe primaire. Il est désirable que le jour vienne des deux côtés opposés ; les jours directs sont nuisibles. »

Logement de l’instituteur :

« {…} Il doit suffire aux nécessités d’une famille. Les besoins d’un ménage de ce genre, où presque toujours la mère demeure seule chargée de tout le service intérieur, exigent qu’il y ait, au rez-de-chaussée, deux pièces, dont l’une de 20 mètres carré pour servir de cuisine, car à la campagne cette pièce est la principale du logis, et à l’étage une grande chambre à coucher et deux cabinets ; attendu que l’instituteur sera rarement célibataire et qu’il doit pouvoir séparer pendant la nuit ses enfants de différents sexes. La hauteur du rez-de-chaussée sera de 3m50, celle de l’étage de 3 mètres de plafond. {…} »

De l’annexion de la mairie à la maison d’école

« Cette annexion de la mairie à la maison d’école était passée en usage depuis 1833, et semblait impliquer le cumul des fonctions de secrétaire du maire avec celles d’instituteur. Mais aujourd’hui que le législateur a reconnu les inconvénients de ce cumul {…} cette annexion ne peut être admise partout, ni dans les conditions aujourd’hui usitées. Dans la plupart des maisons actuellement construites, il n’existe aucune séparation entre la mairie et le logement de l’instituteur ; de telle sorte que s’il n’était point secrétaire du maire, ce serait pour lui une servitude bien gênante que celle d’avoir sa maison ouverte à tous ceux que leurs affaires appellent à la mairie, et la lourde charge que celle d’entretenir la propreté d’une maison ouverte à tout venant. La mairie devrait, au moins, être entièrement séparée du logement de l’instituteur et avoir une entrée particulière. {…} »

Mode de construction :

« L’habitation d’un instituteur à la campagne doit être saine, commode, simple surtout. C’est par ces bonnes dispositions seulement qu’elle peut se distinguer des autres maisons du village. Tout le reste est superflu et ne sert qu’à entretenir des prétentions déplacées ».

Des doubles maisons d’école :

« Quelques communes ont cru bien entendre leurs intérêts, en réunissant sous le même comble une école spéciale de garçons et une école de filles. Cette mesure a pu ménager à la caisse municipale une économie de quelques centaines de francs ; mais, à coup sûr, elle représente de graves inconvénients que l’expérience ne tardera pas à révéler à la sollicitude des pères de famille. 

S’il y a péril reconnu à réunir dans la même classe des enfants de sexes différents, le même péril se retrouve quand les classes sont contiguës, dans les rencontres journalières qui sont inévitables entre élèves qui se dirigent chaque jour et aux mêmes heures sur le même point.

Ce voisinage n’est pas dépourvu d’inconvénients pour ‘instituteur et l’institutrice ; et notamment il est quelquefois l’occasion de dissensions qui n’échappent point à la curiosité maligne des enfants, et sont loin d’augmenter le respect qu’ils doivent à leurs maîtres.

Beaucoup de communes ne sont pas dans une position financière assez bonne pour construire simultanément les deux écoles. {…} La plupart du temps, elles veulent les ériger sur un terrain trop resserré qui pourrait à peine suffire à une seule. Dans ce cas, il vaudrait mieux n’en bâtir qu’une à la fois. {…} Si, une commune persistait à vouloir bâtir une double maison d’école sur un terrain convenable, et pour la position et pour l’étendue, la plus complète séparation devrait exister entre les deux logements et toutes leurs dépendances ; et les entrées seraient situées aux deux extrémités opposées du bâtiment. »

Mobilier de classe :

« Le banc est adhérent à la table et forme avec elle un corps de menuiserie. Chaque place est de 40 centimètres. La largeur de la tablette est de 30 centimètres ; la largeur du banc est de 21 centimètres. La distance de 28 centimètres suffit entre les deux corps de menuiserie. {…} Un tableau noir est placé à côté de l’estrade. On lui donne ordinairement 1m60 de largeur pour 1m20 de hauteur. »

Le 24 juillet 1851

Signé A. Walras, Inspecteur de l’Académie

Ce paysage de l’école régie par la loi Falloux, brossé par l’Inspecteur d’Académie de l’époque, laisse supposer que, dès le début de la promulgation de la loi, des critiques sourdes se sont faites entendre, à bas bruit, de la part du terrain. Beaucoup de communes et d’enseignants sont dubitatifs. Pour l’Inspecteur d’Académie, fidèle serviteur du président de la république Louis Napoléon qui va bientôt devenir Empereur à la suite du coup d’Etat du 2 décembre 1851, il est urgent pour sa carrière de rappeler les frondeurs à leur devoir de soumission à l’Autorité.   

 Le texte fonctionne sur une ambiguïté et une contradiction. Il institue une école « bon marché » et en même temps semble reprocher aux communes de ne pas faire l’effort financier nécessaire. Les décisions prises au plus haut niveau – celui du législateur – ne sont pas assumées et la responsabilité de l’Etat, est renvoyée sur les communes… privées d’autre part des moyens d’agir réellement sur la situation. Il est d’ailleurs probable que dans bien des villes et villages, le désintérêt de l’Etat pour la qualité de l’Ecole publique incite bien des élus à en faire le moins possible afin de ne pas dépenser inutilement les deniers de la commune.

Cette école de 1851 est une régression dans bien des domaines par rapport à celle de 1833 et cela se voit. Il est important pour l’Inspecteur d’Académie qui a une carrière de fonctionnaire à gérer  de produire du discours destiné à masquer les problèmes. Cette école, à la sauce de Napoléon III et du Clergé, se préoccupe plus d’enseigner la religion que les sciences, les mathématiques ou le français. Quant à l’histoire et la géographie, elles ont totalement disparu des programmes. L’autorité se méfie à la fois des élèves aux tendances naturellement perverses – selon elle – et des enseignants. Il faut que le logement de l’instituteur soit le plus modeste qui soit pour qu’il comprenne bien, au cas où son salaire (la moitié de celui d’un ouvrier mineur) n’aurait pas été une indication suffisante, qu’il se situe tout en au bas de l’échelon social. Il importe que ce dernier ne puisse pas cumuler la fonction de secrétaire du maire, de telle sorte qu’il ne prenne pas d’influence sur la commune et sur son premier magistrat… qui reste un rouage de l’Etat. Le pouvoir du Président-Empereur se méfie du peuple. Ce texte de l’Inspecteur d’Académie du Nord, dont l’esprit religieux n’est pas si loin de nos modernes dignitaires salafistes, est aussi une leçon d’économie libérale appliquée à l’école. L’école Falloux de cette année 1851 a une certaine parenté avec celle d’aujourd’hui.

Un exemple de « Mairie-Ecole », un siècle plus tard

L’école de Cormeilles en 1950, 60120

« L’habitation d’un instituteur à la campagne doit être saine, commode, simple surtout. C’est par ces bonnes dispositions seulement qu’elle peut se distinguer des autres maisons du village. Tout le reste est superflu et ne sert qu’à entretenir des prétentions déplacées ».Des doubles maisons d’école :

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