Nikola Tesla, le premier électrosensible de l’Histoire de l’humanité, 1856-1943

« Si nous devions saisir et éliminer de notre monde industriel les résultats des travaux de monsieur Tesla, les roues de l’industrie s’arrêteraient, les trains seraient immobilisés, nos villes seraient jetées dans la pénombre et nos usines seraient mortes […] Son nom marque une époque dans l’avancement de la science électrique. De ce travail jaillit une révolution. » Bernard-Arthur Behrend, président de l’American Institute of Electrical Engineers

 

Dans le domaine de l’électricité et de la transmission des données par le moyen des ondes électromagnétiques, Nikola Tesla a été l’origine de beaucoup des inventions qui régissent désormais notre quotidien

Oublié pendant plus d’un demi-siècle, il réapparait, en demi-teinte, lorsqu’en 1960 est fait le choix denommer Tesla l’unité d’intensité du champ magnétique. En 2003, le milliardaire américain, Elon Musk, adopte le nom de Tesla pour sa toute nouvelle société de fabrication d’automobiles électriques. C’était la moindre des choses. La conception de ce véhicule est basée sur le moteur électrique à induction, imaginé et mis au point par le savant. Si Nikola Tesla a été sans égal par le nombre et la qualité de ses brevets, il n’était pas le meilleur pour défendre ses intérêts. En affaires, il répugnait à négocier durement ou à traduire en justice ses associés voraces. Il était la victime toute désignée des requins de la finance, qui ont gagné beaucoup d’argent grâce à ses inventions, ainsi que de ses collègues scientifiques, dont plusieurs ont reçu le prix Nobel en recopiant ses travaux sans y faire référence. L’inventeur n’en prenait guère ombrage, toujours concentré sur sa dernière trouvaille. Il pensait que la Science est une sorte de bien commun destiné améliorer la vie des gens. Il a fini dans le plus grand dénuement, malade et presque totalement oublié.  . 

A 23 ans...

Nikola Tesla nait au milieu du XIXe siècle dans l’actuelle Croatie. Sa famille est d’origine modeste. Il démontre très jeune des qualités de surdoué. Hypermnésique, brillantissime en calcul mental, capable de synthétiser mentalement en un seul tableau les problèmes les plus complexes, il possède des capacités naturelles hors du commun. Il fréquente l’université technique de Graz puis étudie la Physique et les mathématiques à Prague. C’est un élève extrêmement brillant.  Il n’hésite pas à contredire ses professeurs. Il est trop pauvre, pour mener ses études à leur terme. C’est en auditeur libre qu’il continuera à suivre les cours. Sans aucun diplôme, mais avec un bagage scientifique solide, il entre dans la vie active.

En 1884, âgé de 28 ans. Il est invité par Thomas Edison, le fondateur de General-Electric, à le rejoindre dans son entreprise de Manhattan. Il obtiendra la nationalité américaine en 1891 et ne quittera plus jamais les Etats-Unis. 

La société Edison, à Manhattan

Il travaillera par la suite pour Westinghouse, et fondera même sa propre entreprise. En 1928, il dépose un dernier brevet qui améliore un précédent – déposé en 1921. Il s’agit d’un appareil volant à décollage vertical au moyen d’hélices qui ressemble à s’y méprendre à un hélicoptère. Entre 1884 et 1928, soit un peu plus de trois décennies, il va déposer plus de 300 brevets sans compter les autres laissés dans les cartons. Plusieurs sources sérieuses avancent le chiffre de plus de 900 inventions dues à l’ingénieur Croate. Nikola Tesla est l’inventeur le plus prolifique de tous les temps. Il s’est attaché à développer le domaine des sciences appliquées. Chacune de ses inventions, au-delà de son aspect commercial, avait un but précis. Les travaux de Tesla ont révolutionné le Monde dans le domaine de l’électricité et des applications des propriétés des champs électromagnétiques. La plupart des outils techniques qui, de nos jours régissent nôtre quotidien, doivent quelque chose à Nikola Tesla. 

Avec Edison, Tesla va travailler au transport de l’énergie électrique. Edison vient de développer un réseau de courant continu dans le district de New-York. Il n’est pas sans inconvénients : pannes, accidents… incendies. Surtout, ce réseau nécessite des centrales-relais tous les 3 km, tandis que la tension du courant transporté ne peut être modifiée du départ jusqu’à l’arrivée. 

Le premier métro de New-York à traction électrique à la fin du XIXe siècle

Pour Tesla, le courant alternatif est la solution adéquate. Edison est très sceptique. Pour le convaincre et lui démontrer que le courant haute fréquence alternatif est inoffensif, il n’hésite pas à se servir de son propre corps comme conducteur, lors d’une expérience. Avec le recul et les connaissances actuelles en biologie, on mesure l’imprudence de l’expérimentateur. Quoi qu’il en soit, le courant alternatif va s’imposer… à New-York, puis en Amérique du nord et dans le reste du Monde. Les lignes à haute tension et leurs transformateurs, le courant électrique source d’énergie des usines et des habitations, les moteurs à induction, l’électricité pour faire avancer les trains : tout cela découle de ce choix initial ! En 1890, il invente la bobine Tesla. De nos jours, elle est toujours utilisée pour les appareils qui nécessitent une forte tension. On la retrouve dans les téléviseurs, les ordinateurs comme dans les appareils hi-fi. En 1896, Tesla met au point une première mondiale. Il conçoit le système hydroélectrique qui permet de convertir l’énergie des chutes du Niagara en électricité. Cette centrale permet d’alimenter la ville de Buffalo et ses entreprises. Les touristes qui visitent la région peuvent toujours admirer la statue de Nikola Tesla au pied des Chutes. En 1897, il dépose les brevets du premier système radio. Marconi prétendra l’avoir déposé plus tôt, ce qui lui vaudra un prix Nobel de Physique. Ce n’est qu’en 1943, quelques temps après la mort de l’inventeur que le Congrès américain annulera le brevet de l’Italien pour l’attribuer au Croate. 

La main de Nikola Tesla, radiographiée par sa machine à produire les rayons X.

En 1894, il travaille sur une machine à produire les rayons X et n’hésite pas à se radiographier lui-même pour démontrer l’efficacité de son invention. En 1900, fort des avancées permises par ses travaux, il décrit un monde futur où l’on pourra transmettre l’énergie et l’information : « La transmission mondiale de caractères, de lettres, de tableaux, la diffusion universelle des informations, par téléphone ou par télégraphe, l’établissement d’un système mondial de diffusion musicale. » Il faudra attendre quasiment un siècle, avec l’avènement de l’Internet, pour que cette prophétie se réalise concrètement. Nikola Tesla édicta aussi les principes du radar, qui ne fut opérationnel que quelques années avant la seconde Guerre mondiale. Tesla faisait honneur à sa nationalité américaine d’adoption : c’était un véritable showman ! Il accompagnait sa recherche d’installations grandioses, comme son immense laboratoire de Colorado Springs, où il effectuait ses expériences sur l’électricité, provoquant des arcs électriques avec un courant de cent-trente-cinq millions de volts. C’était l’occasion de convoquer la Presse. La photo de l’inventeur, minuscule au milieu de cet orage électrique, artificiel et grandiose, faisait sensation ! 

Au laboratoire de Colorado-Springs.

Mais, en 1921, dans son bureau de la 40e rue, l’inventeur est saisi d’un mal étrange qui ne lui laissera aucun répit jusqu’à la fin de sa vie. Il ne peut plus assurer le rythme infernal qu’il s’était imposé pendant plus de trente ans. Rapidement ruiné, il survit dans une chambre d’hôtel de New-York et tombe progressivement dans l’oubli. Il était désormais incapable de travailler correctement et ses symptômes devenaient de plus en plus alarmants. S’il avait encore quelques fulgurances à propos de nouveaux systèmes ou d’appareils révolutionnaires qu’il conviendrait de mettre au point, il n’était plus question pour lui de travailler comme avant, parce qu’il était ruiné et que le laboratoire lui était devenu un lieu hostile, du fait de son état. Dans sa chambre d’hôtel, il couchait le résultat de ses travaux de sa petite écriture fine, empilant d’innombrables dossiers. Ses seules rentrées d’argent étaient les 7200 dollars annuels que lui versait le gouvernement yougoslave en tant que dirigeant de l’Institut Tesla de Belgrade. Mais, comme il était très généreux, cette somme avait bien du mal à couvrir ses notes d’hôtel. Il passait l’essentiel de ses journées à Central Park, assis sur un banc, distribuant de la nourriture aux pigeons, dont le spectacle ne le lassait jamais. 

Central-Park, New-York City.

Les dizaines de milliers de Newyorkais, qu’il croisait quotidiennement auraient été très surpris de savoir que cet homme âgé, au comportement étrange, très grand, très maigre, le visage émacié, vêtu d’un mauvais pardessus d’un autre âge, était une célébrité mondiale. Pourtant, de temps à autres, le nom de Nikola Tesla refaisait surface à la Une des journaux, lorsque l’une de ses prédictions ou un appareil nouveau dont il avait édicté les principes, venait de voir le jour. Quelques-uns de ses amis du monde d’avant, qui connaissaient ses habitudes, se rendaient à Central-Park, spécialement dans le but de le rencontrer. C’est le cas de John O’Neill, journaliste au New-York-Herald-Tribune, prix Pulitzer 1937, qui a entrepris d’écrire une biographie complète sur cette figure tutélaire de la technologie américaine. De ces nombreuses conversations avec le savant est né un gros livre, Prodigal Genius: The Life of Nikola Tesla, 1944qui rend compte de sa vie, de  son œuvre, et de son état de santé du moment. « Pour les médecins, il était sur le point de mourir », écrit John O’Neill. « L’un des symptômes de la maladie était une sensibilité intense de tous les organes des sens.Cette sensibilité était maintenant tellement exacerbée que ses effets en étaient devenus une forme de torture. Le tic-tac d’une montre {…} agissait sur lui comme des coups de marteau sur une enclume. La vibration de la circulation dans la rue, transmise par une chaise ou un banc, résonnait lourdement dans son corps. La moindre exposition au soleil avait, sur lui, l’effet d’une explosion interne. Dans le noir, il était capable de distinguer un objet à une douzaine de pieds par une étrange sensation au front. Son corps entier était constamment tourmenté par des saccades et des tremblements. Son pouls, variait de quelques pulsations par minute à plus de cent cinquante. » Plusieurs médecins s’étaient penchés sur ce cas étrange dont l’un des meilleurs de la ville de New-York, mais aucun n’avait pu déterminer les causes de la maladie du scientifique. C’était normal, car Tesla venait d’inventer une maladie, inconnue sur la Terre avant lui : l’électrosensibilité ! Notons que, à quelques exceptions près, les médecins d’aujourd’hui, engoncés dans le « prêt-à-penser » de l’ICNIRP, ANSES et affidés, ne sont guère plus perspicaces. Mais les symptômes décrits par NiKola Tesla et son biographe : hyperacousie, photophobie, arythmie, sont, pour les équipes médicales qui ont sérieusement étudié la question, tous des syndromes associés de l’électrosensibilité. Tesla a été la première victime des technologies des ondes qu’il avait développées. Son besoin de se réfugier à Central-Park, dans l’un des seuls coins de nature au milieu de la ville, loin des ondes du courant électrique des pylônes électriques des rues et des murs des gratte-ciels correspondait sans doute à un besoin profond. C’était le seul lieu dans la ville où ses symptômes lui laissaient un répit et où il pouvait survivre.

L’hôtel Newyorker dans les années 1930.

La vie et l’œuvre de Nikola Tesla sont emblématiques du monde moderne et de son évolution. Tesla ne s’est jamais marié. On ne lui a jamais connu aucune liaison. Il avait embrassé la Science comme on entre en religion. Il travaillait jour et nuit, ne se couchant que vers cinq heures du matin pour ne se relever qu’à sept. Il imposait à son corps ce régime brutal pour pouvoir donner le meilleur de lui-même au service des Nouvelles Technologies et du Progrès. Il y a une certaine ironie dans son parcours. Ses expériences sur les ondes et l’electricité l’avaient amené à des « conduites à risque » dont il n’avait aucune conscience. Il a été la première victime des résultats produits par son travail. Des années après sa mort, les technologies qu’il avait initiées (tours hertziennes, antennes-relais, wifi, bluetooth, lignes THT, éoliennes), se développant sur la planète, sans limite et sans précaution, vont produire chez des millions de gens dans le Monde des pathologies proches de celles de l’ingénieur croate, serbe et américain. Nikola Tesla avait rêvé de rendre le Monde meilleur grâce à la Science. Il a seulement fait en sorte qu’il soit différent… très différent.

On peut aussi consulter :

Bloc-note d’un électro-sensible, # août-octobre 2021

Vous pouvez commenter cet article