Pierre, qui est né avant la guerre, a connu l’allumeur de réverbères (I/II)

Le portail de l’église Saint-Pierre en 1906

Le réseau de gaz urbain, compte tenu de la situation excentrée de la commune, est arrivé très tôt. À la fin du XIXe siècle la plupart des maisons des rues principales et les belles demeures étaient raccordées. Le gaz de ville évoque une époque révolue mais beaucoup de Monsois s’en souviennent encore.

Le portail de l’église Saint-Pierre en 1906
Le portail de l’église Saint-Pierre en 1906 avec, de chaque côté, 2 becs de gaz

Pierre Parent est né en 1922, rue du Général De Gaulle. Il y habite encore. Il se souvient, comme c’était hier, du système d’éclairage urbain avec ses réverbères répartis, de loin en loin, tout au long de la rue : «J’ai toujours connu ce bec de gaz que l’on peut voir, installé en mitoyenneté, entre ma maison et l’ancien bureau de poste. C’est peut-être pour cela qu’on avait choisi cet endroit ? Ou parce que la navette du tramway I barré qui reliait Lille à Roubaix, s’arrêtait ici ? Je n’en sais rien ! En tout cas, avant la guerre, la nuit, il éclairait la rue ! »

 Le I barré  roulait de jour comme de nuit : « On le voyait arriver de loin avec son phare avant et, une grande lumière à l’arrière», poursuit Pierre. «C’était un  abat-jour, avec 5 lampes de 110 V, en série, à l’intérieur,  parce que la tension du trolley qui alimentait la rame était de 550 V. Il faut avoir été électricien pour savoir des choses comme ça ! Il arrivait que la perche à roulette, qui faisait contact avec le câble électrique, sorte de son logement. A ce moment-là, le wattman le replaçait avec une grande canne et cela produisait d’énormes gerbes d’étincelles ». Ce spectacle des tramways la nuit, à la lumière des réverbères à été évoqué dans un spectacle Son et lumière, donné au Fort. On voyait les gerbes d’étincelles et l’électricien qui vendait des postes radio, tempêter parce que cela produisait d’énormes parasites dans les émissions de Radio Lille. Ce marchand de postes a réellement existé. C’était Lucien Parent, le père de Pierre.

Pierre pose devant le réverbère de son enfance
Pierre pose devant le réverbère de son enfance et montre le geste de l’employé de la compagnie du gaz

 «Il y avait une canalisation de 30 mm qui courait dans toute la ville à la base des façades»  enchaîne l’ancien l’électricien. « Au niveau de chaque lampadaire et de chaque maison, on avait aménagé  un T, au bout duquel remontait le tuyau d’alimentation. On a démonté les tuyaux  extérieurs, mais, dans la plupart des vieilles maisons de la ville, ceux de l’intérieur sont encore là, enfouis dans les murs.   

Le clou du récit de Pierre, c’est l’évocation de l’allumeur de réverbères de son enfance. L’employé de la Compagnie du gaz passait chaque jour, dimanches et fêtes compris, qu’il pleuve ou qu’il neige. «Il arrivait  à l’heure du lever et du coucher du soleil. Il avait une grande perche avec laquelle il actionnait un robinet à bascule muni d’anneaux. Alors, le gaz, enflammé par une veilleuse (qui n’était jamais éteinte) entrait dans le manchon et brûlait avec une belle lumière jaune. Je revois encore la scène comme si j’y étais ».

 Pierre n’a pas oublié le geste de l’allumeur de réverbères. Avec sa gaffe de pêche au gros, il a tenu à montrer le geste antique de l’employé de la Compagnie Continentale. Il a exigé que la scène soit photographiée à la tombée de la nuit parce que c’est ainsi que cela se passait réellement…  dans ce temps-là.

 

 

Auteur : CLP

Enseignant une quinzaine d’années et se réoriente vers la photographie puis la réalisation de films documentaires. Ayant connu toutes les évolutions techniques de la profession du cinéma 16 mm juste qu’à la vidéo haute définition, Alain Cadet finit par faire valoir ses droits à la retraite en tant que salarié. C’est un retraité très actif puisqu’il continue à faire des films dans le secteur privé. Il écrit aussi désormais beaucoup pour des journaux locaux et surtout sa collaboration avec la presse écrite lui a permis de renouer avec la passion de sa jeunesse : la photographie !

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